Wunderkammern

Trouvailles pour esprits curieux

Diabolus in pictura, vertigo in musica. La Rome de Pieter Van Laer et Michelangelo Rossi

Pieter Van Laer Il Bamboccio Autoportrait avec scène de magie

Pieter Boddingh Van Laer (Haarlem, 1599- ?, 1642 ? ou après),
Autoportrait avec une scène de magie, c.1638-39
Huile sur toile, 78,8 x 112,8 cm, New York, The Leiden Collection
© courtesy of The Leiden Collection, New York

Ma précédente chronique autour de l’exposition Les bas-fonds du Baroque, qui se déroule au Petit Palais de Paris depuis le 24 février 2015, était partie d’un disque pour évoquer, en résonance avec un tableau de Claude Gellée, le subtil mélange existant entre l’univers des palais et celui des rues ; celle que je vous propose aujourd’hui accomplira le chemin inverse en s’arrêtant sur un des tableaux visibles dans le cadre de cet accrochage pour aller vers un enregistrement qui me semble offrir un contrepoint intéressant à l’univers qu’il représente.

À moins que vous ne nourrissiez un intérêt soutenu pour la peinture italienne du XVIIe siècle, le nom de Pieter Boddingh Van Laer risque fort de ne pas évoquer grand chose pour vous a priori, mais peut-être le connaissez-vous mieux sous son autre identité, son nom de scène, si j’ose dire. Après y avoir appris son métier de peintre, ce natif de la septentrionale Haarlem mit le cap vers l’Italie aux alentours de sa vingt-cinquième année pour se fixer à Rome, où l’on retrouve sa trace dès 1626. Van Laer était contrefait, aussi ne tarda-t-on pas à l’affubler du surnom qui allait assurer sa postérité, Il Bamboccio, la poupée de chiffon, le bancal, sobriquet sur lequel la langue française a forgé le mot de bambochade pour désigner une ripaille, ce qui correspond bien à ce que nous savons de la vie d’un peintre qui, avec ses camarades Bentvueghels, cette artiste bande d’oiseaux manieurs de pinceaux, de mots ou de ciseaux majoritairement venue des Flandres et des Pays-Bas, menait joyeuse vie dans la Ville éternelle. Mais Le Bamboche n’était pas qu’un lourdaud videur de cruches ; il fut l’inventeur de scènes directement inspirées des rues et des faubourgs romains immortalisant les activités et les plaisirs des humbles d’un trait incisif mais non exempt de tendresse, un genre nommé lui aussi bambochade qui était appelé à faire école en Europe grâce à un essaim nourri de Bamboccianti. Paysagiste raffiné, doué d’un sens aigu du dessin et sachant utiliser la lumière avec beaucoup de science, Van Laer a parfaitement compris et assimilé la leçon du Caravage comme le montre son Autoportrait avec une scène de magie qui semble dater de la toute fin du séjour du Hollandais à Rome, avant qu’il s’en retourne en sa patrie plus riche qu’il en était parti, ses trouvailles ayant fait notablement grimper sa cote.

Depuis l’Autoportrait au chardon (1493) d’Albrecht Dürer, on sait que les peintres sont parfois un peu sorciers et n’hésitent pas à semer, ici et là, des indices de leur pouvoir. Il Bamboccio prend complètement le contre-pied de cette image de l’artiste détenteur de mystérieux secrets en se représentant durant une séance de magie en train de mal tourner dans un tableau qui enjambe allègrement les genres, à la fois Vanité et tronie, cette forme particulière au XVIIe siècle septentrional dans laquelle un personnage est représenté avec une expression faciale ou une vêture sortant de l’ordinaire. Crâne, bougie éteinte, livres aux pages usées, partition sur le point de s’enflammer, tout dit ici la fragilité de la vie humaine devant la proximité des périls qui la menacent. De la créature démoniaque qui cause au peintre une terreur visible traduite avec un véritable brio pictural tant dans la touche que dans l’expression, on ne voit rien que les deux pattes griffues qui émergent de l’ombre, à droite de la toile, mais on imagine sans mal que ce qui reste caché à notre vue doit être fort peu avenant ; il faut saluer la brillante idée de Van Laer qui laisse le spectateur projeter sur le monstre qu’il devine les peurs empreintes dans son propre imaginaire plutôt que lui imposer les siennes, une façon diablement efficace de le faire participer à l’action dans un subtil processus d’identification. De fait, la scène fortement dramatisée, devant laquelle on ne sait pas exactement si l’on doit frémir ou sourire, nous entraîne à sa suite vers l’univers du théâtre et l’on peut se demander si Le Bamboche n’avait pas connaissance de la légende de Faust et en particulier de la pièce de Christopher Marlowe, publiée en 1604 mais créée dans le courant des dix dernières années du XVIe siècle. L’univers de la magie, l’irruption d’un fantastique infernal offrent avec cette œuvre d’indiscutables résonances, à tel point que l’on est tenté d’entendre une réponse au « I think Hell’s a fable » du Doctor Faustus (II,1) dans le « Il diavolo non burla » figurant sur la partition représentée à l’avant-plan du tableau dont le message sonne comme un avertissement sardonique : « ris, homme de peu de foi, le diable, lui, ne plaisante pas. »

Alors que Pieter Van Laer prenait le chemin de Rome, y apparaissait pour la première fois en mai 1624, dans la maison du cardinal Maurice de Savoie, un jeune musicien originaire de Gênes, Michelangelo Rossi. Influencé tant par Gesualdo que par Sigismondo d’India – il côtoya ce dernier chez leur employeur commun –, il composa, durant les cinq années passées au service d’un patron pour lequel il refusera de quitter les bords du Tibre, ses premiers madrigaux que leurs audaces feront demeurer inédits, puis fut, durant les trois années qui suivirent sa rupture avec le cardinal, organiste et violoniste à Saint-Louis des Français tout en œuvrant pour le prince Taddeo Barberini, neveu du pape Urbain VIII, pour lequel il composa son unique opéra intégralement conservé, Erminia sul Giordano (1633). Il produisit également à la même époque ses Toccate e Correnti pour clavier et son Second Livre de madrigaux probablement achevé au plus tard en 1634, année de son départ de Rome pour Modène et la cour de Franceco I d’Este où il demeura jusqu’en 1638, date de la représentation d’Andromeda, son second opéra dont seul subsiste le livret. Jusqu’en 1649, lorsqu’il est à nouveau attesté à Rome, cette fois-ci au service de la famille Pamphili, on ne sait rien de lui, et un voile d’incertitude couvre d’ailleurs sa dernière période d’activité, y compris en ce qui concerne les quelques pièces qui y auraient été composées ; il semble cependant avoir joui d’une réelle notoriété pour ce qui regarde la pratique de son instrument principal, le violon, renommée qui semble s’être maintenue jusqu’à sa mort, le 7 juillet 1656, puisque s’il avait alors quitté les Pamphili, ses louanges avaient été chantées à Christine de Suède, arrivée à Rome le 23 décembre 1655, par Athanasius Kircher et surtout Decio Azzolini, qui fit copier ses madrigaux à l’intention de la reine et qui, peut-être, lui présenta leur auteur.

Christine, qui goûtait particulièrement le style de Gesualdo, ne put sans doute qu’être sensible à celui de Rossi, tout aussi instable, bourrelé de dissonances, de suspensions et d’errances harmoniques, explorant des tonalités rares, un arsenal rhétorique mis tout entier au service de l’expression. Sans le secours de la basse continue, ses madrigaux à cinq voix, qu’il faut écouter dans la magnifique version du Huelgas Ensemble qui effectue avec elle une de ses incursions les plus convaincantes dans le répertoire italien, exploitent toutes les ressources de l’écriture polyphonique pour créer un univers assez insaisissable, traversé de lueurs furtives parfois inquiétantes, une porte entrouverte sur un cabinet d’alchimiste où se distillent des mélodies d’une extraordinaire et troublante subtilité. C’est ici que l’univers de Michelangelo Rossi, qui n’avait pourtant guère fréquenté que de riches palais, rejoint, le temps de son Autoportrait avec une scène de magie, celui de Pieter Van Laer, observateur de la plèbe, dans cette fascination pour des effets théâtraux et un sentiment d’étrangeté qui déstabilisent l’auditeur ou le spectateur, une recherche qu’un Salvator Rosa mènera encore plus loin dès le début de la décennie 1650.

L’exposition :

Les bas-fonds du Baroque Petit Palais Paris 24 02 - 24 05 2015Les bas-fonds du Baroque, la Rome du vice et de la misère, du 24 février au 24 mai 2015. Paris, Musée du Petit Palais. Fermé les lundis et le 1er mai. Tous renseignements utiles en suivant ce lien.

Contrepoint musical :

Michelangelo Rossi (1601/2-1656), La poesia cromatica, madrigaux et pièces instrumentales

Huelgas Ensemble
Paul Van Nevel, direction

Michelangelo Rossi La poesia cromatica Huelgas Ensemble1 SACD [durée totale : 60’50] Deutsche Harmonia Mundi 88697527092. Ce disque peut être acheté chez votre disquaire ou en suivant ce lien.

Extraits proposés :

1. Mentre d’ampia voragine tonante
Texte de Giambattista Basile (1575-1632)

2. Toccata Settima

3. O miseria d’amante
Texte de Battista Guarini (1538-1612)

22 Comments

  1. Fantastique bambocheur, cuisant dans un crâne on ne sait quelle potion fatale pour tuer plus sûrement le coeur qui lui résiste, suivant une recette offerte au spectateur tout comme le bol et sa mixture rouge qu’on n’aurait plus qu’à mélanger …? Mais gare au péché ! ces pattes griffues … !
    Je me demande si le musicien qui fréquentait le palais Pamphili pouvait échapper comme vous le suggérez à tout contact plébéien : ces grandes demeures grouillaient aussi en leurs rez-de chaussée et puis la rue n’était pas « sécurisée ». Encore aujourd’hui on s’agglutine sur les bancs le long de leurs murs.
    Expériences visuelles, expériences sonores, mystérieuses correspondances qu’on ne peut qu’imaginer s’il n’y a pas eu de mémoires pour les conter …

    • Comme je l’ai écrit dans mon billet sur Orazio Michi où vous étiez précieusement intervenue, Michèle, les univers étaient bien moins séparés qu’aujourd’hui et il ne fait guère de doute, à mes yeux, que Michelangelo Rossi avait eu à se frotter aux gens du peuple; ce que je voulais surtout suggérer, c’est que ses madrigaux ne portaient pas la trace d’une quelconque influence populaire, ce qui n’est justement pas le cas dans les airs de son collègue Michi.
      Faute de documents, on ignore évidemment tout des correspondances que les Hommes du temps pouvaient établir entre les différents arts, mais il ne demeure pas moins certain que la musique était omniprésente dans la peinture romaine de cette première moitié du XVIIe siècle, ce qui constitue au moins un bon indice de l’existence de liens qu’il nous appartient aujourd’hui de tenter de renouer.
      Merci pour votre mot et bonne fin de dimanche.

  2. Ah comme j’ai aimé ta description de « Il Bamboccio », particulièrement « un lourdaud videur de cruches » l’image est parlante ..
    Mais j’ai aimé bien plus encore ta description du tableau et le message qui sonne comme un avertissement sardonique ne fait par rire … les mains à droite sont inquiétantes et je préfère ne pas savoir ce qu’il y a dans la tasse ….. Un tableau que j’aime beaucoup.
    Les trois extraits sont très beaux, mais je dois avouer que Toccata Settima, m’a particulièrement séduite .
    Je suis allée voir la biographie de Huelgas Ensemble, comment ne pas aimer je cite « l’un des meilleurs ensembles pour l’interprétation de la musique polyphonique du Moyen Âge et de la Renaissance » .
    j’ai écouté aussi « Dulces exuviae, motet for 4 parts » Huelgas Ensemble And Paul van Nevel, une pure merveille .
    Je te dis un sincère merci cher Jean-Christophe et t’embrasse bien fort.
    Tiffen novice mais curieuse 🙂

    • Il est peut-être effectivement plus prudent de ne pas chercher à savoir ce qui se cache dans l’ombre et ce qui mijote non pas sous, mais dans ce crâne, chère Tiffen, mais, tout comme toi, ce tableau m’a énormément séduit, au point de lui consacrer ce billet — je me dis qu’on pourrait presque l’intituler L’apprenti sorcier.
      Tu as tout à gagner à aller explorer la discographie du Huelgas Ensemble qui demeure une référence pour l’interprétation du répertoire de la Renaissance. Le motet que tu as écouté est extrait d’un de ses plus beaux disques, Le Chant de Virgile, qui doit avoir été réédité aujourd’hui en collection économique.
      Je te remercie pour le temps passé ici et pour ton mot, très apprécié comme toujours.
      Je t’embrasse bien fort.

  3. Merci Jean-Christophe … Ces extraits sont vraiment magnifiques … en particulier le deuxième. Je suis juste frustrée de ne pas posséder le CD là tout de suite, immédiatement !
    Je note pour un prochain achat …
    Très bonne soirée
    Bises amicales
    Annick

    • En attendant un éventuel achat (je sais moi aussi ce que c’est que devoir attendre), je pense que ce disque peut se trouver sur des sites légaux d’écoute sur Internet, Annick. Il est vraiment très réussi, essentiellement vocal : la pièce instrumentale proposée dans ce billet est une des deux qui figurent sur cet enregistrement.
      Je suis heureux que cet article t’ait plu et je te souhaite une belle soirée.
      Amicales pensées et bises en retour.

  4. Lu avec plaisir votre billet accompagné de cet extrait qui me semble approprié au tableau. Bonne soirée Jean-Christophe.

  5. Merci, Jean-Christophe, pour cette réponse qui redresse une lecture unique qui était trop superficielle, je le reconnais ! et qui manquait de perspective.
    Bien amicalement,

    Michèle

  6. La musique de Michelangelo Rossi est extraordinaire avec ses modulations troublantes et ses chromatismes. Dans la pièce instrumentale certains passages s’échappent du réel et nous transportent dans un monde fantastique. Merci pour cette découverte.

    • Vous comprenez pourquoi j’ai parlé dans le titre de cette chronique de vertigo in musica, Pierre : il me semble que c’est exactement cette sensation que transmettent les pièces de Michelangelo Rossi.
      Merci pour votre mot, j’ai eu une pensée pour vous en publiant, la semaine dernière, sur Reicha.
      Bonne semaine.

  7. La Toccata Settima, uniquement instrumentale donc, se prête particulièrement bien à l’ambiance à la fois fascinante et inquiétante qui se dégage de cette scène de magie peinte par Van Laer.
    Pour reprendre tes termes : dissonances, errances harmoniques, suspensions, concourent en effet ici à « créer un univers assez insaisissable ». Univers qui d’ailleurs, avec trois siècles d’avance, rappel par cette pièce musicale d’autres du XXe…
    Merci pour cette découverte, ami J.-Ch. Des bises pour accompagner ce premier jour de semaine.

    • J’aime beaucoup cette Toccata, ami Cyrille, mais j’avoue également un très fort penchant pour O miseria d’amante qui en est, à mes oreilles, l’équivalent chanté : ce sont deux œuvres qui « tanguent » pas mal et mettent un malin plaisir à semer l’auditeur dans leurs méandres. Tu regardes vers ce que cette musique anticipe, je m’intéresse plutôt à ce qu’elle prolonge qui me semble être l’esprit chantourné jusqu’à la préciosité de l’Ars subtilior de la fin du XIVe siècle.
      Je te remercie pour ton écoute et ton commentaire et je t’embrasse en te souhaitant belle soirée ou bonne journée, selon le moment où tu me liras.

  8. Cet auto-portrait pose interrogation, celle de savoir si c’était une commande avec un but précis : faire peur. Si ce n’est pas le cas, l’artiste qui ne devait pas avoir un physique avantageux (en particulier quelques chicots peu attirants) maniait l’auto-dérision et jouait sur les peurs en agitant les croyances millénaires pour un combat entre les forces obscures et la lumière de la foi, transcendée par la musique évoquée par la portée au bas du tableau.
    Le diable est bien plus beau que ne le laissent penser les griffes ….

    • Théoriquement, un autoportrait est rarement le fruit d’une commande, bien chère Marie, et comme je le dis dans mon article, Pieter Van Laer n’était pas très beau. Ce qui est certain, c’est qu’il compensait ce handicap par une bonne dose d’intelligence et d’humour, comme tout le démontre dans ce tableau. En effet, si je ne suis pas persuadé qu’il soit ici question d’une opposition où entrerait la question de la Foi, l’intention ironique est, en revanche, absolument évidente : le peintre a dû beaucoup s’amuser à composer cette scène et si tu prêtes l’oreille, je suis certain que, tout comme moi, tu percevras son bon gros rire.
      Grand merci pour ton mot.

  9. D’où toute la singularité – la force disons-même – de cette très belle et intéressante pièce instrumentale, ami J.-Ch. Elle prolonge le (ou un) passé et anticipe l’avenir… 🙂 Magique.
    Des bises accompagnées d’un radieux soleil breton.

    • Je retiens le « magique », ami Cyrille, c’est un adjectif qui va tellement bien avec le tableau et la musique.
      Je t’embrasse et te souhaite une belle soirée 🙂

  10. Marie-Reine

    17 mars 2015 at 15:41

    Lorsque m’est apparu pour la toute première fois votre tableau liminaire, mes yeux se sont précipités droit sur la partition, cela ne vous étonnera pas, et j’ai mis quelques secondes à réaliser que cette trogne à la bouche si grande ouverte n’était peut-être pas en train de chanter 🙂
    Merci beaucoup, vraiment, pour ce second billet où, encore une fois, nous avons grand plaisir à tisser entre elles vos chatoyantes échevettes de peinture et de musique. Grand merci pour la découverte de ce Rossi-là : j’ai aimé les deux madrigaux si contrastés, le premier tout vésuvien (forcément !) et le dernier tout à fait saisissant – je n’en ai pas cru mes oreilles sur «io moro »ou à la cadence de « mio male ».
    Ainsi Pieter bambochait avec Valentin ? C’est que je me souviens bien de ce billet de Passée (tiens, la fonction Recherche est rétablie !) où vous évoquez les joyeux « Bentvueghels » ; d’ailleurs il y a le « Concert au bas relief » à cette même expo, me semble-t-il.
    Vous y rendrez-vous ? Je crois comprendre que vous n’avez pas encore fait le voyage. Je ne sais si j’irai mais présentement, je ne suis pas près de lâcher votre main, cher Jean-Christophe, dans ces bas-fonds romains où vous nous guidez, qui me remettent en mémoire aussi les « matrones bourrues » et les « pâles courtisanes », les « chiens crevés » et les « césars pourris ” de l’auteur des « Châtiments ».
    Je vous embrasse , comme toujours, très affectueusement.

    • Cet autoportrait est tellement original et saisissant que je ne pouvais pas passer à côté, chère Marie-Reine, et je suis heureux qu’il ait retenu votre attention. Sa découverte m’a instantanément fait songer à Michelangelo Rossi et à ses harmonies torturées, « diaboliques » en quelque sorte, et le billet s’est tissé « tout seul » (enfin, presque) autour de ces correspondances.
      Je ne sais pas si je pourrai me rendre à cette exposition, mais ce que je vois ici ou là des œuvres qui y sont données à voir me laisse imaginer sa très grande richesse. Elle fait mieux que préparer la rétrospective consacrée à Valentin qui est annoncée pour les années à venir à Paris — le si beau Concert de Strasbourg a également fait le voyage pour se montrer au Petit Palais.
      Il y aura, si tout va bien, un ultime billet autour de ces Bas-fonds auquel je suis en train de réfléchir; peut-être y trouverez-vous quelques raisons pour vous émouvoir, je veux du moins l’espérer.
      Je vous remercie bien sincèrement pour votre commentaire chaleureux qui m’a touché, comme toujours, et, en espérant que les terres étrangères vous ont été accueillantes, je vous embrasse bien affectueusement.

  11. Qu’ajouter à ta brillante et pertinente analyse, cher Jean-X ?
    Tu sais à quel point cette exposition m’a touché ainsi que ce tableau que j’ai aussi brièvement évoqué dans un de mes billets, alors j’ajouterai tout simplement ma perception, enfin un des pans de ma perception, de cette figuration : pour moi j’y ai vu, aussi, de l’ironie, comme si le peintre dénonçait la crédulité et les fantasmes des gens, un peu à la manière d’un Goya sauf que les diableries de Van Laer éclatent de couleurs dans les interstices des obscurs ténébristes, que le drame est voilé de dérision contrairement à l’expression de l’Espagnol qui, lui, dénonçait l’horreur du despotisme des croyances établies.

    • Bamboche serait-il moqueur dans cet Autoportrait, mon ami ? Je pense que c’est une hypothèse qu’on ne peut effectivement pas écarter et le tableau fonctionnerait alors comme un miroir tendu au spectateur en proie à ses peurs irrationnelles et qui s’effraie même de son ombre (celle dans laquelle est justement tapie la créature griffue). Riche œuvre, en tout cas, que celle qui autorise autant de niveaux de lecture, si loin de la platitude univoque de nombre de productions d’aujourd’hui.
      Merci pour la nouvelle perspective que tu ouvres ici.

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