Wunderkammern

Trouvailles pour esprits curieux

Als ikh kan

« Toi, veille seulement à trouver des maîtres convenables ; que les princes s’appliquent à rendre leur prestige aux bonnes lettres. Tu verras alors, c’est certain, que ni les étoiles ni les intelligences ne manquent à notre siècle, ni même à nos contrées (…) Mais si, comme nous le faisons, nous manquons à notre devoir, le ciel tout entier nous sourirait en vain ; c’est en nous que sont ces comètes fatales qui de leur souffle apportent la destruction aux meilleures études. C’est pourquoi l’extinction des lettres n’a pour moi rien d’étonnant, puisque tous rivalisent d’efforts pour les éteindre et que très peu les défendent. »

Érasme, Les Antibarbares (traduction du latin par Claire César, Les Belles Lettres)

Jan Ekels le Jeune Un homme taillant sa plume

Jan Ekels le Jeune (Amsterdam, 1759 – 1793),
Un homme taillant sa plume, 1784
Huile sur bois, 27,5 x 23,5 cm, Amsterdam, Rijksmuseum

 

J’ai commencé à songer à ce traditionnel billet du premier janvier à la fin du mois d’octobre, dans le train qui me reconduisait chez moi après quarante-huit heures radieuses passées dans la ville que je considère comme ma patrie de cœur et que j’avais enfin retrouvée après quelques longues années d’éloignement passées à rêver du tête-à-tête que j’aurais avec elle ; le titre du texte que j’échafaudais s’était imposé avec une évidence presque insolente : La Terre promise. Puis il y eut un certain soir du 13 novembre et les jours qui suivirent, autant de bouffées littéralement infernales dont, malgré toutes les grimaces ordonnant le devoir jouir des fêtes de fin d’année, l’haleine de soufre est encore nettement perceptible pour qui refuse d’abdiquer sa lucidité au profit d’un étourdissement commandé — n’ai-je pas entendu, trois semaines après les tueries, qu’il fallait « consommer pour oublier » ?

La secousse provoquée par ces attentats a fait se lever bien des lémures que l’on croyait relégués aux oubliettes de l’histoire mais qui n’attendaient visiblement qu’une occasion propice pour nous sauter à la gorge. Il y a de quoi avoir la nausée devant la récupération de la légitime émotion suscitée par l’horreur des faits ; les aboyeurs et les ricaneurs, dont la parfaite civilité masque, chez les plus habiles, la nature bêtement cancanière et prompte à déformer la réalité pour la mettre à leur botte, qui font aujourd’hui l’opinion grâce à la tribune, inespérée si j’en crois la piètre envergure de certains, que leur offrent les réseaux sociaux se sont bien vite empressés de se rouler dans ces mares de sang frais venant, selon eux, justifier les anathèmes prétendûment prophétiques qu’ils déversent à l’envi. Eux qui prétendent défendre, parfois en en maltraitant honteusement la langue, une France pure qui n’existe que dans leurs fantasmes, se montrent en réalité bien peu sûrs de l’étendard sous lequel ils se rangent ; on ne peut, en effet, ressentir l’étranger comme une menace que lorsque l’on doute de la solidité de ses propres valeurs et c’est les tenir finalement pour bien peu de chose que craindre de les voir asservir, remplacer, anéantir. Plutôt qu’agiter des peurs en espérant convertir autrui à leur religion du rejet tout en asseyant simultanément leur domination par des idées souvent réductrices et donc faibles, et une image soigneusement construite, ce en quoi leurs méthodes ne diffèrent foncièrement pas de celles des terroristes, pourquoi ces éblouissants phares de notre civilisation ne se saisissent-ils pas immédiatement de leur bâton pour se faire les pèlerins de cet héritage dont ils s’autoproclament les preux ? Serait-ce parce qu’il est infiniment plus facile de toujours critiquer sans jamais consentir l’effort de bâtir ? Érasme a bien raison d’en appeler à notre discernement dans le choix de ceux qui inspirent notre action.

Effort, voici un bien méchant mot dans un monde gagné par la paresse et la vacance. Car, au fond, que faisons-nous pour nous montrer à la hauteur de ce qui nous a été transmis, pour l’investir et le servir ? Trop peu, j’en ai peur, en tout cas pas suffisamment pour faire barrage à l’inanité d’une société qui a fait un totem de la perche à selfie et se montre bien souvent incapable de décoller le nez de son nombril. Osant là encore mettre mes pas dans ceux du Rotterdamois, je souhaite ériger la culture en rempart contre tous les extrémismes, parce qu’à mes yeux, tous les bas du front marchent main dans la main, fomenteurs de djihad, sectateurs de la Manif pour tous, nationalistes à la petite semaine, populistes aux deux confins du spectre. On m’objectera, bien sûr, que mon arme est bien chétive et de surcroît réservée à une élite ; je répondrai que lorsque je parle de culture, je la considère pour elle-même et non en tant que marqueur social. Lorsque je lis Yourcenar ou écoute Bach, je ne me soucie ni qu’ils soient à la mode, ni d’impressionner mon voisin ; je les fréquente parce qu’ils me construisent tout en me permettant à la fois de regarder le monde jusque dans son horreur sans baisser les yeux et me laissent également espérer qu’il n’est pas complètement perdu — et qu’on ne vienne surtout pas me dire que c’est parce que je suis issu d’un milieu social favorisé, ce qui est faux. Il me semble qu’il est plus que jamais nécessaire de mettre la culture au cœur même de notre quotidien et que ce défi ne pourra être relevé que si chacun, à son niveau, s’attelle à cette tâche ; à l’heure où la technologie permet d’être au théâtre sans bouger de chez soi, où les musées sont gratuits au moins un dimanche par mois, où l’on peut assister à des concerts de qualité sans bourse délier (je pense, entre autres, aux matinées du festival d’Arques-la-Bataille), où certains services en ligne permettent d’écouter de la musique à volonté, les excuses pour s’abstenir sont de moins en moins valables. Et il n’est sans doute pas inutile de rappeler que le public, s’il s’unit en assez grand nombre, peut faire pression sur les chaînes de télévision de service public pour qu’elles proposent plus d’émissions de fond à des horaires convenant au plus grand nombre — vous souvenez-vous, par exemple, qu’à la fin des années 1970, le petit écran offrait les neuf épisodes du Temps des cathédrales présentés par Georges Duby ? Encore faut-il ensuite regarder ce que l’on a réclamé et il n’est rien de plus désolant que ces gens qui se plaignent de la vacuité (réelle) des programmes tout en préférant systématiquement s’avachir devant une série plutôt que se plonger dans une réalisation un peu exigeante. Nous avons tous un effort de cohérence à faire sur ce point, de la même façon qu’on ne peut pas se dire concerné par les problèmes du climat et prendre sa voiture pour faire cent mètres, sensible au dynamisme économique de proximité et ne jamais consommer local, Charlie en étant abonné à beIN Sports ; à un moment donné, il faut avoir le courage de mettre en accord ses actes et ses convictions, quitte à rogner sur son petit confort. N’est-ce pas également ce que nous enseigne un Érasme d’à peine vingt ans, du fond de son lointain XVe siècle ?

C’est fort de ces convictions que j’aborde avec vous ce nouveau cycle d’un an sur Wunderkammern ; il y aura probablement peu de modifications sur le fond et quelques variations de forme, avec certaines lignes de force destinées à s’inscrire dans la durée, puisqu’il ne saurait être question pour moi de suivre ici le pouls affolé et les cahots des modes du jour qui sévissent sur les réseaux sociaux, outils de communication mais certainement pas fin en soi. Ce blog est ma contribution, aussi insignifiant cet acte de résistance soit-il en dépit des heures de travail qu’il requiert, à la lutte contre l’obscurantisme ; pour une certaine idée de la culture et du partage en laquelle je crois, pour la musique, ceux qui la font, ceux qui publient leur travail, ceux qui l’écoutent, j’y mets le meilleur de moi-même — als ikh kan.

 

En vous remerciant pour votre fidélité, je vous souhaite à toutes et à tous, ainsi qu’à ceux qui vous sont chers, une très heureuse année 2016.

 

Accompagnement musical :

Johann Sebastian Bach (1685-1750), Toccata en mi mineur BWV 914

Léon Berben, clavecin Keith Hill d’après Christian Zell, Hambourg, 1728

Johann Sebastian Bach Toccatas Léon BerbenToccatas, 2 CD Ramée RAM 0903. Wunder de Wunderkammern. Ce disque peut être acheté chez votre disquaire ou en suivant ce lien.

46 Comments

  1. Cher Jean-Christophe,

    l’intéressante citation d’Erasme est un encouragement à ne pas trop s’alarmer pour les Lettres, puisque, malgré l’antique présence des « barbares » qui voulaient déjà à l’époque les ruiner ou ne faisaient aucun effort en leur faveur, elles ont persisté et se sont largement développées jusqu’à notre époque : gageons qu’elles renaîtront longtemps encore, et trouveront leurs amateurs.
    Très beau (et qui va à l’essentiel, et presque intemporel) tableau de ce jeune homme pauvre dans son intimité, visage énergique, qui a l’habitude de planter des clous dans le mur, en tenue négligée sur sa petite estrade où il s’apprête à écrire une lettre ou une page qui reste mystérieuse comme le contenu du sac pendu au dessus de son manteau …
    Meilleurs voeux à ce blog qui prouve que les arts et les Lettres ne meurent pas !

    • Chère Michèle,
      Je crois effectivement qu’il ne faut pas s’alarmer mais avant tout demeurer vigilant : les menées visant à saper les Lettres, que je prends ici au sens large, sont souvent souterraines et cachées sous les meilleures intentions, tout comme en est pavé l’Enfer dont elles sont l’émanation. Ceci dit, je veux croire, tout comme vous, qu’ils se trouvera toujours des gens auxquels la culture semblera suffisamment importante pour être défendue coûte que coûte.
      J’aime infiniment ce tableau d’un peintre à la carrière brève : il y règne une densité sans pesanteur que je trouve éloquente, et l’idées des mots à venir me semble parfaitement convenir pour un début d’année.
      Je vous remercie pour votre mot et votre fidélité, et vous souhaite le meilleur pour 2016.

  2. Sophie Wauquier

    1 janvier 2016 at 13:19

    Merci Jean-Christophe pour ce billet. Vous pouvez et faites beaucoup.
    Je vous souhaite ainsi qu’à tous ceux qui vous lisent sur ce blog une très belle et très douce année 2016 dans ce monde en soubresauts.
    Et je me permets de vous recommander la lecture de Frédéric Boyer « Quelle terreur en nous ne veut pas finir » chez P.O.L. qui parle très bien des questions que vous évoquez dans votre billet.
    Bien à tous.
    Sophie

    • C’est moi qui vous remercie, Sophie, de vous être arrêtée ici en ce premier jour de l’année; sans fausse modestie aucune, je vous avoue ne pas mesurer l’impact qu’a ce que je peux proposer et, pour être tout à fait franc, ne pas chercher à le faire. J’ai posé comme principe de départ la liberté des lecteurs de venir ou non, de prendre ou pas, aussi mon unique souci est-il de faire de mon mieux pour parler de ce que j’entends défendre et de laisser ensuite les choses suivre leur cours.
      J’ai pris bonne note des références de l’ouvrage de Frédéric Boyer et j’en ferai bon usage — merci.
      Je vous souhaite une très belle année 2016.
      Bien à vous.

  3. mireille batut d'haussy

    1 janvier 2016 at 13:20

    Pour une « certaine idée de la culture et du partage » et tous ces mots du billet qui forcément trouvent un réel écho, pour la manière serrée dont l’essentiel est donné en ouverture ,jusque dans les tonalités associées, merci, Jean-Christophe, et bonne route…

    Si j’ai plusieurs fois soupiré, à vous lire, ici, je me dois de vous le dire, mais pas de m’en expliquer. J’espère que nous cheminerons assez de concert, échangerons assez en confiance, pour que certains écueils nous soient évités.

    Je vous souhaite de trouver presque tout ce dont vous aurez le plus besoin pour franchir les obstacles inhérents à tout cheminement authentique… comme je le souhaite pour moi.

    Belle année, nourrie de joie, habitée de lumière ! M.

    • Il aura décidément été beaucoup question de chemins ces derniers temps sur le blog et à côté, Mireille, et il va sans dire que les moments où ceux que nous empruntons l’un et l’autre peuvent s’écarter m’intéressent beaucoup; je demeure, en effet, convaincu que les différences comportent souvent une part illuminatrice qui nous pousse à aller chercher plus loin, à ne pas nous contenter de nous reposer au point où nous avons fait halte. Peut-être certains de ces hiatus entre votre pensée et la mienne me seront-ils révélés au fil du temps.
      La journée a été prodigue de lumière, Bach et Schütz n’en étant pas avares, pas plus que Lassus que j’écoute en vous répondant.
      Je vous en souhaite beaucoup pour l’année qui vient, que j’espère fertile pour les combats que vous menez avec ténacité et conviction.

  4. Heureuse d’avoir lu ce premier article de 2016, merci !

  5. Merci pour cette belle page en début d’année et pour votre remarquable connaissance dont vous partagez la richesse avec ceux qui vous suivent. Merci pour votre travail, votre générosité et surtout pour les innombrables trésors de votre caverne.

    Bonne année à vous et à vos lecteurs,

    Cordialement vôtre,

    Francis Etienne

    • C’est moi qui vous remercie, Francis Étienne, d’accorder de votre temps et de votre attention à ce que je peux proposer ici. Il ne s’agit que d’une part réduite de ce que je souhaiterais faire, mais le temps n’est malheureusement pas extensible ou, du moins, pas assez.
      Puisse 2016 vous apporter tout ce que vous pouvez légitimement désirer, mes vœux vous accompagnent.
      Bien cordialement.

  6. je suis tout a fait d’accord avec vous. J’essaye de faire la même chose sur les pages de musique que j’administre. Accorder les gens avec la culture, avec le beau, avec la vérité de l’art, une tâche autant agréable que utile, je pense. Mais il ne faut pas s’attendre à pouvoir conquérir les gens qui ne sont pas au niveau de réceptionner cet art. Oui, c’est un acte de résistance des gens pour quels la culture est un mode de vie contre l’agression de l’inculture. Je dois aussi vous dire combien j’apprécie ce que vous faites.

    • Je crois foncièrement, Maria, qu’il ne faut se soucier que de faire en se disant qu’un jour, peut-être, ceux qui ne sont pas ouverts à la culture le deviendront. Il faut toujours demeurer accessible et ne pas hésiter à expliquer inlassablement, guider d’une main légère, sans jamais contraindre; certains exemples, dans mon parcours de vie, m’ont prouvé qu’il y avait parfois des aurores inattendues chez certaines personnes parce qu’une œuvre leur avait parlé et suscité le désir d’en savoir plus — c’est cette petite flamme qu’il faut entretenir.
      Je vous remercie pour le regard que vous portez sur mon travail et vous souhaite une belle année 2016.

  7. … à un moment donné, il faut avoir le courage de mettre en accord ses actes et ses convictions, quitte à rogner sur son petit confort.
    Oui. Merci pour ces plaisants moments passés sur cet espace en 2015. Beaucoup de délicatesse également entre les lignes et que dire des morceaux musicaux ?
    Excellente année 2016. Marie

    • Je suis convaincu, Marie, que si beaucoup étaient moins soucieux de leur confort, les choses iraient mieux pour tous et j’ai quelque difficulté aujourd’hui à supporter les gens qui consentent tous les arrangements possibles avec leurs principes seulement pour le préserver : c’est avoir une constance de girouette.
      Je vous remercie sincèrement pour l’attention que vous accordez régulièrement à mes chroniques et je vous souhaite une très belle année 2016.

  8. Oui oui entrons en résistance ! L’ancienne bibliothécaire que je suis ne peut qu’approuver tes propos… mais je milite aussi au nom des avachis devant les séries ;o))
    Belle nouvelle année et longue vie à Wunderkammern !

    • Je ne suis pas très séries, mais je me dis que j’aurais dû écrire « télé-réalité » à la place, tant ça me semble la lie de la télévision.
      Heureux de te voir sur ce billet, Clairette, et de savoir que tu résistes toi aussi en te faisant, entre autres, passeuse de belles histoires.
      Souriante année 2016 à toi et merci pour tes vœux.

  9. Claudine Redon

    1 janvier 2016 at 20:27

    Quel magnifique texte, si juste et si réconfortant en ce premier jour de 2016, un vrai cadeau..Il est si agréable de constater que chacun dans notre petit coin , nous ne sommes pas tout à fait seul, il y a d’autres personnes qui pensent comme nous et qui le disent, clairement , sans arrogance et même avec amour… car il faut l’amour du prochain pour faire le travail que vous faîtes , afin de le partager et d’en faire profiter d’autres , les élever, non pour qu’ils soient au dessus des autres, mais pour le plaisir de les rapprocher , jour après jour de la beauté, cette beauté qui n’est , en tout cas, dans le domaine de la culture que le fruit d’une grande volonté et d’un travail exigeant…Il est fort amusant et quelque peu rassurant d’apprendre que le grand Erasme se plaignait déjà d’une « Baisse de niveau » à son époque…. Tout est relatif, s’il revenait, il aurait probablement un sérieux choc, choc qu’il n’aurait pas eut au 19e, maintenant, c’est bien ce qui est inquiétant , tout va très vite, c’est une dégringolade culturelle..Oui, encore merci de ne pas se mettre à notre portée, mais de susciter le désir, celui de faire l’effort de découvrir, de chercher, de connaître, et le résultat est là, nous en retirons beaucoup de plaisir…..Surtout , pour moi, lorsqu’il s’agit de « Baroque », cette délicieuse période qui par delà les siècles me donne tant de joie, comme quoi, il ne faut pas totalement désespérer; la musique baroque était oubliée de tous, maintenant , retravaillée elle atteint des sommets de perfection et le mot « Beauté » prend tout son sens….
    Je vous souhaite une très belle année 2016 sous le signe de cette même beauté ..Que cette année vous apporte paix et douceur..!!

    • Je suis convaincu, Claudine, que nous sommes nombreux à avoir ce type de raisonnement et à souhaiter faire le pari de la culture contre la barbarie. Un de mes amis dit d’Érasme qu’il a toujours « trois longueurs d’avance » et ce texte le prouve de façon assez éclatante. Vous avez tout à fait raison de parler de « dégringolade culturelle » pour qualifier l’époque à laquelle nous vivons et je vous avoue être assez inquiet lorsque je constate que tout est visiblement fait pour continuer à tirer les gens vers la bas : il suffit de voir la pauvreté de l’offre télévisuelle pour s’en apercevoir — je prends à dessein cet exemple, car il s’agit encore aujourd’hui du média dont la force de pénétration est la plus puissante auprès du public.
      Je pense qu’il faut tenter, autant qu’il nous est possible de le faire, d’être des passeurs de ce que nous recevons en termes de beauté, en étant simple tout en ne faisant aucune concession sur le fond et donc sur la qualité de ce que nous offrons : ceci implique nécessairement de travailler pour acquérir un recul qui détache des effets de mode et autres stratégies commerciales. C’est pour cette raison que vous ne verrez jamais sur ce blog de chroniques consacrées à ces « machines à vendre » dont l’exigence de la démarche artistique est souvent sujette à caution; je préfère privilégier le travail de courageux artisans du disque qui prennent le risque de révéler des répertoires et des talents.
      Je vous remercie pour le regard que vous portez sur mon travail et espère continuer à mériter votre confiance en 2016, que je vous souhaite pleinement heureuse et riche de belles émotions.
      Bien cordialement.

  10. Que tout cela est juste et aussi cohérent cher jean-X,
    Il n’y a plus guère, et en fait y a t-il jamais eu autre chose que la culture pour résister à la barbarie ?
    Mais pour un prince amoureux de culture combien n’ont-ils pas déclaré des guerres et semé la désolation ? Sur combien de monceaux de cadavres Alexandre porta t-il les lumières de la Grèce ? Et je cite au lointain pour ne pas sombrer dans le contextuel…
    Alors, comme toi et à ma manière j’essaie d’être un passeur lorsque l’occasion se présente, (n’ai-je pas dû apprendre à une de mes classes qui était Platon ?) et aussi prôner les valeurs, vecteurs de la culture à mon sens : écoute et tolérance.
    D’autre part, pour moi qui ai remisé la télévision au rang des accessoires depuis longtemps, je me rends compte que l’ignorance totale d’une certaine actualité dite culturelle (séries, chanteurs frétillants et ondulants, etc.) établissait une certaine étanchéité avec les générations nouvelles ; alors j’ai douté et puis me suis dit qu’il ne servait à rien d’établir un lien fondé sur un travestissement et qu’il fallait, en toutes circonstances rester soi, on ne gagne rien à singer…
    Nos moyens sont dérisoires mais je pense aussi, lorsque le désir de repli me prend, à la fameuse pincée de sel des Écritures, alors continuons gardant en cœur la possibilité d’une « Terre Promise » où un sol plus fertile à notre aspiration au bien existerait et où nous en serions une graine, un espoir, une lumière derrière les brouillards.
    Faisons bien dans le mal pour que le mauvais ne submerge le monde, soyons une veilleuse car de la cécité le monde se meurt.
    Merci de tes vœux cher ami, tu connais les miens. Merci de cette musique si propice aux matins de lumières calmes et à cet étudiant d’un siècle passé mais à la présence intemporelle.
    Suis ta voie au mieux, continue à passer l’œuvre des maîtres que tu t’es choisi et que ton itinéraire soit de paix.

    • J’irai même plus loin que toi, mon ami : combien de princes amis des Lettres ont du sang sur les mains ? Même le grand Hadrien pour lequel on ne peut avoir que de l’admiration n’y échappe pas.
      Je pense que non seulement toute personne qui se trouve en position d’être un passeur doit le faire mais qu’il serait criminel d’agir autrement compte tenu de la façon dont tourne aujourd’hui le monde.J’ai bien peur qu’il y ait de moins en moins à attendre de la télévision qui a pourtant su jouer, il y a quelques décennies, un vrai rôle d’éveilleur de curiosité, mais dont l’ambition de certains programmes autrefois soucieux de qualité semblent avoir été revus à la baisse. Il ne reste donc que les bonnes volontés et la capacité qu’elles ont à se faire entendre en utilisant les moyens à leur disposition et notamment les réseaux — après tout, certains s’en servent bien pour diffuser des horreurs avec une efficacité redoutable.
      Je garde dans un coin de ma tête la possibilité d’une Terre promise et il est même possible qu’elle ressemble un peu à ce blog, quand bien même il n’emprisonne pas la lumière cascadant dans la nef de Saint-Thomas un samedi d’octobre.
      Je te remercie pour tes bons vœux et te renouvelle les miens pour l’année la plus sereine possible.

  11. Quittant un instant ma lecture offerte en cadeau de Noël par ma femme, je trouve avec délice votre billet, cher Jean-Christophe. Il me plonge dans une toute autre atmosphère, une toute autre langue – et surtout une lumière aussi pensée que souhaitée, aussi douce que celle de cette superbe interprétation de Bach. Une pensée qui va de l’avant. Merci !
    Car je sors à peine, avec peine, d’un livre sanglant, terrifiant et pour tout dire essentiel à la compréhension, à la pénétration dans un monde qui nous semble si étranger. Il s’agit de la Russie, d’un siècle à l’autre. Vue par le truchement de Svetlana Alexievitch dans « la fin de l’homme rouge ». Ce n’est pas le genre de lecture dont on sors indemne. Car c’est un chemin d’enfer.
    Alors, pourquoi vous laisser ces mots rouges ? Non parce que l’auteure a eu le prix Nobel de littérature 2015. Peut-être parce que – j’emploie peu ce mot – ce livre me semble indispensable. Admirablement traduit par Sophie Benech. Reflet du « temps du désenchantement » (c’est son sous-titre) alors que votre billet incite, lui, à ré-enchanter le monde. Mais les voix sont multiples. Les yeux grands ouverts.
    Très amicalement, Marc

    • Cher Marc,
      Quel plaisir de vous lire ! Je vais vous donner l’impression de me répéter, mais votre présence manque beaucoup au paysage radiophonique et je suis certain que nous sommes nombreux à déplorer de ne plus pouvoir vous écouter aussi souvent, aussi aisément et aussi longtemps qu’auparavant.
      Je ne connais pas l’ouvrage que vous mentionnez, mais son sous-titre est éloquent et me donne l’envie d’aller y regarder de plus près. Comme vous l’avez bien compris, j’ai choisi la voie de l’espérance dans ce qui se veut un appel au réveil et à une forme de résistance; il ne faut pas laisser aux bas du front la possibilité d’occuper tout l’espace pas plus que le découragement ne doit s’incruster : comme l’écrit Érasme, il suffit de peu de choses pour que les intelligences dont notre époque n’est pas plus pauvre qu’une autre se révèlent.
      Je vous remercie pour votre lecture et l’énergie revigorante qui se dégage de votre commentaire.
      Puisse 2016 être propice à tous vos projets, mes meilleurs vœux vous accompagnent.

      • Je confirme le manque des Horizons chimériques. La réécoute d’émissions de temps en temps m’apporte à la fois réconfort et regret…
        Je n’ai pas encore lu « La fin de l’homme rouge », je conseille les livres précédents de Svetlana Alexievitch, en particulier « La supplication – Tchernobyl, chroniques du monde après l’apocalypse ».

        • C’est une voix/voie singulière qui s’est évanouie avec la disparition de cette émission pour faire place à un robinet d’eau tiédasse. Personnellement, j’ai rompu avec France Musique depuis septembre 2014 au profit de BBC 3, WDR 3 et BR-Klassik, je vous avoue que la station française ne me manque pas.

  12. Gaulard Bénédicte

    2 janvier 2016 at 20:44

    Cher Jean-Christophe, vos paroles (oui, en vous lisant, j’ai eu l’impression d’entendre le texte, et non de le lire) sont un véritable baume en ce début d’année, et offrent, ainsi que la citation d’Erasme, un chemin constellé d’étoiles et de petites lumières pour mieux aborder ce monde troublé et difficile. Je le ressens comme tel ! Et Bach, Marguerite Yourcenar (Ah, les Mémoires d’Hadrien !), Georges Duby … font partie de ces « valeurs » et de ces textes et musiques qu’on relit ou écoute, encore et encore, dans les moments incertains. Et, de plus, votre choix musical me ravit. J’ai eu la chance d’entendre Léon Berben à l’orgue, et non au clavecin, et de découvrir par la suite le talent et aussi la simplicité de cet artiste…Puissiez-vous vivre une année de belles découvertes. Je profite aussi de ce début d’année pour vous remercier, car nous profitons de vos découvertes, de vos choix, et de votre travail. Belle année, sur de nouveaux chemins !

    • Chère Bénédicte,
      Ce billet de jour de l’an comporte de nombreux tiroirs et on y croise le nom de quelques personnes qui occupent une place privilégiée dans mon panthéon personnel, qu’il s’agisse de Yourcenar (plutôt celle de l’Œuvre au noir que des Mémoires d’Hadrien, ici), d’Érasme, de Duby ou de Bach. Ce sont des points d’appui extrêmement solides pour la pensée et des refuges contre la noirceur du monde comme il va. Vous avez bien de la chance d’avoir croisé Léon Berben, dont la fréquentation des disques me rend à mesure plus admiratif : quelle intelligence et quelle sensibilité musicales ! Si à ces qualités s’ajoute l’humilité, voici qui désigne un vrai artiste à suivre avec un intérêt tout particulier.
      Je vous remercie très sincèrement pour la lecture de ces lignes dont tout me porte à être certain qu’elle a été attentive et je vous souhaite le meilleur pour l’année qui commence.

  13. Nathalie Pineau-Farge

    3 janvier 2016 at 00:38

    Je viens de lire (et relire) votre texte, cher Jean-Christophe, et y trouve du réconfort, de l’espoir… Votre analyse est d’une grande justesse, et j’en retiendrai le terme : « exigence » – pour moi-même, avant tout (j’en ai bien besoin dans mon quotidien !), mais aussi pour la manière dont je transmets, je l’espère, le goût de la culture et de l’art à mes étudiants… Ce n’est pas chose facile (« Nous sommes des nains sur les épaules de géants » – mais Bernard de Chartres n’avait pas envisagé les désastres de la téléréalité…), et je dois dire que la lecture de certains de vos articles m’y a beaucoup aidée. La transmission, et le cheminement, sont des notions qui me sont chères, qui me « tiennent », et il est bon de savoir que certaines personnes y sont sensibles, ou même en font leur ligne directrice. Je me permets de cordialement vous embrasser pour célébrer cette nouvelle année !!
    P.S. : il me semble qu’Erasme n’a pas dédaigné le selfie de son temps : le portrait par un peintre reconnu – Dürer, Holbein le Jeune… rien de moins…

    • Parmi les réactions suscitées par ce billet de vœux, Nathalie, une de celles qui me frappe le plus est de lire des commentaires qui, comme la vôtre, me disent : « ce que vous écrivez est exactement ce que je pense. » Il est profondément réconfortant, même si je n’en doutais pas, de constater qu’il se trouve toujours des personnes pour lesquelles les mots de cohérence et d’exigence ne sont pas vains; j’imagine d’ailleurs sans mal que vous savez faire preuve de cette dernière qualité dans un contexte qui est loin d’être évident, l’appauvrissement du savoir n’épargnant visiblement pas les étudiants, et je suis convaincu que les vôtres vous sont reconnaissants de la passion avec laquelle vous leur transmettez l’amour du Beau.
      L’idée d’être « en chemin » est centrale dans mon existence. Il s’y joue un véritable dynamique, en ce que le chemin nous fait autant que nous le faisons; il y a tant à découvrir et à apprendre, parfois même de réalisations imparfaites, tant de raisons de s’émerveiller.
      Je vous remercie pour votre intervention sur le blog, croyez bien que j’y suis sensible. Je vous souhaite une heureuse année et vous embrasse également.

      PS : Dürer et Rembrandt étaient les champions de ce que nos cousins québécois nomment avec justesse l’ego-portrait; la différence est qu’il était pour eux un objet d’étude et non la bête dérive narcissique que nous observons aujourd’hui.

  14. Erasme ce moderne … Très belle citation qui prend tout son sens dans notre monde actuel. Je retiens aussi l’importance fondamentale d’accorder nos principes à nos comportements quotidiens, c’est un salutaire rappel que vous faites là Jean-Christophe. Quant à la culture … il semble que la trahison des clercs ait opéré depuis longtemps son oeuvre dévastatrice, mais heureusement il demeure quelques vigies, dont vous êtes et ce dont je vous remercie. Merci pour ce travail énorme et pour toutes les beautés que vous offrez à vos lecteurs et auditeurs.

    • Oui, Christine, Érasme a souvent une bonne longueur d’avance, ce qui rend d’autant plus regrettable qu’il n’existe pas à ce jour, du moins à ma connaissance, d’édition intégrale de son œuvre en français — on se demande bien ce que fait la Pléiade.
      Je tiens beaucoup à l’idée de cohérence dont je fais un des principes fondamentaux de mon existence; elle m’a conduit à abandonner un certain nombre de choses qui ne me manquent d’ailleurs absolument pas. La décantation est un exercice souvent salutaire.
      Pour ce qui regarde la culture, je suis le premier à déplorer que tout le monde s’en fiche et surtout ceux qui nous dirigent, hélas. Mais il est vrai que l’on peut manipuler plus aisément les gens en les transformant en machines à avaler de la facilité, ils ont donc raison, dans cette détestable optique, de continuer à leur travail de casse. J’aime le terme de vigie que vous employez, car c’est exactement ainsi que je conçois mon petit rôle; la vigilance est, à mes yeux, un devoir.
      Je vous remercie pour votre commentaire et vous souhaite, ainsi qu’à Vert Céladon, le meilleur pour cette nouvelle année.

      • Ces derniers temps, la Pléiade a préféré publier Jean d’Ormesson, hélas. Mais il faut dire qu’elle a publié aussi une excellente Anthologie de la poésie chinoise.

        • Gallimard est un éditeur avisé qui sait que Jean d’O. dans la Pléiade fera venir vers cette collection des personnes qui n’ont pas l’habitude de la fréquenter. Je serais très curieux de connaître les chiffres de vente de ce volume.

  15. Pourrais-je sans rougir afficher qu’après avoir buté sur le als ikh kan d’ouverture j’imagine avoir compris – la fin aidant – que tu veux donner le meilleur de toi-même ?
    A l’entrée de la chambre des merveilles j’avais pensé à un clou, difficile à enfoncer pour accrocher la peinture de Jan-le-Jeune. Et puis avant de lire, j’ai pris le temps de détailler. Quel est l’élément principal ? L’homme jeune. Que fait-il ? Il taille sa plume donc il se prépare à écrire. Absorbé par son travail et possiblement à l’écoute d’une musique ancienne, il n’a pas relevé la tête quand je suis entrée. Un miroir sans effet. Un effet (le manteau) jeté sur le dossier de la chaise. Une estrade remontant l’ensemble vers la lumière de la fenêtre invisible, projetée à gauche entre les rideaux de velours, le même recouvrant la table.
    La pièce apparaît très petite. Le plateau suspendu m’intrigue. Bourse, besace, sac de cuir recelant les pièces d’un jeu ? Ce détail existe aussi sur l’autre tableau du peintre, l’homme est cette fois de face et lit la gazette, ou bien ce qu’il a écrit ? D’autres détails changent un peu de place, je pense que c’est une suite (mais je n’y connais rien)
    Jans était visionnaire et il t’a décrit. La suite est dans l’histoire. Comme une Trinité. Ou un contre-sens à contre-courant. Mes souhaits t’accompagnent pour cette nouvelle année. Fidèlement.

    • Ce billet est un texte à tiroirs sur tous les plans, bien chère Marie, et tous les fils qui en constituent la trame ont un lien fort avec ce que fut mon année et ce que je suis. La promenade que tu fais à l’intérieur du tableau montre à quel point tu as saisi tout ceci, ce qui, par parenthèse, ne me surprend guère. Ce qui m’attache également à cette scène est la densité de son silence : quand je le regarde, j’entends tout juste le bruit de la plume en train d’être taillée, même la rumeur de la rue ne me parvient pas. Dans mon esprit, ce panneau de Jan Ekels renvoie à un autre, peint un bon siècle plus tôt, L’homme écrivant une lettre de Gabriel Metsu aujourd’hui à Dublin; l’homme est plus jeune, la lumière plus vive, l’intérieur plus riche, la fenêtre ouverte sur le monde extérieur, c’est en quelque sorte un pendant actif et cossu à la méditation plus décantée que propose celui-ci.
      Je te remercie pour ta fidèle présence et pour tes vœux; les meilleurs des miens t’accompagnent naturellement pour tout 2016 et au-delà.

      • Je connais aussi ce tableau (grâce à toi il y a longtemps) L’homme écrivant une lettre est très mal assis sur sa chaise et a les jambes de travers, enfin trop de face et il est intéressant de comparer les œuvres qu’un siècle sépare, la représentation de l’acte d’écriture est bien différente. Les années passent, les écrits demeurent toutefois.

        • C’est bien ce tableau-ci avec sa position du corps pour le moins fantaisiste, chère Marie 😉 Je les aime autant tous les deux et il ne serait pas surprenant que je fasse revenir celui de Metsu sur le devant de la scène à un moment ou à un autre.

  16. J’ai attendu un peu, cher Jean-Christophe, avant de venir vous écrire chez vous, que la grande vague de messages s’y estompe un peu… C’est que nous avons pu déjà échanger nos vœux et vous savez bien à quel point je partage ce que vous exprimez, d’une plume soigneusement taillée et redoutablement acérée, dans ce billet inaugurant l’an neuf.

    Comme j’ai aimé retrouver ici, outre tout ce que silencieusement vous lui faites dire, ce tableau d’Ekels ! Il m’a remis en mémoire un Hyacinthe jadis frémissant mais aujourd’hui, quelques années plus tard, la définition et les couleurs en sont bien meilleures 🙂

    Comme j’ai aimé votre choix d’un Mi mineur de Bach, particulièrement éloquent ! Avec cette troisième section aux allures de recitativo quasi improvisato. Une tonalité de Mi mineur qui, d’après Mattheson, nous incite aux pensées profondes (tieffdenckend), nous trouble et nous attriste mais de manière à nous faire espérer la consolation (daß man sich noch dabey zu trösten hoffet).

    En vous embrassant très, très affectueusement, je vous souhaite vents favorables et coruscantes lumières en 2016, sur vos chemins intérieurs tout comme sur les belles routes de France que vous arpenterez sans doute avec, peut-être, pour ce qui nous concerne plus spécialement, au mitan de l’année, une rencontre en votre Terre promise, au détour d’un pilier de cathédrale ? Comme j’aimerais…

    • Et moi, je me suis laissé prendre, chère Marie-Reine, dans le flux de ce début d’année en culpabilisant beaucoup de ne pas avoir assez de vrai temps pour répondre comme je le souhaitais à votre commentaire dont je vous laisse imaginer à quel point il m’a touché.
      Je suis tenté de résumer les choses en vous disant que vous avez tout compris de ce texte, au-delà même des mots, et je suis très sensible au fait que les raisons de mon choix musical ne vous aient pas échappé; la musique, c’est dire aussi, dans un autre langage (et j’aime particulièrement l’éloquence de Léon Berben).
      Un des avantages d’avoir un hébergeur distinct d’une plateforme traditionnelle dévolue aux blogs est que les limitations de taille des fichiers sont bien inférieures à ce qui existe ailleurs, d’où la possibilité de proposer des images en bonne définition et des sons moins compressés; de ce point de vue, bien des frustrations antérieures se sont envolées 🙂
      Je vous les ai déjà exprimés ailleurs, mais je vous adresse à nouveau ici tous mes souhaits pour l’année nouvelle et retiens l’idée, dont vous pouvez imaginer à quel point elle me réjouit, du détour de pilier — en écrivant ces mots, je vois un tableau hollandais du XVIIe avec la vie fourmillante dans les édifices religieux.
      Je vous embrasse très affectueusement et vous dis à très bientôt.

  17. Je pensais que j’allais trouver ici un billet plus riche que les « bonne année gnagnagna », et c’est effectivement le cas. Que Wunderkammern continue à foisonner !

    • Je ne pratique qu’assez modérément le « gnagnagna » de toutes façons 😉 Merci pour vos bons vœux, tous les miens vous accompagnent pour cette nouvelle année.

  18. Milena Hernandez

    8 janvier 2016 at 16:04

    Cher Jean-Christophe,
    Lire votre billet en écoutant mon cher JSB, lire ensuite les commentaires de vos amis FB me persuade de l’utilité, sinon des « réseaux sociaux », du moins de FB, le seul que je fréquente. J’entends beaucoup dénigrer ce réseau pour ce qu’il y est déversé. Pourtant j’y retrouve et je partage essentiellement des pages artistiques dans lesquelles s’expriment des personnes sensées la plupart du temps aimables. Il faut savoir choisir ses « amis », tout comme il faut savoir choisir ses programmes de télévision. J’ai particulièrement apprécié dans votre texte ce rappel : aujourd’hui en France nous disposons de tellement de facilités d’accès à la culture! C’est bien de rappeler que nous sommes des privilégiés dans ce domaine, et j’admire le devoir (même s’il est, pour vous, aussi un plaisir) que vous vous imposez de partager vos connaissances et vos belles découvertes avec nous, vos lecteurs et « amis FB », que vous ne connaissez pas vraiment. Beaucoup (dont moi-même) se contentent d’apprécier les belles choses et de les partager avec leurs êtres chers. Vous allez plus loin avec votre Wunderkammern et je vous en remercie encore une fois. Pour finir, je voudrais rappeler qu’Erasme, à une époque où l’on frappait les enfants qu’on instruisait, a prôné le plaisir d’apprendre et l’éducation dans la douceur. L’effort que vous évoquez au début de ce paragraphe auquel j’adhère complètement est suivi, il faut le dire et le répéter, je crois, d’un plaisir d’autant plus intense. Bonne année 2016, cher ami, à vous et à votre blog.

    • Chère Milena,
      Je vous remercie pour votre chaleureux commentaire auquel la charge de mon emploi du temps ne me permet de répondre qu’en ce dimanche pluvieux.
      Je suis assez réservé quant aux réseaux sociaux et suis vis-à-vis d’eux un pied dehors, un pied dedans; si je considère Twitter comme l’empire du vide et me refuse à y mettre le pied, je me suis longtemps posé la question de savoir si je resterais ou non sur facebook dont les dérives narcissiques et la superficialité me sont assez difficilement supportables. J’ai finalement choisi d’y demeurer car il s’agit d’un outil de communication difficilement contournable aujourd’hui pour quelqu’un qui tient un blog à caractère culturel comme le mien et se doit donc de se tenir informé de l’actualité dans les domaines dont il souhaite rendre compte; sans facebook, je n’aurais ainsi sans doute pas connu l’Ensemble polyharmonique dont le très beau disque consacré à Tobias Michael m’a fort réjoui. Ceci dit, ce réseau permet aussi quelques rencontres qui pour être virtuelles n’en sont pas moins agréables et enrichissantes, votre présence ici en atteste.
      Peu de commentateurs ont relevé ce point de mon billet de nouvel an où j’insistais sur la facilité avec laquelle il est aujourd’hui possible d’avoir accès gratuitement ou à prix modique à des émissions ou des événements culturels de qualité (là encore, il faut faire le tri) : ainsi, entre cent autres exemples, la Messe en si mineur et la Passion selon saint Jean de notre (car je partage votre penchant pour lui) cher Bach dirigées respectivement par John Eliot Gardiner et René Jacobs étaient elles offertes sur le site de la Philharmonie de Paris à qui voulait bien se donner la seule peine de s’y connecter. Je considère que Wunderkammern fait partie de cette offre culturelle élargie, puisqu’en dehors des textes que j’écris, on peut y voir de la peinture et y écouter de la musique; c’est ma façon, certes modeste, d’apporter ma pierre à l’édifice, avec mes petits moyens (l’hébergement est payant et j’achète une partie des disques que je chronique) et le temps que je réussis à grappiller.
      Je vous remercie pour votre fidélité à ces pages et vous adresse mes meilleurs vœux pour l’année qui commence.
      Bien amicalement.

  19. J’arrive un peu tard JC, excuse-moi. Je suis néanmoins, je crois, encore dans les temps 😉
    Ta plume n’est pas chétive, elle est indispensable. Tes mots, justes. Tes convictions, précieuses.
    Tu fais infiniment plus que « als je kunt » (merci mes lointains souvenirs de néerlandais mais je ne suis même pas sûre qu’ils soient exacts, j’ai un peu – beaucoup ! – oublié les règles de grammaire et de conjugaison, hum 😉 ) mais ton humilité t’honore.
    Je souhaite à Wunderkammern de nombreuses autres belles pages et à toi le meilleur.
    Avec mon affection, je t’embrasse, JC, et te dis à bientôt.

    • Mais non tu n’arrives pas un peu tard, Ghislaine, et d’ailleurs quel que soit le moment où tu viennes, tu es toujours la bienvenue.
      Je crois que c’est déjà beaucoup de faire « du mieux que l’on peut » en fonction de toutes les contraintes avec lesquelles il faut composer; j’aimerais tant avoir plus de temps pour réfléchir et pour écrire. Mais on grignote cinq minutes ici, trois ailleurs, et on tente de ne pas penser aux pesanteurs d’une journée de travail pour se poser au soir devant la feuille blanche et avancer — je sais que tu connais bien ça également.
      Je te remercie bien sincèrement pour tes vœux et t’adresse les meilleurs des miens pour l’année qui commence. Puisse-t-elle te préserver, ainsi que ceux qui te sont chers.
      Je t’embrasse bien affectueusement et te retrouve bientôt (sans doute demain) autour de Blackstar.

  20. Très belle et lumineuse année à vous, cher Jean-Christophe, que le soleil illumine votre chemin pour notre bonheur à tous, et que votre foi de résistance perdure intacte, contre toutes les formes de facilités. Qu’avons-nous à défendre de plus précieux que cette liberté de conscience?
    Amitiés fidèles,
    Catherine BC

    • Je vais tenter de me tenir à ce que j’énonce dans ce billet, chère Catherine, et de ne pas perdre en route les convictions qui m’animent; sans elles, je pense que je trouverais de toutes façons pas les ressources nécessaires pour m’atteler au défi qu’est chaque nouvelle chronique.
      A vous qui êtes une passionnée et qui faites des prodiges de vos doigts – je ne cesserai jamais de dire à quel point j’admire les artisans –, j’adresse mes meilleurs vœux de créativité et de prospérité pour cette nouvelle année que je vous souhaite épanouie et sereine.
      Bien fidèlement et bien amicalement.

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