Wunderkammern

Trouvailles pour esprits curieux

Au salon des ailleurs. Les Sauvages par Béatrice Martin

Peintre anonyme XVIIIe siècle Nature morte aux porcelaines et aux oiseaux

Peintre anonyme, XVIIIe siècle,
Nature morte aux porcelaines et aux oiseaux, c.1725-30
Huile sur toile, 105 x 139 cm, Paris, Musée des arts décoratifs
Photographie © MAD/Jean Tholance

 

« Les habitants de Paris sont d’une curiosité qui va jusqu’à l’extravagance. Lorsque j’arrivai, je fus regardé comme si j’avais été envoyé du ciel ; vieillards, hommes, femmes, enfants, tous voulaient me voir. Si je sortais, tout le monde se mettait aux fenêtres ; si j’étais aux Tuileries, je voyais aussitôt un cercle se former autour de moi ; les femmes même faisaient un arc-en-ciel nuancé de mille couleurs, qui m’entourait ; si j’étais aux spectacles, je trouvais d’abord cent lorgnettes dressées contre ma figure : enfin, jamais homme n’a tant été vu que moi. Je souriais quelquefois d’entendre des gens qui n’étaient presque jamais sortis de leur chambre, qui disaient entre eux : « Il faut avouer qu’il a l’air bien Persan. » »

Antoine Coypel Mohammed Temin ambassadeur du Sultan du Maroc assistant à un spectacle dans une loge de la Comédie Italienne à ParisJe ne pouvais commencer cette chronique autrement qu’en citant un passage de la fameuse Lettre XXX que Rica adresse à Ibben dans les Lettres persanes, cet ouvrage paru, pour contourner les ciseaux de la censure, sous couvert d’anonymat à Amsterdam en 1721, dans lequel Montesquieu brosse un portrait au vitriol du Paris de la Régence. En enveloppant sa critique dans un voile d’exotisme, l’auteur se plaçait dans le sillage d’un goût pour l’ailleurs qui, s’il lui préexistait, allait connaître son apogée au XVIIIe siècle et imprégner toutes les expressions artistiques. Porté par le phénoménal succès de la parution, en 1704, du début de la traduction des Mille et une Nuits par Antoine Galland, l’orientalisme quitte en effet les cercles savants pour se diffuser dans tous les salons de l’Europe des Lumières, tandis que chinoiserie et, plus tard dans le siècle, japonisme vont marquer les arts, en particulier décoratifs, avec un raffinement dont attestent tant les précieux cabinets de laque que la vaisselle et les indiennes de la manufacture de Jouy qui sont parvenus jusqu’à nous. La musique ne pouvait pas demeurer à l’écart de cette appétence pour l’étranger, compris, comme nous le verrons, au sens large de ce qui déroge aux règles bien codifiées de l’esthétique dominante. Disons-le clairement, on chercherait en vain, dans les œuvres que donne à entendre le récital de Béatrice Martin, qui couvre une période comprise entre la publication des Pièces de clavecin de Jean-Henri d’Anglebert (1689) et celles d’Antoine Forqueray (1747), les traces de tentatives d’imitation d’airs exotiques ; l’évocation des lointains est avant tout prétexte aux effets pittoresques et non à une quelconque forme d’ethnomusicologie. Le fil thématique se fait quelquefois un peu lâche, comme dans le cas de la Passacaille d’Armide brillamment transcrite par d’Anglebert d’après l’opéra de Lully et ce malgré les origines musulmanes de l’héroïne, mais il me semble que le propos de ce parcours est également d’offrir un aperçu de l’imaginaire des premières décennies du règne de Louis XV où une certaine nostalgie du Grand Siècle, parfaitement illustrée par François Couperin, côtoie les recherches de Rameau, dont l’Enharmonique a dû sembler assez violemment exotique aux oreilles de ses contemporains, au point que l’auteur se sente obligé de préciser à son propos qu’« on s’y accoutume cependant pour peu qu’on s’y prête, et l’on en sent même toute la beauté quand on a surmonté la première répugnance que le défaut d’habitude peut occasionner en ce cas », et les efflorescences d’une grâce très Pompadour merveilleusement illustrée par la Sensible de Pancrace Royer. Il est particulièrement intéressant de noter que toutes les pièces dont le titre évoque l’ailleurs sont fortement tributaires soit de la danse comme Les Chinois de Couperin qui alternent gigue lente et bourrée, ou L’Égyptienne et Les Sauvages de Rameau qui immortalisent l’un la danse d’une Bohémienne sous un nom que n’entachent pas les préjugés attachés à ce peuple depuis les édits pris par Louis XIV à son encontre et l’autre celle des Indiens de Louisiane qui se produisirent à Paris en 1725, soit de l’opéra, telle la Marche des Scythes de Royer, véritable morceau de bravoure dans lequel la virtuosité vaut pour elle-même tiré de son ballet héroïque à succès Zaïde, reine de Grenade (1739) où il porte le nom d’Entrée pour les Turcs en rondeau. Antoine Coypel Jeune noir tenant une corbeille de fruits et jeune fille caressant un chienLa Portugaise de Forqueray – on devrait plutôt écrire des Forqueray tant le travail du fils, Jean-Baptiste, sur le matériau original pour la viole composé par son père, Antoine, va au-delà d’une transmission littérale – évoque, quant à elle, le jeu d’une guitare, cet instrument véhiculant l’image d’espagnolades populaires et vaguement sulfureuses, aux antipodes de la noblesse du luth si prisée par les Français. Sans entrer trop avant dans les détails, les autres œuvres du programme, sans prétendre obligatoirement à l’exotisme, se rattachent plus ou moins fermement à celles qui en portent la marque, les unes par leur origine scénique réelle – l’Allemande de Royer est extraite de son Pouvoir de l’amour donné en 1743 – ou suggérée, comme les Pavots de Couperin berceurs comme un Sommeil d’opéra, les autres par leur caractère de portrait, telle la solennelle Couperin de Forqueray, voire d’autoportrait lorsque ce même Couperin ouvre et referme son vingt-septième et ultime Ordre sur deux pièces en si mineur qui ressemblent aux deux faces de sa personnalité, mélancolique et tendre Allemande L’Exquise, insaisissable et narquoise Saillie (François « Le Grand » nous avait déjà joué semblable tour dans la Deuxième suite de ses Pièces de viole en faisant malicieusement se succéder Pompe funèbre et Chemise blanche).

Le nom de Béatrice Martin n’est sans doute pas immédiatement familier pour beaucoup, cette claveciniste discrète s’étant surtout distinguée comme continuiste et quelquefois soliste au sein de nombre d’ensembles, dont Les Folies Françoises qu’elle a cofondé avec le violoniste Patrick Cohën-Akenine. La variété du programme qu’elle propose dans cette anthologie où, pour la première fois, elle est seule en scène, permet d’apprécier pleinement les multiples facettes de son art qui trouve à s’exprimer sur un magnifique instrument réalisé vers 1720 par Nicolas et François-Étienne Blanchet sur la base du grand ravalement d’un clavecin anversois signé vers 1645 par Ioannes Couchet, dont les nuances et les couleurs sont parfaitement restituées par la prise de son très précise et naturelle de Hannelore Guittet. La qualité qui me paraît définir le plus justement l’approche de la musicienne est le raffinement, qui s’exprime tant du point vue de la fluidité du toucher, de la clarté des registrations que de la recherche permanente d’équilibre qui semble la guider ; Béatrice Martin © Géraldine Aresteanuc’est aussi sa limite, car si elle n’oublie jamais de rendre sensible la dimension théâtrale des partitions, sa volonté d’éviter tout histrionisme handicape légèrement Les Sauvages et surtout La Marche des Scythes dont un Skip Sempé a montré, dans un récital mémorable (A french collection, Paradizo, 2009) que tout amateur de clavecin français doit avoir dans sa discothèque, quelle ivresse il était possible d’en attendre. La noblesse de la Passacaille d’Armide est, en revanche, rendue avec beaucoup de pertinence, et les deux œuvres de Forqueray sont caractérisées d’un trait ferme et avec sens aigu du pittoresque. Cependant, ce que laissaient deviner les lectures aussi finement architecturées que senties tant de l’Enharmonique de Rameau que de l’Allemande et de la Sensible de Royer, éclate dans la dernière partie du disque qui offre du Vingt-septième Ordre de Couperin une version en tout point splendide qui manie avec autant de brio la confidence et l’humour et trouve toujours la densité sonore et émotive qui convient : le royaume d’élection de Béatrice Martin est celui de l’intimité et si elle cherchait vers quel compositeur concentrer son effort futur, les affinités évidentes qui s’expriment dans ce quart d’heure final en forme d’apothéose le lui désignent assurément. On espère donc maintenant réentendre bientôt la claveciniste et, pourquoi pas, ce superbe clavecin dans un programme plus unitaire, voire monographique, et on la suivra avec attention compte tenu du plaisir qu’elle a su nous donner tout au long de cet attachant premier récital.

Les Sauvages Béatrice MartinLes Sauvages, pièces pour clavecin de Jean-Philippe Rameau (1683-1764), Antoine Forqueray (1672-1745), Joseph Nicolas Pancrace Royer (c.1705-1755), Jean-Henri d’Anglebert (1629-1691) et François Couperin (1668-1733)

Béatrice Martin, clavecin Ioannes Couchet (Anvers, c.1645) ravalé par Nicolas et François-Étienne Blanchet (Paris, c.1720)

1 CD [durée : 61’02] Cyprès CYP1672. Ce disque peut être acheté chez votre disquaire ou en suivant ce lien.

Extraits choisis :

1. François Couperin, Les Chinois (Lentement – Viste – Lentement)

2. Pancrace Royer, La Sensible (Rondeau)

3. Antoine Forqueray, La Portugaise (Marqué et d’aplomb)

Illustrations complémentaires :

Antoine Coypel (Paris, 1661-1722), Mohammed Temin, ambassadeur du Sultan du Maroc, assistant à un spectacle dans une loge de la Comédie Italienne à Paris, c.1682, Huile sur toile, 28 x 22 cm, Versailles, châteaux de Versailles et de Trianon

Antoine Coypel (Paris, 1661-1722), Jeune noir tenant une corbeille de fruits et jeune fille caressant un chien, c.1682. Huile sur toile, 28 x 21 cm, Paris, Musée du Louvre

La photographie de Béatrice Martin, tirée du site Internet de l’artiste est de Géraldine Aresteanu.

19 Comments

  1. Magnifique billet.
    Que ce tableau se marie bien à cette musique.
    Ma journée commence donc bien…

    Bon dimanche Jean-Christophe

    • Merci Chantal pour votre appréciation sur ce billet; je trouve, tout comme vous, que tableau et musiques se répondent bien.
      Je suis heureux d’avoir contribué à rendre agréable le début de votre dimanche. Puisse sa suite être belle.

  2. Par les trois extraits que tu proposes ici, le perfectif rendu de la prise de son de Hannelore Guittet honore l’instrument superbe des Blanchet sur lequel joue la discrète musicienne. Je note ta toute petite réserve (Les Sauvages, La Marche des Scythes) ; il n’empêche effectivement que ce premier enregistrement de Béatrice Martin augure assurément d’un très agréable moment d’écoute… Et, tout comme toi, souhaitons que ce récital en appelle d’autres…
    Quant à ton billet, mon ami, j’aime beaucoup la façon dont tu as su l’introduire en citant le baron de Montesquieu, ainsi que la manière de l’illustrer par ces toiles d’un ailleurs qui répondent tout à fait ce me semble aux musiques ici en présence.
    Je te souhaite un heureux dimanche, J.-Ch, et t’embrasse.

    • Je ne pouvais passer sous silence le fait que la lecture de Béatrice Martin me paraît un peu en retrait dans ces deux pièces à la virtuosité plus extérieure, ami Cyrille, et je pense qu’il s’agit vraiment d’une question d’affinités car la musicienne montre partout la solidité de ses moyens techniques. Je t’avoue être complètement conquis par ce clavecin que j’espère vraiment pouvoir réentendre dans d’autres enregistrements, en particulier dans François Couperin qui lui va si bien.
      La référence au Montesquieu des Lettres persanes me semblait vraiment aller de soi dans un tel contexte; j’ai pris grand plaisir à parcourir cet ouvrage que je n’avais plus ouvert depuis longtemps à l’occasion de cette chronique.
      Je te souhaite une bonne fin de dimanche – ici, c’est Rameau qui règne en maître sur l’après-midi – et t’embrasse en te remerciant pour ton commentaire.

  3. Bonjour cher Jean-Christophe,
    Je me dis en voyant les tableaux qui illustrent ta chronique que tu as dû y passer du temps, mais ils sont là où ils se devaient d’être.
    Ta chronique que j’ai lu et relu, oui j’ai le cerveau lent, (et non pas le cerf-volant), quel plaisir une nouvelle fois ! . Une parenthèse bien agréable dans le tumulte qui règne en ce moment dans ma petite vie.
    Ce qui est certain, c’est que je retiendrai le nom de Béatrice Martin.
    Comment ai-je pu ignorer jusqu’à il y a peu, le merveilleux son du clavecin.
    Et voilà un commentaire à la Tiffen ..
    Je te dis bien sincèrement un tout grand merci.
    Je t’embrasse bien fort cher Jean-Christophe.

    • Bonjour chère Tiffen,
      Quand règne le tumulte, quoi de mieux que s’accorder une parenthèse musicale ? Tu l’as fait en ce début d’après-midi dominical et j’espère que tu en es sortie rassérénée, voire ragaillardie.
      Je te confirme qu’il m’a fallu un peu plus de cinq minutes pour dénicher les illustrations, mais j’en suis finalement assez content, car elles parlent le même langage que les pièces qui composent ce récital qui rêve de pays lointains tout en demeurant parfaitement ancré dans l’esprit français de son époque. Retiens bien le nom de Béatrice Martin, car j’imagine que cet enregistrement ne demeurera pas sans lendemain — je l’espère, du moins.
      Je te remercie bien sincèrement pour ton passage ici et pour ton mot.
      Je t’embrasse bien fort en te souhaitant une bonne fin de dimanche.

  4. Oh… Comment te dire mon bonheur, en ce dimanche, à la découverte de ce billet ? Car c’est un réel bonheur, non seulement d’écoute et de lecture mais encore un bonheur pour les yeux. Je ne connais personne qui marie ainsi que tu t’emploies à le faire la musique à la peinture mais aussi aux Belles Lettres. Alors, bien modestement, merci JC, car je sais le temps et l’énergie que tu consacres aux diverses recherches que l’on devine aisément derrière chacune de tes publications.
    Le jeu de clavecin de Béatrice Martin, clair, ciselé, à la fois vif et gracieux, est une merveille. Elle fait « parler » son clavecin d’une manière qui ne souffre pas le moindre défaut et ce même si – et là je rejoins, je crois, ton sentiment – je regrette pour certaines partitions l’absence de la folle énergie d’un Skip Sempé, ou plus exactement au moins une part de cette époustouflante vivacité d’interprétation. Le jeu de Béatrice Martin est probablement juste plus féminin (mais que dis-je, plus féminin que Skip Sempé, c’est pas difficile, ça ne colle pas ! 😀 Bref tu m’auras comprise, tu dis bien mieux les choses que moi 😉 )
    Je l’avais découverte soliste dans son enregistrement des Suites pour clavecin et flûte de Boismortier et je me suis empressée d’acquérir ce nouvel enregistrement en particulier pour son interprétation de Couperin qui me touche profondément, me faisant monter les larmes aux yeux.
    Merci JC pour le travail consacré à la rédaction de cette chronique d’un enregistrement qui me procure une belle émotion. Je suis heureuse de connaître ton sentiment le concernant.
    Avec mon affection, je t’embrasse et te souhaite une paisible fin de dimanche et une belle semaine à venir.
    A bientôt.

    • Je me disais ce matin, en publiant ce billet, « tiens, si Ghislaine passe par ici, je serais curieux de connaître son avis sur ce billet et sur ce disque » — me voici doublement exaucé et je t’en remercie bien sincèrement.
      Je suis ravi de voir que nous partageons le même sentiment sur les Couperin de Béatrice Martin, que je trouve assez extraordinaires; je me souviens avoir pensé, après la première écoute, « c’est exactement ça. » Imagine un instant qu’elle décide de nous en offrir d’autres, sur le même instrument pour que le rêve soit parfait ? Quel bonheur ce serait. Nous sommes d’accord également sur le caractère un peu timide de sa lecture des pièces de pure virtuosité; il y a vraiment là, je crois, une question de tempérament plus que de capacités. J’ai bien ri à ton passage concernant Skip Sempé, mais oui, nous nous sommes bien compris 😀
      Je t’adresse une nouvelle fois un merci plein de gratitude pour l’éclairage complémentaire et très apprécié que tu as apporté à ma chronique et je te souhaite belle fin de journée et bonne semaine.
      Je t’embrasse bien affectueusement.

  5. Bonjour, je ne sais que dire merci, il y a une telle qualité dans vos publication.

    • Un merci me suffit, Marie, c’est un mot que tant hésitent à prononcer aujourd’hui alors que sa simplicité en dit tellement.
      Merci pour votre passage ici et l’attention que vous avez accordée à cette chronique.

  6. Merci, Jean-Christophe, d’avoir rendu justice par cette belle chronique au grand talent de Béatrice Martin.
    Je m’étais permis il y a quelque temps d’attirer votre attention sur cet enregistrement, non que j’aie craint que vous le connaissiez pas, mais parce que j’étais persuadé à l’avance que vous seriez enchanté comme ce fût mon cas. Et pour permettre à beaucoup d’autres amateurs de découvrir et reconnaître cette belle artiste.
    Je partage votre avis sur le fait que si l’interprétation de quelques pièces pourrait être un peu plus exubérante, c’est sans doute dû essentiellement au caractère discret et modeste de Béatrice Martin.
    Cependant je peux témoigner, pour avoir la chance de l’entendre assez souvent en concert, soit en récital ou bien avec les Folies Françoises, qu’elle sait parfaitement avoir la fougue et le brillant quand il le faut ! Et ce n’est pas pour mettre en avant une virtuosité qu’elle possède pleinement, mais toujours au service de la musicalité la plus raffinée.
    On ne peut qu’aimer le clavecin quand il est joué ainsi…

    • Il y a fort à parier, Bernard, que sans votre intercession, cette chronique n’aurait pas existé et je vous suis reconnaissant d’avoir attiré mon attention sur ce très beau récital. C’est exactement ainsi que je conçois la dynamique de ce blog : il ne s’agit pas de dire ex cathedra ce qu’il faut écouter ou non – je laisse ces oukases à d’autres –, mais bien d’engager un dialogue avec les lecteurs dans une logique d’ouverture et de curiosité.
      Une musicienne comme Béatrice Martin fait assurément partie des artistes qui font aimer le clavecin, tant elle sait faire chanter et briller son instrument (et quel instrument, ici !) Peut-être le saurez-vous avant moi puisque vous avez la possibilité de l’entendre régulièrement en concert, mais j’espère qu’elle songe à remettre Couperin sur le métier, tant c’est un compositeur qui semble lui convenir.
      Je vous remercie encore et pour cette découverte et pour votre commentaire, et vous souhaite une bonne journée.
      A bientôt.

  7. Pardon pour la faute de frappe : « non que j’aie craint que vous ne le connaissiez pas »

  8. Gaulard Bénédicte

    6 octobre 2015 at 17:31

    Merci, cher Jean-Christophe, c’est un vrai bonheur, tout simplement !

  9. Très belle chronique, magnifiquement illustrée ! ce cd t’a inspiré et on écoute les extraits avec bonheur.

    • Bien que certains aient exprimé, sur certain réseau social, une forme de mépris pour ce disque, je persiste à beaucoup l’aimer et j’ai vu aux réactions que je n’étais pas le seul 🙂
      Merci pour ton double passage ici, Clairette, et à bientôt !

  10. Bien sûr que la délicatesse du toucher du clavecin est particulièrement émouvante, et pour cela dire je ne suis pas le plus qualifié pour le dire, ceux qui le sont l’ont d’ailleurs exprimé à merveille.
    En revanche je m’étendrai davantage sur cet irrésistible attrait pour les ailleurs dont aucune époque n’est exempte, je pense en particulier aux « sauvages » du moyen-âge représentés munis d’un seul pied ou arborant des oreilles immenses, sans oublier le bestiaire fantastique censé peupler les contrées méconnues et fantasmées.
    Le rêve de l’ailleurs était indissociable du fantastique et ne se rapprocherait progressivement du « réel » qu’au fur et à mesure des voyages liés au progrès scientifique, en abordant les rivages lointains permettant l’observation et, partant, en s’éloignant du rêve.
    Déjà MarcoPolo amorce cette démarche inéluctable vers une exigence scientifique.
    Alors le fantasmé devient sujet de subversion comme tu nous le rappelles si justement avec cet extrait des Lettres Persanes ou comme le suggère, peut-être, et c’est ma lecture, Coypel qui place le nègre serviteur en avant par rapport à la demoiselle caressant un chien bien plus banal que la luxuriance orientale des tissus lamés d’or et du panier de fleurs et de fruits magnifiques.
    A l’heure des voyages interstellaires et de la globalisation, les Orients deviennent de plus en plus intérieurs, car ainsi va l’Homme, quand les ailleurs rapprochés deviennent des ici, son imagination et sa soif d’échapper à la norme ennuyeuse du quotidien créent des Orients coruscants qui ne seront jamais atteints.
    Oui, au-delà de la musique, ton billet va à l’universel.

    • Ton commentaire, cher Henri-Pierre, dit quelque chose de très juste sur le besoin de l’Homme de se créer des ailleurs fabuleux (au sens propre de cet adjectif) lorsqu’il a réussi à atteindre ceux qu’il croyait inaccessibles. Voyages physiques, certes, mais aussi de l’esprit, car il n’est pas d’horizon plus chimérique que celui de la connaissance que l’on ambitionne d’atteindre et qui toujours recule; moi qui suis un sédentaire, je puis t’assurer que cette dimension me « parle » particulièrement et que je ne connais rien de plus dépaysant que me lancer chaque semaine dans une nouvelle chronique.
      Je te remercie pour ton commentaire, comme toujours très personnel et qui ouvre, lui aussi, des perspectives inédites à ce qui a été publié.

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