Wunderkammern

Trouvailles pour esprits curieux

La palette de monsieur Bach. Les Sonates pour violon et clavecin par Leila Schayegh et Jörg Halubek

Johannes Vermeer L'Art de la peinture

Johannes Vermeer (Delft, 1632 – 1675),
L’Art de la peinture, c.1666-68
Huile sur toile, 120 x 100 cm, Vienne, Kunsthistoriches Museum

 

Si composer pour chanter le mieux possible les louanges de Dieu a été une ligne directrice constante de la pensée de Johann Sebastian Bach, les circonstances n’ont pas toujours secondé son dessein. Après son départ fracassant de la cour de Weimar où « son attitude entêtée et [le] congé qu’il sollicite avec obstination » lui valurent de tâter d’un mois de geôle, du 6 novembre au 2 décembre 1717, avant de se voir officiellement disgracié et congédié, son emploi à la cour de Köthen, le dernier avant son accession au cantorat de Saint-Thomas de Leipzig, l’éloigna durant presque six années de l’autel. Le prince Léopold (1694-1728), son nouvel employeur, était un amateur éclairé de musique qui jouait du violon, de la viole de gambe et du clavecin et était même allé jusqu’à prendre des cours auprès de Johann David Heinichen ; fort logiquement, il s’était attaché à constituer et à entretenir un orchestre de dix-sept musiciens émérites pour son propre plaisir et le rayonnement de ses états. Cuius regio, eius religio, la cour était donc calviniste et la part que tenait la musique durant les offices réduite au strict minimum ; l’activité de Bach et de l’ensemble qu’il avait à sa disposition était ainsi entièrement tournée vers le répertoire profane Abbildung zu Objekt Inv.Nr. V 2268 K1 von Historisches Museum für Mittelanhalt & Bach-Gedenkstätteet il n’est pas surprenant que cette période ait été marquée par une imposante floraison d’œuvres instrumentales dont les six Concerts avec plusieurs instruments dédiés en 1721 au margrave de Brandebourg, improprement nommés Brandebourgeois au XIXe siècle, les quatre Ouvertures (BWV 1066-1069) mais aussi les Suites pour violoncelle seul (BWV 1007-1012) ainsi que des pages importantes impliquant le violon, les Six solos pour violon sans basse (plus connus sous le titre de Sonates et partitas, BWV 1001-1006) et les Sonates pour violon et clavecin, BWV 1014-1019.

Le titre que porte un des manuscrits (aucun n’est autographe) de ce dernier groupe d’œuvres, Sei Suonate à Cembalo certato è Violino solo, col Basso per Viola da Gamba accompagnata se piace, recoupe le témoignage de Carl Philipp Emanuel Bach qui les décrivait à Johann Nikolaus Forkel, premier biographe de son père, comme « six sonates pour clavier avec accompagnement de violon obligé » et ajoutait que, contrairement à ce que leur titre pourrait laisser supposer quant à la suprématie de la partie de clavier sur celle de son partenaire, « il faut un maître pour jouer la partie de violon, car Bach connaissait les ressources de cet instrument et l’épargnait aussi peu qu’il fait du clavecin ». Si ce dernier instrument, en effet, dirige et structure le discours musical, les six sonates font entendre un véritable dialogue entre les deux protagonistes dont le rôle tend à devenir égal, sauf dans la Sonate en sol majeur BWV 1019 sur laquelle le recueil se referme et qui, entre autres singularités, possède celle de présenter un mouvement pour clavecin seul. Cette œuvre, dont l’authenticité a été autrefois assez âprement discutée, occupe vraiment une place à part ; alors que les cinq autres sonates suivent strictement le modèle de la sonata da chiesa (lent/vif/lent/vif) et se distinguent par une forte unité tonale, elle se rapproche, en prenant quelques libertés, de celui de la sonata da camera (vif/lent/vif/lent) en lui ajoutant un ultime mouvement rapide, du moins dans sa mouture finale datant probablement des années de Leipzig (le disque nous offre, en appendice, deux mouvements de sa rédaction initiale).

Antoine Watteau Violoniste British MuseumChacune des cinq premières sonates apparaît comme un univers en soi, dont la couleur se ressent fortement de sa tonalité dominante, un fil que je vous propose de suivre en compagnie de Johann Mattheson. L’Adagio liminaire de la Sonate BWV 1014 impose l’humeur « bizarre, maussade et mélancolique » de si mineur, allégée ensuite par un Allegro où le violon semble vouloir matérialiser une ligne de chant et un Andante en ré majeur jouant lui aussi la carte d’un cantabile presque galant, avant que bondisse l’énergie farouche de l’Allegro final. La Sonate BWV 1015 nous entraîne loin de ces tourbillons avec son premier mouvement dans le ton de la majeur, voué aux « passions plaintives » et qui n’est effectivement pas dénué ici d’une tendresse un rien ombreuse vite dissipée par l’affirmatif Allegro, pensé de façon brillamment concertante, mais vers laquelle revient quelque peu l’Andante un poco en fa dièse mineur, « plutôt languissant et amoureux », un retour de balancier que ne freinera pas totalement le Presto qui conclut la sonate sur une note pleine de légèreté ambiguë. Y a-t-il dans le ton parfois plaintif du violon dans l’Adagio qui ouvre la Sonate BWV 1016 ce caractère « désespéré » associé à la tonalité de mi majeur ? On ne peut l’écarter, car si l’Allegro fugué qui le suit est plus souriant, on ne peut pas dire qu’il soit complètement exempt d’une inquiétude que l’ut dièse mineur de l’Adagio ma non tanto transforme en confidence éperdue quelquefois embuée de larmes. Après tant de mélancolie, l’Allegro conclusif arrive de façon tonitruante, presque incongrue, rappelant par sa vigueur roborative que mi majeur est aussi « incisif ». Le Largo par lequel débute la Sonate BWV 1017 évoque, bien sûr, l’air d’alto « Erbarme dich » de la Matthaüs-Passion BWV 244 en offrant une parfaite illustration de la nature double de la tonalité d’ut mineur, « deuil ou sensation caressante. » Comme encore sous l’emprise de ce qui a précédé, l’Allegro qui succède ne se départ pas d’une certaine concentration que l’on retrouve dans l’Adagio en mi bémol majeur tout en retenue bien qu’à fleur de peau et dans le sérieux de l’Allegro fugué conclusif. « Serrement de cœur résigné et modéré, mais aussi profond et lourd » : ainsi Mattheson définit-il fa mineur qui règne sur la Sonate BWV 1018, dont le premier est justement sous-titré lamento dans un des manuscrits. Bien sûr, l’Allegro qui le suit est énergique, mais on le dira plus exactement nerveux, agité, tandis que l’Adagio en ut mineur voit soupirer le violon en doubles cordes et le clavecin tisser une sorte de toccata bouclant inlassablement sur elle-même. Noté Vivace, le Finale n’apporte pas vraiment d’apaisement, laissant s’achever l’œuvre sur un fort sentiment de tension non résolue. Jörg Halubek mit Cembalo im Wilhelma Theater, Stuttgart, 2007Peut-on imaginer atmosphère plus opposée que celle de l’Allegro en sol majeur, « plein de bagout et de brillant » comme il se doit, qui inaugure la Sonate BWV 1019 ? Certes non, et même si cet entrain semble démenti par le Largo plutôt introspectif qui le suit, l’Allegro confié au seul clavier y revient mais de façon moins babillante, comme s’il avait gardé quelque chose de l’humeur de ce qui l’avait précédé. Avec l’Adagio en si mineur, on bascule résolument dans un tout autre univers, conforme à la mélancolie désolée qui s’attache à cette tonalité, mais revoici sol majeur comme une splendide éclaircie qui disperse tous ces nuages menaçants en un Allegro en forme de lieto fine.

Comme c’est le cas de la majorité des œuvres instrumentales de Bach, la discographie des Sonates pour violon et clavecin est extrêmement riche, à tel point que l’on peut se demander s’il est vraiment utile d’ajouter encore à cette pléthore quand tant d’autres partitions demeurent aujourd’hui dans l’ombre. Lorsque l’on écoute la lecture que proposent Leila Schayegh et Jörg Halubek, un tandem que l’on a déjà pu voir à l’œuvre dans un remarquable disque consacré à Carl Philipp Emanuel Bach (Pan Classics, 2014), on se dit que ces jeunes interprètes ont bien fait de se lancer dans une aventure dont on sent dès les premières mesures de la Sonate I à quel point elle a stimulé leur envie et leur imagination. Ce duo s’entend visiblement à merveille et sa prestation est, de bout en bout, superbement équilibrée, vigoureuse mais sans jamais rien d’outré ou de précipité dans les mouvements rapides qui avancent avec beaucoup de panache, guidés avec sûreté par un claveciniste au jeu ferme et délié, et d’une étourdissante variété de nuances et d’atmosphères dans les plus lents, dont la dimension chantante Leila Schayegh © Mona Lisa photographyest soulignée avec sensibilité et naturel par la violoniste qui montre ici à quel point elle a retenu la leçon de celle qui fut son maître, Chiara Banchini. Les deux musiciens ont visiblement mené un travail de fond sur l’ornementation et les couleurs ; le foisonnement maîtrisé de l’une, car on ne trouve rien ici qui brouille la cohérence du discours musical, et la subtilité des autres, manifeste, entre autres, dans l’utilisation de deux types sourdines, rendent parfaitement justice à la généreuse palette utilisée par Bach dans ce groupe de sonates dont les moirures ne sont pas sans faire songer à l’art déployé par les peintres hollandais du Siècle d’or pour tenter de capturer au mieux le nuancier toujours mouvant du monde matériel. Placée sous le signe de la fraîcheur du regard et de la clarté des intentions, cette lecture aux choix cohérents et assumés perd sans doute parfois légèrement en profondeur, celle que Pablo Valetti et Céline Frisch avaient su aller chercher dans leur interprétation gravée pour Alpha en 2003, ce qu’elle gagne en liberté et en fantaisie, mais ses trouvailles coloristes sont d’une rare beauté et parfaitement mises en valeur par la prise de son de Markus Heiland. Il me semble qu’aucun amateur de la musique de Bach ne saurait faire l’impasse sur la grande qualité de ce que donnent à entendre Leila Schayegh et Jörg Halubek, que l’on espère voir bientôt défendre de nouveaux projets avec la même conviction et le même talent.

gls_15_10_bach_sonatas_rt_contra_cs3Johann Sebastian Bach (1685-1750), Sonates pour violon et clavecin BWV 1014-1019, deux mouvements écartés de la Sonate en sol majeur BWV 1019a

Leila Schayegh, violon
Jörg Halubek, clavecin

Wunder de Wunderkammern2 CD [durée : 41’24 & 53’32] Glossa GCD 923507. Wunder de Wunderkammern. Ce disque peut être acheté chez votre disquaire ou en suivant ce lien (site du label, pas de frais de port).

Extraits choisis :

1. Sonate IV en ut mineur : [I] Largo

2. Sonate V en fa mineur : [II] Allegro

3. Sonate III en mi majeur : [III] Adagio ma non tanto

4. Sonate II en la majeur : [IV] Presto

Illustrations complémentaires :

Peintre anonyme, XVIIIe siècle, Léopold d’Anhalt-Köthen, sans date. Huile sur toile, dimensions non précisées, Köthen, Historisches Museum

Antoine Watteau (Valenciennes, 1684 – Nogent sur Marne, 1721), Violoniste, sans date. Sanguine et craie blanche sur papier, 15 x 15,8 cm, Londres, British Museum

Photographie de Jörg Halubek © Johannes Schaugg

Photographie de Leila Schayegh © Mona Lisa photography

34 Comments

  1. Michelle Didio

    28 février 2016 at 10:35

    Beauté et grand art sont au rendez-vous de ce dimanche, avec Johannes Vermeer et Jean-Sébastien Bach. Merci pour le choix de ces sonates et leur très grande qualité d’ interprétation, par deux musiciens que je suis heureuse de découvrir. Je retiens particulièrement votre analyse musicale très fine pour laquelle je vais prendre le temps nécessaire de la lecture afin d’en saisir toute la finesse et la subtilité, dans la mesure de mes possibilités. Je partage avec plaisir votre publication. Je vous souhaite, Jean-Christophe, le meilleur pour cette journée.

    • Il est vrai que nous sommes en excellente compagnie dans cette chronique, Michelle (on peut ajouter Watteau), à tel point que l’on pourrait presque en être intimidé. Dieu merci, il y a toute la fraîcheur apportée par ces deux jeunes et talentueux musiciens pour prévenir tout excès de solennité.
      J’espère que, lorsque ce sera possible pour vous, vous prendrez autant de plaisir à découvrir ce disque que j’en ai eu à écrire à son propos.
      Je vous remercie pour votre mot et vous souhaite une belle soirée.

      • Michelle Didio

        1 mars 2016 at 22:07

        Merci pour votre réponse qui me permet de vous informer que je viens de craquer plus tôt que prévu, pour l’achat de ces disques. Je vais bientôt pouvoir les écouter en prenant mon temps et en m’aidant de vos précieuses informations. Je vous souhaite aussi une belle soirée.

        • Je suis certain que vous ne regretterez pas votre investissement, Michelle, et je suis preneur de vos impressions si vous souhaitez m’en faire part.
          Bonne découverte et belle soirée à vous.

          • Michelle Didio

            18 mars 2016 at 21:23

            La lecture du livret et de multiples écoutes ont bien confirmé ma première impression, Jean-Christophe. Ces sonates de Bach m’ont vraiment émue, et même mise sous tension, complètement happée par les différents mouvements et contrastes, sans temps mort du début à la fin. Les précieuses informations très détaillées que vous avez données sont un bon complément au livret et un parfait outil pour capter toutes les subtilités. Comme pour la montagne, le relief est bien là ; les musiciens sont admirables de talent. C’est un coffret auquel je réserve la meilleure des places. Merci, Jean-Christophe.

          • Je suis toujours heureux quand un disque permet la rencontre avec une œuvre, Michelle, et il semble, à ce que vous m’écrivez, que ce soit le cas pour vous avec cette magnifique interprétation des Sonates pour violon et clavecin de J.S. Bach. On se trouve bien ici face à un kaléidoscope d’émotions au cœur duquel il me semble que les musiciens ont su s’immerger avec autant de talent que d’humilité; c’est sans doute cette capacité à s’effacer sans jamais abdiquer sa personnalité et son originalité qui fait de cette réalisation un moment à marquer d’une pierre blanche dans l’interprétation de ce recueil.
            Je vous remercie sincèrement d’être revenue me livrer ici votre sentiment.
            Amitiés.

  2. Anne Le Maître

    28 février 2016 at 11:50

    J’ai perdu mon magasin Harmonia Mundi.
    Le rayon classique de la FNAC n’existe quasiment plus (et ne parlons pas de quelqu’un-qui-s’y-connaîtrait-au rayon-classique).
    France Musique devient doucement inécoutable.
    Vous êtes désormais mon seul prescripteur d’achat et d’écoute de CD.
    Merci d’exister !!!

    • Le magasin Harmonia Mundi dans lequel je me sers ne passera sans doute pas 2016 non plus, Anne, et je n’écoute plus France Musique depuis que la grille en a été profondément et sans doute irrémédiablement bouleversée. La façon dont on y parle des disques durant l’émission dédiée ne me plaisait de toutes façon absolument pas : trop de copinage, trop de gloussements, peu de fond, il me semble que ce n’est pas ainsi que l’on rend justice au travail des musiciens et des éditeurs, même si, parmi ces derniers, certains s’en contentent pourvu que l’on parle de leurs produits. Vous avez compris que ce n’est pas du tout ma façon de considérer les choses.
      Je vous remercie bien sincèrement pour votre confiance que j’espère continuer à mériter.

      • Anne Le Maître

        3 mars 2016 at 17:04

        Contente de trouver dans votre analyse un écho de ma propre déception devant l’évolution d’une radio qui a accompagné la formation de ma culture musicale durant tant d’années.
        Et désolée que cela sonne comme une triste confirmation.

        • Ce qui me navre est de constater que tant de gens qui s’étaient indignés devant la casse de France Musique ont été incapables de franchir le pas qui consiste à ne plus écouter cette station; il existe pourtant bien des alternatives grâce à Internet, en Angleterre avec BBC3 ou en Allemagne avec WDR3 ou BR-Klassik, dont le niveau d’exigence demeure élevé, loin du filet d’eau tiède gloussant et superficiel proposé par la radio française.

  3. Leila Schayegh et Jörg Halubek deux prénoms et noms que je vais retenir .
    Tu te demandais si j’allais aimer , sache que j’aie eu les larmes aux yeux en écoutant ces sonates, réaction qui peut paraître excessive, mais quand ça me touche comme ce fut le cas ici, je laisse l’émotion prendre le pas sur le reste et c’est bien agréable….
    Quant à ta chronique, que dire si ce n’est qu’elle se lit avec beaucoup de plaisir et pour la novice que je suis, elle nourrit mon esprit.
    Le tableau est magnifique, et nous avons la chance de pouvoir zoomer pour en apprécier tous les détails . Les illustrations complémentaires sont bien jolies aussi .
    Je te dis un bien sincère merci cher Jean-Christophe .
    Je t’embrasse très fort .

    • Je suis moi-même si souvent profondément ému par la musique que je ne vais certainement pas trouver excessif que d’autres le soient à leur tour, chère Tiffen, et je suis évidemment ravi que Bach t’ait parlé aussi directement; il faut dire que ses interprètes ont ici bien du talent.
      Il n’est hélas pas toujours possible de proposer des illustrations en haute définition, mais j’y ai recours autant que faire se peut; il est bien dommage qu’aucun musée français ne propose gratuitement ses chefs-d’œuvre en ligne comme le font le Metropolitan ou le Prado.
      Je te remercie pour ton commentaire et t’embrasse bien fort.

  4. Simone Blanchard

    28 février 2016 at 13:48

    Bonjour,
    je ne sais pas à quoi cela est dû mais je n’ai rien pu écouter!!! Je tiens à vous remercier sincèrement pour vos choix qui nous font découvrir un panel de musique et de musiciens tout à fait remarquable.
    bien cordialement
    SBL

    • Bonsoir Simone,
      Peut-être le problème que vous avez rencontré venait-il d’une surcharge temporaire du réseau ? On ne m’a, en tout cas, pas rapporté d’autre dysfonctionnement sur ce billet. J’espère que vous avez pu revenir et profiter des extraits, et je vous remercie bien sincèrement pour le regard que vous portez sur mon travail.
      Bien cordialement.

  5. Je me souviens avoir découvert ces oeuvres par Menuhin, il y a bien longtemps -plus de trente ans et sans doute pas loin de quarante…- et j’avais peu aimé à cette date ! J’ai redécouvert ces oeuvres avec Pinnock et Podger, bien plus idiomatiques, et pour le coup, j’apprécie plutôt cette musique, désormais. les extraits entendus ici sont de grande qualité, en effet !

    • Je n’ai jamais entendu Menuhin dans ces sonates, Diablotin, et je confesse que je ne suis pas bien certain d’avoir envie de savoir comment ça peut sonner, d’autant que le clavier doit être un piano pour faire bonne mesure ? Pinnock et Podger est également un tandem qui fonctionne bien, tout comme, j’imagine, Pierre Hantaï et Amandine Beyer qui donnent assez régulièrement le recueil entier, mais seulement au concert pour le moment.
      Merci pour votre mot et bonne suite de lecture de Gramophone, cet excellent journal qui a su faire une place à David Bowie dans ses colonnes; ce n’est certainement pas dans Diapason que l’on verrait ça.

      • J’ai fini par acheter ce disque, dont beaucoup de monde dit beaucoup de bien, et, en effet, je n’ai pas été déçu du tout ! Les interprétations sont très vivantes et rendent parfaitement justice aux oeuvres !
        Quant à Diapason, je ne lis plus depuis un bout de temps, mais j’en ai encore une collection -depuis le n°1 jusqu’au début des années 90- que je ne consulte quasiment plus jamais : l’accès aux archives numériques de Gramophone est autrement plus pratique !

        • Je suis heureux que vous ne regrettiez pas votre achat, Diablotin, et tous les retours que j’ai à propos de ce disque sont excellents; quelque chose me dit qu’il va durablement marquer une discographie pourtant assez relevée.
          Je n’ai rien gardé, sans doute à tort, des magazines musicaux que j’ai pu acheter autrefois, hormis les numéros de Goldberg, une parution qui a été sinon un modèle, du moins une inspiration pour moi, et dont je regrette qu’elle ne se soit pas poursuivie quand d’autres de moindre qualité ont survécu.
          Je vous remercie d’être revenu jusqu’ici et vous prie de pardonner ma lenteur à vous répondre.

  6. Avec votre élégance et votre sensibilité si raffinés vous nous offrez encore une page de vos cahiers et une esquisse précieuse de vos découvertes dont celle-ci est certes une perle.
    Merci encore de tout coeur,

    Avec fidélité et cordialité,

    Francis Etienne Sicard Lundquist

    • J’essaie, semaine après semaine, de continuer à être digne de la confiance que me font mes lecteurs au nombre desquels je suis heureux de vous compter, Francis Étienne, et chaque nouvelle chronique est, en ce sens, un défi. Je vous remercie de vous être arrêté sur cette proposition dominicale et pour vos encouragements qui, soyez en certain, me vont droit au cœur.
      Je vous adresse de bien cordiales pensées.

  7. Milena Hernandez

    29 février 2016 at 10:36

    Cher Jean-Christophe,
    Vos savants commentaires ont enrichi et aidé mon écoute des extraits que vous proposez. Comment me défaire, en effet, de « ma » version ( Sigiswald Kuijken, Gustav Leonhardt) écoutée des centaines de fois, tel est mon problème avec ces sonates! Les interprètes aussi sont confrontés à ce défi de dire quelque chose non pas de nouveau mais de personnel qui parle à des oreilles au départ peu complaisantes! C’est finalement le premier extrait que j’ai préféré mais il est difficile de comparer avec l’ordre de vos extraits puisque vous avez créé en quelque sorte une nouvelle sonate! C’est un bien agréable moment (on n’ose plus dire « merci pour ce moment », c’est dommage ) que j’ai passé avec votre chronique et je vous en remercie. Bonne semaine, amitiés, Milena.

    • Chère Milena,
      J’ai aussi une version fétiche pour ces sonates de Bach, celle de Pablo Valetti et Céline Frisch (Alpha) qui me semblait, jusqu’ici la plus équilibrée parmi toutes les gravures « récentes » (tout est relatif, puisqu’elle a plus de dix ans), et je vous avoue que la première écoute de la proposition si différente de Leila Schayegh et Jörg Halubek m’a un peu désarçonné avant que la deuxième puis les suivantes me convainquent de plus en plus de l’excellence de leur travail — la favorite devra se pousser pour faire un peu de place au premier rang. Je connais bien sûr la lecture de Leonhardt et Kuijken, mais si la partie de clavecin est admirable, on a connu violon plus souple et plus chantant, comme ici, justement.
      J’aime assez recréer des « œuvres imaginaires » comme je l’ai fait en agençant les mouvements de différentes sonates en respectant toutefois la trame de celles de Bach; je conçois que ça n’aide pas forcément à la comparaison, mais je trouve ça plus fluide pour les lecteurs-auditeurs et donc, je l’espère, plus plaisant.
      Je vous remercie pour votre mot et vous adresse de bien amicales pensées.

  8. Bonjour Jean-Christophe, très beau, comme toujours. Merci

  9. Les couleurs de la peinture ainsi que celles de la musique illustrée par une jeune modèle faussement ingénue, prenant la pose avec son instrument tenu curieusement (tel la pipe de George Sand). Un très beau moment musical. Merci Jean-Christophe

    • Il y a un jeu de miroir assez fascinant entre le modèle et le peintre dans ce tableau, bien chère Marie, et il ne fait guère de doute que la trompette de la renommée n’a pas fini de sonner pour ce disque dont j’apprends qu’il vient d’être distingué par le magazine Gramophone.
      Un sincère merci pour ton mot.

  10. J’adore ton 2ème morceau…
    Tu connais ma tendresse pour le violon.
    Bon dimanche !
    ps: l’émission de mon amie Dominique à 14 h est minimaliste en paroles, le nécessaire, je te trouve dur avec France Musique… Bientôt avec des raisonnements comme ça il n’y aura plus du tout de radio musicale, juste du mange-disque, et encore
    Mais sur le fond, tu n’as pas totalement tort !

    • Je crois que ma relative absence de concessions envers France Musique est à la hauteur de ma déception devant ce que cette station est devenue; on n’est parfois pas très loin du robinet musical et j’imagine que nombre de producteurs rêveraient de faire mieux si on leur en donnait la possibilité. Quant au disque, il est tellement mal traité sur cette antenne qu’il faut vraiment que les éditeurs aient besoin d’une vitrine pour ne pas s’en émouvoir. Finalement, la disparition de cette radio de mon paysage m’a permis d’écouter plus de disques dont ce merveilleux Bach que j’ai vraiment eu beaucoup de plaisir à présenter.
      Je te remercie pour ton passage ici, Catherine, et te souhaite une bonne fin de soirée dominicale.

  11. Newman Jammes

    15 mars 2016 at 19:42

    Cher Jean-Christophe,
    Que dire de plus après tous ces commentaires élogieux ? Votre excellence et vos choix nous réconfortent car la médiocrité qui règne dans tous les domaines devient insoutenable !
    Belle soirée,
    Mireille N.J.

    • Chère Mireille,
      Pardon de répondre avec tant de retard à votre si gentil commentaire. On est rarement bon juge de son propre travail, mais la seule chose dont je puis vous assurer est que je tente toujours de mettre le meilleur de moi-même dans mes chroniques afin d’espérer rendre justice aux artistes et me montrer digne de la confiance dont m’honorent mes lecteurs.
      Je vous remercie de me donner acte de mes efforts, ce qui constitue un vrai encouragement, et vous dis à bientôt.

  12. Venu ici à plusieurs reprises, à Paris et à la campagne, dans une période pas si tranquille que ça à titre personnel, j’avoue avoir, au delà de Bach, été très touché par le mouvement de balancier que tu imprimes dans la succession des quatre morceaux que tu proposes créant ainsi une véritable scénographie musicale .
    Je n’ai bien sûr pas grand chose à ajouter à ton analyse musicale ce pourquoi je me borne à mettre l’accent sur ta griffe d’écoute si l’on peut dire.
    Seras-tu étonné d’apprendre que j’ai particulièrement goûté le largo de la sonate IV et l’adagio de la sonate III ?

    • J’ai suivi ici une méthode que j’applique presque systématiquement quand les œuvres chroniquées s’y prêtent, cher Henri-Pierre, en l’occurrence créer une sorte de sonate imaginaire en puisant un mouvement représentatif dans quelques-unes du recueil; inutile de te dire que je suis ravi que ce petit subterfuge fonctionne et donne une petite idée pas trop faussée de l’ensemble.
      Je ne suis pas surpris de ta préférence pour les ambiances plus nostalgiques ou recueillies comme tu ne seras pas étonné que, même si j’aime aussi les autres, ma pente m’entraîne plus naturellement vers les mêmes.
      Je te remercie pour ton commentaire.

  13. Je viens de découvrir votre blog et je compte y faire un tour 🙂 Très intéressant votre article !

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