2014-12-28 Frans Francken Un cabinet de curiosités

Frans II Francken (Anvers, 1581-1642),
Un cabinet de curiosités, c.1620-25 ou 1636
Huile sur panneau de chêne, 74 x 78 cm, Vienne, Kunsthistorisches Museum

 

On a beau avoir presque dix années d’écriture de blog derrière soi, lancer un nouveau projet demeure un moment particulier où se mêlent l’envie d’avancer et la crainte de ne pas être à la hauteur de la tâche que l’on s’est assignée. Arrêter Passée des arts après plus de cinq ans d’une activité soutenue porteuse de soucis épineux mais aussi et surtout de joies réelles pour en prolonger ailleurs l’esprit dans un cadre différent est un pari risqué mais qui m’est pourtant apparu, après maintes réflexions, assez logique. L’événement qui a emporté ma décision a été, il y a maintenant dix jours, le fait que, du jour au lendemain, les extraits musicaux de mon ancien blog soient devenus indisponibles, ce qui est un brin gênant quand son propos était justement de donner à entendre, tout autant qu’à voir et à lire. L’absence de réponse de l’hébergeur, dont certaines décisions arbitraires m’avaient déjà laissé perplexe, à mes requêtes a fait ressurgir un certain nombre de questions que je me posais depuis cet été, à la suite, notamment, de mon désir d’écrire sur des répertoires hors « classique » ; si les réactions aux quelques essais dans ce domaine ont été encourageantes, il n’en était pas moins évident que ces publications détonnaient dans le cadre un rien trop rigide de Passée des arts. Il devenait donc nécessaire de faire évoluer les choses afin qu’elles continuent à s’inscrire sans heurt dans ma conception d’un blog et, plus largement, d’une culture aussi ouverte que possible (nous avons tous nos œillères) et à correspondre à ma volonté d’échapper aux contraintes, qu’il s’agisse de l’appartenance à telle ou telle coterie, de la perspective d’écrire sur commande ou dans la crainte de l’obtention ou non de l’aval d’un rédacteur en chef, cette indépendance constituant une des raisons qui m’ont conduit à choisir de mener seul ma barque, en dépit des coups bas, des dédains, des dépenses qu’une telle entreprise entraîne nécessairement.

Aux lecteurs coutumiers de Passée des arts, que je salue et remercie de leur fidélité, les évolutions sembleront, de prime abord, peu évidentes puisque le cœur de mon propos restera le même, à savoir proposer des chroniques de disques mais aussi, je l’espère, de quelques expositions, où musique et arts plastiques dialoguent en s’éclairant mutuellement, nous faisant ainsi entrevoir quelques aspects de l’époque qui les a vus naître. Il y aura toujours des regards sur certains enregistrements du passé, des comptes rendus de concert, des portraits, des hommages. Il y aura aussi, ponctuellement, de la pop et du rock — nul ne pourra dire que la couleur n’était pas affichée d’emblée. Si rien ne vient m’en empêcher, 2016 verra la publication d’une réalisation à laquelle je songe depuis un bon moment et dont l’élaboration va m’occuper durant une large partie de 2015.

Alors, ai-je décidé de changer vos habitudes pour vous offrir finalement la même chose ? Oui, mais en différent. Le nom de Wunderkammern et le sous-titre « Trouvailles pour esprits curieux » qui l’accompagne définissent parfaitement l’esprit qui m’anime en vous proposant de m’accompagner dans cette nouvelle aventure, celui des cabinets de curiosités (le pluriel n’est pas là par hasard) où l’on expose ce que l’on juge digne d’attention parmi tout ce que l’on a pu découvrir. Au lecteur-visiteur de décider ensuite selon son goût de ce qui le retiendra, l’intriguera, l’effraiera ou le laissera indifférent, à lui de déterminer s’il veut pousser plus avant son exploration, à lui d’exprimer ou non son opinion. Je forme, pour ma part, le vœu que les nouveaux chemins qui nous attendent se déroulent sous le signe du partage et de la liberté.

Accompagnement musical :

Jacques de Gallot (c.1625-c.1690), Chaconne La Comète en ut majeur

Hopkinson Smith, luth à onze chœurs Joël van Lennep, Boston

2014-12-28 Jacques de Gallot Pièces de Luth Hopkinson SmithPièces de luth. 1 CD Astrée E 8528. Indisponible, à rééditer.

Je remercie Loïc Chahine pour son aide technique, sa patience et ses avis, éléments qui ont été déterminants dans le cadre de l’élaboration de Wunderkammern. Je vous recommande chaleureusement la visite de son blog, L’Audience du Temps.