Wunderkammern

Trouvailles pour esprits curieux

Paris bohème. Trois quatuors à cordes d’Anton Reicha par le Quatuor Ardeo

Louis Boilly Les déménagements

Louis Boilly (La Bassée, 1761-Paris, 1845),
Les déménagements, salon de 1822
Huile sur toile, 73 x 92 cm, Chicago, Art Institute

Le nom d’Anton Reicha lorsqu’il est évoqué de nos jours, ce qui arrive, avouons-le, plutôt rarement, est généralement associé à sa production pour ensemble d’harmonie ; ses quintettes pour instruments à vent demeurent d’ailleurs, sauf erreur, les seuls à avoir fait l’objet d’un enregistrement intégral, sur les instruments modernes de l’Albert Schweitzer Quintett, en rien moins que dix disques publiés par CPO entre 1986 et 1989. Ce nombre impressionnant de volumes traduit assez bien la sensation que l’on éprouve en se penchant sur le catalogue du compositeur : le vertige. Son legs est énorme et touche à tous les genres, de la symphonie aux pièces pour clavier seul, de l’opéra à la musique sacrée, un océan de partitions d’où surnagent quelques titres intrigants – Quatuor scientifique, Harmonie rétrograde, Grande symphonie de salon – mais dont on ne peut pas dire qu’il aiguise beaucoup l’appétit des interprètes, à la notable exception des allemands. Cette relative – car on pourra toujours m’objecter qu’il existe des répertoires encore plus désertés – obscurité d’un musicien célèbre de son vivant et à l’importance historique notable avait tout pour attirer l’œil curieux du Palazzetto Bru Zane, qui nous offre aujourd’hui trois quatuors choisis confiés aux archets du Quatuor Ardeo.

Même si son nom, bien qu’on l’appelât Antoine durant ses années parisiennes, n’en offre pas l’apparence, Anton Reicha, né Antonín Rejcha à Prague le 26 février 1770, est bel et bien un compositeur français, nationalité qui lui fut accordée en 1829, sept ans avant sa mort à Paris, le 28 mai 1836. Cependant, avant qu’il se fixe définitivement dans la Capitale en 1808, son parcours fut tissé d’incessants voyages guidés à la fois par les possibilités d’apprentissage, les opportunités de carrière et les conflits napoléoniens. Orphelin de père à l’âge de dix mois, il rejoignit successivement, au tout début des années 1780, son grand-père puis son oncle Josef, violoncelliste virtuose et compositeur. C’est essentiellement auprès de ce dernier qu’il apprit les rudiments de son art, ainsi que le violon, le piano et la flûte ; lorsqu’il partit s’installer à Bonn en 1785, Anton l’accompagna et joua dans l’orchestre sous sa direction, aux côtés d’un autre adolescent né dix mois après lui et promis à un brillant avenir, Ludwig van Beethoven. Il est tout à fait probable que le maître de ce dernier, l’organiste Christian Gottlob Neefe, donna aussi des leçons au jeune Reicha, l’initiant notamment aux œuvres des Bach père et fils cadet (Carl Philipp Emanuel). En 1787, l’élève se sentit assez au point pour écrire et diriger sa première symphonie ; il s’inscrivit à l’université en 1789. Cinq ans plus tard, à la fin de 1794, Reicha s’enfuit à Hambourg devant l’avancée des troupes françaises ; il devait y retrouver, dans les mois suivants, Joseph Haydn qu’il avait rencontré quelques années plus tôt à Bonn et qu’il retrouvera à Vienne en 1802. Cette période hambourgeoise fut déterminante pour le jeune musicien qui décida de cesser de se produire en public pour privilégier la composition, mais aussi l’étude, tant de la musique que de la philosophie ou des mathématiques. On y a trace également de la représentation de son premier opéra, Godefroid de Montfort, et c’est l’ambition de réussir sur la scène lyrique qui le poussa à gagner Paris en septembre 1799. Malgré les relations qu’il avait su tisser avec certains de ses confrères français, ce séjour se solda par un échec qui le fit rejoindre Vienne à la fin de 1801. Là, ses préoccupations théoriques prirent corps dans des recueils comme les 36 fugues (1803, dédié à Haydn) et L’art de varier (1804) et, après avoir servi d’interprète auprès de Haydn à Baillot et Cherubini, il prit la route pour Leipzig en 1806 afin d’y superviser une interprétation de sa cantate Lénore, censurée à Vienne. Là encore, le destin veillait et, après un passage par Prague, il se heurta au blocus qui sévissait à Leipzig et revint donc bredouille à Vienne qu’il finit par quitter définitivement pour Paris en 1808. Si ses différentes tentatives à l’opéra continuèrent à se solder par des fiascos, sa musique instrumentale était très appréciée et sa réputation de pédagogue ne cessait de croître, Charles Constans Salomon Counis Anton Reichaportée par la parution, en 1814, de son Traité de mélodie puis de son Cours de composition musicale (c.1816-18). Nommé professeur de contrepoint et de fugue au Conservatoire en 1818, Reicha se maria la même année, se lia avec Rossini (une consécration, à l’époque) et Mendelssohn, tandis que ses quintettes pour vents continuaient à recueillir des applaudissements unanimes. Un nouvel ouvrage, le Traité de haute composition musicale parut en 1824-26 et provoqua nombre de dissensions au sein du Conservatoire entre partisans d’une approche traditionnelle du contrepoint, dont les hérauts étaient Cherubini et Fétis, ou ceux d’une vision rénovée, dont Reicha était le champion ; dans les années qui suivirent, tout ou partie du Traité de haute composition essaimait, grâce à des traductions, en Europe et jusqu’aux États-Unis. Alors que cette bataille faisait rage, le maître accueillit auprès de lui de nouveaux élèves, dont Hector Berlioz, Franz Liszt, Charles Gounod ou George Onslow. Élu à l’Académie des beaux-arts en 1835, Reicha aura le temps, durant sa dernière année de vie, de transmettre son savoir à un dernier jeune musicien appelé à l’illustrer de belle façon, César Franck.

La production de Reicha dans le domaine du quatuor à cordes est loin d’être insignifiante, puisqu’on lui doit une quarantaine d’œuvres, dont la moitié encore inédite. Elle prend place dans une période tout à fait passionnante pour le genre qui évolue de l’équilibre atteint par Mozart et Haydn aux innovations de langage introduites par Beethoven. Le programme de ce disque illustre de façon très pertinente le cheminement stylistique du compositeur mais également sa continuité en proposant une partition publiée à Leipzig en 1804-1805, le Quatuor en ut mineur op. 49 n°1, puis une éditée en 1819, le Quatuor en sol majeur op. 90 n°2, le Quatuor en fa mineur op. 94 n°3 l’ayant été, lui, en 1824. Le premier, qui présente, dès les premières mesures en forme d’ouverture de son Allegro assai, des traits d’écriture symphoniques, est probablement celui qui avoue le plus franchement sa dette envers Mozart dans ses mouvements extrêmes. Son Adagio noté sempre piano et sostenuto et utilisant la technique du canon possède, lui, un caractère presque rhapsodique qui n’est pas sans présenter une lointaine parenté d’esprit avec le bref et insaisissable Andante con moto du Quatrième concerto pour piano de Beethoven, quasi contemporain, et semble encore empreint des humeurs troublées de l’Empfindsamkeit auxquelles se rattache également un Menuetto assez instable, l’ensemble de l’œuvre s’inscrivant, Giuseppe Canella l'Aîné La rue de Castiglionepar sa tonalité d’ut mineur, dans un climat de sourde agitation clairement préromantique. Changement radical avec le Quatuor en sol majeur qui aux ombres inquiètes préfère une atmosphère sereine, lumineuse, ourlée d’une sensibilité noblement retenue malgré des ponctuations plus passionnées dans l’Andante et d’ironie légère dans le Minuetto, et privilégie l’aspect de convivialité inhérent à la musique de chambre en soignant méticuleusement l’équilibre entre les différentes voix. Si l’on songe souvent à Haydn tout au long de cette œuvre, en particulier dans le Finale et les surprises scherzando de l’Allegro liminaire, il semble que Reicha y ait également intégré l’aspect dialogué revendiqué par le genre du quatuor en France depuis au moins l’Opus X (c.1773) de Henri-Joseph Rigel. Avec le dernier quatuor enregistré ici, nous retrouvons le mode mineur et la tonalité volontiers oppressante de fa. Et pourtant, à l’exception des accès de fièvre qui traversent un premier mouvement ambigu introduit par un mystérieux Lento, l’impression qui se dégage de cette partition est plutôt celle d’une certaine tendresse, qui trouve une parfaite expression dans un Andante maestoso empreint d’un grand lyrisme d’où la nostalgie n’est pas totalement absente. Même si le sérieux a toute sa place dans le très haydnien Minuetto, Allegro, canone, c’est finalement la bonne humeur qui l’emporte dans le pétillant Allegro vivace final avec ses effets de musette et son alacrité rythmique qui, à l’inverse des points de suspension du Quatuor en ut mineur, met à l’œuvre un point final aussi affirmatif que brillant.

Je n’avais jamais, jusqu’à ce que je pose ce disque sur ma platine, écouté le Quatuor Ardeo qui ne me semblait pas défendre des projets susceptibles de retenir durablement mon attention. Pourtant, dès la première écoute, leur interprétation des quatuors de Reicha m’a séduit, un sentiment qui n’a fait que croître avec le temps et me persuader de l’excellence de leur approche. La première qualité qui éclate ici est sans doute la formidable énergie dont font preuve les quatre musiciennes qui impriment à la musique une tension de tous les instants, y compris, d’ailleurs, dans des mouvements lents sculptés d’une main très sûre. N’allez cependant pas croire que ce dynamisme soit une fin en lui-même ; il n’est que le socle sur lequel se développent une précision aiguë du trait et de l’articulation, un sens affirmé des nuances et des contrastes, ainsi que des capacités de construction du discours qui dénotent une pertinence et une maturité d’approche également remarquables et, pour l’auditeur, enthousiasmantes. Quatuor ArdeoOn sait gré au Quatuor Ardeo d’avoir adopté l’attitude rigoureusement inverse de celle de ses confrères du Quatuor Diotima dans leur regrettable disque Onslow, c’est-à-dire de n’avoir pas jugé les œuvres de Reicha suffisamment indignes de ses archets pour leur faire subir une « modernisation » dont elles n’ont que faire. En dépit de l’utilisation d’instruments modernes, toujours un peu plus chiches en termes de coloris, les interprètes ont donc consenti un véritable effort d’acculturation stylistique – la maîtrise du vibrato et des ornements est exemplaire – qui en dit long sur leur investissement, très éloigné d’une routine de luxe, dans ce projet mais aussi sur l’humilité de leur approche. Ce faisant, soudées par une vraie complicité et portées par une indéniable envie de servir avec engagement un répertoire méconnu, elles mettent en lumière de manière parfaitement convaincante toute la richesse d’invention que contiennent ces trois quatuors souvent bien plus aventureux qu’il y paraît, sans oublier d’en exalter le charme. Avec une intelligence, un brio et une sensibilité qui leur font honneur, les quatre musiciennes d’Ardeo nous font découvrir et aimer la musique de Reicha et espérer les y réentendre sans trop attendre. Espérons également que la réussite de ce disque incitera les Ruggieri, Terpsycordes ou Cambini-Paris à se pencher sur ces partitions négligées qui méritent mieux que l’oubli.

Anton Reicha Quatuors Quatuor ArdeoAnton Reicha (1770-1836), Quatuors à cordes en ut mineur op. 49 n°1, en sol majeur op. 90 n°2, en fa mineur op. 94 n°3

Quatuor Ardeo :
Olivia Hughes, violon
Carole Petitdemange, violon
Lea Boesch, alto
Joëlle Martinez, violoncelle

Wunder de Wunderkammern1 CD [durée totale : 68’13] L’Empreinte digitale/Palazzetto Bru Zane. Wunder de Wunderkammern. Ce disque peut être acheté chez votre disquaire ou en suivant ce lien.

Extraits proposés :

1. Quatuor à cordes op. 49 n°1 : [I] Allegro assai

2. Quatuor à cordes op. 90 n°2 : [II] Andante

3. Quatuor à cordes op. 94 n°3 : [IV] Finale. Allegro vivace

Illustrations complémentaires :

Bernardo Bellotto, dit Canaletto (Venise, c.1721-Varsovie, 1780), Vienne, la place de l’Université, c.1759. Huile sur toile, 115,5 x 155,5 cm, Vienne, Kunsthistorisches Museum

Charles Constans (Paris ?, 1778-1840) d’après Salomon Guillaume Counis (Genève, 1785-Florence, 1859), Anton Reicha, 1825. Lithographie, 30,5 x 23,5 cm, Paris, Bibliothèque nationale de France

Giuseppe Canella l’Aîné (Vérone, 1788-Florence, 1847), La rue de Castiglione, 1829. Huile sur carton, 17 x 23 cm, Paris, Musée Carnavalet

16 Comments

  1. Bravo ! et merci pour elles… et pour Elles ! et pour A. Reicha
    j’écoute le 1er extrait, c’est magnifique …
    Il fait beau, vite dehors, j’ai beaucoup à faire, bises

    • J’imagine que ces premières journées de douceur printanière t’attirent dehors, Catherine, et j’espère que tu as passé un beau dimanche au jardin.
      Je te remercie d’avoir pris le temps de passer par ici, d’écouter la musique et de laisser un mot, sois certaine que ça me fait très plaisir.
      Belle soirée et bonne semaine à toi et à Totor aussi, bien entendu.
      Je t’embrasse 🙂

  2. Bonjour cher Jean-Christophe,
    Je rêve d’un jour ou nous n’aurons plus besoin de journée dédiée aux droits des femmes ……
    Quelle belle chronique encore, et tu nous a fait de bien beaux cadeaux avec ces longs extraits et tu as raison les quatre musiciennes d’Ardeo nous font découvrir et aimer la musique de Reicha. Merci .
    Quant aux peintures, tu connais ma curiosité (récompensée), et en cherchant à en savoir plus, je suis tombée sur ta chronique de 2011 sur Passée des Arts que tu avais consacré à Louis Boilly . Et comble du bonheur des morceaux au pianoforte et cette belle peinture de « La Femme de l’artiste dans son atelier » qui en ce jour particulier prend une bien belle dimension .
    Merci infiniment cher Jean-Christophe 🙂
    Je te souhaite un bien beau dimanche et t’embrasse bien fort 🙂

    • Bonsoir chère Tiffen,
      Moi aussi, je rêve qu’un jour nous vivions dans un monde suffisamment respectueux de chacun pour que toutes ces célébrations « de rappel » n’aient plus lieu d’être, mais en attendant l’avènement de ce paradis, honorons du mieux que nous pouvons. Très sincèrement, je n’avais pas, au départ, prévu de publier spécifiquement ce billet aujourd’hui, mais je souhaitais mettre à l’honneur ce disque remarquable du Quatuor Ardeo et il se trouvait que ma chronique était suffisamment avancée pour le permettre, aussi me suis-je dit « pourquoi pas ? »
      Tu as sans doute deviné que j’ai une tendresse particulière pour Louis Boilly qui m’a fait faire le voyage de Lille pour aller à sa rencontre à l’occasion de l’exposition qui lui était consacrée au Palais des Beaux-Arts : un beau souvenir de visite, malgré le cœur lourd d’avoir appris la veille la mort de la très regrettée Montserrat Figueras. Ta curiosité a été une excellente conseillère qui t’a conduite jusqu’à la Femme de l’artiste dans son atelier, magnifique et touchant tableau.
      Je te remercie pour ton mot et, en t’embrassant bien fort, te souhaite une belle soirée.

  3. Michel Stockhem

    8 mars 2015 at 19:21

    Belle découverte, et nécessité musicologique. Merci, Jean-Christophe, d’attirer notre attention sur cette partition.

    • Je ne suis pas un fanatique de l’exhumation à tout prix, Michel, mais là, j’avoue que j’accueillerais volontiers un second volume aussi réussi que celui-ci.
      Merci pour votre mot et bonne soirée.

  4. Michel Stockhem

    8 mars 2015 at 20:53

    … et, sans vouloir faire du « pistage » à tout prix, il me semble évident que le jeune Franck a retenu bien des leçons de la chose, qui n’ont émergé que quelques décennies plus tard.

    • Je crois, tout comme vous, que Franck était un élève particulièrement attentif et réceptif à ce remarquable pédagogue qu’était Reicha. Quitte à paraître sentimental, je trouve assez émouvant que le maître se soit prolongé à travers lui presque jusqu’au XXe siècle.

  5. De la Bohême à Paris, quel beau et long parcours sonore. Tu sais le reste.

    • La trajectoire de Reicha, à la fois bohème et tellement rigoureux, est assez singulière quand on y réfléchit un peu. Ce devait être un sacré personnage.
      Merci pour ton mot et belle journée, bien chère Marie.

  6. On disait, paraît-il à l’époque, l’homme étrange . On le disait tout autant de Beethoven et de sa musique, dont les derniers quatuors notamment furent totalement incompris de la grande majorité de ses contemporains. Bref, ceci étant dit il apparaît évident que (re)découvrir A. Reicha est annonciateur de vrais bonheurs d’écoutes. Saluons l’entreprise de cet enregistrement proposé par ce beau quatuor féminin, duquel je partage via l’écoute de ces trois extraits tout ce que tu en écris.
    J’ajoute qu’après deux écoutes à suivre de l’Allegro assai de l’Op.49 n°1 en ut mineur, j’ai au contraire de toi mon ami noté une certaine « communauté d’esprit » avec Beethoven. Quelques « bizarreries », comme on le disait alors à l’époque, sont à mon sens propres à évoquer celles de Ludwig. C’est, en tous les cas, ce que mes oreilles entendent, en particulier dans ce premier mouvement.
    Merci aux musiciennes et merci à toi, J.-Ch. pour t’en être fait l’heureux passeur.
    Je t’embrasse et te souhaites un agréable mercredi.

    • Je le trouve souvent plus haydnien que beethovénien, le vieil Anton, ami Cyrille, mais comme tu le suggères, libre à chacun d’entendre ses propres échos et Reicha ne pouvait, de toutes façons, pas ignorer, durant ses séjours à Vienne, ce que produisait son turbulent camarade d’étude. Le caractère un peu « étrange » de ce premier mouvement du Quatuor en ut mineur op 49 me ramène surtout au Sturm und Drang dont je vous ici un des nombreux prolongements tardifs (on retrouve ça chez Beethoven également, je pense, entre autres, à la Sonate pour clavier en fa mineur op.2 n°1).
      J’ai été très séduit par ce que proposent les Ardeo dans ces trois quatuors et j’espère honnêtement qu’il y aura une suite du même calibre — je compte sur le Palazzetto Bru Zane pour être, une nouvelle fois, un instigateur de beaux projets.
      Je te remercie d’avoir accordé de ton temps à cette chronique et de l’avoir honorée d’un commentaire.
      Je t’embrasse.

  7. Une bien belle pépite que ce disque cher Jean-Christophe ! Ces trois quatuors nous montrent l’importance de ce « filon » qu’est l’oeuvre d’Anton Reicha, malheureusement si peu fréquentée par nos artistes contemporains. Espérons que cette réussite musicale du Quatuor Ardeo pousse d’autres ensembles (ou pourquoi pas les mêmes interprètes) à creuser plus avant dans le sous-sol si riche de ce compositeur. Comme toujours, la mise en place historique et les descriptions musicologiques des extraits musicaux me comblent de bonheur. Un grand merci !

    • Honnêtement, cher Jean-Marc, j’aimerais bien que des interprètes comme les Ardeo ou d’autres se penchent plus avant sur la production pour quatuor d’Anton Reicha, mais je doute hélas qu’il se trouve beaucoup d’éditeurs discographiques pour leur emboîter le pas. Je demeure pourtant persuadé que nous avons beaucoup à apprendre de compositeurs comme celui-ci, qui ont eu un rôle-clé dans l’évolution de la musique de leur époque (d’autant plus que cet Antoine-ci était un sacré pédagogue), sans parler du plaisir que nous pouvons en retirer.
      Je vous remercie bien sincèrement pour votre mot ici; c’est un geste auquel je suis particulièrement sensible.
      Bel après-midi à vous.

  8. Quelle découverte !
    Je suis on ne peut plus surpris par les tonalités des extraits que tu nous proposes, chacun si différent et pourtant tous unis par une sorte d’esprit commun indéniable.
    Comme une vie qui suit son cours au milieu des aléas, comme un itinéraire bousculé par les événements mais où la même conscience tisse des liens de cohérence improbables. Parce que vivre est un miracle qui se rit des temps tant que le temps vous est donné, parce que les « encore » et les « malgré tout » s’épousent en un fil inexplicable mais terriblement fatal, l’avant déterminant inexorablement l’après.
    Est-ce cela que l’on appelle une oeuvre, un oeuvre, contrairement aux répétitions immuables des faiseurs ?
    Oui Antoine Reicha me touche et seras-tu étonné, Jean-X, si je te dis que, puisque je m’impose toujours des choix, l’Andante du quatuor n°2 est celui qui m’a le plus ému ?
    Et puis, le déménagement de mon cher Boilly pouvait-il trouver meilleure place qu’ici, comme un temps suspendu au milieu des troubles.

    • Je t’avoue, mon ami, que j’ai été également tout à fait saisi lorsque j’ai découvert puis réécouté ce disque, m’étonnant qu’une musique d’une telle richesse d’écriture mais aussi d’émotion ne soit pas plus largement connue. Je retrouve tout à fait la cohérence et la continuité que tu soulignes entre les trois œuvres enregistrées qu’il faudrait que tu écoutes en intégralité, tant je suis certain que tu y prendrais autant de plaisir qu’à ces trois extraits. C’est un peu ce que j’ai voulu suggérer en choisissant ce tableau de Boilly : si l’on peut cent fois déménager (et tu as vu que Reicha le fit beaucoup), on emporte toujours dans ses bagages le fil de son histoire qui permet à nos vies, sauf malheur, de conserver une certaine unité, aussi fragile puisse-t-elle être par ailleurs.

      Je te remercie, en tout cas, pour la perception très personnelle que tu livres ici et qui, à mes yeux, vaut bien des savantes gloses.

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