Wunderkammern

Trouvailles pour esprits curieux

Académie Bach, Festival 2015. Motets de la famille Bach par Vox Luminis

01 Vox Luminis Août 2015 Académie Bach © Robin H Davies

Vox Luminis
Le Presbytère, Arques-la-Bataille, août 2015
Photographie © Robin .H. Davies

 

Parmi les excellentes raisons de se rendre au festival de l’Académie Bach, la possibilité qu’il donne d’entendre Vox Luminis n’est sans doute pas la moindre, tant cet ensemble qui est aujourd’hui l’hôte des plus prestigieuses manifestations européennes, de Saintes à Utrecht, semble avoir trouvé en Normandie un climat favorable à la poursuite d’un épanouissement dont on sait aujourd’hui qu’il est appelé à s’inscrire dans la durée.

Si Lionel Meunier et ses troupes savent regarder dans d’autres directions et s’y montrer convaincants, la musique germanique du XVIIe et de la première moitié du XVIIIe siècle demeure leur terre d’élection ainsi qu’en atteste le travail qu’ils ont accompli sur ce répertoire depuis de nombreuses années en reprenant à leur compte la tradition représentée par Philippe Herreweghe tout en y instillant leur marque propre faite de rigueur musicologique et, n’en déplaise à ceux qui les trouvent trop lisses, d’une attention particulière portée à une parole qu’il s’agit non seulement de restituer précisément mais aussi d’incarner intensément. 02 Vox Luminis Août 2015 Académie Bach © Robin H DaviesTout comme son illustre prédécesseur, Vox Luminis a fait de Johann Sebastian Bach et de ses ancêtres un de ses sujets de prédilection, matérialisant ce que l’on espère être un compagnonnage au long cours par une première réalisation discographique d’envergure, l’enregistrement, pour Ricercar, de l’intégralité des motets de Johann, Johann Michael et Johann Christoph Bach, un projet ambitieux qui a su conquérir tant le public que la critique. Le concert donné le 21 août 2015 dans une église d’Arques-la-Bataille comble y puisait l’essentiel de sa substance tout en ouvrant, grâce à la présence d’un quatrième Bach, des perspectives vers des explorations futures.

Pour reprendre un des poncifs dont ont été abreuvées des générations de mélomanes, Johann Sebastian Bach est un astre qui brille au firmament de la musique ; son éclat ne doit cependant pas faire oublier qu’il s’inscrit dans une vaste constellation où se côtoient sa parentèle et ses maîtres, les deux s’étant parfois même confondus, lignée de musiciens oblige. Il me semble que le meilleur service que l’on puisse rendre à l’œuvre de l’auguste Cantor de Leipzig, tellement impressionnant qu’il en devient parfois écrasant, est de le faire descendre de son piédestal et de cesser de l’enrubanner dans des termes creux tels « génie » ou « sublime » qui, entre autres ridicules, ont celui de biaiser l’approche critique, pour le considérer au miroir du vaste réseau de productions dans lequel il prend place, ce qui n’enlève rien à son identité, à sa singularité, à la puissance de la pensée qui le traverse — cette démarche de remise en contexte jusque dans ses détails les plus triviaux est la grande réussite de John Eliot Gardiner dans son Musique au château du ciel (Flammarion, 2014, pour la traduction française), aujourd’hui l’ouvrage idéal pour aborder l’univers de Bach. On entend ainsi mieux la musique du Cantor en se plongeant dans celle de Georg Böhm, de Johann Adam Reincken, de Dietrich Buxtehude, mais aussi dans celle de ses plus ou moins proches parents. Johann (1604-1673) était le fils du boulanger devenu Stadtpfeifer Hans Bach ; il fut organiste à Schweinfurt avant de rejoindre Erfurt en 1635 où il fit carrière en qualité de Stadtpfeifer et à la tribune de la Predigerkirche. Johann Christoph (1642-1703) était le fils aîné de Heinrich Bach et Johann Michael (1648-1694) son cadet ; 03 Vox Luminis Août 2015 Académie Bach © Robin H Daviesle premier, qualifié de « profond compositeur » par Johann Sebastian qui sut se mettre à son école, fit la presque totalité de sa carrière à Eisenach en qualité d’organiste de la Georgkirche et de claveciniste de la cour du duc, tandis que le second, « compositeur habile » selon le même avis autorisé, exerça à Gehren les métiers de greffier municipal et d’organiste. Johann Ludwig (1677-1731), actif à Meiningen à partir de 1699, est de tous celui dont on conserve la production la plus variée, car outre 11 motets, elle compte 23 cantates sacrées (18 furent jouées à Leipzig durant le cantorat de Bach) et une profane, une vaste Trauermusik (qui a connu en 2011 une fort belle lecture dirigée par Hans-Christoph Rademann), deux messes, un Magnificat et même une Suite pour orchestre.

Alors que des formes plus modernes comme le concert sacré ou la cantate se développaient, il est frappant de constater à quel point les Bach demeurèrent fidèles à cette vieillerie qu’était le motet au profit duquel ils déployèrent des trésors d’invention musicale illustrés tout au long du concert, qu’il s’agisse d’effets de spatialisation comme le « chœur lointain » dans Unser Leben ist ein Schatten de Johann – une grande réussite –, l’utilisation du double chœur permettant des alternances de masse sonore ou de madrigalismes visant à illustrer avec une efficacité maximale les images véhiculées par le texte ou les mots importants qui le jalonnent, ou le recours très fréquent aux chorals qui constituent, en quelque sorte, une signature pour l’auditeur d’aujourd’hui quand il remarque leur emploi comme cantus firmus ou matériau thématique, mais qui mettaient immédiatement le fidèle d’hier, pour lequel ces mélodies étaient absolument familières, en terrain connu. Avec une extrême économie de moyens – un ensemble de voix et une basse continue (ici un positif et une basse de viole) – mais une invention qui semble inépuisable tant les œuvres ne sentent jamais la formule, les compositeurs façonnent des motets d’une éloquence souvent souveraine, au point d’équilibre parfait entre intériorité et théâtralité.

La prestation de Vox Luminis a été mieux que réussie ; il s’en dégageait un tel sentiment de plénitude et d’évidence que l’on finissait tout simplement par se dire que l’on ne souhaitait plus entendre ce répertoire interprété autrement. Entre l’enregistrement et ce concert, il est indéniable que le processus de maturation s’est poursuivi et son effet le plus immédiatement perceptible est la libération des voix qui sonnaient avec une ampleur et un investissement dramatique qu’on ne retrouve pas avec autant de force au disque. Le travail de Lionel Meunier et de ses compagnons sur la puissance de la parole en est apparu magnifié, d’une éloquence constante mise au service d’une émotion, d’une humanité souvent bouleversantes. Les raisons de cet éblouissement se laissaient aisément deviner à mesure que les pièces se succédaient : une mise en place millimétrée ne laissant aucune prise à ces relâchements paresseux que l’on observe parfois avec consternation chez des ensembles plus cotés ou débutants qui devraient être intransigeants sur le point de l’exigence04 Vox Luminis Août 2015 Académie Bach © Robin H Davies – Lionel Meunier semble avoir compris que le socle sur lequel pouvait se développer la liberté qui signe une interprétation réellement personnelle se compose d’une grande proportion de discipline et de labeur –, une écoute mutuelle assez époustouflante qui donne l’impression que l’on fait de la musique en famille ou entre amis en se comprenant d’un seul regard, et une envie de mettre le meilleur de soi-même au service d’un répertoire dont le choix ne doit rien aux modes ou à un quelconque opportunisme, mais bien à de profondes affinités nourries par une fréquentation assidue, aimante et éclairée. Finalement, on a bien entendu, en cette soirée du 21 août, le Vox Luminis que l’on espère et dont on célèbre les qualités quitte à se faire taxer de partialité par certains esprits bien indulgents envers leurs propres marottes, mais on en a également découvert un autre, soucieux d’étagement des plans sonores (et quel plaisir d’entendre enfin les basses que des prises de son dont on mesure mieux le déséquilibre à l’épreuve du concert ont tendance à émousser) et de couleur autant que de rondeur et d’homogénéité, un Vox Luminis qui semble commencer à prendre réellement conscience de ses forces et à sortir de sa réserve pour se faire plus présent, plus incarné. On se réjouit déjà de retrouver ces musiciens l’an prochain à Arques-la-Bataille dans un programme dont il se murmure qu’il sera centré sur la musique de Johann Sebastian Bach au travers de deux de ses plus célèbres pages.

Festival Académie Bach Arques-la-Bataille 2015Festival de l’Académie Bach, 18e édition. Vendredi 21 août 2015, Église d’Arques-la-Bataille. Notre vie n’est qu’une ombre… Motets de Johann Bach (1604-1673), Johann Michael Bach (1648-1694), Johann Christoph Bach (1645-1703) et Johann Ludwig Bach (1677-1731)

Vox Luminis
Stefanie True, Zsuzsi Tóth & Kristen Witmer, sopranos
Daniel Elgersma, Barnabás Hegyi & Jan Kullmann, contre-ténors
Olivier Berten, Robert Buckland & Philippe Froeliger, ténors
Sebastian Myrus, basse
Masato Suzuki, orgue positif
Ricardo Rodriguez Miranda, basse de viole
Lionel Meunier, basse & direction

Évocation musicale :

1. Johann Bach, Unser Leben ist ein Schatten

2. Johann Christoph Bach, Fürchte dich nicht

3. Johann Michael Bach, Halt was du hast

Motets des vieux Bach Vox Luminis Lionel MeunierJohann Bach (1604-1673), Johann Christoph Bach (1642-1703), Johann Michael Bach (1648-1694), Motets. 2 CD Ricercar RIC 347. Ce coffret peut être acheté chez votre disquaire ou en suivant ce lien.

Toutes les photographies illustrant cette chronique sont de Robin .H. Davies, utilisées avec sa permission. Toute utilisation sans l’autorisation de l’auteur est interdite.

22 Comments

  1. Ecouté avec bonheur ce matin.
    Merci Jean-Christophe.

  2. Un pur régal, tout simplement…

  3. Bonjour Cher Jean-Christophe
    J’ai pu enfin me poser pour lire ta chronique avec beaucoup d’attention .
    J’ai la chance d’avoir ce coffret, dédicacé qui plus est, une rencontre que je n’oublie pas, un homme humble et extrémement sympathique.
    Les musiques tu as raison, je les connais , mais comme dit dans mon commentaire sur Facebook, je ne m’en lasse pas. J’espère revoir les Vox Luminis dans un avenir pas trop lointain .
    J’ai beaucoup aimé ta rubrique, riche et poétique, c’est bon ces moments chez toi !
    Les photos sont très belles aussi, surtout celle où le bébé semble lire la partition 🙂
    Que dire de plus, tout est dit, et bien dit, alors merci bien sincérement .
    Je t’embrasse bien fort .
    Tiffen

    • Bonsoir chère Tiffen,
      Un de mes grands bonheurs dans la publication de ces chroniques est de pouvoir les illustrer avec les photographies de Robin .H. Davies pour lequel j’ai une grande admiration. Là encore, il a su capter la vie des musiciens avec talent, dans sa spontanéité et sa tendresse.
      J’ai eu la chance, durant le festival, de m’entretenir assez longuement avec Lionel Meunier; je confirme tant sa caractère sympathique que son humilité auxquelles j’ajoute une passion perceptible à tout moment dans ses choix et la façon dont il conduit ses troupes.
      Je suis ravi que ce compte rendu t’ait plu et je te remercie d’avoir pris le temps de laisser un message ici.
      Je te souhaite une belle soirée et t’embrasse bien fort.

  4. Le concert le plus beau parmi tous les autres … Merci d’en avoir rappelé la qualité remarquable et … remarquée !

    • Le meilleur avec celui de Diabolus in Musica, à mon avis, Michèle. Je suis heureux qu’il en reste « quelque chose » dans ma chronique.
      Bonne journée et merci pour votre mot.

  5. juste un petit mot d’encouragement de la part d’un auditeur et d’un lecteur qui , comme tant d’autres, profite, discret mais toujours un peu étonné, de ces merveilles que tu nous donnes en toute gratuité et de tes commentaires que je relis parfois pour le seul plaisir de la langue.

    • Les mots d’encouragement comptent beaucoup, Hubert, même si je comprends que les lecteurs puissent également préférer demeurer silencieux — la liberté de chacun est une notion qui occupe une place centrale dans mon existence et donc dans mon blog. Ce qui me touche particulièrement est la mention du « plaisir de la langue » dans la mesure où je passe beaucoup de temps à peser les mots que j’emploie et à tenter de faire de chaque chronique un tout aussi harmonieux et fluide que possible.
      Un grand merci, donc, et de bien cordiales pensées.

  6. Je profite de l’opportunité de ton article pour ici confirmer le bonheur d’écoute procuré par le coffret. Deux CD palpitants, adjoints d’un livret de Jérôme Lejeune à mes yeux très informatif ; d’autant plus pour le béotien que je suis dans ce répertoire. Par leur prestation, Vox Luminis & Lionel Meunier ont su me faire aimer ces motets, envers lesquels je nourrissais avant l’achat du coffret quelques préjugés heureusement vite dissipés.
    J’en profite également pour saluer, une nouvelle fois, l’attrait des photographies de Robin .H. Davies pour l’émotion qu’elles véhiculent. À l’exemple de celle que tu as ici insérée en tête d’article.
    Te souhaitant un après-midi de veille de congé de fin de semaine, je te dis à très vite et t’embrasse, mon ami.

    • Je suis tout à fait d’accord avec toi, ami Cyrille, le livret d’accompagnement de Jérôme Lejeune pour le coffret des Motets de la famille Bach est un modèle du genre dont j’aimerais qu’il soit généralisé, quand bien même il ne facilite pas le travail du chroniqueur qui se retrouve contraint de se glisser dans les interstices de ce qu’il ne dit pas.
      Ce qui distingue les photographies de Robin .H. Davies est que, contrairement à d’autres, elles dépassent le caractère purement documentaire pour nous faire sentir quelque chose de très juste sur l’univers et le travail des musiciens, avec un œil qui sait voir au-delà des apparences.
      Je te remercie pour ton mot, t’embrasse et te souhaite un bon samedi.

  7. Bonjour Jean-Christophe,
    J’attendais votre chronique concernant ce concert, tout en ne doutant pas de la teneur des propos qui y seraient tenus… Grâce à vous et votre blog, j’ai eu le privilège d’assister à ce concert et je ne regrette en rien ce choix parmi les nombreuses autres propositions durant ce festival. Nous n’avons pas eu l’occasion d’échanger nos impressions d’après concert… Je profite de ce commentaire pour le faire, mais je ne vous apprendrai rien de plus… J’ai été subjugué, émerveillé, enchanté… par cette prestation de Vox Luminis que je découvrais ce soir là. Emotion, rigueur d’interprétation, sobriété et simplicité de l’ensemble, géométrie variable, voix superbes… Ce fut une soirée inoubliable et qui ne donne qu’une envie: celle de les retrouver l’an prochain, surtout pour un nouveau concert Bach!!!
    Ce qui me fait très plaisir, c’est d’avoir découvert des compositeurs de la famille Bach que je négligeais totalement, considérant à tort, qu’en dehors de Jean-Sébastien, il n’y avait rien qui vaille la peine d’être entendu!!! J’ai eu la chance de pouvoir acquérir le coffret des motets de la famille Bach, que j’écoute depuis avec toujours autant de plaisir. Le fait d’avoir eu l’occasion de les voir permet de vivre les choses différemment, tant la prestation de Vox Luminis était vivante et tout sauf statique, avec ces déplacements tout au long du concert.
    J’ai également apprécié l’écoute des membres de l’ensemble qui leur permet de se passer de la direction, Lionel Meunier assurant sa partie de basse, sans donner la battue. Enfin, la connivence avec les instrumentistes et particulièrement avec Masato Suzuki à l’orgue positif, donnait un sentiment d’humanité. C’était bien la musique qui était mise en avant et pas autre chose…
    Merci encore, bonne continuation et à l’an prochain!!!

    • Bonjour Thomas,
      J’ai plaisir à vous retrouver à l’occasion de cette chronique dont je ne suis pas surpris que le contenu ne vous ait guère étonné : vous avez vu que la réaction du public dont nous faisions tous les deux partie a été unanime et je pense que pour nombre de spectateurs, on peut parler, sans se faire soupçonner d’être excessif dans l’éloge, de révélation. Vous parlez avec beaucoup de justesse de ce concert et même pour moi qui ai eu la chance d’entendre Vox Luminis en 2014, il a constitué une nouvelle source d’émerveillement car, comme je l’écris, il m’a semblé que l’ensemble était en train d’acquérir une dimension supplémentaire; c’est vous dire si j’espère pouvoir assister à celui de 2016 pour voir s’il confirme mon impression sur laquelle j’ai encore du mal à mettre des mots au moment où je vous réponds (ce genre de chose met toujours du temps à se former nettement dans l’esprit, du moins dans le mien qui est sans doute singulièrement lent).
      J’ai été ravi de pouvoir échanger avec vous à cette occasion et espère vous croiser à nouveau l’an prochain si ma route me ramène en Normandie.
      A bientôt !

      • Faire part de son ressenti, décrire ses sentiments face à de la musique, aussi extraordinaire soit-elle, n’est pas chose aisée. Qualifier, quantifier, mesurer, comparer, décrire… peu importe dans le fond. L’essentiel, en ce qui me concerne, se trouve dans l’émotion partagée et éprouvée à l’écoute de cette musique, dans l’instant. Dès le début du concert, durant la toute première pièce, en entendant les voix de soprano, j’ai été envahi par un « je ne sais quoi » de bien être, d’émerveillement, de plaisir… Ce sont des instants rares, éphémères, fugaces, indescriptibles… qui vous emplissent de bonheur, de mélancolie et vous donnent le sentiment d’avoir vécu quelque chose hors du commun.
        Je souris à la relecture, tout cela semble si naïf, mais, je présume que nous vivons tous ces moments privilégiés…
        Bon dimanche automnal, Jean-Christophe…

        • Ce que vous décrivez, Thomas, correspond à des ressentis que je connais bien, dans la mesure où je me pose à chaque nouvelle chronique tant la question de ma capacité à mettre en mots les émotions procurées par la musique que de la validité même de cette démarche. Je vous assure que devant un disque réussi (avec un concert, les choses sont un peu différentes, car ne sont foncièrement concernés que ceux qui étaient présents), j’ai parfois juste envie de dire : « écoutez et vous verrez » en faisant le pari que l’émotion sera au rendez-vous. Alors disons que décrire et fixer les choses, quand bien même notre prose sera en dessous de son sujet, est à la fois un hommage à la beauté à jamais enfuie de l’instant et une tentative pour la prolonger un peu.
          Merci pour votre mot et belle soirée dominicautomnale à vous.

  8. Si je connais de réputation l’Académie Bach – j’ai infiniment de respect pour Jean-Paul Combet – et l’excellence du Festival d’Arques la Bataille (et là, en passant, bravo à Philippe Gautrot et à l’équipe municipale d’avoir oeuvré afin que celui-ci puisse voir le jour) je n’ai en revanche jamais eu le bonheur d’assister à l’une de ses éditions (chanceux que tu es ! 😛 😉 ), exilée que je suis toujours dans le sud (une année de plus sur la Côte d’Azur et je frise la neurasthénie, ah ah, si si ! 😉 ). On dirait que le « beau monde » de la musique a élu domicile en Normandie ! 🙂 J’espère bien pouvoir remédier au plus vite à ce manque. Et puis je voudrais tellement voir l’orgue de Notre-Dame de l’Assomption.
    Quant à Vox Luminis, je n’oublie pas, JC, que je t’en dois la découverte ; tu m’en as tant et tant parlé, avec un si bel enthousiasme, à ma plus grande joie. Grâce à toi, je ne manque aucun nouvel enregistrement de l’ensemble de Lionel Meunier. Et c’est à chaque fois un bonheur.
    J’imagine sans peine que Bach, sous la baguette de Lionel Meunier, prend une dimension autre que celle de l’imposant cantor à laquelle, fût-ce à notre corps défendant, on nous a presque accoutumés. Comme ce concert a dû être empli d’émotion ! Celle-ci émerge de ton billet, tu la restitues avec un talent identique à celui du photographe qui la fait affleurer dans chacun de ses clichés.
    Pardon JC pour ce commentaire quelque peu longuet ; c’est que vois-tu, les pauses ici sont infiniment plus agréables et plus apaisantes que l’instantané et le « vite lu vite consommé vite dit « . Ah la la on ne se refait pas, la lenteur me va bien 🙂 Surtout n’arrête pas JC, au moins tant que tu en as le loisir, la force et surtout l’envie. Je t’en remercie sincèrement.
    Avec toute mon affection, je t’embrasse et te dis à bientôt.

    • Toujours prendre le temps de faire les choses, Ghislaine : l’artisanat a des vertus que la production de masse ignore et c’est aussi ce qui fait, à mon sens, la différence entre un blog et un profil sur un réseau social, sous réserve que le premier ne soit pas conçu comme un reflet du second, ce qui arrive hélas parfois.
      Je te confirme qu’il y a du « beau monde » à la fin d’août à l’Académie Bach et j’aime particulièrement l’idée qu’elle soit animée par un homme de convictions dont les choix peuvent ne pas plaire, mais qui a le courage de les assumer pleinement — connais-tu, par exemple, beaucoup de directeurs de festivals « orientés baroque » qui refuseraient de programmer Vivaldi (quelle excellente idée) 😉 ?
      Vox Luminis cadre tout à fait avec l’esprit exigeant et ennemi de toute forme d’esbroufe de cette manifestation, et le fait que cet ensemble s’attache particulièrement au répertoire baroque allemand également. Outre la famille Bach, il est infiniment réconfortant de penser qu’il existe, en France, un lieu où l’on peut entendre, presque chaque année, Buxtehude ou Pachelbel et, qui sait, peut-être un jour Tunder, Schein ou Förtsch (ce ne sont que trois noms au hasard, mais j’en ai une pleine besace).
      J’espère sincèrement que tu pourras un jour faire le voyage de Normandie, il y a tellement de belles choses à y entendre et à y voir (regarde sur Internet : Temple de Luneray, par exemple); et puis, il y a également certains souvenirs, en particulier celui de Gustav Leonhardt, qui confèrent au lieu une densité particulière.
      Je te remercie pour ta longue (ce n’est pas un défaut) intervention, te souhaite une belle semaine et t’embrasse très affectueusement.
      A bientôt 🙂

  9. C’est vrai !

    Je me demande parfois si la mémoire reste marquée par la beauté des oeuvres ou par les choix et la qualité de leurs interprètes, en concert ou en enregistrement, notamment quand on entend celles-là pour la première fois, ce qui était le cas pour certaines oeuvres de ces deux soirées, ou encore pour ceux et celles qui en avaient déjà chanté une partie et en découvraient d’autres. Concernant les oeuvres picturales il me semble que les circonstances de leur perception (cadre d’origine ou déplacement ailleurs, vues ou consultées en reproduction) comptent aussi dans le souvenir qu’on peut en avoir. Et il faudrait peut-être nuancer entre souvenir qu’on en garde et connaissance qu’on en a.

    Bien amicalement.

    • Je crois, Michèle, que la mémoire peut rester durablement marquée par une œuvre si les conditions dans laquelle elle est découverte sont telles que nous sommes plus perméables à l’émotion. Je pourrais vous citer maints exemples de moments suspendus qui m’ont laissé définitivement nostalgique, au sens propre de ce mot, puisque l’on cherche ensuite (et naturellement en vain) à retrouver les mêmes sensations, comme une patrie perdue. Le souvenir n’est jamais une terre complètement sûre, bien des éléments contribuent à le déformer en l’enjolivant pour peu qu’on y ait trouvé du plaisir — c’est, en quelque sorte, un poème intérieur qui se forme quand nous voudrions l’exactitude d’un relevé topographique.
      Belle soirée et amitiés.

  10. Gaulard Bénédicte

    10 octobre 2015 at 16:48

    Plaisir des mots écrits et chantés, plaisir des notes…ces motets sont une découverte heureuse, loin du célèbre et parfois malmené Jean-Sébastien ! Ces rendez-vous réguliers me font encore mieux apprécier mes « terres », et je vous en remercie, cher Jean-Christophe.

    • Il en va de la musique comme de la peinture, chère Bénédicte : il existe mille chemins de traverse qui nous aident, lorsqu’on les parcourt, à mieux envisager les plus fréquentés et se révèlent en outre extrêmement attachants. Les œuvres composées par la vaste famille Bach font partie de celles-ci et forment un corpus de très grande qualité que j’ai, pour ma part, toujours beaucoup de plaisir à retrouver et à faire découvrir. Je suis ravi que vous ayez trouvé de l’agrément à cette escapade et vous remercie de m’en avoir laissé témoignage ici.
      Belle soirée à vous.

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