Wunderkammern

Trouvailles pour esprits curieux

Un été en famille. Les Danaïdes d’Antonio Salieri dirigées par Christophe Rousset

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Martin Johann Schmidt (Grafenwörth, 1718 – Stein an der Donau, 1801),
Le tonneau des Danaïdes, 1785
Huile sur cuivre, 54,5 x 77 cm, Ljubljana, Musée national de Slovénie

 

Comme vous avez pu en juger par l’extrême rareté de mes publications dans ce domaine, l’opéra n’occupe pas une place centrale dans mon quotidien de mélomane – mes étagères témoignent que ce ne fut pas toujours le cas – ce qui ne signifie naturellement pas que je n’éprouve aucun intérêt pour le genre lyrique. Je suis ainsi avec attention les publications proposées par le Palazzetto Bru Zane dans sa collection soignée de livres-disques « Opéra français » et c’est le dernier-né de cette série que je souhaite vous présenter aujourd’hui.

À l’automne 1779, Christoph Willibald Gluck quitta Paris pour rejoindre Vienne où il devait passer les dernières années de sa vie. Les séjours qu’il fit dans la capitale française entre novembre 1773 et cette date ne furent pas de tout repos ; la secousse stylistique qu’il administra au genre suranné mais toujours en faveur auprès du public de la tragédie lyrique lui attira nombre de critiques acerbes auxquelles s’ajoutèrent ensuite celles des partisans de l’opéra italien qui n’entendaient pas laisser son harmonie « escarpée et raboteuse » trop étendre son empire. Ces oppositions parfois violentes, au point que l’on put parler de Querelle des gluckistes et des piccinistes, n’empêchèrent pas le chevalier de connaître de francs succès sur la scène parisienne ; l’échec d’Écho et Narcisse en 1779 lui fit cependant sentir que son étoile ne brillait plus du même éclat et qu’il était temps de changer d’air. Bien qu’il s’en soit détourné avec un sentiment d’agacement et d’ingratitude à son égard, Gluck ne perdit pas pour autant le contact avec Paris où il conservait des relations et des appuis ; Louis XVI et Marie-Antoinette, qui avait été son élève, intervinrent même pour son retour. Le musicien sembla se laisser fléchir à tel point que l’on put annoncer que la création de son nouvel opéra aurait lieu à l’Académie royale de musique le 26 avril 1784. Le livret retenu, adaptation en français d’une Ipermnestra de Ranieri de’ Calzabigi qui s’en déclara ensuite spolié, était riche de potentialités dramatiques ; l’histoire des Danaïdes, sur fond de lutte pour le pouvoir opposant deux jumeaux, Égyptus et Danaüs, Antonio Salieri Carl Traugott Riedel d'après Gandolph Ernst Stainhauser von Treubergce dernier hanté par un oracle lui prédisant qu’il serait tué par un des fils de son frère, met en scène la lutte entre le devoir filial et l’amour, Danaüs ayant décidé, par manœuvre politique, d’accorder la main de ses cinquante filles aux cinquante fils de son rival pour mieux faire assassiner ces derniers au matin de leur nuit de noces. Mais une des jeunes femmes se refuse à ce crime : Hypermnestre aime, en effet, son promis, Lyncée, qu’elle tente de sauver par tous les moyens, en s’enfuyant de la cérémonie des noces (Acte III) puis en l’incitant à la fuite (Acte IV). Le couple finira par triompher des plans mortifères de Danaüs, finalement tué par Pélagus, l’aide de camp de Lyncée, alors qu’il s’apprêtait à éliminer sa fille décidément trop rebelle, et les Danaïdes seront précipitées aux Enfers pour y connaître des tourments éternels. Gluck joua avec cette tragédie lyrique un bon tour aux Parisiens, car s’il en confia la composition à son élève, Antonio Salieri, il leur fit d’abord croire que ce dernier y avait seulement collaboré, ne dévoilant la supercherie qu’une fois le succès assuré et lançant, par cet acte à la fois facétieux et généreux, la carrière parisienne de son poulain.

Ce dernier a parfaitement su mettre ses pas dans ceux de son maître en livrant un drame resserré, débordant de tension voire haletant, tout en y ménageant des moments de tendresse dont les airs de romance démontrent à quel point il avait été instruit en profondeur sur le goût du public pour lequel il écrivait. Dans cette partition, rien ne semble avoir été laissé au hasard, ni l’enchaînement des épisodes, ni les effets spectaculaires, ni les danses qui viennent rehausser principalement l’Acte III (celui de l’Hymen) en apportant à un ensemble majoritairement sombre des touches de détente bienvenues, ni les couleurs instrumentales maniées avec un pinceau extrêmement sûr. Cette finesse dans l’élaboration – et qui voudra vraiment prendre le temps d’écouter ce qui se passe à l’orchestre en retirera autant de plaisir que d’admiration tant ce tissu souvent somptueux est toujours impeccablement coupé – est tout entière mise au service du théâtre qui y gagne une foudroyante efficacité.

On sait que Christophe Rousset aime à délaisser épisodiquement la musique baroque sur laquelle il a bâti son succès pour se frotter à des œuvres d’esthétique plus classique, comme l’ont, entre autres, démontré jadis son Antigona de Traetta ou, plus récemment, son Renaud de Sacchini ; il me semble que jamais ses affinités avec ce répertoire n’avaient été plus patentes qu’avec ces Danaïdes portées, d’un bout à l’autre, par un sentiment d’urgence que le chef montre souvent au concert sans qu’il se retrouve toujours nécessairement dans ses disques. Il peut sembler paradoxal, dans le cadre de la chronique d’un enregistrement d’opéra, de saluer l’orchestre avant les chanteurs, mais les Talens Lyriques nous offrent ici une telle démonstration de cohésion, d’énergie et de virtuosité qu’ils s’imposent d’emblée comme le ciment essentiel de toute cette aventure. On remerciera d’autant plus la prise de son très détaillée d’Hugues Deschaux qui, sans être clinique, sait tirer le meilleur de la salle de l’Arsenal de Metz et restituer la netteté du phrasé, les couleurs savoureuses et l’impact presque physique qui signent le travail d’instrumentistes audiblement chauffés à blanc par leur directeur. Répétition des Danaïdes Les Talens Lyriques Christophe RoussetLes solistes sont globalement d’excellent niveau ; malgré quelques flottements très ponctuels dans la prononciation du français, ce sont bien sûr Judith van Wanroij et Tassis Christoyannis qui tirent leur épingle du jeu en incarnant avec beaucoup de crédibilité et de force les deux figures centrales du drame, la première une courageuse Hypermnestre, touchante dans son déchirement face au choix auquel elle se trouve confrontée et qui la conduit au bord de la folie, le second un Danaüs retors et implacable, à la haine presque opaque tant elle est concentrée. Un rien en retrait du fait de la moindre puissance de son rôle, Philippe Talbot est néanmoins un noble Lyncée qui sait parfaitement rendre la dimension tendre et blessée d’un personnage qui est un amoureux rudement ballotté par un complot dont les ressorts lui échappent avant que les circonstances le muent en héros vengeur ; à Katia Velletaz et Thomas Dolié échoient enfin de donner vie aux furtifs Plancippe et Pélagus (ainsi qu’aux trois Officiers de l’Acte V), ce dont il s’acquittent à merveille. La relative déception vient du chœur, généreusement employé par Salieri et protagoniste à part entière de l’action ; force est, en effet, de constater que si sa discipline n’appelle aucune remarque, l’articulation et lisibilité des Chantres du Centre de musique baroque de Versailles demeurent perfectibles et en-deçà de ce que l’on est en droit d’attendre d’un ensemble spécialisé — on rêve de ce qu’aurait pu être ici la prestation du Chœur de Chambre de Namur.

Cette réserve, si elle jette sur elle une ombre légère, ne doit cependant pas faire perdre de vue que cette réalisation, la seule, sauf erreur de ma part, sur instruments anciens, dirigée avec autant de science que d’instinct par un Christophe Rousset des grands jours qui parvient à transmettre à ses troupes la flamme qui l’habite, prend la tête des quatre enregistrées à ce jour et sans doute pour un bon moment, car il ne me semble pas que l’on se pressera beaucoup, à l’avenir, pour graver à nouveau ces Danaïdes traversées de fureur et parfois de tendresse. Si vous vous sentez d’âme lyrique et désirez vous offrir quelques beaux frissons, cette interprétation palpitante n’attend que vous.

eess_15_03_salieri_cov_rt_b08Antonio Salieri (1750-1825), Les Danaïdes, tragédie lyrique en cinq actes sur un livret de François Bailli du Roullet et Louis-Théodore de Tschudi d’après Ranieri de’ Calzabigi

Judith van Wanroij, Hypermnestre
Philippe Talbot, Lyncée
Tassis Christoyannis, Danaüs
Katia Velletaz, Plancippe
Thomas Dolié, Pélagus, Officiers
Les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles
Les Talens Lyriques
Christophe Rousset, direction

2 CD [durée : 72’28 et 35’58] Ediciones Singulares/Palazzetto Bru Zane ES1019. Ce livre-disque peut être acheté chez votre disquaire ou en suivant ce lien.

Extraits choisis :

1. Ouverture

2. Acte I : « Jouissez du destin propice » (Danaüs)

3. Acte II : « Par les larmes dont votre fille » (Hypermnestre)

4. Acte III : « Rends-moi ton coeur » (Lyncée)

5. Acte IV : « Lyncée, à tes genoux » (Hypermnestre, Lyncée)

6. Acte V : « Mais du courroux du ciel » (Lyncée, le Peuple, les Danaïdes, les Démons)

Illustrations complémentaires :

Carl Traugott Riedel (Leipzig, 1769-c.1832) d’après Gandolph Ernst Stainhauser von Treuberg (1766-1805), Antonio Salieri, c.1802. Eau-forte, 21,5 x 15 cm, Paris, Bibliothèque nationale de France

L’auteur de la photographie de Christophe Rousset et des Talens Lyriques répétant les Danaïdes en novembre 2013 n’est pas mentionné.

18 Comments

  1. Bonjour Jean-Christophe,
    « L’été en famille » ne m’est guère favorable aussi je suis heureuse que vous ayez choisi précisément ce jour pour faire paraître cette chronique qui me ravit et dont la résonance en moi est indéniable par certains côtés.
    J’aime l’opéra, vous le savez, et j’avoue ne pas connaître du tout cette oeuvre. Comme beaucoup de personnes, je possède quelques belles versions d’opéras italiens, russes, allemands et fort peu en français -pas même Rameau dans une oeuvre intégrale- hormis la célébrissime « Carmen ».
    Vos écrits si alléchants et les extraits choisis ne peuvent que m’inciter à découvrir ce double CD. En sus, ce point fort qui attise ma curiosité : l’unique oeuvre réalisée avec des instruments anciens vers lesquels je tends de plus en plus. Votre réserve pour les choeurs ne m’a pas échappée, elle est « secondaire » pour moi. Vous étonnerai-je si je vous disais que le rôle d’Hypermnestre me plaît tout particulièrement ?
    Je n’y connais strictement rien dans le domaine de la peinture. J’aime ou je n’aime pas, telle est la seule chose que je puisse en dire. Je suis toujours attentive à vos choix sans en saisir pleinement le sens. Lire vos amis ici et ailleurs me permet, parfois, de comprendre pourquoi j’aime tel ou tel tableau. Celui-ci a mes faveurs.
    Merci pour cette superbe découverte et ce partage avec nous en ce jour bien particulier pour une autre personne qui m’est chère, une « main amie ».
    Je vous souhaite une excellente journée dominicale ainsi qu’à votre entourage, vos fidèles amis et vos lecteurs que je salue au passage.
    Toujours avec sincérité et pensées amicales,
    Evelyne

    • Bonjour Évelyne,
      Comme vous l’avez bien compris, le titre cette chronique est clairement ironique, car quand on connaît l’histoire des Danaïdes, on se dit que cette famille aurait justement tout fait pour ne pas passer son été ensemble — vous me connaissez assez aujourd’hui pour savoir à quel point j’aime à jouer avec les mots et leurs sens.
      J’écoute aujourd’hui beaucoup moins d’opéra qu’autrefois, même si je me vois mal faire l’impasse sur certaines œuvres auxquelles je suis extrêmement attaché, comme l’Orfeo de Monteverdi ou Die Zauberflöte de Mozart, qui toutes deux ont été fondatrices pour moi. J’ai redécouvert Carmen il y a quelques années grâce à la lecture magistrale de John Eliot Gardiner, la seule, à mes yeux, à égaler celle de Thomas Beecham (1956-59), j’y ai pris un immense plaisir. Oh, je profite de cette réponse pour vous signaler la parution, cet automne chez Harmonia Mundi, de la version de René Jacobs de Die Entführung aus dem Serail, une nouveauté susceptible de vous intéresser et dont, pour ma part, je ne compte pas me priver.
      Je pense que vous pourriez tout à fait trouver votre compte avec ces Danaïdes qui, hormis du point de vue du chœur, possèdent vraiment toutes les qualités et je vous engage, si vous en avez la possibilité (je sais trop moi-même ce que c’est que ne pas pouvoir s’offrir ce que l’on souhaite pour ne pas envisager que d’autres puissent être confrontés au même problème), à faire l’acquisition de ce livre-disque superbement présenté.
      Je vous remercie pour votre commentaire et vous adresse de bien amicales pensées dominicales.

  2. Sébastien Mouton

    19 juillet 2015 at 12:25

    Un article très intéressant. Etant novice, en la matière, il fut pour moi riche en enseignements. Je te remercie Jean-Christophe, d’avoir pensé à aborder l’Opéra.
    Ce fut une belle exploration du l’oeuvre d’Antonio Salieri.

    • Je suis très touché non seulement que tu sois venu jusqu’ici, Sébastien, mais que tu aies en plus pris le temps d’y déposer un commentaire. Si cette chronique t’a permis de découvrir un peu mieux cet opéra, j’en suis sincèrement ravi et, qui sait, peut-être prendras-tu plaisir à y revenir.
      Un grand merci à toi et bon dimanche.

  3. De cette tragédie lyrique en cinq actes de Salieri, je n’avais jusques ici eu la curiosité que d’en écouter la brillante et majestueuse Ouverture – laquelle à chaque fois que je l’entends m’éblouis et me fait frissonner ; l’esprit de Gluck dans sa composition n’y étant sans doute pas étranger et que l’on retrouve dans le cinquième extrait. Ouverture écoutée déjà, d’ailleurs, par Christophe Rousset et Les Talens Lyriques dans l’enregistrement parrainé par le Palazzetto Bru Zane « Les Héroïnes Romantiques » vol. 3 édité par Virgin Classics en 2011, avec une Véronique Gens extraordinaire.
    Les cinq extraits que tu proposes ici, donnant respectivement un aperçu des cinq actes de la tragédie, témoignent visiblement et de la valeur de l’ouvrage et de la diversité des couleurs orchestrales comme vocales. Les Talens Lyriques sont, à l’écoute de ces extraits, superbes en effet. L’air de l’acte II chanté par Judith van Wanroij est d’une éblouissante splendeur tant compositionnelle que dans son interprétation. « Rends-moi mon cœur » est admirablement chanté ; la diction savoureuse. Enfin, l’extrait n°5, d’une puissance parfaitement rendue je trouve, est tout simplement grandiose et effrayant. On frissonne et l’on est ébloui.
    Oui, vraiment, bravo aux musiciens pour cet enregistrement à acquérir. Malgré le bémol que tu soulignes envers le chœur.
    Heureux dimanche, mon ami. Et des bises.

    • Avant la parution de ce disque, je ne connaissais tout comme toi des Danaïdes que l’Ouverture, ami Cyrille, mais compte tenu des enregistrements écoutés ou parcourus durant la préparation de cette chronique, je ne regrette pas d’avoir attendu pour me familiariser plus complètement avec cette œuvre qui est un de mes coups de cœur de ce semestre. Malgré les limites du chœur que je ne pouvais pas ne pas signaler, je trouve que la lecture de Christophe Rousset est en tout point magistrale, avec un engagement de tous les instants et une classe folle qui surclassent haut-la-main ses concurrents. Que l’on soit amateur d’opéra ou non, il me semble que celui-ci est à connaître tant pour ses beautés que pour l’étape qu’il marque dans l’évolution du goût — on est dans la tradition de Gluck, mais on est déjà après; j’espère qu’un exemplaire pourra rejoindre tes étagères dans un temps pas trop lointain.
      Je te remercie pour ton commentaire enthousiaste et t’embrasse en te souhaitant bonne fin de dimanche.

  4. Bonjour cher Jean- Christophe
    Je viens de constater que lorsque l’on écrit un commentaire sur ton blog et que l’on ne fait « laisser un commentaire » et bien il ne part pas ! ^^ C’est en allant voir ce matin , que je m’en suis aperçue. J’ai eu un éclair de lucidité. ..Oups !

    Je dois t’avouer que j’avais un a priori quand j’ai vu que tu avais consacré ta chronique à l’opéra( dont je ne suis pas friande).
    Mais surprise, je me surprends à aimer et la façon dont tu parles de cet opéra donne vraiment envie de l’écouter.
    Ta chronique est passionnante et enrichissante. J’ai vraiment pris du plaisir à la lire.
    Le tableau choisi est très beau et j’ai bien saisi la pointe d’humour « d’un été en famille  »

    Un très grand merci à toi cher Jean-Christophe
    Je te souhaite une bien belle journée.
    Je t’embrasse bien fort.

    • Bonsoir chère Tiffen,
      Oui, mais là, ce n’est pas de l’opéra, ce sont les Danaïdes 😉 Je souris, parce que, tout comme toi, je ne cours pas après ce genre musical, du moins nettement moins qu’il y a encore une dizaine d’années où il occupait dans mes écoutes une place non négligeable. Des productions comme celle-ci te « réconcilient » (je mets des guillemets parce qu’il n’y avait pas fâcherie) avec ce genre tant elles sont passionnantes et menées avec soin. J’ai pris beaucoup de plaisir à écrire sur ce disque et je suis ravi qu’il en reste « quelque chose » pour le lecteur, c’est cette volonté de transmission qui, comme tu le sais, fonde toute ma démarche.
      Je te remercie pour ton commentaire et t’embrasse bien fort.

  5. Je me réjouis de cette chronique JC. En effet – mais peut-être le sais-tu – je m’intéresse depuis un bon moment à la musique de Salieri (toi aussi me semble-t-il ?) – ceci dans le cadre de mes propres infidélités au baroque… Jusqu’en direction de la musique romantique ! 😉 – et me suis procuré, à ce titre, cet enregistrement qui avait piqué ma curiosité.
    Je suis donc heureuse de connaître ton sentiment sur la lecture que donnent Christophe Rousset et les Talens Lyriques de cet ouvrage de Salieri que j’avais approché, comme toi, dans un premier temps, à travers l’ouverture. Celle-ci ne m’a pas déçue ! J’aime cette interprétation vibrante et habitée. Je pense qu’elle est appelée à devenir « de référence ».
    Quant au choeur, et pour ce que je connais de l’écriture des opéras de Salieri (c’est à dire bien peu !), sa forte présence me semble être l’une des caractéristiques de cette dernière, mais peut-être me trompé-je. J’avoue que ceci me convient 🙂
    Je suis ravie d’avoir lu tes lignes, chaque passage ici est, je me répète, JC, pardon, « un instant de rêve et de pause dans le tumulte de la vie ». Et c’est aussi bien davantage : le plaisir d’apprendre, toujours un peu plus, tant sur la musique que sur la peinture (j’aime le tableau en début de billet) à travers tes mots.
    Merci JC. Avec mon affection sincère, je t’embrasse et te dis à bientôt.

    • Oh, mais tu fais donc vraiment des infidélités au Baroque, Ghislaine 😉 ? Et elles vont même jusqu’à acheter des disques de compositeurs actifs après 1760 😛 ? Je te taquine, bien entendu, car je sais ton ouverture d’esprit et ces Danaïdes étant interprétées sur instruments d’époque ne sont, de toute façon, qu’un demi-péché 😀
      Soit dit en passant, je suis ravi des excellents échos que recueille cet enregistrement, car ils vont au rebours d’une tendance constatée ces derniers temps dans le « milieu » qui consiste à casser du sucre sur le dos de Christophe Rousset en prétendant qu’il est un chef et un claveciniste également peu intéressants, ce en quoi je ne suis résolument pas d’accord. Cette réalisation le démontre avec éclat pour ce qui est de la direction et quelque chose me dit que certain Premier Livre du Clavier bien tempéré à paraître (je ne sais pas si tu as écouté sa lecture du Livre II, mais je la trouve excellente) se chargera de l’autre point.
      Les chœurs sont effectivement très présents ici (on n’est quand même pas pour rien élève de Gluck) mais je regrette que cette forte participation fasse ressortir des défauts de lisibilité et d’articulation que je trouve parfois gênants (j’ai même parfois été obligé de recourir au livret).
      Je te remercie une fois encore pour ton commentaire et tes encouragements; tu sais qu’ils comptent à mes yeux.
      Je t’embrasse bien affectueusement et te dis à bientôt.

  6. Bonjour Jean Christophe,
    Merci pour cet article passionnant sur les Danaïdes de Salieri. J’avais déjà écouté cet opéra interprété par les Talens Lyriques en replay mais j’ignorais qu’un CD lui avait été consacré. Quelle musique extraordinaire! Quelle puissance dramatique mais aussi quelle audace harmonique qui me semble parfois anticiper Berlioz. Bonne nouvelle pour les amateurs passionnés de Salieri dont je fais partie, de disposer ainsi d’une version exemplaire d’un de ses opéras (avec La Grotta di Trofonio dirigée par le même chef). J’attends également qu’une version « historiquement informée » d’Axur re d’Ormus soit enregistrée par la même équipe. Cet orchestre a un son fabuleux, caractéristique certainement due à la qualité des instrumentistes mais aussi à celle des instruments anciens. Très bonne soirée. Piero

    • Bonsoir Piero,
      Vous avez tout à fait raison de souligner les audaces de Salieri dans cette partition et le caractère parfois fulgurant de ses trouvailles; nous sommes ici bien loin de l’image compassée hélas très tenace qu’a véhiculé le célèbre film Amadeus («Je parlerai au nom de tous les médiocres de la Terre ») de ce compositeur qui mériterait sans doute une plus complète et scrupuleuse exploration, à laquelle les équipes du Palazzetto Bru Zane pourrait fort bien se livrer pour la partie française de sa production.
      Je n’avais pas entendu la captation en public des Danaïdes, je n’en ai découvert des extraits qu’après avoir bouclé cette chronique — au fond, tant mieux, ça m’a permis de ne pas me faire influencer. Je vous confirme que l’apport des instruments anciens et du jeu approprié pratiqué par des musiciens de très grande qualité fait une sacrée différence; j’ai écouté une autre version du même opéra paru chez Oehms classics, pas indigne (le chœur y est souvent meilleur) mais avec un orchestre traditionnel, la lourdeur en est simplement insupportable.
      Belle soirée à vous et merci pour votre commentaire.

  7. Une famille comme on les aime, « nœuds de vipères » de tous lieux et de toutes époques, j’en appelle aux Thérèse Desqueyroux et autres Folcoches de notre littérature. Et ce n’est qu’un exemple dont se font l’écho tant et tant de romans, livrets et… chroniques judiciaires.
    J’aime ce foisonnement où amours et haines, tendresses et cruautés s’emmêlent en mots et musiques faits pour s’entendre, de demandes suppliantes de restitution d’un cœur en explosions de courroux célestes (mes deux extraits préférés).
    L’inextricable bouillonnement des sentiments et des actions est magistralement illustré par le tableau de Schmidt que tu nous proposes où l’admirable construction pyramidale du centre est démentie par les entonnoirs abyssaux qui la cernent, où l’agitation fébrile des danaïdes s’épuise en vain contre la cruelle placidité de la déité qui commande le flux des eaux.
    La supercherie malicieuse et généreuse de Gluck, l’inconstance versatile des publics et en filigrane la bienveillance avisée d’une Reine, voilà de quoi captiver en musique un dix-huitiémiste qui, sortant de cette parenthèse Élyséenne pour retourner dans l’arène, te remercie de ce délicieux moment 😉

    • Tu saisis mieux l’ironie de mon titre, mon ami, et j’avais fait le pari avec moi-même que ces Danaïdes, qui s’inscrivent si parfaitement dans une période historique qui t’est chère, trouveraient sans doute le chemin de ton cœur. Je t’avoue goûter infiniment les anecdotes autour de la création de cet opéra qui illustrent, outre la permanence du comportement du public parisien, qu’un passage de témoin se peut faire avec bonheur et désintéressement.
      Je te remercie pour ton commentaire et suis ravi que ce billet t’ait soustrait quelques minutes à tes obligations.

  8. Quand le courroux du ciel permet une replongée au sein du tonneau, les Danaïdes font oublier le Démon. Pas le chœur à chanter.

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