Wunderkammern

Trouvailles pour esprits curieux

« L’éclair me dure. » The Mozart Recordings par Frans Brüggen

Frans Brüggen Orchestra of the 18th century © Annelies van der Vegt

Frans Brüggen, 2012
Photographie d’Annelies van der Vegt

 

Cher Frans,

Ne devrais-je pas vous donner plutôt du « monsieur Brüggen » compte tenu de tout ce que je vous dois ? Sans doute, mais vous que je ne connais que par le disque m’avez accompagné durant tant d’années que je m’adresse à vous comme à une présence familière, celles auxquelles le cœur ne donne d’autre titre que leur prénom. Je vais vous faire un aveu : même si, il y a bientôt deux ans, une mauvaise bourrasque d’août vous a définitivement emporté loin d’ici, il ne se passe guère de semaine sans qu’au moins un de vos enregistrements ne s’invite dans ma platine, toujours avec ce même mélange de joie de vous retrouver et de nostalgie face à l’inéluctable.

Mozart a été pour vous un véritable compagnon de route comme l’atteste son apparition dans les programmes de votre Orchestre du XVIIIe siècle dès ses premières années d’activité et il n’est donc guère surprenant que vous ayez souhaité, quitte à remettre vos pas dans des chemins que vous aviez déjà empruntés, continuer à enregistrer sa musique pour l’éditeur qui vous avait accueilli lorsque le précédent vous avait fait défaut. Avec autant de tendresse que d’énergie, vous avez ainsi revisité ses trois dernières symphonies et livré avec elles ce que vous saviez sans doute être votre testament mozartien, legs d’un art tout de transparence, de nuances ciselées sans jamais nuire ni au souffle ni à la cohérence d’une vision d’ensemble pensée avec une rare intelligence, mais également d’une inextinguible vitalité qui, de dialogues étincelants entre les pupitres en tensions dramatiques savamment dosées, laisse toujours profondément admiratif. Peut-être est-ce par ces deux disques qu’il faut entamer la découverte du coffret d’hommage que vous consacre Glossa, afin que l’éblouissement qu’ils procurent permette de mieux entendre tout le reste, y compris les trouvailles qui émaillent un Requiem aux solistes malheureusement ternes et à la captation floue, que l’on réécoutera surtout pour son caractère de témoignage.

Si je devais cependant, cher Frans, résumer d’un mot le sentiment qui se fait jour lorsque l’on parcourt ces huit disques, c’est assurément celui de générosité qui s’imposerait à moi. Les convictions que l’étude approfondie et sans cesse renouvelée du langage de Mozart vous avait permis d’acquérir, jamais vous n’avez cherché à les théoriser ; le plus important à vos yeux était de les vivre pleinement dans l’instant, avec cet attachement à la magie du moment présent qui vous a fait si souvent décider d’être enregistré sur le vif, tout en les transmettant, tout d’abord à votre ensemble – et lorsqu’on l’entend aujourd’hui, malgré votre absence, respirer cette musique avec un inimitable naturel, on saisit à quel point votre leçon a été comprise et combien votre empreinte est indélébile – puis à des solistes tantôt proches, tantôt venus d’horizons très éloignés du vôtre. Pour vous, la fidélité était tout sauf une notion abstraite et vous avez donc tenu à mettre en lumière certains des chefs de pupitre de l’Orchestre du XVIIIe siècle, tels Eric Hoeprich, avec lequel vous avez gravé une seconde fois et toujours avec la même poésie le Concerto pour clarinette, ou Teunis van der Zwart et Erwin Wieringa auxquels vous avez offert un programme revigorant et varié d’œuvres pour un ou deux cors. Mais vous ne vous êtes jamais contenté du confort sans surprise de l’entre-soi et n’avez jamais hésité à faire confiance à de jeunes talents ou à faire bon accueil à d’autres plus confirmés pour peu que s’établisse entre vous la communauté d’esprit nécessaire pour faire vivre un projet ; Joyce DiDonato n’était ainsi pas encore une immense vedette quand, rayonnante, altière et sensuelle, elle grava à vos côtés deux airs de La Clemenza di Tito et la jeune Cyndia Sieden eut la chance de voir son évocation pleine de fraîcheur mais aussi d’autorité d’Aloysia Weber être gratifiée par vos soins d’un somptueux écrin orchestral. Mais un de vos coups de maître fut assurément d’avoir entretenu avec le violoniste Thomas Zehetmair, pourtant assez peu familier de l’archet classique et des cordes en boyau, une complicité suffisamment forte pour qu’elle aboutisse à ce qui est la plus belle intégrale des concertos pour violon qu’il m’ait été donné d’entendre, accompagnée, de surcroît, par une lecture particulièrement intense de la Symphonie concertante pour violon et alto dont je ne peux écouter le mouvement lent à fleur de peau sans avoir une pensée pour vous. Ce diptyque à l’équilibre miraculeux est une fête permanente pour l’esprit et le cœur, tant il est évident que la suprême liberté qui semble y régner s’appuie sur un travail préparatoire extrêmement minutieux où tout a été mis en œuvre pour que les partitions puissent exprimer tout leur suc ; le résultat est d’une évidence absolue, avec des musiciens qui prennent le temps de s’écouter et d’échanger sans être tentés par la moindre gesticulation égotiste, mais qui savent au contraire s’unir dans une volonté commune de clarté, d’allant et de sobriété éloquente pour nous offrir un Mozart lumineux, dense et chaleureux, au chant souvent envoûtant.

Vous étiez un magicien, cher Frans, un enchanteur pétri d’humilité et d’humanité qui semblait toujours s’étonner des applaudissements que lui valait son travail aussi patient que passionné préférant la concentration et la lenteur au spectaculaire et à la virtuosité qui vous déplaisaient tant dans les phalanges symphoniques traditionnelles. Malgré les quelques approximations sonores de ce carnet de route mozartien écrit au fil de plus de dix ans de concerts, nous serons nombreux, je crois, à être reconnaissants à ceux qui ont permis à tous ces moments d’être capturés afin qu’ils puissent continuer à nous émouvoir, à nous faire réfléchir, à nous inspirer ; ils dessinent en filigrane le portrait juste et touchant de l’homme que vous fûtes, avec ses silences, ses enthousiasmes et ses troubles, témoin, créateur et passeur. Puissent vos éclairs nous durer encore longtemps.

Wolfgang Amadeus Mozart (1756 – 1791), Concertos pour violon & Symphonie concertante pour violon et alto (CD 1 & 2), Airs pour Aloysia Weber (CD 3), Musique pour cor & extrait de Mitridate (CD 4), Concerto pour clarinette & extraits de La Clemenza di Tito (CD 5), Symphonies n° 39, 40 & 41 (CD 6 & 7), Requiem (CD 8)

Thomas Zehetmair, violon, Ruth Killius, alto (CD 1 & 2)
Cyndia Sieden, soprano (CD 3)
Teunis van der Zwart & Erwin Wieringa, cor, Claron MacFadden, soprano (CD 4)
Eric Hoeprich, clarinette et cor de basset, Joyce DiDonato, mezzo-soprano (CD 5)
Solistes, Netherlands Chamber Choir (CD 8)

Orchestra of the Eighteenth Century
Frans Brüggen, direction

Wunder de Wunderkammern1 coffret de 8 CD [durée totale : 7h52’42] Glossa GCD 921121. Wunder de Wunderkammern. Ce coffret peut être acheté chez votre disquaire ou en suivant ce lien (site de l’éditeur, avec présentation complète du coffret, pas de frais de port).

Extraits choisis :

1. Concerto pour clarinette en la majeur K. 622 : [I] Allegro
Eric Hoeprich, clarinette

2. Sinfonia concertante pour violon et alto en mi bémol majeur K. 364 : [II] Andante
Thomas Zehetmair, violon & Ruth Killius, alto

3. Nehmt meinen Dank, ihr holden Gönner K. 383
Cyndia Sieden, soprano

4. Symphonie en ut majeur (n°41, dite « Jupiter ») K. 551 : [IV] Molto allegro

24 Comments

  1. Émouvante cette lettre adressée à Frans Brüggen, que, même si vous n´avez jamais eu le plaisir de le rencontrer, a fait partie de votre vie et ses enregistrements continuent à vous accompagner.
    Quelle belle amitié, quel bel hommage vous lui rendez.
    Bien à vous, Jean-Christophe.

    • Frans Brüggen fait indiscutablement partie des musiciens qui ont contribué à forger mon goût, Chantal, et j’ai saisi l’occasion que m’offrait la parution de ce coffret pour lui rendre une infime part de ce que je lui dois, en espérant que l’hommage n’est pas trop indigne de son sujet. Je vous remercie de vous être arrêtée sur cette chronique et vous souhaite un beau dimanche.
      Amicales pensées.

  2. Bientôt deux années que le maître a vogué sur le Styx pour un autre horizon où le Temps s’étire sans doute autrement.
    Sa présence, son fantôme, demeure ici-bas tant son « empreinte est indélébile » …
    Frans le « magicien », l’ « enchanteur pétri d’humilité et d’humanité ». Frans l’homme, le musicien, qui a su rendre à Mozart ce qui appartient à Mozart. Comme à d’autres compositeurs. Frans le passionné, qui savait ce que la décantation des idées veut dire et apporte à qui sait se nourrir de la lumière qu’elle procure.
    Ta lettre vers lui, reconnaissante et lucide, est la continuité du message enseigné, reçu et partagé.
    Je t’embrasse, ami J.-Ch., et te souhaite un bel après-midi dominical.

    • Je suis tenté d’ajouter : « Frans le révolutionnaire qui bouleversa notre perception des classiques viennois sans jamais revendiquer quoi que ce soit. » En nos temps qui vendent de la révolte pré-formatée et de l’indignation prête à l’emploi, il est sans doute bon de rappeler que les véritables rebelles sont souvent ceux qui, sans élever le ton, se contentent de suivre sans en dévier le chemin qu’ils ont ouvert avec ténacité et passion. Frans Brüggen était de ceux-ci et sa leçon est toujours aussi lumineuse que nourrissante pour ceux qui se donnent la peine de l’entendre.
      Je te remercie pour tes mots et t’embrasse, ami Cyrille.

  3. Michelle Didio

    3 avril 2016 at 19:03

    Un pur enchantement, Jean-Christophe. Vous nous offrez une chronique très sensible et plus de trente minutes de pur bonheur grâce à ces extraits musicaux et ces lignes bien pensées et bien ressenties. J’ai écouté plusieurs fois, avec un grand plaisir, les extraits que vous avez choisis en attendant de pouvoir le faire plus largement sur ma platine. C’est bien la justesse qui caractérise le jeu sobre de ce grand maître qui a laissé une empreinte forte malgré la discrétion qui le caractérisait. Je vais acquérir ces disques et je suis sûre qu’ils ne vont plus me quitter car ils sont une valeur sûre faisant fi des modes et des courants éphémères . Merci pour ce bel hommage en forme de lettre, rendant le propos on ne peut plus vivant et émouvant.

    • Vous avez tout à fait raison, Michelle, de souligner que les enregistrements de Frans Brüggen se situent totalement à l’écart des modes et je demeure toujours étonné de la fraîcheur que possèdent même ceux qui ont été enregistrés il y a plus de trente ans. La parution de ce coffret d’hommage m’a permis de rappeler combien grand fut cet homme discret, épris de lenteur, passionné et bienveillant, autant de qualités qui ont fait de lui une figure à part dans le monde de la musique ancienne. Je suis convaincu que ce coffret vous fera aller de découverte en surprise et en émerveillement et qu’une fois à vos côtés, vous y reviendrez souvent.
      Je vous remercie bien sincèrement pour le regard attentif dont vous avez bien voulu honorer cette chronique et vous souhaite une belle soirée.

  4. Avec quel bonheur tu renoues avec ce style épistolaire, direct et délicat, empreint de cette émotion discrète et vibrante que j’affectionne tant, et à laquelle je réponds par celle que j’ai ressenti à la lecture de ton billet.

    • Je me dis en te lisant que je devrais peut-être lancer le concept d’un blog rédigé entièrement sous forme épistolaire, cher Henri-Pierre, ce serait un sacré défi de parler de musique ou de peinture de cette façon. Pour le moment, je réserve cette possibilité aux seuls projets un peu plus « personnels », si tant est que l’on puisse dire que quoi que ce soit ici ne l’est pas.
      Je te remercie d’avoir volé un peu de temps à tes lointaines vacances pour les offrir à ces lignes.

      • Marc Dumont

        5 avril 2016 at 09:38

        Oui ! Oui ! Oui ! Voilà une idée à suivre… à la lettre.

      • Ce n’est pas, cher ami, du temps pris à mes vacances mais un temps choisi dans mes vacances.
        Ce « sacré défi » je ne vois que toi, dans ce registre, pour le lancer, vraiment et sans que cela soit flagornerie.
        Alors…

        • J’avoue que j’y réfléchis régulièrement depuis que tu me l’as susurré. Je vais laisser mûrir un peu, mais l’envie est là.
          Merci encore à toi.

  5. Comme vous avez du coeur et comme vous portez avec tendresse ce bouquet de fleurs à ce chef si profond et tellement précieux qu’est Frans Brüggen ! Merci pour lui avoir écrit ce que beaucoup d’entre nous ressentons…Merci encore pour ce magnifique hommage et les quelques extraits musicaux dont vous nous régalez.

    Cordialement,

    Francis Etienne

    • Il me semble, Francis Étienne, que vous employez le mot juste en parlant de tendresse, car c’est bien ce sentiment qui prédomine lorsque je pense à Frans Brüggen, aux côtés d’une reconnaissance infinie. Il était important, à mes yeux, de rappeler le souvenir de tout ce que nous lui devons à l’occasion de la parution d’un coffret qui honore de si juste façon son travail.
      Je vous remercie pour vos mots et vous adresse de bien cordiales pensées.

  6. Mon cher Jean-Christophe

    Un tout GRAND merci pour ces longs extraits et pour cette lettre que tu as eu la gentillesse de partager.
    Parfois les mercis ne suffisent pas, sauf quand ils sont dit avec sincérité ……

    Je ne saurais te dire combien cette lettre m’a touchée, c’est ce qui me plait dans tes écrits, tu sais toucher par les mots.
    Quant à la musique, c’est une merveille . Hélas, mes finances ne me permettent pas d’acquérir ce coffret 🙁

    Et pétri d’humilité, c’est toi ça !

    Tu sais que j’ai un CD que tu m’avais conseillée il y a longtemps, « Symphonies 5 & 6 de Beethoven », L’orchestre dirigé par Frans Brüggen, je crois que c’est à partir de ce moment que j’ai appris à le connaître et à l’aimer .

    Je te souhaite une bonne fin d’après-midi .
    Je t’embrasse très fort .

    • Chère Tiffen,
      Ah, ce merveilleux disque réunissant les Symphonies 5 & 6 de Beethoven, quel joyau, et quelle excellente manière d’entrer en contact avec l’univers de Frans Brüggen — je suis heureux d’avoir contribué à te faire connaître ce chef.
      N’étant en aucune façon artiste, je suis tenté de te dire que je fais avec le matériau que j’ai à ma disposition, les mots; je ne prétends certes pas les manier mieux que qui que ce soit, mais au moins sont-ils sincères et sans calcul. Un des avantages qu’il y a à mener seul sa barque comme je le fais ici est de ne recevoir aucun ordre et de pouvoir parler des choses à sa guise, une liberté que je n’échangerais pour rien au monde.
      Je te remercie pour ton commentaire et te souhaite une belle soirée.
      Je t’embrasse bien fort.

  7. lenormand rémi et monique

    4 avril 2016 at 21:58

    Bonsoir,

    Merci infiniment pour cet hommage chaleureux autant que mérité. Frans Bruggën faisait et fera toujours partie de notre vie. Ce sont des artistes comme lui qui font que la vie vaut le coup de vivre. L’amour et la musique représentent pour nous des valeurs essentielles.
    Nous n’avons pas le talent et le savoir pour écrire de tels articles rédigés simplement dans un climat de communication véritablement humain et sensible. Ce que nous ne pouvions faire, vous l’avez réalisé à notre place, c’est magnifique. A très bientôt donc.
    Amitiés.
    Rémi et Monique Lenormand.

    • Bonsoir à tous les deux,
      Si j’en crois les réactions à ce billet, nous sommes effectivement nombreux à éprouver envers Frans Brûggen une infinie reconnaissance d’avoir été un magnifique compagnon de route et un éveilleur hors-pair. J’ai tenté de faire passer un peu de ce sentiment dans mes lignes et si elles ne vous ont pas semblé trop indignes de leur sujet, j’en suis sincèrement réconforté tant je crains toujours que ce type d’hommage ne conduise vers quelque chose que j’ai en horreur : l’emphase.
      Je vous remercie chaleureusement d’avoir pris le temps de me lire et de laisser une trace de votre passage ici.
      A bientôt et amitiés.

  8. C’est toujours un plaisir aussi grand de vous lire, cher Jean-Christophe.
    J’ai de Bruggen quelques souvenirs très précis.
    Le premier est la découverte – à tous les sens de ce mot – de son disque Mozart (40è) / Beethoven (1ère) en 1986. Captées en concert, ces deux symphonies sonnaient de façon totalement nouvelles. Un vrai choc esthétique à l’époque.
    Bien des années après, je l’ai croisé à Varsovie. Pour le bicentenaire Chopin puis pour le Festival 2010. Il était un des piliers de ce « Festival Chopin et son Europe » Mais un homme malade, blême. A l’hôtel, on pouvait le croiser en fauteuil roulant. Il arrivait sur scène vouté, presque cassé. Et dirigeait assis, fatigué, épuisé. Mais présent. Attentif à ses amis instrumentistes comme aux solistes – dont Maria Joao Pires sur un Pleyel 1848. Bouleversant.

    • Si le fait d’être envieux était dans ma nature, cher Marc, je le serais assurément de ce que vous avez eu la chance de croiser Brüggen, fut-ce au crépuscule de sa vie, très diminué mais toujours aussi porté par la musique (je pense qu’il lui fallait une sacrée énergie pour trouver la force de diriger malgré les affres de la maladie). Ma rencontre avec lui ne s’est pas faite avec la 40e de Mozart mais avec la 41e, et je vous laisse imaginer la secousse que cette audition a pu provoquer chez un adolescent qui était habitué à écouter cette œuvre sous la baguette de Karl Böhm; cette période de la seconde moitié des années 1980 a été une révélation pour moi : Brüggen, Gardiner, Goebel, le clavecin… les fragiles repères offerts par quelques disques ou émissions de radio volaient en éclats les uns après les autres. J’en parlerai peut-être un jour; non est hic locus.
      Je vous remercie pour votre commentaire; vous lire ici (et ailleurs, naturellement) est toujours un grand bonheur pour moi.
      Bien fidèlement.

      • Je vois que nous avons eu la même chance : connaître ce moment inouï de découverte d’autres mondes. Ma référence à Böhm est la même : passer de sa lourdeur opaque et pateuse et ennuyeuse à la lumière de sons ré-inventés par Brüggen, Gardiner, Hogwood – Harnoncourt bien sûr (mais pas le premier en ce qui me concernait alors)
        C’étaient des années fabuleuses.
        Bien amicalement et toujours fidèlement,
        Marc

        • Si je suis un enfant de Gardiner, de Brüggen et de Herreweghe, tous rencontrés très tôt dans mon parcours, Harnoncourt est venu plus tard pour ma part également; sans doute est-ce pour cette raison qu’il n’a pas constitué une révélation pour moi, même si je mesure pleinement son importance historique sur laquelle, que l’on adhère ou pas à ses choix, il serait stupide de faire l’impasse. J’imagine sans mal quelle effervescence ce devait être, pour vous qui en aviez probablement plus la possibilité que moi, de vivre tous ces bouleversements au concert, à l’époque où ils entraînaient des polémiques parfois assez rudes.
          Merci pour ce complément et bien amicalement, toujours.

  9. Très beau témoignage d’estime et de considération dans cette lettre !
    J’ai découvert le Mozart de Brüggen assez tard dans mon parcours, et j’aime assez, comme j’aime assez Pinnock dans son intégrale, mais je suis avant tout resté marqué, dans ce répertoire des symphonies de Mozart que je n’apprécie pas outre mesure, par Klemperer, qui donne du corps et de la substance à ces oeuvres, dans une vision dont je concède bien volontiers qu’elle est très particulière mais qui me convient tout-à-fait.

    • Une amie m’avait, vers le milieu des années 1980 (de mémoire), prêté un disque de Brüggen avec la Symphonie n°41; je vous laisse imaginer le choc ressenti à l’écoute alors que ma « référence » toute subjective était alors Karl Böhm. Plus rien n’a été comme avant à partir de cet instant, de la même façon que je n’ai plus pu écouter la moindre note de Bach au piano après les premières Goldberg de Pierre Hantaï. Cette chronique est ma façon de remercier le grand Frans d’avoir contribué à changer ma vie de mélomane, ce dont je lui serai éternellement reconnaissant.

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