Wunderkammern

Trouvailles pour esprits curieux

Pour le Concert de la Loge Olympique, c’est bien plus qu’une question de forme

Frontispice Symphonies parisiennes Haydn

Frontispice de l’édition des Symphonies parisiennes de Joseph Haydn
par Imbault (Paris, 1788). Paris, Bibliothèque nationale de France

 

Voici encore une réplique de la fable du pot de terre contre le pot de fer. Imaginez un ensemble fraîchement créé par le violoniste Julien Chauvin animé par le noble souci de relever le nom d’un prestigieux orchestre qui enchanta le Paris de l’extrême fin de l’Ancien Régime et commanda pour ses concerts six symphonies à Joseph Haydn en personne – excusez du peu –, œuvres qui devaient passer à la postérité sous le nom de « parisiennes », et de promouvoir ainsi une certaine idée de l’excellence à la française ; le Concert de la Loge Olympique ressuscita donc en janvier 2015, sous le regard bienveillant du ministère de la Culture et de la fondation Singer-Polignac, conscients de la dimension de patrimoine vivant que pouvait revêtir une telle entreprise.

Mais ce qui plaît aux Muses ne charme pas toujours Hercule dont l’humeur belliqueuse ne tarda pas à prendre ombrage d’un si ambitieux projet. Le Comité national olympique du sport français (CNOSF), émanation hexagonale d’une institution internationale dont chacun a pu avoir vent de l’absolu désintéressement et de la rectitude de la conduite, s’empressa de notifier aux nouveaux venus qu’ils empiétaient de manière inacceptable sur son terrain de jeux. Leur crime ? Celui d’avoir eu l’outrecuidance d’utiliser l’adjectif « olympique » qui, comme chacun le sait, sauf naturellement ces tocards de musiciens, est la propriété exclusive des dieux du stade et de ceux qui font fructifier leur image. Que le nom de Loge Olympique soit attesté dès 1783, à une époque, donc, où l’idée d’un Comité national olympique n’était même pas dans les limbes et qu’il ait contribué à accroître le rayonnement culturel de la France n’a probablement même pas effleuré cette instance dont la certitude de son bon droit est proportionnelle aux moyens financiers qui lui assurent une tranquille arrogance de nanti. Il fallait donc que l’orchestre abandonnât sans broncher son nom, tant il est vrai qu’une quarantaine d’instrumentistes armés d’archets classiques ou de cuivres sans pistons représentent, en termes d’image et de notoriété, une redoutable menace pour une organisation dont le budget dépassait les 30 millions d’euros pour l’année 2012 et qui bénéficie de toutes les entrées médiatiques imaginables. Pour les musiciens commença alors un marathon qui, d’espoirs en désillusions, de pourparlers encourageants en mises en demeure sèches, les mène aujourd’hui au bord du knock-out. Les pouvoirs publics, avertis du problème, ont fait la sourde oreille, sans doute parce qu’il n’est pas bon de s’aliéner certains appuis lorsque l’on ambitionne d’être capitale olympique en 2024 ; dans quelques jours, si rien n’est fait, le Concert de la Loge Olympique perdra irrémédiablement le droit de s’appeler par le nom sous lequel il commence aujourd’hui à être reconnu par le public, en France comme à l’étranger, mais aussi par certains mécènes aussi importants que la Caisse des dépôts qui lui a accordé sa confiance pour 2016, avec tout ce qu’une telle décision implique, pour une structure encore fragile, en termes de retombées matérielles (programmes de concert, disques, site Internet…) et d’image.

Bien entendu, cet accident de parcours, toute rageante que soit la bêtise bourbeuse qui lui sert de fondement, n’empêchera sans doute pas Julien Chauvin et ses valeureuses troupes de poursuivre leur combat pour valoriser un héritage musical qui fait intégralement partie de notre histoire. Qu’il nous soit cependant permis de rêver que, pour une fois, la culture puisse l’emporter sur des questions d’intérêts minuscules et que ceux qui tentent, avec les moyens limités dont ils disposent, de se faire les serviteurs humbles et éclairés de l’art aient tout simplement la possibilité de conserver ce qui fait leur identité. Le couperet fatal doit tomber le 11 février et l’on espère que le Comité national aura à cœur de se raviser et de ne pas verser dans le ridicule absolu qui reviendrait à se comporter comme celui de Salut public dont on sait combien de têtes il s’acharna à faire tomber. Le moins que l’on puisse attendre de qui se targue d’être le gardien de l’esprit du baron de Coubertin n’est-il pas qu’il sache faire montre de magnanimité et qu’il cultive le sens du beau geste ?

Accompagnement musical :

Joseph Haydn (1732-1809), Symphonie en si bémol majeur Hob.I.85 dite « La Reine » :

I. AdagioVivace

Tafelmusik
Bruno Weil, direction

Joseph Haydn Symphonies parisiennes II Tafelmusik Bruno WeilSymphonies parisiennes, volume II. 1 CD Sony « Vivarte » SK 66 296. Ce disque a été repris avec le volume I dans un coffret qui peut être acheté en suivant ce lien.

38 Comments

  1. Quand Joseph Haydn termina en 1786 sa symphonie n° 86 en ré majeur, la dernière chronologiquement parlant et peut-être la plus belle des six, il offrait au monde un joyau inestimable. Pour prouver notre reconnaissance à la Loge Olympique d’avoir commandé ces merveilles à celui qui était considéré comme le plus grand musicien de cette époque, il faut soutenir ce projet excitant de ressusciter cet orchestre et évidemment de garder ce nom glorieux. Je ne pense pas que ces membres du Comité National Olympique soient incultes et je pense que parmi eux se trouvent des amateurs de musique classique susceptibles de comprendre que le terme olympique ne leur porte pas ombrage, bien au contraire. Chacun sait que le Chevalier de Saint-George qui dirigea l’orchestre de la Loge Olympique, fut un sportif accompli et un des meilleurs escrimeurs de son époque.

    • J’ai bien peur, Pierre, que vous ne surestimiez quelque peu le niveau culturel et l’appétence pour la musique dite « classique » des membres de ce comité, hélas; je pense que si les choses avaient été différentes, l’orchestre aurait sans problème pu reprendre le nom de son illustre prédécesseur. Ces gens ont-ils jamais entendu parler de Haydn ou de Saint-George ? Je vous avoue que j’en doute, mais si c’est le cas, leur attitude n’en est que plus inadmissible. Croisons néanmoins les doigts en espérant que cette fine lame et ce grand esprit leur soufflent, de là où ils sont, de laisser vivre le Concert de la Loge Olympique.
      Merci pour votre mot.

  2. Vous avez, même s’il est insignifiant, tout mon soutien pour cette lutte entre la culture et la finance politicienne béotienne.

    • Aucun soutien n’est insignifiant, Marjac, et c’est justement parce que les citoyens s’abstiennent trop souvent de réagir que l’industrie du divertissement – et l’olympisme y a aujourd’hui largement sa part, hélas – se croit autorisée à faire ce qu’elle veut en toute impunité.
      Merci de vous être manifesté.

  3. Heureux de voir que cette affaire prend de l’ampleur et que vous y contribuez avec votre sagacité habituelle ! Je me permets d’y ajouter une contribution ci-dessous. Amicalement. Marc

    Le droit à une forme olympique, nom de nom !

    Que faire face à une toute nouvelle épreuve olympique, qui n’est pas un jeu, mais un sport glauque ? Car le Comité national olympique (CNO) se conduit en tyran.
    Pour des raisons avouées de gros sous et inavouables du droit du plus fort, le voilà qui s’en prend à des musiciens, plus que talentueux, qui eux ne jouent jamais sous l’emprise du dopage ou de quelque pot de vin.
    Résumons : l’orchestre de Julien Chauvin se nomme « Le Concert de la Loge Olympique ». Le CNO en prend ombrage. Pensez, utiliser l’adjectif « olympique », cela n’est pas imaginable ! Le Comité a même déposé le mot, enregistré comme une marque.
    Julien Chauvin et ses amis ont eu beau rencontrer le directeur de cabinet du Président du CNO, une mise en demeure les menaçant d’un procès leur a intimé l’ordre de retirer le nom de l’orchestre et de leur domaine internet. Raison officielle : « Les partenariats qui ont été noués par « Le Concert de la loge olympique » avec la Fondation orange et Swiss Life, notamment, sont de nature à créer une confusion préjudiciable avec les partenaires du mouvement olympique, dont l’assureur Allianz ». Un bien bel esprit olympique.
    Alors, oui, que faire ?
    S’émouvoir en soutien à Julien Chauvin et ses amis, qui préfèrent consacrer leurs subsides à donner des concerts, plutôt que d’engager des sommes importantes dans un procès. Rien de plus logique pour la Loge Olympique. Mais l’émotion n’est pas l’action.
    Il y a peut-être une autre solution :
    L’affaire fait déjà grand bruit dans le milieu musical. Alors, si tous ensemble, nous relayions l’information, en faisant jouer tous nos carnet d’adresses, en avertissant tous les médias, bien au delà du milieu musical et culturel, en alertant les politiques, à commencer par le Ministère de la Culture et la Mairie de Paris, qui souhaite organiser des jeux O…. en 2024. L’Académie Française est déjà saisie. Car ce qui se joue ne concerne pas seulement quelques musiciens. Orwell n’est pas loin. Il s’agit de l’avancée, toujours plus implacable, de la privatisation – ici, celle des noms, des mots du vocabulaire.
    D’autre part, pourquoi ne pas mettre en place une vaste souscription, via Ulule par exemple, pour financer un procès contre le CNO afin d’obtenir une jurisprudence favorable à la liberté d’utilisation des mots, des noms appartenant au patrimoine de tous ? Cette évidence ne devrait-elle pas être protégée et rappelée par les digues du droit élevées face à la rapacité égoïste d’entreprises privées et de leurs marques.
    David contre Goliath ? Et alors ? Nous connaissons la fin de cette histoire-là.
    A nos starting-block. Organisons une sorte de Comité de Défense Olympique. L’important, c’est de participer. Yes we can et vive « Le Concert de la Loge Olympique » !

    Ci-joints quelques liens évoquant l’affaire.
    http://wunderkammern.fr/2016/02/09/pour-le-concert-de-la-loge-olympique-cest-bien-plus-quune-question-de-forme/

    http://www.diapasonmag.fr/actualites/a-la-une/epreuve-olympique-pour-l-orchestre-de-julien-chauvin

    http://www.concertclassic.com/article/le-concert-de-la-loge-olympique-olympique-vous-avez-dit-olympique

    http://www.musicologie.org/16/le_comite_national_olympique_privatise_dictionnaire_et_histoire.html

    http://www.francemusique.fr/actu-musicale/le-concert-de-la-loge-olympique-vs-comite-national-olympique-quand-goliath-ecrase-david-121585

    • Je n’ai pas grand chose à ajouter à vos lignes, cher Marc, si ce n’est qu’elles élargissent le débat de façon particulièrement intéressante et pertinente, et je me plais à imaginer la belle émission que vous auriez pu tisser autour de ce sujet pour mieux défendre le Concert de la Loge Olympique.
      Un grand merci à vous et bien amicalement, toujours

  4. J’ai pu enfin écouter l’extrait qui est magnifique, je découvre .. comme c’est beau !!

    Je n’ai jamais aimé le foot, et encore moins les gens qui gravitent autour. ..
    J’espère que ces musiciens sentent que nous sommes solidaires dans leur démarche . Je ne sais pas si ça suffira, …Je suis sincèrement de tout cœur avec eux.
    Ce que tu as écrit a dû les toucher, des mots où l’on sent ton émotion et ta révolte . Tu as laissé parler ton cœur, et c’est de là que viennent les mots les plus beaux .
    C’est tellement lamentable, écœurant et ô combien stupide !!!
    Merci de nous avoir informé .
    Et vive la loge OLYMPIQUE !!!

    Je t’embrasse très fort cher Jean-Christophe 🙂

    • Attention, chère Tiffen, le CNOSF ne s’occupe pas que des footballeurs, quand bien même il en possède visiblement toute l’arrogance; c’est ce comité qui va tenter de nous vendre de l’olympisme alors qu’il n’est visiblement même pas en mesure d’en incarner les valeurs d’ouverture et de tolérance.
      J’ai longuement médité ce billet, à l’écart, en prenant du temps pour peser chaque mot, et même s’il ne changera sans doute rien, je suis heureux qu’il apporte un témoignage du refus de se résigner.
      Je te remercie pour ton retour et t’embrasse bien fort.

  5. Bonjour, je suffoque d’indignation devant cet accaparement des adjectifs ! seul le sport aurait droit à se dire olympique ! non ! Merci à Wunderkammern et à Jean-Christophe Pucek.
    Je vais au moins partager l’article sur ma page fb.

    • Bonsoir Gilda,
      Nous avons, je crois, été un certain nombre à n’en croire ni nos yeux, ni nos oreilles quand nous avons eu vent de cette affaire où les champions sont assurément ceux de la stupidité.
      Merci de vous être fait l’écho de cette publication.

  6. Passé l’effarement que génère sur l’instant cette nouvelle, je me dis que la débilité a visiblement encore, hélas, de « beaux » jours devant elle.
    Un exemple, de nouveau ici, symptomatique d’une époque qui jouit — aime jouir ? — d’une inculture crasse. Voire, à l’instar de la Géhenne, brûle sans scrupule ni honte sa culture en l’honneur d’idoles dépravatrices.
    Néanmoins, comme toi et d’autres, je ne désespère pas d’un salutaire sursaut d’intelligence.
    Puisse le Concert de la Loge Olympique ne pas, lui aussi, faire les frais de cette débilité ambiante. Farce ridicule à bien des égards.
    Je t’embrasse.

    • Il semblerait effectivement que l’on se plaise aujourd’hui à se vautrer dans la fange, ami Cyrille, et que plus cette dernière est dense, plus intense est la volupté. Je t’avoue que je me suis pincé (et pas que le nez) lorsque j’ai eu vent de cette histoire, tant elle m’a semblé trop grotesque pour être vraie. Force est cependant de reconnaître que nous en sommes à ce niveau et que par souci de préserver des intérêts matériels dont je peine à croire qu’ils eussent été mis en péril, on en vient aujourd’hui à asservir les adjectifs et à pourchasser ceux qui en font un usage non rentable.
      J’ignore quelle sera l’issue de cette affaire, mais il y a fort à parier qu’elle ne sera pas en faveur des musiciens; reste à espérer un secours inespéré du Ciel dans les 24 heures à venir.
      Je te remercie pour ton commentaire et t’embrasse.

  7. Bien sûr que je partage, et cela pour trois raisons :
    Avant tout pour la cause et contre l’arrogance obscurantiste du CNOSF à l’acronyme abscons et vulgaire
    Parce que cela t’agrée
    Parce que la fondation Singer-Polignac ne serait pas si une chère amie du temps passé, je veux dire la Comtesse Greffulhe n’était à l’origine de cette fondation.

    • As-tu remarqué, cher Henri-Pierre, qu’en arrangeant un peu l’ordre des lettres dudit acronyme, on obtenait le nom au pluriel le mieux à même de définir ce comité, le F restant attestant que si le mal qu’il représente est universel, ses représentants sont, en revanche, bien de chez nous ?
      Merci pour ton retour et ton relais; tu les regretteras encore moins si je te dis que le Concert de la Loge Olympique était soutenu par une reine qui t’est, je crois, fort chère.

      • Tu me fais mourir de rire avec ton interprétation de l’acronyme en question, ce qui par ce temps maussade, est une vraie aubaine…
        Crois-tu que la Souveraine qui, entre autres imposa certain Chevalier au teint soutenu, me soit Chère ? Tsssss Tsssss

  8. Milena Hernandez

    9 février 2016 at 16:57

    L’emploi du nom Loge aurait pu aussi faire réagir les Francs-Maçons voire les concierges! Cette affaire illustre l’état lamentable de notre société, régie par l’inculture et le fric. Les musiciens investissent souvent le moindre sou qu’ils réussissent à mettre de côté dans l’entretien de leur instrument qu’ils acquièrent au prix de sacrifices à cause déjà de la machine spéculative. J’imagine leur écœurement à l’idée d’enrichir l’armée d’avocats du comité olympique. Merci, Jean-Christophe, de nous avoir permis de réagir à cette absurdité, j’espère sans trop y croire que le 11 février le bon sens aura gain de cause.

    • Vous parlez d’or, Milena, et je pense que si la majorité des gens avait une idée précise des sacrifices que représente une carrière de musicien, encore plus quand il est membre de ces formations « à géométrie variable » que sont les ensembles d’instruments « anciens », elle cesserait de les regarder comme des privilégiés vivant à l’écart des vicissitudes du monde. Il est tout à l’honneur de Julien Chauvin et de ses amis, que je sais très affectés par cet accident dans leur jeune parcours, de préférer consacrer leurs moyens et leur énergie à faire de la musique plutôt qu’à s’user dans des années de procédures à l’issue incertaine. J’espère juste qu’un malin Deus ex machina saura trouver la faille qui permettra à l’orchestre de porter le nom qui lui revient de droit.
      Un sincère merci pour votre intervention.

  9. Tout un chacun pourra trouver l’information suivante relative aux sociétés musicales sur le site mvmm.org
    « La Société olympique est issue de la Loge l’Olympique de la Parfaite Estime ; sa commande la plus fameuse fut celle des six symphonies parisiennes demandées à Joseph Haydn et créées en 1787. La Société olympique a été créée en 1781, en vue de prendre le relais du Concert des Amateurs, dissous suite à ses difficultés financières. »
    Il ne faut pas croire, toutefois, que les francs-maçons de la Société olympique ne recherchaient qu’une satisfaction égoïste de mélomanes raffinés et mondains. Très fréquemment, les œuvres qu’ils commandaient ou créaient étaient reprises, peu de temps après, devant le « grand public » du Concert Spirituel.
    (Gérard Gefen) Saluons ici la (re)naissance en 2015 de l’ensemble Le Concert de la Loge Olympique.
    L’article complet ne manque pas d’intérêt
    L’antériorité du nom à celui du comité olympique est indiscutable ; le grand public devrait s’indigner de la revendication qui ne grandira pas le comité.

    • En digne héritier du Concert de la Loge Olympique historique, je crois que Julien Chauvin travaille justement sur les moyens de rendre accessible le travail de son orchestre au plus large public, un effort qui renvoie les ergoteurs a la petite semaine à l’étroitesse d’une vision que l’on devine purement comptable. Je pense que si le grand public avait pu être informé de toutes ces manigances, le combat des musiciens aurait pu prendre une toute autre tournure.
      Grand merci pour ton commentaire.

  10. Laissez vivre un orchestre nouvellement créé, ce qui en soi est une bonne nouvelle en ces temps difficiles, et qu’il garde une forme la plus olympique possible, face à un comité qui ne mérite pas le qualificatif qu’il refuse aux autres, aux prises avec ses ornières, sa bêtise, son arrogance, et qui devra rendre compte de son attitude face à l’Histoire…

    • Nous sommes un certain nombre, mlf, à nous être élevés contre le concentré de bêtise qui nous est donné à voir au travers de cette pitoyable affaire, et s’il y a fort à parier que l’orchestre n’aura pas le droit d’utiliser son nom sauf à s’enferrer dans des procédures juridiques à n’en plus finir, au moins pourra-t-il poursuivre ses activités, ce qui est la meilleure réponse à apporter à l’attitude de ce comité qui a tenté de lui rogner les ailes.
      Merci pour votre commentaire.

  11. Michelle Didio

    9 février 2016 at 19:55

    Ouvrez le dictionnaire et regardez le mot ‘olympique », il n’y est question que de compétition sportive. Il s’agit par conséquent d’ouvrir la définition du mot, en tout cas de la repréciser pour qu »elle puisse s’appliquer à d’autres domaines de façon courante. Vous avez bien résumé la situation, c’est une affaire financière. Monsanto contre l’agriculteur de base. Il faudrait des milliers de signatures ou l’influence de personnalités pour faire bouger les choses. Cela fait réfléchir sur l’état de notre société, complétement marchandisée. Je soutiens votre initiatve, à mon très modeste niveau, Jean-Christophe.

    • Certes, Michelle, mais au XVIIIe siècle, l’acception de l’adjectif était plus large que celle d’aujourd’hui, la renaissance olympique strictement sportive ne s’étant pas encore produite; on pourrait presque arguer du fait que le Comité et l’orchestre ne parlent pas de la même chose, ce qui résoudrait une partie du problème si le chercheur de noises juridiques n’était pas si obtus.
      Je serais très surpris que mes modestes lignes soient capables de changer quoi que ce soit à la situation, mais au moins témoignent-elles du refus, que j’espère présent chez beaucoup, de se résigner face à la sottise y compris quand elle a les poches pleines.
      Je vous remercie de leur avoir accordé votre attention et votre soutien.

    • Pas tous les dictionnaires, Michelle. Le CNRTL en rappelle la définition originelle :
      http://www.cnrtl.fr/definition/olympique
      Je suis effarée par le toupet de ces maltôtiers !

      • Effectivement, Pascale, et vous faites bien de le rappeler — je suis un utilisateur régulier (presque quotidien) de ce site. Quant à l’impudence des décideurs du CNOSF, elle me semble hélas ne pas devoir connaître de limites.

  12. Claudine Redon

    10 février 2016 at 11:58

    Tout à fait d’accord avec Marc Dumont, il ne faut pas rester les bras croisés à ne rien faire. Une pétition est sans doute possible. Cette affaire est comparable d’une certaine façon avec celle des serres d’Auteuil qui doivent être détruites pour favoriser l’extension de courts de tennis.. Je n’ai rien contre le sport, mais il se passe de fort tristes choses au sein de puissants comités, choses qui n’ont rien a voir avec la beauté du sport mais surtout avec la puissance de l’argent et alors, tant pis pour le charme de certains lieux, la musique, l’histoire, la culture… Nous vivons la fin d’une civilisation, j’en ai bien peur. Voyez ce qui se passe en ce moment avec la réforme de l’orthographe, nos enfants écriront « phonétiquement », notre époque est caractérisée par la perte des valeurs, l’inculture généralisée, la vulgarité, et l’argent dit « facile ». Je rêve d’une association(Apolitique) pour défendre et promouvoir la culture ainsi que notre langue (Par exemple, je déteste l’utilisation de morceaux de musique et de tableaux célèbres dans la publicité).L’union fait la force et souvenez vous du succès des dictées de Pivot, les Français ont participé en masse. A mon avis tout est possible, il faut se battre et « Olympe » appartient à tous. Nous sommes tous héritiers de la culture gréco-latine…c’est le comité olympique qui aurait dû se sentir flatté, heureux que ce bel adjectif chargé d’histoire soit pour lui l’occasion d’un lien culturel avec notre histoire de la musique; je ne vois pas pourquoi l’amour du sport serait incompatible avec l’amour de la musique. Malheureusement, l’arrogance de ces puissants comités est sans limite.

    • Il y a effectivement une certaine parenté entre cette affaire et celle des Serres d’Auteuil, Claudine, et j’aurais volontiers signé une pétition de soutien au Concert de la Loge Olympique comme j’ai signé celle visant à préserver ces lieux. Que nous l’admettions ou non, le poids pris aujourd’hui dans notre société par l’industrie du sport est énorme et si je m’efforce d’être un peu attentif à ce qui se passe dans ce domaine envers lequel mes affinités sont pour le moins réduites, c’est parce que l’esprit des jeunes générations se forme majoritairement dans les stades et non dans les musées et les salles de concert — on peut naturellement le déplorer, mais ça ne change malheureusement rien à la réalité.
      Tout comme vous, je trouve cette histoire assez pitoyablement symptomatique de l’époque dans laquelle nous vivons et qui me semble de plus en plus « hors sol » et donc souvent « hors sens » alors que les crises que nous traversons exigeraient justement de s’ancrer plus fermement dans ce qui constitue notre héritage, notre vraie richesse. Sans vouloir jouer les Cassandre, je pense que la voie qui est prise n’est pas cette dernière, mais il appartient aux citoyens de faire face, individuellement et peut-être collectivement, et de sauver ce qui peut l’être; il y a tant de moyens de défendre la culture en la rendant accessible à qui le souhaite.
      Je vous remercie pour votre belle intervention et vous dis à bientôt.

  13. Bonsoir Jean-Christophe,

    la discussion ci-dessus et les éclaircissements sur cette affaire, les recherches historiques, tout cela est très intéressant. J’imagine que c’est un robot renifleur qui a détecté quelque part sur la toile cette « marque » , »Concert de la loge olympique », et qu’un bataillon de publicitaires et de juristes chargé de veiller aux intérêts financiers en jeu dans les jeux n’y a vu que de la concurrence déloyale, voire de la malhonnêteté calculée ! C’est bien sûr très dommage pour les musiciens et il faut s’en affliger, les soutenir.
    L’envie de rire de tant de bêtise est là aussi : j’essaye d’imaginer ce qui a pu se passer dans la cervelle de ceux qui sont impliqués dans ce beau procès, leur raisonnement, les notes qu’ils ont produites sur le sujet …
    Et j’espère que le soufflé va retomber de lui-même . Cela ressemble surtout à de l’intimidation.
    Il n’empêche que tout cela est inquiétant …

    • Bonsoir Michèle,
      J’ignore totalement comment les nœuds de cette affaire se sont noués, mais l’extrême rapidité de la réaction du CNOSF plaide plutôt en faveur de votre hypothèse. Il me semble qu’au-delà d’esprits procéduriers, le Concert de la Loge Olympique est également victime de l’inculture crasse qui règne dans certains milieux où on se demande même s’il n’est pas bien vu de la porter en sautoir. Il me semble que si les enjeux de l’autorisation du port de ce nom avaient été mieux (plus intelligemment) compris, une solution autre aurait pu se dessiner.
      Tout comme vous, je suis partagé entre l’envie d’en rire et d’enrager, mais je suis surtout infiniment triste de constater qu’aujourd’hui les arts pèsent bien peu face aux mastodontes du divertissement, même si, je vous l’accorde, ce n’est pas une découverte. Reste l’espoir, bien faible à cette heure.
      Merci pour votre mot et amitiés.

  14. Un petit tour sur Google au sujet de la protection de la marque « jeux olympiques », « olympique » etc … permet de se rendre compte que cela fait déjà au moins quinze ans que la législation à l’échelle internationale protège cette marque.
    Même l’adjectif seul.
    Donc je pense que malheureusement l’affaire est pliée.

    • Je trouve cette confiscation d’un adjectif grotesque et révoltante, d’autant qu’il n’a pas du tout le même sens dans le contexte dis-huitiémiste dont il est ici question.
      Si l’orchestre doit prendre un nouveau nom, j’espère que ce sera celui de Concert de la Loge O***, avec les étoiles selon l’usage de l’époque pour dissimuler l’identité; ce serait une jolie pirouette.

  15. Tout cela rappelle furieusement une autre affaire, célèbre en son temps et tout-à-fait du même genre : http://www.maitre-eolas.fr/post/2005/06/28/145-pas-de-droit-pas-de-chocolat-ou-laffaire-milkafr
    Le droit des marques, hélas, semble devoir s’imposer… Difficile d’arrêter la bêtise…

    • Effectivement, Diablotin, il y a de ça et quelque chose me dit qu’on n’est pas sorti de l’auberge avec tous ces bas du front qui ne cessent de tenir le haut du pavé.
      Merci pour votre mot et pour le complément d’information qu’il contient.

    • Que voila un passionnant débat qu’ouvre ce billet ; Jean-X a réussi à faire émerger suffisamment de réactions pour nous insuffler une dose d’optimisme quant à la survie d’un esprit critique dans notre pauvre Occident « formaté » pour utiliser un des néologismes qu’il a inventés.
      Je me permets de rebondir ici à cause de l’affaire Milka que soulève Diablotin, je venais juste de quitter Kraft où j’étais DRH sur un coup de tête, pour ne pas cautionner l’arrogance de cette extension du meurtrier Philip-Morris. Oui, l’éternelle histoire du pot de terre contre le pot de fer, mais qu’en retiendra l’Histoire ? Je crois que nous sommes dans la bonne voie 😉

      • Je suis moi-même surpris, cher Henri-Pierre, de constater le nombre de réactions qu’aura suscité cet article et, tout comme toi, je veux y voir un signe positif pour ce qui regarde la capacité des citoyens que nous sommes tous à se mobiliser pour des causes sans autre but que défendre ce qui me semble pouvoir être nommé un idéal. Tant qu’il restera assez de gens pour résister aux objurgations des tenants de la loi du plus fort, comme tu l’as fait autrefois de manière très concrète, tout ne sera peut-être pas complètement perdu.

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