Wunderkammern

Trouvailles pour esprits curieux

Sacra conversazione. Minoritenkonvent par Stéphanie Paulet et Élisabeth Geiger

Daniel Seiter Jésus et la Samaritaine

Daniel Seiter (Vienne, c.1642-47 – Turin, 1705),
Jésus et la Samaritaine, c.1688
Huile sur toile, 96 x 133 cm, collection privée

 

Je vous ai déjà parlé, lors de la récente chronique du disque de l’Ensemble Masques consacré à Romanus Weichlein, de la formidable vitalité de la musique pour violon dans l’Autriche de la seconde moitié du XVIIe siècle, illustrée notamment mais puissamment par les œuvres de deux formidables virtuoses, Johann Heinrich Schmelzer et Heinrich Ignaz Franz Biber, fondateurs d’une véritable tradition qui, moins d’un siècle plus tard, trouvera un théoricien pour lui assurer un rayonnement européen en la personne de Léopold Mozart. Tout comme sa Violinschule, publiée en 1756, doit beaucoup à l’Italien Giuseppe Tartini, le ferment qui permit à l’école violonistique autrichienne de se développer venait de la Péninsule, principalement grâce à une diaspora de compositeurs ultramontains qui soit furent employés durant quelque temps par de puissantes familles princières, comme Biagio Marini qui servit à la cour des Wittelsbach entre 1623 et 1628, soit parvinrent à de hautes fonctions impériales, tels Giovanni Valentini, certes claviériste mais ayant cependant largement œuvré en faveur de la diffusion de l’art italien de l’archet, et celui qui lui succéda, à sa mort en 1649, au poste envié de Kapellmeister, le violoniste Antonio Bertali, un des très probables maîtres de Schmelzer, comme tendent à le démontrer les six sonates pour violon et continuo de ce dernier, formant le recueil Sonatæ unarum fidium (1664), première publication connue au nord des Alpes entièrement dédiée à ce genre et que l’on peut regarder comme l’acte de naissance de l’école autrichienne de violon.

Le Manuscrit XIV 726 du couvent des Minorites de Vienne, très probablement réalisé dans la dernière décennie du XVIIe siècle, témoigne des échanges entre ces deux versants des Alpes ; Johann August Corvinius d'après Salomon Kleiner Couvent des Minorites Viennes’y côtoient ainsi, par exemple, des sonates de Biber, qu’il n’est plus utile de présenter, et du Florentin Giovanni Buonaventura Viviani, autre parfait exemple de ces musiciens ultramontains venus faire une partie parfois non négligeable de leur carrière dans des cours septentrionales, puisqu’il est documenté à Innsbruck en qualité de violoniste de 1656 à 1660 puis de directeur de la musique entre 1672 et 1676. On y trouve également la trace de compositeurs actifs plus à l’est et notamment à Prague, comme ce Jan Ignác František Vojta qui exerça son métier de médecin auprès des Bénédictins de la ville entre 1702 et 1705. Tous ces créateurs, auxquels il faut ajouter des figures moins bien documentées (Faber et Teubner, dont on sait au moins qu’ils travaillèrent à Vienne puis, pour le second, à Munich) et une inévitable ribambelle d’anonymes qui connaissaient néanmoins d’évidence les œuvres de leurs confrères mieux servis par la postérité (Biber, Viviani, Walther), possèdent un bagage stylistique commun que chacun varie ensuite selon son tempérament et ses capacités propres. On y distingue un même goût pour les rythmes de danse, la brillance et la sensualité sonores, mais aussi pour la recherche d’une expressivité renouvelée qui se manifeste au travers de nombreux passages au caractère d’improvisation, mais aussi par l’utilisation de la scordatura, cette technique visant à modifier l’accord normal du violon. Les sonates proposées dans cette anthologie se situent toutes à la frontière entre morceaux d’apparat dont l’exigence technique vise à faire briller la virtuosité du violoniste et à impressionner l’auditeur – la logique est la même dans la peinture à fresque contemporaine de ce recueil comme, par exemple, chez Johann Michael Rottmayr – et œuvres de dévotion à la tonalité plus chaleureuse et intimiste, entrant en résonance avec la manière d’un Daniel Seiter, qui sait finement marier goût du coloris et héritage ténébriste.

La violoniste Stéphanie Paulet et la claviériste Élisabeth Geiger ont choisi d’inscrire leur programme dans un cadre sacré qui, s’il n’est pas clairement indiqué par le manuscrit, convient parfaitement aux pièces retenues. S’il me fallait d’ailleurs définir ce qui rend, à mes yeux, cette réalisation incontournable, je reviendrais sans doute en permanence à l’idée de justesse. Justesse, tout d’abord, de l’inspiration et des moyens de deux musiciennes en pleine possession de leur art, l’une dont l’archet précis délivre un jeu à la fois nettement articulé, d’une belle densité sonore et d’une grande fluidité de ligne, l’autre sous les doigts de laquelle naît un continuo fourni et pourtant jamais indiscret, animé par des choix de registration toujours intelligents. Justesse, ensuite, des intentions, avec une recherche permanente d’équilibre entre les deux parties qui parviennent à tisser entre elles de véritables dialogues et une très juste perception des singularités et des enjeux du répertoire, qui réconcilie le brillant et la profondeur, la sensualité et l’énergie, et fait à la vocalité une large et judicieuse place ; Stéphanie Pauletà mes yeux, la Sonate n°75 en ut mineur, dont l’essentiel est constitué par une majestueuse chaconne, résume bien toutes ces qualités et se révèle un moment de grâce absolue que l’on a bien fait de mettre au cœur du disque. Justesse, également, des choix organologiques, en particulier de l’orgue Silbermann de l’église Sainte-Madeleine de Strasbourg, un positif dont on est surpris qu’il ne soit pas plus régulièrement utilisé tant son caractère laisse loin derrière lui les pâles instruments de continuo que l’on entend de coutume, grâce notamment à une palette de couleurs étonnamment riche et savoureuse qui se marie parfaitement à celles des deux violons que l’on entend dans cette réalisation. Justesse, enfin, de la captation sonore de grande classe signée par Aline Blondiau, que l’on n’en finit plus de saluer tant son travail rend justice à celui des artistes, et qui a su ici utiliser très intelligemment la réverbération de l’acoustique sans jamais sacrifier la lisibilité des détails. Minoritenkonvent est une conversation sacrée dont la lumière, tantôt douce, tantôt vive, qui toujours réchauffe le cœur et l’âme, déborde de toutes parts ; ce disque s’impose, à mon avis haut la main, comme un des meilleurs publiés cette année dans le domaine de la musique baroque et je ne peux que vous inciter à lui faire une place auprès de vous.

Minoritenkonvent Stéphanie Paulet Elisabeth GeigerMinoritenkonvent, sonates pour violon et basse continue de Heinrich Ignaz Franz Biber (1644-1704), Giovanni Buonaventura Viviani (1638-c.1693), Jan Ignác František Vojta (c.1660-avant 1725), Nikolaus Faber († 1673), Johann Caspar Teubner (fl. 1661-1697) et anonymes

Aliquando :
Stéphanie Paulet, violon
Élisabeth Geiger, orgue André Silbermann (1730) de l’église Sainte-Madeleine de Strasbourg

Wunder de Wunderkammern1 CD [durée totale : 72’32] Muso MU-008. Wunder de Wunderkammern. Ce disque peut être acheté chez votre disquaire ou en suivant ce lien.

Extraits choisis :

1. Anonyme, Sonate [n°4] en ré majeur

2. Anonyme, Sonate [n°75] en ut mineur

Illustrations complémentaires :

Johann August Corvinius (Leipzig, 1683 – Augsbourg, 1738) d’après Salomon Kleiner (Augsburg, 1700 – Vienne, 1761), Le couvent des Minorites de Vienne, in Vera et accurata delineatio omnium templorum et coenobiorum quae tam in caesarea urbe ac sede Vienna, Austriae… volume 1 (1724)

La photographie de Stéphanie Paulet et Élisabeth Geiger, prise durant les séances d’enregistrement, est d’Emmanuel Viverge, utilisée avec autorisation.

18 Comments

  1. Bonsoir Cher Jean-Christophe (même si tu es absent)
    Je comprends pourquoi tu m’as dis que cette chronique devrait me parler, non seulement elle me parle, mais elle m’émeut, elle m’émerveille, je suis restée bloquée à écouter encore et encore … Les mots me manquent pour te décrire ce que j’ai ressenti. Je dois t’avouer sans aucune honte que les larmes me sont montées aux yeux à plusieurs reprises, tant l’émotion ressentie était forte. Sans doute une sensibilité exacerbée en ce moment….
    Le tableau est vraiment très beau, j’aime beaucoup l’expression de la Samaritaine .
    La photo est une merveille, le cadre et Stéphanie Paulet et Élisabeth Geiger qui semblent en parfaite harmonie. Je salue le travail de ce photographe qui a su saisir l’instant ….
    Quant à ta chronique, tu dois te doutes que je l’ai aimée, elle est bien écrite et tellement plaisante à lire. Et puis j’apprends, je m’évade….
    Un IMMENSE merci pour ce moment passé chez toi, comme on y est bien !!
    Je t’embrasse très fort .

    • Bonsoir chère Tiffen,
      Je comprends d’autant mieux ton émotion en écoutant ces extraits que j’y retrouve celle qui m’a assailli lorsque j’ai découvert ce disque. C’est d’ailleurs en partie à cause de l’effet qu’il a d’emblée eu sur moi que j’en ai différé la chronique, afin de laisser les choses décanter un peu pour tenter de lui rendre justice avec, je l’espère, justesse et mesure, ce qui me semble plus difficile quand tu es happé par tes ressentis.
      Puissent ces musiques continuer à t’accompagner; elles ont un pouvoir de consolation et d’élévation qui est loin d’être négligeable.
      Je te remercie pour ton mot et t’embrasse bien fort.

  2. Très riche chronique pour accompagner ce beau disque …

    J’ai de plus en plus de mal à télécharger la page de votre blog. Je ne sais pas si d’autres fidèles rencontrent le même problème …

    • Oh oh, vous m’inquiétez, Michèle, et je vais m’enquérir de ce problème à l’occasion de la prochaine publication. J’ai fait un essai de mon ordinateur professionnel lors de ma pause méridienne : tout s’est bien passé, mais je serai vigilant.

      Quant au disque, on se trouve vraiment ici devant un véritable projet, qui ne doit rien aux modes du moment et a pris le temps de mûrir, ce qui explique au moins pour partie son charme.

      Merci pour votre mot et amitiés.

  3. La prégnante justesse des deux musiciennes, que tu justifies en quatre points dans ton article, est une évidence à l’écoute des deux extraits proposés ici.
    Un tel régal, qu’il induit à l’achat sans réserve de cet enregistrement.
    Quant à l’orgue André Silbermann, l’auriculaire me susurre que tu lui as, peut-être dernièrement, rendu visite… 😉
    Beau week end, mon ami. Duquel je suis certain que tu conserveras à ton retour tourangeau d’impérissables souvenirs.
    Je t’embrasse

    • Il faut croire que les lecteurs partagent mon point de vue, ami Cyrille, puisque nous devons en être aujourd’hui à une petite dizaine d’achats de Minoritenkonvent, du moins à ce que j’en sais, et ce n’est que justice qu’un projet de cette qualité trouve sa place auprès du plus large nombre possible d’amateurs.
      Je n’ai pas vu ce Silbermann-ci, mais j’en ai entendu sonner deux autres, l’un furtivement hélas, mais l’autre dans toute sa gloire, dans une nef où cascadait la lumière par les hautes baies — un moment magique au cours une échappée qui n’en a pas été avare.
      Je te remercie pour ton mot et tes bonnes pensées.
      Je t’embrasse.

  4. Milena Hernandez

    25 octobre 2015 at 18:33

    Cher Jean-Christophe,
    Merci pour votre érudite présentation de ce disque qui, en effet, mérite plusieurs écoutes et apporte beaucoup de plaisir à l’auditeur (auditrice dans mon cas) même non spécialiste. Comme vous je trouve la sonate n°75 magnifique et je n’ai pas pu m’empêcher de faire le rapprochement avec la chaconne en fa de Pachelbel avec laquelle j’éprouve, je ne sais pourquoi, une indicible émotion et notamment dans une version pour ensemble de cordes.
    Je vous souhaite un bon dimanche.

    • Chère Milena,
      Même si je vous réponds avec un léger temps de retard, absent que j’étais de chez moi durant le week-end (je ne suis volontairement équipé d’aucun moyen mobile de connexion à Internet), sachez que ça m’est une joie de vous lire sur le blog.
      Je pense sincèrement que ce disque fait partie de ceux qui resteront et vers lesquels on reviendra encore dans bien des années en en retirant la même sensation de plénitude, ce qui n’est pas si fréquent aujourd’hui où tant de projets n’ont malheureusement pas grand chose à raconter. Ici, il y en a à profusion.
      Tout comme vous, je suis sensible aux chaconnes, une forme dont j’ai pleinement pris conscience du caractère un peu mélancolique grâce à celle sur laquelle se refermait le disque consacré par La Cetra à Brescianello, que vous connaissez sans doute. Votre rapprochement me semble, en tout cas, tout à fait pertinent.
      Je vous remercie pour votre mot et vous souhaite une belle soirée.

  5. Gaulard Bénédicte

    26 octobre 2015 at 17:02

    Cher Jean-Christophe, je n’ai rien à dire, c’est un ravissement. Mon bon de commande est prêt… merci !

    • Chère Bénédicte,
      Je vais vous sembler sans doute présomptueux si je vous dis que je me doutais un peu que cette musique pourrait vous plaire et peut-être plus encore si je me risque maintenant à affirmer que l’écoute de l’intégralité du disque vous séduira — n’hésitez pas, si vous le souhaitez, à me faire retour de vos impressions.
      Merci pour votre commentaire et pour les artistes.

  6. Déjà fan de Johann Heinrich Schmelzer découvert grâce à toi, j’adore les 2 extraits proposés, et si tu me dis en plus qu’il y a un gros morceau de chaconne dedans… miam !

    • Bon, il n’y a pas de Schmelzer dans ce disque, Clairette, mais le gros morceau de chaconne, tu peux l’entendre dans ce billet : il constitue 75% de la Sonate n°75 qui est le deuxième extrait proposé ici 🙂
      Merci pour ton commentaire, je suis certain que tu trouverais tout à fait ton compte dans ce très bel enregistrement.

  7. Tant de beauté ne souffrirait pas que j’ajoute quelque mot que ce soit. Et puis tu as tout dit, et si bien, si parfaitement. Je resterai donc discrète, toute à mon émotion, bouleversée jusqu’aux larmes.
    La commande est passée, merci JC.
    Avec ma profonde affection, je t’embrasse. A très bientôt.

    • Tu ne seras sans doute pas surprise si je te dis que notre réaction face à cet enregistrement a été jumelle, et je me suis dit que l’éditeur aurait dû mettre, sur le film d’emballage du disque, un avertissement comme « attention, est susceptible de vous faire pleurer. » C’est une des raisons pour lesquelles j’ai attendu pour écrire à son propos : il fallait un temps de prise de distance avec l’émotion première, presque violente.
      Je suis persuadé que tu vas passer de très belles heures avec ce Minoritenkonvent, Ghislaine, et je te remercie de t’être arrêtée sur ce billet.
      Je t’embrasse très affectueusement et te souhaite une belle et sereine fin de semaine.
      A très vite.

  8. Cher Jean-Christophe,
    Je dois vous dire triplement merci cette semaine.
    Merci pour ce très instructif article sur l’école de violon autrichienne de cette époque et sur ces violonistes et compositeurs qui m’étaient encore inconnus pour la plupart. Je me demande souvent où vous pouvez puiser autant de détails sur l’histoire de la musique…
    Merci pour la découverte de ce disque magnifique que j’écoute ce matin pour la quatrième fois en dix jours. Il réunit tous les ‘critères’ que je recherche habituellement dans une interprétation : virtuosité et complicité des musiciens, sensibilité de l’interprétation, beauté des instruments, qualité de l’acoustique et de la prise de son. Je suis une nouvelle fois comblé ici.
    Enfin merci pour la découverte de ce superbe Silbermann que je n’avais encore jamais entendu. Et pourtant Dieu sait si je cherche le moindre disque où on peut entendre les instruments créés par cette illustre famille de facteurs d’orgue. C’est une passion dévorante que vous semblez partager également, du moins pour les Silbermann d’Alsace. Cet orgue de chœur de l’Eglise Sainte-Madeleine de Strasbourg reste pourtant une énigme pour le ‘fondu’ de facture d’orgue que je suis. D’après le livre de C-L Koehlhoeffer, il y eut bien un orgue (II/P) construit dans cette église par Andreas Silbermann, mais en 1718 et non en 1730. De plus cet instrument fut vendu en 1876 et est introuvable depuis. Peut-être trouverais-je plus d’informations à ce sujet dans le livret du cd…
    En résumé, on en redemanderait volontiers des découvertes de ce genre.
    En toute amitié.

    • Cher Jean-Marc,

      Sauf oubli de ma part dont je vous prie, le cas échéant, de m’excuser, vous ne m’aviez pas parlé de la passion que vous avez pour les Silbermann (je suppose que vous avez dû vous précipiter sur l’intégrale de l’œuvre d’orgue de J.S. Bach publiée par Æolus en 2012, projet un peu fou qui s’il n’est pas sans faiblesses, donne à entendre quelques très beaux instruments); ayant un lien très fort avec l’Alsace, je ne manque pas d’aller entendre sonner ceux qui se situent dans cette région, en particulier à Strasbourg, qui est un des rares endroits où je me sens à ma place. Je ne connaissais cependant pas non plus, avant la parution de ce disque, ce positif de l’Église Sainte-Madeleine qui fut commandé à André Silbermann pour l’abbaye de Marmoutier en 1719 mais livré aux Sœurs Grises de Haguenau en 1730 (il est, je crois, au diapason 392 Hz); vous trouverez une notule à son propos, signée par Quentin Blumenroeder, dans le livret du disque.

      Cet enregistrement est, à mes yeux, un joyau, parce que toutes les grâces semblent s’y être donné rendez-vous : un répertoire chatoyant, des interprètes qui savent exactement quoi en faire pour le rendre captivant et émouvant (mes deux premières écoutes m’ont tiré des larmes, à tel point que j’ai dû laisser reposer le disque pour pouvoir écrire à son propos), des instruments somptueux et une captation de grande classe. Bien peu de réalisations peuvent se prévaloir de tels atouts, surtout aujourd’hui où les choses doivent être rapidement « mises en boîte. » Et je suis certain que vous aurez noté, tout comme moi, qu’il s’agit une nouvelle fois d’une production d’un tout petit label — vertus de l’artisanat.

      Pour ce qui est des chroniques, enfin, ma ligne est simple : je n’écris pas sur des époques que je connais mal ou sur des compositeurs ou des projets avec lesquels je n’ai aucune affinité; vous ne verrez pas ici d’article sur l’opéra vériste ou sur Hasse, pas plus que sur le récital du dernier contre-ténor à la mode — d’autres le font très bien. J’aime creuser les sujets et me documenter avant de proposer un texte à ceux qui me font l’honneur et, pour certains, l’amitié de venir me lire : c’est une question de respect envers eux mais aussi envers le travail des artistes, ce que ne comprennent pas toujours les gens du « milieu » qui voudraient que l’on chronique rapidement; même si je saisis les raisons de cette urgence, je pense qu’elle alimente des réflexes de pure consommation qui ne vont pas forcément dans le bon sens.

      Je vous remercie bien sincèrement pour le temps que vous avez bien voulu prendre pour me lire et commenter ce billet en y faisant passer un peu de ce que vous êtes; c’est un cadeau auquel je suis particulièrement sensible.

      Avec mon amitié.

  9. Nous avions parlé brièvement des orgues Silbermann lors d’une discussion sur les intégrales de l’oeuvre d’orgue de JS Bach. Je vous avais dit alors que je trouvais l’intégrale Aeolus trop disparate et que l’on ressentait dans certaines pièces un manque d’assurance de leur interprète qui faussaient l’harmonie de l’ensemble. Il faut reconnaître que remplacer au pied levé l’organiste principal n’a pas dû être une tâche aisée…
    En ce qui concerne Bach, je préfère l’entendre sur les Silbermann d’outre-Rhin ou mieux encore sur les Schnitger des Pays-Bas et du Nord de l’Allemagne.
    Les Silbermann d’Alsace avec leur anches brillantes à la Française perturbent souvent l’équilibre de certaines pièces où la pédale joue un rôle important. Il y a toutefois des exceptions comme les instruments de St Thomas de Strasbourg et de la Collégiale d’Arlesheim.
    Je préfère entendre ces orgues « français » dans un répertoire plus approprié (style Couperin, Marchand) où ils sonnent à merveille.
    Je crois que c’est le genre de coffret où on apprécierait de pouvoir « choisir à la carte plutôt que de prendre tout le menu ».

    • Vous faites bien de me rafraîchir la mémoire, cher Jean-Marc, et j’ai eu un doute après vous avoir répondu, me disant à moi-même, sans certitude toutefois, qu’il me semblait bien que nous avions abordé ce sujet. Au temps pour moi.
      Je suis absolument d’accord avec vous en ce qui concerne l’esthétique très française des Silbermann d’Alsace, une chose qui m’a de nouveau frappé lors d’une écoute récente in situ. Il y a cependant une tradition très forte autour de la musique de J.S. Bach sur ces terres qui fait que l’on « oublie » un peu cette question de l’adéquation de l’instrument et du répertoire. J’ai été étonné, en me promenant, de voir le nombre d’occasions offertes au public d’entendre sa musique.
      Grand merci pour votre complément de réponse et belle journée à vous.

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