Wunderkammern

Trouvailles pour esprits curieux

Au milieu du gué. Trois quatuors à cordes de George Onslow par le Quatuor Ruggieri

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Jean-Victor Bertin (Paris, 1767-1842),
Scène de forêt avec berger et nymphes, c.1810
Huile sur toile, 15,9 x 21,3 cm, Washington, National Gallery of Art

 

Ceux d’entre vous qui suivent mes publications depuis quelque temps savent que je suis très reconnaissant à l’institution, à mes yeux incontournable, qu’est le Palazzetto Bru Zane/Centre de musique romantique française d’avoir, entre autres actions méritoires, contribué à encourager la dynamique de redécouverte de l’œuvre de George Onslow, inaugurée dans le courant des années 1970 par une poignée de passionnés, en permettant notamment qu’elle soit plus largement documentée au disque comme au concert, comme ce fut le cas au printemps 2015 à l’occasion d’un festival dont elle constituait le fil conducteur, et donc offerte à la curiosité des amateurs.

 

S’il pratiqua presque tous les genres musicaux, celui où Onslow laissa l’empreinte la plus remarquable est indubitablement la musique de chambre ; son importante production dans ce domaine (on lui doit notamment 36 quatuors à cordes et presque autant de quintettes pour la même formation) témoigne non seulement de la vivacité bien réelle d’un genre qu’on a longtemps cru laissé pour compte dans la France toute toquée d’opéra de la première moitié du XIXe siècle, mais aussi de son évolution d’un style fortement marqué par le classicisme viennois incarné par Mozart et surtout Haydn vers un langage plus progressiste animé au premier chef par le souffle beethovénien, dont on imagine sans doute mal aujourd’hui à quel point il put constituer alors une révolution, une révélation. Achevés, de même que ceux de l’opus 9, en 1814, les Quatuors des opus 8 et 10 documentés dans l’anthologie que nous propose le Quatuor Ruggieri sont intéressants à plus d’un titre. Si la dette d’Onslow envers les Viennois, et en particulier Haydn, y est partout patente, une écoute attentive démontre qu’ils sont des œuvres de milieu du gué ; Pierre Louis Henri Grévedon George Onslowsous un idiome classique tout de clarté formelle et de fluidité mélodique, ils font, en effet, une place notable à l’expression subjective du sentiment – les emportements du Quatuor en ut mineur op.8 n°1 sont, à cet égard, très révélateurs et leur fébrilité est encore soulignée par l’emploi de parties en fugato presque sévères, comme dans le Finale – et au pittoresque – à l’instar de Haydn ou de Boccherini, Onslow n’hésita pas à utiliser des timbres folkloriques, comme ici dans le Minuetto du Quatuor en mi bémol majeur op.10 n°3, lequel fait partie de ceux qui intègrent un air des montagnes d’Auvergne –, ce qui les rattache à la sphère de ce que nous nommons aujourd’hui romantisme. On peut voir dans cette harmonieuse cohabitation entre références au passé et émergence d’une sensibilité moderne une dynamique semblable à celle qui anime le travail de peintres comme Jean-Victor Bertin, lesquels intégrèrent au modèle du paysage classique hérité du XVIIe siècle (songez à ceux du Lorrain) remis au goût du jour par les Néoclassiques, une vision de la nature cherchant à capturer avec de plus en plus d’acuité un état d’âme ou une impression — Bertin, élève de Pierre-Henri de Valenciennes, deviendra le maître de Camille Corot. Essentiellement autodidacte, Onslow était sans doute mieux à même que d’autres musiciens à la formation plus académique de parvenir à tirer de ces différents matériaux, auxquels il faudrait encore ajouter la tradition du quatuor dialogué à la française, particulièrement perceptible dans les passages concertants du très bel et très mozartien de tournure Andantino sostenuto du Quatuor op.10 n°3, les éléments d’un style personnel où se remarquent son sens affirmé des proportions, sa sensibilité aiguë à la mélodie, son énergie souvent farouche et sa capacité à insuffler une grande tension dramatique à la musique.

Composé de quatre musiciens œuvrant au sein des Talens Lyriques, le Quatuor Ruggieri signe ici son deuxième disque consacré à Onslow après un premier très réussi paru en 2012 chez agOgique. Le nouveau venu se situe dans le sillage de son aîné en s’en démarquant pourtant assez nettement. S’il demeure d’une toujours très grande maîtrise technique, le jeu a sensiblement gagné en souplesse et surtout en spontanéité, le geste s’étant incontestablement libéré pour donner toute sa place à une urgence que l’on ne percevait pas aussi fortement dans un opus primum où le souci de se présenter au monde sous le jour le plus favorable se payait parfois d’un minime excès de retenue. Ici, quitte à se mettre fugitivement en danger, les Ruggieri sortent de leur réserve, avancent, osent et si leur lecture demeure fidèle aux principes de lisibilité de chaque partie et de netteté de l’articulation qui signaient sa prédécessrice, elle me semble encore plus investie, plus dramatique — plus incarnée. Quatuor Ruggieri © Palazzetto Bru Zane-Rocco GrandeseDe toutes ces qualités, auxquelles il faudrait ajouter une écoute mutuelle jamais prise en défaut et des couleurs riches et bien individualisées qui ne s’affirment que pour servir l’ensemble, ce qui est la marque d’une vraie logique de quatuor, une émerge avec une évidence particulière : la complicité, qu’il s’agisse de l’entente de musiciens ayant l’habitude de se côtoyer pour jouer de concert et paraissant donc aller assez naturellement dans le même sens, mais aussi de leur réelle connivence avec l’univers d’Onslow dont le choix n’obéit certainement pas à l’opportunisme qui dicte certains projets de commande plus ou moins assumés et au résultat quelquefois douteux. Ici, on a opté pour le compositeur anglo-auvergnat en toute connaissance de cause, tout simplement parce que l’on aime sa musique et que l’on entend la servir au mieux pour la faire découvrir et apprécier à l’auditeur. Une telle disposition d’esprit explique sans doute en grande partie pourquoi l’écoute de ce disque délivre un tel sentiment de probité et de naturel ; pour peu que l’on nourrisse des affinités envers les œuvres, on s’y sent immédiatement convié, avec cette simplicité qui est la marque de la véritable élégance.

 

Le Quatuor Ruggieri nous offre donc ici une magnifique réalisation chambriste dont je vous recommande l’acquisition. J’ignore quels sont les projets de cet ensemble pour les années à venir, mais on peut gager qu’il aspirera probablement à se tourner vers d’autres compositeurs afin, ce qui me semble une aspiration légitime, de ne pas devenir prisonnier d’un seul, quand bien même il en est un des meilleurs ambassadeurs. Souhaitons malgré tout qu’il ait à cœur de ne pas faire mentir le proverbe qui veut qu’il n’y ait pas deux sans trois.

George Onslow Quatuors opus 8 et 10 Quatuor RuggieriGeorge Onslow (1784-1853), Quatuors à cordes en ut mineur op.8 n°1, en la majeur op.8 n°3, en mi bémol majeur op.10 n°3

Quatuor Ruggieri
Gilone Gaubert-Jacques & Charlotte Grattard, violons
Delphine Grimbert, alto
Emmanuel Jacques, violoncelle

Wunder de Wunderkammern1 CD [durée totale : 62’20] Aparté AP105. Wunder de Wunderkammern. Ce disque peut être acheté chez votre disquaire ou en suivant ce lien.

Extraits choisis :

1. Quatuor en ut mineur op.8 n°1 : [I] LargoAllegro agitato

2. Quatuor en mi bémol majeur op.10 n°3 : [II] Andantino sostenuto

Illustrations complémentaires :

Pierre Louis Henri Grévedon (Paris, 1776-1860), George Onslow, 1830. Lithographie, 26,5 x 21 cm, Paris, Bibliothèque Nationale de France

La photographie du Quatuor Ruggieri est de Rocco Grandese © Palazzetto Bru Zane

18 Comments

  1. Plaisir rafraîchissant d’une musique de chambre inédite ! Je trouve qu’elle n’a pas pris une ride et apporte par ses élans et son équilibre, ce qui semble contradictoire d’ailleurs, une paix bienvenue.

    Merci pour ces beaux extraits !

    • Je partage totalement votre avis, Michèle, et je trouve moi aussi cette musique d’une grande fraîcheur, ce qui n’est pas toujours le cas dans ce type de répertoire. Sans doute la trouvé-je un peu moins apaisée que vous, particulièrement dans l’extrait du Quatuor en ut mineur, mais sur l’équilibre, je vous rejoins absolument.
      Merci pour votre mot et belle fin de de journée.

  2. Le largo introductif laisse entendre sous l’archet du violoncelle comme l’appel d’un cor dans le lointain… Moment de suspension superbe et boisé (oui oui, c’est ainsi que je l’entends !), avant que n’intervient l’époustouflant crescendo et que ne s’accélère le deuxième thème agité (c’est le moins que l’on puisse dire) et allègre à la fois, ponctué d’accents staccato vifs et sans concession.
    L’andantino sostenuto, lui, nous prend par la main et nous guide gentiment sur un sentier d’une prégnante douceur de vivre fait de mille parfums et de lumière. Un calme pastoral avant que n’éclate un cinglant orage… Puis, nous reprenons notre douce promenade, un peu mouillés mais heureux.
    Merci pour ces deux moments musicaux, ami J.-Ch, dont tu te fais ici l’écho. Un deuxième opus à acquérir assurément…
    Beau dimanche, je t’embrasse.

    • « Moment de suspension boisé » écris-tu, ami Cyrille, et sans doute entrevois-tu donc mieux sur quels chemins picturaux cette musique a pu me conduire, d’où mon choix. Je t’avoue avoir eu une grosse pensée pour toi en écoutant le Quatuor dans la très beethovénienne tonalité d’ut mineur, me disant que tu y trouverais probablement ton compte s’il te tombait dans l’oreille. J’aime beaucoup également l’Andantino sostenuto qui sonne très mozartien à mon goût et me fait l’effet d’une discussion entre amis où chacun fait entendre librement sa voix; je retiens ton idée de douceur de vivre qui me semble bien correspondre à ce que je trouve ici — peut-être les amis se sont-ils retrouvés pour un pique-nique ?
      Je te remercie de t’être arrêté ici et d’avoir laissé trace de ton passage.
      Belle fin de dimanche, je t’embrasse.

  3. lesideesheureuses

    7 juillet 2015 at 10:39

    J’ai eu le privilège de les entendre à Venise, en mai. Très belle prestation dans un cadre superbe, des musiciens que j’étais heureuse de retrouver, les ayant rencontrer au côté de Christophe Rousset.
    La Fondation Bru Zane œuvre sur une programmation qui met en avant des compositeurs oubliés, sans doute n’étant plus considérés à la « mode » alors qu’ils ont une belle qualité d’écoute et d’expressivité. De ceux qui ont participé à l’évolution de l’écriture musicale.

    • Je crois bien que cette photo a été prise durant les répétitions du concert auquel vous avez assisté et vous avez bien de la chance d’avoir pu aller écouter les Ruggieri à Venise — je rêve de pouvoir voir un jour « en vrai » le Palazzetto Bru Zane dont je relaie le travail fidèlement depuis 2009. Je pense que cette institution effectue un travail patrimonial absolument remarquable qu’aucune institution française n’aurait pu conduire avec autant de constance et de ténacité puisque, chez nous, on ne considère toujours pas la musique comme une matière sérieuse, mais comme un loisir ou un art décoratif. J’ai feuilleté la brochure de la saison 2015-2016, ce qu’elle annonce promet encore de bien belles découvertes, au disque comme au concert.
      Merci pour votre commentaire.

  4. La musique de chambre prend l’air. Au milieu du gué c’est comme le milieu du jour – midi – entre ombre et lumière et si le berger reste dans l’ombre, la lumière baigne. Le contraste est encore plus saisissant sur la pochette, Forêt Noire et fulgurance de la lumière simulant une découpe de l’Angleterre. Ce doit être l’effet de la chaleur ou du romantisme, j’entends Frédéric attendant George. Merci pour ces doux moments.

    • En bondissant ainsi de mot en mot, bien chère Marie, tu traverses à pied sec sans que ton cœur le soit jamais et l’on sent bien que la fine mouche a fait son miel tant de la musique que du tableau. Merci à toi !

  5. Ooooh JC ! 🙂 Je n’oublie pas que c’est par toi que j’ai été initiée à une écoute attentive d’Onslow ! Je m’en réjouis encore aujourd’hui quand je réécoute les enregistrements acquis en fonction de tes conseils et de tes indications avisés et bienvenus.
    Ce billet a été une très heureuse surprise et un vrai bonheur d’écoute. Je vais me procurer le cd au plus vite. Quand je te disais que tu aurais du mal à me convertir à la musique romantique… Eh bien l’adage est vérifié : « Il ne faut jamais dire fontaine… » 😉 😀 Et tant mieux !!! 🙂
    Merci infiniment JC pour ce très bon moment.
    Je t’embrasse avec ma très sincère affection. A bientôt.

    • Voici donc Onslow qui te reconduit par ici, chère Ghislaine : qu’il en soit remercié 🙂 J’apprécie beaucoup ce compositeur dont je souhaiterais qu’au moins la totalité de la musique de chambre et des symphonies soit documentée au disque, si possible d’aussi belle façon que le font les Ruggieri.
      Pour ce qui est de la musique romantique, j’y suis venu, comme tu le sais, à petit pas, mais le pli est maintenant pris pour de bon. Je pourrais dire que c’est un peu par « dépit », le formatage grandissant du monde du Baroque, que tu as sans doute constaté toi aussi, m’en éloignant peu à peu (mais pas complètement), mais ce serait mentir, car j’y prends, lorsque les conditions sont réunies, un vrai et grand plaisir, tout comme au répertoire Classique d’ailleurs (je te réponds en écoutant un des Quatuors dédiés à Haydn de Mozart – le 5e, celui en la majeur – par les Cambini-Paris, c’est vraiment un régal). Alors peut-être serai-je amené à lui consacrer un peu plus de place ici, sans prétendre tenter d’y convertir qui que ce soit, naturellement 😉
      Je te remercie bien sincèrement pour ton mot et t’embrasse bien affectueusement.
      A bientôt le plaisir de te lire à nouveau.

  6. Bonsoir cher Jean-Christophe, enfin ça sera bonjour 😉
    Si tu savais comme j’aime prendre du temps comme ce soir pour venir « chez toi » , c’est un moment paisible et tu sais qu’en ce moment ce n’est pas trop à l’ordre du jour,….

    Le tableau est magnifique, sais-tu (je crois que oui) que je vais toujours voir ce que l’on dit du tableau, quelque chose qui m’aurait échappée, et du coup j’en découvre plein d’autres.

    Le premier extrait Largo-Allegro agitato m’a complètement séduite, et sais tu pourquoi ? Cette musique semble raconter une histoire, je l’écoute et écoute encore et encore, cette musique « me parle » ….
    Andantino sostenuto est différent mais tout aussi beau . Avec un tout petit moins, j’ai tellement été sous le charme de Largo-Allegro que j’ai du mal à passer à un autre morceau 🙁 c’est idiot n’est-ce pas ? Mais c’est comme lorsque l’on découvre une chanson qui nous touche, on l’écoute en boucle …
    Merci de m’avoir fait connaitre George Onslow, merci du temps passé, merci de m’avoir permis de m’échapper.
    Je te souhaite un bon vendredi, dernier jour avant le week-end , week-end qui sera encore trop court 🙁
    Je t’embrasse bien fort .
    Merci infiniment encore

    • Eh bien non, chère Tiffen, c’est bonsoir mais c’est un peu décalé dans le temps 😉
      Je suis ravi que le fait de venir ici t’apparaisse comme une parenthèse, car c’est exactement ainsi que je conçois mes billets : des moments où l’on peut faire abstraction des pesanteurs du quotidien pour se concentrer sur autre chose (de plus essentiel ?) ou simplement s’évader.
      Jean-Victor Bertin est un peintre très intéressant, « de transition » comme on dit, même si ce n’est pas une expression très pertinente. Disons qu’en dehors de l’agrément que l’on peut retirer en regardant ses tableaux, il est une étape importante dans l’évolution vers une peinture de paysage « moderne », celle de Corot et de l’École de Barbizon, puis de l’Impressionnisme.
      Pour ce qui est des extraits, certains peuvent toucher plus que d’autres, c’est certain; pour ma part, je serais bien en peine de choisir entre les deux que j’ai retenus ici et que j’aime autant l’un que l’autre pour des raisons différentes, le premier pour sa fougue et ses contrastes affirmés, le second pour ses qualités mélodiques et les dialogues entre les pupitres.
      Merci pour ton commentaire, très apprécié comme toujours, et belle soirée à toi.
      Je t’embrasse bien fort.

  7. A la lecture des commentaires précédents, je m’amuse de constater que les perceptions des uns et des autres s’entremêlent. Pour moi aussi, les moments « Passées » et « Wunderkammern » sont des bulles précieuses. La musique fait partie de mes journées, mais il y a mille et une façons de l’aborder et celle que vous nous présentez, Jean-Christophe, est aussi chaleureuse qu’un beau concert.
    En ce qui me concerne, c’est la musique romantique (et la musique française, vous le savez bien) qui m’a conduit vers d’autres chemins et j’ai bien souvent emprunté ceux du baroque depuis ma première incursion dans votre jardin.
    Jardin, paysage, nature ; nous voilà dans la scène de forêt de Bertin où je me placerais sans doute plutôt à côté du berger, en accord avec le Largo d’introduction.
    « Boisé » me parait tout à fait approprié aux couleurs du Quatuor Ruggieri, comme ce mélange suggestif de vert et de noir, déjà superbe à l’oeil, laisse loin derrière lui certaines pochettes « commerciales ». C’est sans doute la plus réussie de la discographie d’Onslow qui, finalement, est sortie de la catégorie « parent pauvre » !
    Musicalement, vous soulignez l’influence beethovenienne ; en effet, comment ne pas penser à la Pastorale ? Le plus intéressant est qu’Onslow ne se contente pas de s’inspirer de procédés d’écriture, mais qu’il renoue avec l’esprit, comme dans le 1er mouvement du Trio op. 20 ou le Finale de l’op. 26. par exemple.
    Je ne me suis pas encore vraiment penchée sur sa musique symphonique, mais cela viendra sans doute en son temps …
    Que votre dimanche soit aussi lumineux que la clairière des nymphes de Bertin.

    • Fidèle à la devise de sa famille, Festina lente, Onslow aura mis du temps à réémerger de l’ombre, Danièle, mais je crois que sa réhabilitation n’a jamais été autant sur la bonne voie, même si je crains qu’après le festival qui lui a été consacré à Venise au printemps dernier, on ne se précipite plus autant, hélas, pour servir sa musique et l’enregistrer — nous en saurons plus dans les mois à venir. En tout cas, le Quatuor Ruggieri nous a offert deux disques de très haute tenue dont je gage qu’ils vieilliront bien et qu’on les retrouvera avec un plaisir intact dans quelques années. J’aime beaucoup les ponts que vous établissez, dans votre commentaire, entre images et musique, dans lesquels je retrouve tout à fait ce que j’ai cherché à faire passer.
      Comme je crois vous l’avoir déjà confié, mon itinéraire est l’inverse du vôtre : je viens du Baroque et de ce point de départ, j’ai développé mes écoutes dans deux directions : la musique ancienne (Moyen Âge et Renaissance) assez rapidement, parce que ces périodes correspondent à mes goûts dans les autres arts, puis, plus progressivement, le classicisme et le romantisme, moins « naturels » pour moi au départ, mais qui le sont parfaitement aujourd’hui. Je compte bien, comme je l’ai écrit dans mon billet de « bon été », développer les publications du blog dans ces deux directions, sans pour autant en exclure le Baroque, bien entendu. Et, bien sûr, la musique française restera largement représentée ; c’est un goût que nous avons en commun.
      Je vous remercie bien sincèrement pour votre retour sur ce billet, car outre votre appréciation sur Onslow et Bertin, il me permet également de voir comment vous percevez mon travail et la façon dont vous l’abordez dans votre quotidien; ce sont des éléments extrêmement précieux pour qui écrit et ne sait généralement pas grand chose sur la façon dont ses propositions sont reçues.
      Je vous souhaite un très agréable dimanche et vous adresse de bien amicales pensées.

  8. Un tableau où la nature idyllique classique s’orne de statues autour de laquelle la ronde des humains s’émeut en rappels des danses sacrées à l’antique.
    Mais cette vue classique au second plan semble s’effacer au profit, en premier plan, d’un berger écrasé de solitude, minuscule eu égard aux arbres majestueux. « Silence austère » de la forêt romantique.
    Un tableau de milieu de gué, comme cette musique d’Onslow entre accents beethoviens et sensibilité nouvelle.
    Un délicieux moment.

    • Tu as tout à fait bien compris et restitué les raisons de mon choix pictural, cher Henri-Pierre. Je suis d’ailleurs très reconnaissant à cette chronique de m’avoir obligé à revenir du côté de Jean-Victor Bertin, un peintre qui me semble mériter mieux que l’oubli compte tenu de son talent propre et des voies qu’il ouvre vers l’avenir.
      Merci pour ton commentaire.

  9. Marie-Hélène

    24 août 2015 at 18:52

    C’est courageux de mettre du Onslow à l’affiche et on ne peut qu’encourager ces jeunes interprètes, d’autant qu’ils sont talentueux.
    Ils marchent dans les traces du Quatuor Prima Vista qui, depuis 1997, interprète la musique de chambre de George Onslow en France comme à l’étranger (jusqu’aux États-Unis). Ils ont à leur répertoire une vingtaine de partitions d’Onslow.
    Et puisqu’il est question de festival et de la difficulté de faire perdurer les initiatives culturelles, c’est ici l’occasion de rappeler, pour être exact, que c’est également le Quatuor Prima Vista qui a créé le premier festival dédié à George Onslow – Les Soirées Onslow – qui s’est déroulé durant 10 années dans les châteaux de la région Auvergne (de 2002 à 2011), et notamment dans celui de Valprivas où Carl de Nys avait redécouvert le compositeur dans les années 1970. Belle continuité des âmes musiciennes !
    À noter également, au rang des manifestations consacrées à Onslow, la Journée Onslow, organisée, encore à l’initiative du Quatuor Prima Vista, dans des lieux emblématiques de l’Histoire onslowienne.
    Les mélomanes (dont je fais partie) encouragent ces artistes qui inscrivent dans la durée la redécouverte éclairée du répertoire chambriste : espérons qu’ils continuent de trouver les soutiens nécessaires à la poursuite de leur belle vocation.
    Merci !

    • Je trouve effectivement, Marie-Hélène, qu’il faut bien du courage pour oser se vouer ainsi à un compositeur qui n’est tout de même pas encore pleinement reconnu alors que l’on peut lancer sa carrière en se colletant d’emblée avec ce qu’il est convenu d’appeler le « grand » répertoire, sans doute plus à même d’attirer le regard du public et des directeurs de festivals. Il est d’autant plus remarquable que le tout jeune Quatuor Ruggieri ait choisi de consacrer ses deux premiers disques à George Onslow, se plaçant ainsi dans la lignée de découvreurs que vous rappelez fort justement, avec ce petit « plus » que constitue, à mes yeux, l’utilisation d’instruments « d’époque » et d’une technique de jeu « historiquement informée. »
      Je vous remercie d’avoir accordé votre attention à cette chronique et de l’avoir prolongée d’aussi intéressante façon.

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