Wunderkammern

Trouvailles pour esprits curieux

Les nuages et les champs. Pachelbel par Amandine Beyer et Gli Incogniti

Jacob Van Ruisdael Vue de Haarlem avec les champs de blanchiment

Jacob Van Ruisdael (Haarlem, c.1628 – Amsterdam, 1682),
Vue de Haarlem avec des champs de blanchiment, c.1670-75
Huile sur toile, 55,5 x 62 cm, La Haye, Mauritshuis

 

Pour beaucoup, Johann Pachelbel est le musicien d’une seule œuvre, un fameux Canon & Gigue dont ne saurait se passer aucune anthologie grand public de la musique baroque mais que certains musicologues, en l’absence de sources primaires contemporaines, hésitent aujourd’hui à lui attribuer. Qui a la curiosité de regarder au-delà de cette pièce rebattue va de surprise en surprise et se trouve face à un catalogue foisonnant dont, malgré les destructions dues aux conflits, il subsiste une bonne part, majoritairement constituée de musique pour le clavier (orgue, principalement) ou pour la voix (motets, concerts sacrés, chansons). Après des disques consacrés, pour son nouvel éditeur, à François Couperin puis à Antonio Vivaldi et salués par la critique, Gli Incogniti et leur chef, la violoniste Amandine Beyer, lèvent aujourd’hui un coin du voile sur la production méconnue de ce compositeur au nom célèbre.

Pachelbel était un homme à l’intelligence vive qui, malgré les moyens financiers limités dont disposait sa famille, fit de brillantes études à Altdorf puis à Ratisbonne, tout en cultivant ses remarquables dispositions pour la musique ; lors de ses années passées dans la cité de la Diète, il reçut l’enseignement de Kaspar Prentz qui pourrait bien avoir contribué à lui donner le goût de la musique italienne. Le talent de Pachelbel à vingt ans était suffisamment affirmé pour qu’il se vît nommé, en 1673, organiste suppléant de la cathédrale Saint-Étienne de Vienne où il demeura durant quatre années qui furent certainement décisives pour la cristallisation de son style. Étudia-t-il auprès de Johann Caspar Kerll, comme on l’a souvent avancé ? Aucun document ne l’atteste, mais il est certain qu’il sut se mettre à l’école de son aîné, de vive voix ou sur papier, tout comme à l’écoute des productions des musiciens italiens ou autochtones qui contribuaient à la richesse Johann Adam Delsenbach Le grand marché de Nuremberget au rayonnement de ce creuset musical qu’était alors la capitale impériale — rappelons que le Kapellmeister de la cour se nommait, à cette époque, Giovanni Felice Sances et son adjoint Johann Heinrich Schmelzer, rien de moins. Après un bref passage à Eisenach en 1677-78 qui lui permit de se lier avec une famille de musiciens appelés Bach, il fut engagé en qualité d’organiste à la Predigerkirche d’Erfurt, poste qu’il occupa douze ans durant et qui lui permit d’accroître considérablement sa réputation de virtuose de son instrument, mais aussi de compositeur et de pédagogue. Cette période parfois sombre sur le plan personnel (il perdit, en septembre 1683, sa femme épousée deux ans auparavant et leur fils) fut éclatante du point de vue professionnel et lui permit de rejoindre, en 1690, la prestigieuse cour de Wurtemberg à Stuttgart, dont la guerre le chassa en 1692, avant que les autorités de sa ville natale de Nuremberg se démènent pour le convaincre d’accepter la tribune de Saint-Sébald qu’il tint de 1695 à sa mort en 1706.

Le recueil intitulé Musicalische Ergötzung (Plaisir musical) a été publié à Nuremberg vraisemblablement dans les mois qui suivirent le retour en sa patrie de Pachelbel ; il représente aujourd’hui l’élément le plus important de son legs dans le domaine de la musique de chambre. Les ambitions des six Suites (Partien) pour deux violons et basse continue qui le composent vont au-delà de la simple « récréation des amateurs » mentionnée sur sa page de titre. Certes, la relativement faible exigence de virtuosité met les œuvres à la portée de nombre de ces derniers, mais le propos de l’auteur est visiblement plus vaste. En souvenir, peut-être, de ses années viennoises, il y utilise la technique de la scordatura, très en vogue auprès de compositeurs autrichiens comme Biber (songez aux Sonates du Rosaire écrites une vingtaine d’années plus tôt), qui vise à modifier l’accord du violon afin d’en tirer des harmoniques et des couleurs recherchées jusqu’à l’étrangeté, mais il le fait en se cantonnant volontairement aux rudiments de cette méthode, s’inscrivant ainsi dans une optique clairement pédagogique. Johann Pachelbel Musicalische ErgötzungUn autre point remarquable est la liberté dont fait preuve Pachebel dans l’organisation des Suites, alors que cette forme tendait, à la même époque, à se standardiser. Après la Sonata introductive, les danses se succèdent sans suivre de schéma préconçu ni dans leur ordre, ni dans leur nombre, ni dans leur caractère ; l’ensemble est typique de ce goût mêlé (vermischter Geschmack) très populaire jusqu’au-delà du premier quart du XVIIIe siècle qui unit éléments de style germanique, italien et français, représentés ici respectivement par les allemandes, les gigues et les chaconnes.

En complément de programme ont été ajoutées quelques chansons qui nous font découvrir une facette du compositeur rarement mise en lumière, à tort à en juger par la qualité de ce que l’on entend ici. Ces airs sont tous d’une grande simplicité d’écriture, de forme strophique et ponctués par de brèves ritournelles instrumentales, mais ne manquent, pour autant, pas de variété ; on y trouvera une méditation sur la brièveté de l’existence (Wie nichtig ? ach ! wie flüchtig) et une consolatio mortis comme l’Allemagne les aimera tant jusqu’à Johann Sebastian Bach (Mein Leben, dessen Creutz für mich), mais aussi d’aimables pièces de circonstance dédiées à un édile vigilant (Guter Walther unsers Raths), à la constance de l’amitié (Das Gewitter im Aprilen) ou au plaisir de trousser des vers (O großes Musenliecht). On ignore le nom de l’auteur de ces textes, mais les références mythologiques que l’on rencontre systématiquement dans les trois profanes me conduisent à soupçonner qu’ils sont de la main de notre musicien nourri d’humanités.

Retrouver Amandine Beyer et Gli Incogniti est généralement une promesse de bonheur et ce n’est pas encore avec ce disque que l’on sera déçu par ce qu’ils proposent. Certes, ils ne sont nullement les premiers à enregistrer la Musicalische Ergötzung, documentée avant eux entre autres par Les Cyclopes (Pierre Vérany) et London Baroque (Harmonia Mundi), mais ils sont les premiers à y insuffler autant de vitalité, de sensualité et de complicité. Avec eux, la dimension de spontanéité et d’économie de moyens raffinée de ce recueil conçu pour que la plus large audience puisse se l’approprier est immédiatement perceptible sans pour autant qu’aucune concession soit faite sur la qualité de l’exécution musicale ; on cherchera en vain dans cette réalisation un défaut de mise en place ou une intonation hasardeuse ; Gli Incogniti © Clara Honoratoici, on fait simple, direct, mais beau. Le choix du ténor Hans Jörg Mammel, fin connaisseur de ce répertoire, pour les pièces vocales s’avère excellent : la voix est claire et chaleureuse, le dramatisme justement dosé, l’entente avec les instrumentistes parfaite, et on suit bien volontiers les chemins que cette équipe soudée ouvre pour nous, qu’ils soient débonnaires (Guter Walther, Das Gewitter im Aprilen) ou recueillis (les deux chansons spirituelles sont particulièrement réussies). Une nouvelle fois, je m’avoue pleinement séduit par les partis-pris interprétatifs d’Amandine Beyer et de ses amis, par ces articulations franches mais jamais cassantes, par la respiration qu’ils accordent à la musique en laissant à ses lignes et à ses harmonies le temps nécessaire pour s’épanouir, par leur façon de tendre le discours sans le malmener, sans presser le pas ni s’agiter inutilement ; je vois dans cette approche un respect des œuvres qui n’est pas feint et une intelligence qui n’a nul besoin de se hausser du col pour exister.

Dans le texte de présentation que cosignent la violoniste et le gambiste Baldomero Barciela, il est question de cinéma mais surtout de rapprochements entre la musique et quelques peintures flamandes et hollandaises, une démarche à laquelle je ne puis naturellement que souscrire. Pour ma part, ce disque m’a fait immédiatement songer aux Haarlempjes, la quarantaine de « petites vues de Haarlem » réalisées par Jacob Van Ruisdael essentiellement dans les années 1660-1670, dans lesquelles l’immensité du ciel ennuagé domine des contrées qui semblent minutieusement topographiées et géométrisées grâce aux volumes des maisons, à la délimitation nette des parcelles des champs, aux lignes formées par le linge mis à y blanchir, le tout animé par des taches de soleil et d’ombre savamment distribuées. Ces paysages fortement dramatisés par l’opposition entre la fantaisie des nuées se métamorphosant sans cesse dans l’azur et la rationalité des éléments terrestres me semblent étonnamment bien répondre à ces Partien de Pachelbel. Peut-être y songerez-vous à votre tour en admirant l’un ou l’autre de ces tableaux tout en écoutant cet enregistrement d’Amandine Beyer et de Gli Incogniti que je vous recommande chaleureusement.

Johann Pachelbel Un orage d'avril Gli Incogniti Amandine BeyerJohann Pachelbel (1653-1706), Un orage d’avril : Musicalische Ergötzung, Canon & Gigue, chansons spirituelles et profanes*

*Hans Jörg Mammel, ténor
Gli Incogniti
Amandine Beyer, premier violon & direction

Wunder de Wunderkammern1 CD [durée totale : 79’55] Harmonia Mundi HMC 902238. Wunder de Wunderkammern. Ce disque peut être acheté chez votre disquaire ou en suivant ce lien.

Extraits choisis :

1. Partie II en ut mineur, P 371 : Sonata

2. Partie IV en mi mineur, P 373 : Aria

3. Mein Leben, dessen Creutz für mich P 360

4. Partie VI en si bémol majeur, P 375 : Gigue

5. Partie V en ut majeur, P 374 : Ciacona

Illustrations complémentaires :

Johann Adam Delsenbach (Nuremberg, 1687 – 1765), Le grand marché de Nuremberg, c.1715. Gravure sur cuivre, 22,4 x 31,9 cm, Nuremberg, Stadtlmuseum Fembohaus

Johann Pachelbel, Musicalische Ergötzung, page de titre de l’édition de 1695

La photographie de Gli Incogniti est de Clara Honorato (2013).

34 Comments

  1. Bonjour Jean-Christophe,
    Je suis tombé un peu par hasard sur ton article en lisant ton post sur la loge Olympique, pas de mail spécifique pour nous avertir de ce nouvel enregistrement d’Amandine ?
    Encore une fois, elle semble nous emporter, quelle talent !! Je la suis depuis des années au disque et au concert quand je peux, on est jamais décus.
    Très bonne journée
    Pascal

    • Bonjour Pascal,
      A priori, on dirait que l’insertion du lien vers la pétition de soutien au Concert de la Loge Olympique a perturbé la distribution de l’annonce de la publication de cette chronique; du coup, j’ai envoyé une seconde notification, en espérant qu’elle fonctionne.
      Je suis fidèle depuis de longues années moi aussi à Amandine Beyer dont le travail me semble, à bien des égards, exemplaire; voici une artiste qui pourrait jouer les stars et qui, pourtant, reste d’une grande humilité et toujours curieuse de chemins nouveaux à explorer. Ce Pachelbel est vraiment une très belle réalisation et j’espère qu’elle rencontrera le succès, ce qui n’est jamais évident avec ce type de répertoire.
      Merci pour ton commentaire et très bon dimanche.

  2. Ouhhh la belle chaconne ! C’est toujours un régal d’écouter Amandine…

  3. Odile Torregrossa

    21 février 2016 at 13:44

    Merci Jean-Christophe pour me faire découvrir Amandine Beyer et Gli Incogniti ; ils servent merveilleusement un musicien que je connais surtout à l’orgue. Toujours fidèle à vos billets et reconnaissante des découvertes qu’ils me proposent. Ne changez rien.
    Très cordialement,
    Odile

    • C’est moi qui vous remercie, Odile, d’être toujours fidèle à mes petites chroniques malgré le temps qui passe. Il me semble que ce disque est assez idéal pour faire plus amplement connaissance avec le talent de Pachelbel, plus divers que ce que l’on nous en laisse voir de coutume.
      Je vous remercie bien sincèrement pour vos encouragements et vous dis à bientôt.
      Très cordialement.

  4. Quelle Jolie découverte en ce dimanche !! C’est vraiment très beau j’aime « très beaucoup  » .
    Quant à ta chronique que j’ai dévoré en guise de dessert , car elle est tellement riche …
    Blague mis à part j’adore ta façon d’écrire., j’ai toujours cette sensation d’être assise en face de toi.
    Merci infiniment mon cher Jean-Christophe.
    Je t’embrasse très fort

    • En fait, c’est un peu le but de ce blog, chère Tiffen : faire découvrir, quand les parutions du moment y incitent, des chemins que l’on aurait pas forcément empruntés et qui permettent d’élargir les connaissances que nous avons sur tel compositeur ou telle période. J’espère que ceux qui auront lu ce Pachelbel garderont présent à l’esprit qu’il n’a pas écrit que le Canon & Gigue.
      J’essaie, autant que possible, de cultiver un style d’écriture suffisamment direct pour qu’il donne l’impression au lecteur que je m’adresse à lui comme à un ami; je te remercie de ton retour également sur ce point qui me laisse penser que j’y parviens à peu près.
      Je t’embrasse bien fort.

  5. Jean Pierre J.

    21 février 2016 at 17:22

    Pas de champs, ni de nuages aujourd’hui: des prés déjà verts et un soleil éclatant devant la terrasse. Merci, Jean Christophe de nous avoir permis d’y goûter ce plaisir d’entendre Amandine Beyer et ses musiciens interprétant Pachelbel, et notamment cette gigue et cette chaconne, surtout, que nous avons écoutée plusieurs fois.

    • J’imagine sans mal que là où vous demeurez, Jean-Pierre, le printemps doit commencer à faire sentir sa présence et il y avait quelque chose qui lui ressemblait ici également ce matin, avec un ciel qui aurait pu faire songer un peu à ceux de Ruisdael s’il y était entré quelques touches supplémentaires de bleu.
      Je suis ravi que vous ayez pris plaisir à ces quelques extraits de Pachelbel — la chaconne est effectivement très belle – et je vous remercie d’avoir pris le temps de m’en faire retour.
      Je vous adresse de bien cordiales pensées pour accompagner votre soirée.

      • Jean Pierre J.

        2 mars 2016 at 16:02

        Cette soirée et bien d’autres… J’ai reçu le disque commandé après la lecture et l’audition de votre présentation. Après écoute , je vous remercie encore pour votre appétissante chronique.
        JP

        • Je devine à travers vos mots que votre écoute ne vous a pas déçu, Jean-Pierre, et je suis ravi que vous n’ayez pas à vous repentir d’avoir suivi ma recommandation.
          Je crois que ce disque sera un bon compagnon et je vous remercie pour votre précieux retour.
          Belle soirée à vous.

  6. Anne Le Maître

    21 février 2016 at 17:36

    Merci pour cet excellent article, qui donne envie d’en savoir plus sur le travail de ces artistes et de feuilleter le livret, et, et….
    Encore un disque qui va rejoindre ma collection.

    • Je suis convaincu que vous ne regretterez pas de partir plus avant à la découverte de ce disque, Anne, car le voyage qu’il propose est plein de belles surprises dont vous avez un petit aperçu dans ce billet, mais qui prennent sans doute une dimension supplémentaire en contexte.
      Grand merci pour votre commentaire et bonne soirée à vous.

  7. J’ai fait beau voyage ce dimanche, cher Jean-Christophe, dans les nuages et les champs que vous nous proposez d’entrée de billet mais aussi dans les autres Haarlempjes laissées à notre rêverie par Ruisdael et, après avoir contemplé les traînées blanches des draps gorgés d’eau des dunes et de petit lait, les alternances d’ombre et de lumière, le clocher de Saint-Bavon et les vols d’oiseaux dans le ciel, je trouve extrêmement pertinent votre rapprochement en fin de billet avec les Partien de Pachelbel. Semblable rapprochement dans le livret aussi, comme vous nous le signalez : on aurait alors souhaité d’autres nuages sur la pochette, mais je chipote 🙂
    J’ai particulièrement aimé la Partia en mi mineur, dont vous donnez un extrait, et celle en Mib majeur avec ses délicieuses quatre mesures ajoutées en pizzicato à la fin de la Gavotte et la si poétique introduction improvisée de la Sarabande. J’ai aimé aussi retrouver HJ Mammel dont les pièces vocales viennent animer et varier le parcours.
    J’ai vu que le disque a été enregistré dans une salle que je connais bien 🙂 Peut-être est-ce dû au fait d’avoir écouté en ligne, mais je trouve que très souvent le son est coupé trop tôt après la fin des morceaux. Comme ceux-ci sont souvent très courts, et au niveau de qualité des interprètes, un enregistrement « en continu », comme au concert, ou avec des plages plus longues, aurait pu être risqué, mais je re-chipote 🙂
    Merci en tous cas pour ce beau billet dont l’Ergötzung ne fut pas que musicale et vous restant, comme il est chanté pendant l’Orage d’avril, allzeit standhafft in der Treu, je vous embrasse très affectueusement.

    • Avant toute chose, je tiens à vous dire, chère Marie-Reine, que j’adore quand vous venez chipoter chez moi et qu’il ne faut surtout pas vous priver de le faire 🙂 Vous ne serez d’ailleurs pas surprise si je vous dis que je fais miennes vos deux petites réserves : certes, j’apprécie beaucoup l’art de Dahl, mais son étude date de 1825 et ne me semble pas vraiment correspondre à l’esprit de la musique de Pachelbel — je pense qu’on a fait ici de « l’illustration pour l’illustration » de manière hélas un peu trop littérale –, et j’aurais aimé, moi aussi, que chaque Partie soit proposée dans un élan plus continu afin de respecter la cohérence de l’acoustique.
      Le choix du tableau n’a pas été de tout repos, car toutes les Haarlempjes de Ruisdael me séduisent pour des raisons différentes; j’ai finalement opté pour cette vue-ci pour la qualité de sa lumière, pour le subtil équilibre entre mouvement et statisme qu’elle donne à voir, pour le fait aussi que c’est sans doute celle dans laquelle le paysage urbain est le plus lisible, créant une mise en abyme que je trouve assez fascinante; le paysage, ici, nous conte une histoire, celle de la terre qui est représentée comme celle de qui tient le pinceau dont, en étant un peu attentif, on peut percevoir les mouvements de l’âme. C’est la même intelligence et la même sensibilité qui sont, je crois, à l’œuvre dans l’interprétation; j’avoue, pour ma part, un fort faible pour les deux Suites en mineur (on ne se refait pas) et pour les pièces vocales qui me laissent un fort sentiment de proximité chaleureuse, que l’humeur en soit méditative ou joyeuse (et leur dimension humaniste recoupe mes lectures du moment pour couronner le tout).
      Je vous remercie bien sincèrement pour votre commentaire si bien senti et bienveillant et vous redis ma fidélité en vous embrassant très affectueusement.

  8. Michelle Didio

    21 février 2016 at 23:21

    Comme je vous l’ai écrit sur Facebook, je suis très inspirée par les merveilleux nuages que vous avez choisis pour illustrer cette chronique. Cette peinture très fine, qui sait se jouer de l’ombre et de la lumière s’accorde très bien avec la musique d’un Johann Pachebel qui m’est apparu sous un jour nouveau et dont vous nous faites découvrir l’étendue du talent. Les extraits musicaux sont suffisamment variés pour donner envie d’en écouter et entendre davantage. Merci encore une fois, Jean-Christophe, pour la qualité de cette chronique que je trouve particulièrement fluide.

    • Je suis depuis longtemps, Michelle, un fervent admirateur des paysagistes hollandais du XVIIe siècle et de Ruisdael en particulier, ayant eu un coup de cœur pour un de ses tableaux exposés au Louvre et dont le titre de convention Le coup de soleil me semble on ne peut mieux choisi. A mes oreilles et à mes yeux, la musique de Pachelbel, telle qu’elle nous est présentée dans ce disque, résonne en harmonie avec les nuages et les terres de cette Vue de Haarlem restitués avec une virtuosité de pinceau et une intelligence de conception qui me laissent absolument admiratif.
      Je vous remercie pour votre appréciation sur cette chronique – la fluidité est une qualité importante à mes yeux – tant sur le réseau qu’ici.

  9. La musique de Johann Pachelbel, « musicien nourri d’humanités », dont tu partages cinq extraits est passionnante. Notamment ces quatre pièces tirées des Suites de ce Plaisir musical dont tu te fais ici l’écho.
    Concernant les interprètes, je n’ajoute rien. Tu as tout dit.
    J’ai particulièrement apprécié ton dernier paragraphe. Tu sais pourquoi.
    Enfin, la Vue de Haarlem avec des champs de blanchiment, de Jacob Van Ruisdel est un régal pour les yeux !
    Heureux lundi, ami J.-Ch. Je t’embrasse, ici aussi.

    • Même s’il s’agit d’une jolie pièce, on ne s’attend pas forcément à trouver chez l’auteur très probable du Canon & Gigue une aussi grande inventivité et l’une des vertus de ce disque est de remettre un peu l’église au milieu du village, comme on dit, avec talent qui plus est.
      Je suis heureux que cette petite incursion à la fin du XVIIe siècle t’ait plu et que tu aies apprécié mes quelques lignes sur le tableau; sans doute n’est-il pas complètement superflu de préciser de temps à autre les raisons de tel ou tel choix pictural — je garde l’idée dans un coin de ma tête.
      Je te remercie pour ton commentaire chaleureux, ami Cyrille, et t’embrasse.

  10. Milena Hernandez

    22 février 2016 at 11:14

    J’ai cliqué sur le lien et constaté que le fameux canon est même présent dans ce disque qui est très beau, en effet. Vous l’évoquez mais j’ai également pensé à Biber en écoutant les deux premiers extraits que vous proposez. Inconditionnelle des chaconnes en général (je vous bénis chaque fois que j’écoute mon disque « Chaconnes et Passacailles »), et de la chaconne en fa de Pachelbel en particulier, j’ai apprécié aussi celle du dernier extrait. Votre présentation de Pachelbel donne envie d’en savoir plus sur l’homme et sur le musicien, quant au Ruisdael vous avez choisi c’est mon préféré de tous les champs de blanchiment : plus que les nuages, magnifiques c’est vrai, j’aime, dans ce tableau, le linge posé comme des portées, les petits personnages comme des notes et le linge sur fil comme une clé musicale. La présence de la ville, moins lointaine que dans la plupart des autres tableaux, équilibre la scène. Bravo, donc, pour ce double choix, bonne semaine, Jean-Christophe. Bien amicalement, Milena.

    • Figurez-vous, Milena, que j’ai souri en voyant que le fameux Canon & Gigue figurait sur le disque, mais en dernière position, un peu à la manière d’un supplément, d’un bonus; on sent bien que le propos des Incogniti est ailleurs et je leur rends grâces de nous offrir un portrait de Pachelbel aussi vivant et passionnant. Devant de tels projets, on s’aperçoit que l’on en connaît finalement trop peu sur certains compositeurs et, tout comme vous, j’ai envie d’en apprendre un peu plus.
      Je partage complètement ce que vous dites, avec acuité et poésie, sur le tableau de Ruisdael, un peintre auquel je suis très attaché — je pense que si je trouve un jour une bonne image électronique du Coup de soleil (au Louvre), je l’utiliserai pour une de mes chroniques (la bannière de Passée des arts était un détail d’un tableau de Ruisadel). Il y a, dans cette toile, une qualité dans le rendu atmosphérique qui me laisse profondément admiratif.
      Je vous remercie pour votre commentaire et vous souhaite une belle semaine.
      Bien amicalement.

  11. Un bien doux orage, on aimerait à se laisser emporter par si délectable tempête.
    Tout m’a ravi dans ces extraits que tu proposes, j’avoue de façon totalement inexplicable mon affection particulière pour cette courte sonata si intense offerte en frontispice, mais aussi les retours en boucle incantatoires de l’aria et la solennelle profondeur du Mein Leben.
    Si je confesse un peu moins d’attrait pour la primesautière et allègre gigue je reconnais avoir parcouru avec délices les méandres savants et variés de la chaconne.
    Bref, merci pour cette re-découverte d’un musicien que l’on croyait connu bien que sachant que son œuvre ne se limitait pas à un canon plus louangé qu’un clair de lune, morceau que j’ai cependant toujours en grande affection car c’est grâce à lui, qu’adolescent, je découvris le maître, c’est par ce boulevard largement emprunté que j’entrais ce monde aux multiples chemins jusqu’à ceux où tu viens de nous amener en une superbe découverte.
    T’embrasse.

    • J’aime beaucoup, lorsque j’en ai l’occasion, donner à découvrir des « grands noms » de la musique sous un jour différent; ce disque consacré à Pachelbel est de, ce point de vue, une aubaine et tu imagines bien que je n’allais pas la laisser filer. J’avoue d’ailleurs que je suis heureux de l’accueil réservé par mes lecteurs à cette chronique, qui tend à prouver que cette réalisation trouve et trouvera son public.
      Pour ce qui est des extraits, leur choix et leur disposition ne doivent évidemment rien au hasard; il y a une montée progressive de la concentration jusqu’à la pièce vocale puis une détente avec la Gigue et la Chaconne, qui referme en majeur ce que la Sonata avait ouvert en mineur. Alors, bien entendu, l’auditeur peut être plus ou moins sensible à telle ou telle ambiance, mais au moins a-t-il un bref aperçu de la variété dont savait faire preuve Pachelbel.
      Je te remercie pour ton commentaire et t’embrasse.

  12. Ah, j’ai failli oublier : ce Ruysdael…

    • Tu connais mon penchant pour Ruisdael (avec un i, ainsi qu’il le signait lui-même); il est toujours aussi affirmé et je suis heureux d’avoir pu mettre ce peintre à l’honneur à l’occasion de cette chronique.

  13. Un très grand merci pour vos articles que je dévore tellement ils sont passionnants et judicieux. Je connais assez bien Pachebel en dehors du célèbre canon. Mais il y a toujours à découvrir . Vos commentaires sont toujours illustrés de très beaux tableaux .
    Merci pour ce beau travail qui sort de la morosité et du manque de goût ambiant.
    Bien à vous.
    Jean Francois Duchamp
    Maitre de chapelle honoraire de la Primatiale de Lyon

    • Je suis très honoré par le regard que vous portez sur mon travail et je vous remercie d’avoir pris de votre temps pour m’en faire part ici; des encouragements comme les vôtres aident à poursuivre le chemin avec plus d’ardeur encore. Même s’il s’agit probablement d’un point de vue très banal, je demeure convaincu que le monde dans lequel nous vivons rend plus que jamais nécessaire la fréquentation d’œuvres belles et pérennes qui nous rappellent que tout ne doit pas se résumer à l’instantanéité vibrionnante qui est aujourd’hui la règle; je conçois ainsi chacune de mes chroniques comme un moment de pause, une parenthèse, une échappée dont chacun est libre de disposer à sa guise.
      Encore merci pour votre message.
      Bien à vous.

  14. Monique et laurence

    23 février 2016 at 20:50

    Jean-Christophe,

    Merci , merci , merci C’est toujours un plaisir d’écouter Amandine Beyer Quelle merveilleuse violoniste Quelle énergie et quelle musicalité
    Tous ses disques sortent des sentiers battus C’est toujours nouveau
    C’est toujours inattendu C’est toujours beau

    Monique et Laurence

    • Je crois que vous avez toutes deux bien résumé les raisons pour lesquelles on guette effectivement chaque nouveau disque d’Amandine Beyer avec impatience et même gourmandise : on sait qu’on ne sera pas déçu, que l’engagement et la sincérité seront toujours au rendez-vous.
      Merci pour votre mot plein d’enthousiasme, Monique et Laurence.

  15. Bénédicte Gaulard

    2 mars 2016 at 19:45

    Bonsoir cher Jean-Christophe, j’ai découvert grâce à vous un compositeur qui ne m’étais certes pas inconnu (le fameux Canon !) et qui d’une certaine façon l’était. Comme nombre de non initiés, j’ai au départ découvert Pachelbel dans les anthologies et autres « top 50 » du classique, et je n’ai jamais eu la curiosité d’aller plus loin avec lui…Grâce à vous, c’est encore une perle de cette époque moderne qui apparaît. Ce violon lancinant (mais dans le bon sens), alerte et parfois nostalgique me plaît beaucoup et les chants également…Merci, cher Jean-Christophe !

    • Bonjour chère Bénédicte,
      Je pense que dans la catégorie des « inconnus célèbres », Pachelbel pourrait effectivement tenir une bonne place, tant son Canon a relégué le reste de sa production dans l’ombre, à commencer par la Gigue qui l’accompagne. Un des grands mérites de ce disque est justement de proposer de dépasser ce « tube » du Baroque pour découvrir un peu plus avant la diversité de l’inspiration d’un compositeur qui était placé au rang des meilleurs par ses contemporains.
      Je vous remercie pour votre mot et vous souhaite une belle journée.

  16. Je suis bien en retard dans mes réponses à vos chroniques.

    Après votre réflexion sur la peinture de Ruisdael, je ne peux qu´être d´accord sur votre propre analyse.

    Retrouver Pachelbel, Amandine Meyer, ce ténor… m´ouvre une belle perspective de journée.

    Grand merci Jean-Christophe.

    • Ne vous en faites pas, Chantal, il ne saurait y avoir de retard ici où chacun vient quand il lui plaît et sans qu’il soit question d’une quelconque obligation — cette liberté est essentielle dans la conception que j’ai de ce blog.
      Je suis heureux que ces petits extraits de Pachelbel vous aient plu et j’espère qu’ils vous ont permis de découvrir ce compositeur un peu différemment.
      Merci pour votre mot.

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