Wunderkammern

Trouvailles pour esprits curieux

Joyeuse Parque. Six questions à Florian Siffer, commissaire de l’exposition Dernière danse

Le 21 mai 2016 s’est ouverte à Strasbourg, à la Galerie Heitz du Palais Rohan, l’exposition Dernière danse qui constitue l’un des temps forts du premier acte de Passions partagées, une série d’événements visant à mettre en valeur, durant toute une année, la richesse et la diversité des collections des musées de la cité rhénane. A cette occasion, j’ai souhaité poser quelques questions à Florian Siffer, cheville ouvrière de cette exposition puisant l’essentiel de sa substance dans le superbe fonds du Cabinet des Estampes et des Dessins dont il assure la direction. Je le remercie d’avoir bien voulu se prêter à cet exercice.

Florian Siffer mai 2016

Wunderkammern : Vous êtes aujourd’hui responsable du Cabinet des Estampes et des Dessins, un département des musées de Strasbourg qui, alors que sa nature le vouerait plutôt à une certaine forme de confidentialité, se distingue par un grand dynamisme tant dans ses propositions que dans sa communication. Pourriez-vous nous présenter brièvement votre parcours personnel et cette institution ? Quels sont les principes qui guident votre action à sa tête ?

Florian Siffer : Après des études d’Histoire de l’art sous la direction de Martial Guédron, j’ai commencé à travailler dans le secteur culturel en suivant un parcours un peu atypique. Aux Archives de la ville, où j’ai débuté ma carrière professionnelle, j’ai eu la chance de découvrir le monde du papier ancien aux côtés d’une équipe polyvalente d’archivistes et de paléographes, et de rencontrer le restaurateur Bernard Santoni. J’ai ensuite intégré le Département Art et bande dessinée de la médiathèque Malraux qui était sur le point d’ouvrir ses portes, puis mon intérêt pour les papiers anciens et le domaine du livre m’a permis enfin d’intégrer le Cabinet des Estampes et des Dessins. A mon arrivée, en concertation avec la Direction des musées, nous avons décidé de mettre en place une politique de valorisation des collections passant par un accueil physique élargi du public ainsi que des campagnes de numérisation et de mise en ligne. Cet axe de développement nous permet d’amplifier la diffusion de nos œuvres, d’améliorer leur conservation, puisqu’elles sont moins montrées physiquement, et de diversifier nos publics. Pour ce faire, nous avons d’emblée tenu à être présents sur les canaux de diffusions « officiels » comme la base Joconde, pour une cible plutôt professionnelle ou avertie, mais également à nous adresser à un auditoire plus large d’amateurs, d’illustrateurs, de néophytes par l’intermédiaire de Wikipédia et des réseaux sociaux. Grâce à cette politique, nous avons pu, je crois, dépoussiérer un peu l’image de notre institution et permis une accessibilité accrue et une meilleure perception de nos collections.

Wunderkammern : L’exposition Dernière danse s’inscrit dans le projet Passions partagées qui, jusqu’au printemps 2017, se propose de mettre en valeur les collections des musées de Strasbourg. Pouvez-vous nous en dire plus à propos de cette initiative originale ? Estimez-vous que le public strasbourgeois a une claire conscience de la richesse muséale et patrimoniale à sa disposition ? De quels atouts cette manifestation dispose-t-elle pour susciter l’intérêt du plus grand nombre ?

Tobias Stimmer La Mort Dessin préparatoire horloge astronomique de StrasbourgFlorian Siffer : Les collections de nos musées, vous le savez, sont riches de plus de deux millions d’œuvres d’art, objets et spécimens zoologiques qui méritent d’être mis en valeur de façon renouvelée afin de bousculer l’effet d’habitude créé par leur proximité. Passions partagées se veut à la fois un bilan des politiques d’enrichissement des fonds, un regard neuf sur les parcours et les salles d’exposition, la découverte d’ensembles rares ou peu souvent montrés parce que fragiles, l’occasion d’un dialogue entre les époques et les disciplines. La ligne directrice demeure évidemment le partage rappelé dans le titre : celui de la passion de collectionner, puisqu’une douzaine de prêteurs privés strasbourgeois ont accepté de présenter publiquement les œuvres qu’ils ont choisies pour habiter leur vie, mais aussi celui de la passion pour les œuvres, car grâce, entre autres, aux réseaux sociaux, nous avons lancé au public une invitation à venir choisir, défendre et illustrer ses œuvres d’élection. Il s’agit donc bien de s’adresser à tous, inconditionnels des musées comme néophytes, afin de renouveler, de manière sérieuse ou plus décalée, l’approche que chacun peut avoir de collections exceptionnelles.

Wunderkammern : Dernière danse explore environ cinq siècles de créations autour du thème du macabre dans le domaine des arts graphiques. Pourquoi le choix de ce sujet a priori plus difficile que d’autres plus immédiatement amènes, surtout dans une société qui tend à évacuer tout ce qui se rapporte à la mort ? Quel est le propos de cette exposition et comment a-t-elle été organisée pour le servir au mieux ?

Le thème de la mort et de ses représentations est une problématique universelle, intemporelle. La peur de la mort et la purgation de cette angoisse par l’humour font du macabre un genre riche en publications, en recherche et en actualités. C’est par ailleurs un sujet qui a eu, dès son apparition, une dimension populaire, humoristique et satirique. Comme il trouve une résonance particulière dans la sphère germanique, nos collègues d’outre-Rhin lui consacrent régulièrement des expositions, colloques et publications ; or, il s’avère que le sujet a connu à Strasbourg, parmi d’autres foyers, un écho particulier en raison, d’une part, de la fresque qui ornait l’église des Dominicains à partir du XVe siècle, mais également grâce à l’engouement éditorial du début du XVIe siècle et que l’intérêt qu’on lui accordait a été par la suite réactivé à de nombreuses occasions (conflits, épidémies, etc.) par des artistes locaux. Il nous paraissait donc intéressant pour le public mais également pour la recherche en Histoire de l’art de proposer ce tour d’horizon en insistant sur la place particulière de Strasbourg, ville emblématique d’une culture double. Nous avons eu la chance de pouvoir lui donner une ampleur satisfaisante grâce aux fonds de deux collections strasbourgeoises autrefois regroupées, le Cabinet d’art graphique du Musée d’art moderne et contemporain et le Cabinet des Estampes et des Dessins, mais également à des collections privées et publiques de la région (Bibliothèque des Musées, Musée Tomi Ungerer, Bibliothèque Universitaire de Strasbourg) et à des institutions qui ont accepté de nous accompagner, les Musées de Nancy, Karlsruhe, Hanovre ou Berlin, permettant ainsi de compléter notre corpus initial.
A travers quatorze sections thématiques, nous entendons donner le reflet le plus exact possible de la richesse et la variété de l’inspiration macabre dans les arts graphiques, à travers un axe franco-allemand et un accent particulier mis sur la production des artistes rhénans et strasbourgeois. Afin d’insister sur la permanence de modèles iconographiques, nous avons choisi avec Franck Knoery, attaché de conservation au Musée d’art moderne et contemporain, un accrochage qui brasse les périodes chronologiques, pour faire se côtoyer par exemple des interprétations modernes avec les sources illustrées du XVIe siècle. Ces associations parfois audacieuses permettent de montrer l’impact décisif de créateurs comme Hans Holbein, encore considéré par les amateurs et illustrateurs comme la référence absolue.

Wunderkammern : Comment les artistes se sont-ils appropriés ce thème au fil des époques ? Y a-t-il une évolution tangible dans son traitement ? En parallèle des grands noms qui le composent (Dürer, Holbein, Doré, Rops, Ungerer…), avez-vous fait des découvertes en rassemblant le corpus d’œuvres que vous présentez ?

Michael Wohlgemuth La danse des squelettes in Hartmann Schedel Chronique de NurembergLe sujet a, dès le XVe siècle et plus encore après la publication par Hans Holbein de sa Totentanz, une dimension morale mais également politique, dans la mesure où la Mort qui revient voir les vivants a une appétence particulière pour les représentants du clergé et les puissants. Les pauvres gens et les vieux sont relativement préservés et cette position égalitaire est l’une des permanences de ce sujet. Aujourd’hui encore, des artistes comme Tanxxx, présente dans l’exposition avec deux œuvres, s’emparent de ce thème dans cette perspective sociale et universaliste. Après les jalons posés par Holbein, les artistes qui lui ont succédé ont eu non seulement un respect pour le sujet, le fond, mais également pour la forme. De nombreux illustrateurs contemporains utilisent la technique de la gravure sur bois ou la linogravure dans un primitivisme de la forme.
L’autre figure mise en valeur est Alfred Rethel qui, au XIXe siècle, donne une lecture conservatrice à la révolution de 1848, dans laquelle les révolutionnaires sont manipulés à leur insu par une Mort déguisée qui progressivement se dévoile. Comme évoqué précédemment, les productions strasbourgeoises constituent la partie la plus inédite du propos. L’accent mis sur les illustrations de Joseph Sattler et Léo Schnug permet de matérialiser un imaginaire strasbourgeois à la fin du XIXe et au début du XXe siècle qui se souvient des modèles médiévaux.

Wunderkammern : Peut-on dire qu’il existe une manière typiquement strasbourgeoise ou, plus largement, rhénane de traiter cette thématique ? L’exposition prévoit-elle d’établir des correspondances entre les arts graphiques et les autres disciplines artistiques (peinture, sculpture, musique, arts décoratifs…) ?

Il y a indéniablement une spécificité rhénane du sujet. Durant l’âge d’or de l’édition strasbourgeoise, au début du XVIe siècle, les publications de prêches de Jean Geiler donnent lieu à de nombreuses illustrations moralisatrices où la Mort vient exhorter les vivants à mener une vie pieuse. Par ailleurs, les contacts étroits entre Strasbourg et Bâle et la circulation des artistes dans le bassin rhénan encouragent une diffusion locale rapide des motifs macabres. Ainsi en est-il de Matthäus Merian, présent à Strasbourg entre 1610 et 1614, qui interprète les fresques de Bâle dès 1621. Au XIXe siècle, des artistes comme Théophile Schuler, et son célèbre Char de la Mort donnent une lecture teintée de romantisme et, après 1870, le recours à des sujets macabres redevient courant après des artistes gravitant autour de la Kunstgewerbeschule, future École des arts décoratifs de Strasbourg.
Si l’exposition interroge la place de l’art graphique, du livre et de l’édition, nous avons tenu à présenter, en complément, des interprétations musicales ou filmiques. Quelques extraits de films sont ainsi présentés dans l’exposition, et un partenariat entre le cinéma Star et l’auditorium des musées nous permet de projeter cinq films au courant du mois de juin. En parallèle, le Quatuor Ethos et la soprano Mélanie Moussay ont accepté de proposer un programme de pièces de Schubert, Saint-Saëns, Puccini et bien d’autres spécialement conçu dans le cadre de l’exposition afin d’illustrer le goût des compositeurs pour les thématiques macabres.

Wunderkammern : Quelles sont, selon vous, les trois œuvres qu’il faut absolument voir sur place dans le cadre de l’exposition et quel regard portez-vous sur elles ?

Totentanz Anno 17 (Höhe Toter Mann)Je citerai pour commencer la grisaille de Tobias Stimmer qui accompagne les gravures de Holbein dans l’entrée. Elle est visuellement très frappante et le travail de cet artiste du XVIe siècle est aujourd’hui injustement méconnu. Illustrateur talentueux, prolifique, il a également participé à la décoration de l’horloge astronomique de la cathédrale, que cette grisaille prépare. Vient ensuite la Chronique de Nuremberg, l’un des détonateurs de l’imaginaire macabre germanique ; la puissance de cette représentation où des morts s’amusent en dansant a profondément marqué les esprits et elle continue aujourd’hui d’exercer une véritable fascination auprès des artistes. Pour finir, la gravure emblématique d’Otto Dix, Totentanz anno 1917, diffusée dix ans après le début de la Première Guerre mondiale, illustre les réactivations du sujet. Dix le modernise et nous présente des morts prisonniers de barbelés dans ce qui s’assimile à une ronde macabre.
Nous avons tenu, Franck Knoery et moi-même, à ce que cette exposition reflète surtout la dimension humoristique et grinçante du sujet. Les premiers retours du public confirment que grâce à une scénographie sobre mais aux couleurs vives, ainsi qu’à notre choix de retenir des thématiques plutôt qu’un parcours chronologique, la visite de cette exposition et la lecture de son catalogue permettent de dédramatiser le sujet et d’en retenir plutôt l’aspect festif et jubilatoire.

Propos recueillis en mai 2016

Dernière Danse affiche expositionDernière danse, L’imaginaire macabre dans les arts graphiques. Strasbourg, Galerie Heitz (Palais Rohan), du 21 mai au 29 août 2016

Catalogue Dernière DanseCatalogue de l’exposition, 208 pages, 200 illustrations, Musées de la Ville de Strasbourg/Volumen (ISBN : 9782351251386)

Illustrations picturales :

Tobias Stimmer (Schaffhausen, 1539 – Strasbourg, 1584), La Mort, 1571.
Dessin préparatoire pour l’horloge astronomique de Strasbourg. Tempera, rehauts de blanc sur toile préparée en gris, 91 × 49 cm. Strasbourg, Musée des Arts décoratifs.
Photographie © Musées de la Ville de Strasbourg/Mathieu Bertola

Michael Wohlgemuth (Nuremberg, 1434 – 1519), Sans titre (La danse des squelettes), illustration pour Hartmann Schedel, La Chronique de Nuremberg, Nuremberg, A. Koberger, 1493. Gravure sur bois. Strasbourg, Bibliothèque Nationale et Universitaire.
Photographie © BNU Strasbourg

Otto Dix (Gera, 1891 – Singen, 1969), Totentanz Anno 17 (Danse macabre année 17), planche de la série Der Krieg (La Guerre), Berlin,K. Nierendorf, 1924. Gravure à l’eau-forte, Karlsruhe, Staatliche Kunsthalle.
Photographie © RMN-Grand Palais / Heike Kohler © ADAGP, Paris 2016

Illustrations musicales :

1. Llibre Vermell de Montserrat (fin du XIVe siècle) : Ad mortem festinamus

La Camera delle Lacrime
Jeune chœur de Dordogne
Bruno Bonhoure, voix & direction musicale
Khaï-dong Luong, conception artistique

2015-01-03 Llibre Vermell de Montserrat La Camera delle Lacrime1 CD Paraty 414125. Ce disque peut être acheté chez votre disquaire ou en suivant ce lien. Chronique complète ici.

2. Camille Saint-Saëns (1835 – 1922), Danse macabre op.40 (1874)

Claire Chevallier, piano Érard 1904
Jos van Immerseel, piano Érard 1897

Saint-Saëns Franck Infante Poulenc Pièces à deux pianos van Immerseel ChevallierCamille Saint-Saëns, César Franck, Manuel Infante & Francis Poulenc, Pièces à deux pianos. 1 CD Zig-Zag Territoires ZZT030903. A rééditer.

24 Comments

  1. gilda nataf

    2 juin 2016 at 13:12

    Plaisir et grand intérêt de ces Wunderkammern, merci

  2. christiane Humbel

    2 juin 2016 at 14:07

    Je viens de participer au XVIIe congrès européen des danses macabres à TROYES! Votre article tombe à pic!
    http://www.danses-macabres-europe.org

    CXH21700

    • Effectivement, quelle belle coïncidence ! Je suis certain que ce congrès devait être passionnant et ne manquerai pas de suivre le lien que vous m’indiquez.
      Pour ceci et pour votre mot, soyez remerciée.

  3. L’ « Ad mortem festinamus » est un jubilatoire compagnon à cet entretien très intéressant sur l’approche de la Mort et le traitement de celle-ci par les artistes — notamment dans les arts graphiques — à travers les siècles.
    « La danse des squelettes », par Michael Wohlgemuth apporte justement cette touche de jubilation satirique.
    La « Totentanz Anno 17 », par Otto Dix est quant à elle particulièrement saisissante et sublime (dans l’acceptation que tu sais de cet adjectif appliqué à l’art).
    Heureux celles et ceux qui auront la chance et à coeur de pouvoir se rendre à cette belle, intelligente et enrichissante exposition !
    Quant à la Mort, compagne indéfectible de chacun sur l’échiquier du globe, nul doute qu’elle conserve son sourire dans la foule …
    Je t’embrasse, ami J.-Ch.

    • Cet Ad mortem festinamus extrait ici de la très belle restitution du Llibre Vermell par La Camera delle Lacrime est, à mon sens, la plus belle illustration possible de ce que peut être une danse macabre médiévale : rien n’y manque, l’effroi comme l’irrévérence.
      Tu n’as pas parlé du dessin de Tobias Stimmer que je trouve, pour ma part, absolument magnifique (j’ai hâte de le voir en vrai), mais je partage ton sentiment pour les deux autres; je trouve, en particulier, celui d’Otto Dix étreignant.
      « Il est incertain où la mort nous attende, attendons la partout » écrivait mon cher Montaigne, et je crois que la visite de cette exposition sera justement passionnante en ce qu’elle renverra chacun à ses propres angoisses et à la façon qu’il choisit pour s’en libérer — catharsis, tu as dit catharsis ? Je raconterai tout ceci le moment venu, mais je suis très satisfait de la façon dont Florian Siffer a présenté son travail aux lecteurs du blog.
      Merci pour ton commentaire et bonne soirée, mon ami.
      Je t’embrasse et tu dis à bientôt.

  4. Michelle Didio

    2 juin 2016 at 16:24

    Cher Jean-Christophe,
    Le format que vous avez donné à cette nouvelle chronique sous la forme d’un entretien avec un responsable expert de l’exposition qui répond à vos questions de manière très précise est particulièrement adapté au sujet car il lui donne vie et le rend très intéressant et attractif. Le choix de la musique est également très judicieux car il se joue avec habileté de la gravité du sujet. Les deux préconisations musicales me plaisent beaucoup. Merci à vous, Jean-Christophe, pour cette belle découverte et ce bel exercice de style, avec mes très amicales pensées.

    • J’aime aussi parfois, chère Michelle, donner la parole à ceux qui sont l’âme des projets dont je parle sur le blog, et j’ai eu la chance, avec Florian Siffer, de me trouver face à un homme passionné qui maîtrise parfaitement son sujet et, ce qui est plus rare, sait trouver les mots justes, car intelligents et sobres, pour en parler. Je reviendrai sur cette exposition avec d’autres illustrations picturales et musicales; j’espère parvenir à trouver un ton aussi juste que celui de mon interlocuteur de ce jour afin de tenter de rendre justice au mieux à la qualité de son travail.
      Je vous remercie pour l’attention que vous avez accordé à cet entretien et vous adresse de bien amicales pensées.

  5. Bonsoir cher Jean-Christophe
    Je ne m’attendais pas à trouver le livre Vermeil de Montserrat, pour une fois je ne suis pas en terre inconnue . C’est une merveille . Tu ne pouvais choisir mieux, d’abord parce que c’est beau, et les artistes de l’époque représentaient la mort sous forme de squelettes . Mais je ne t’apprends rien, ceci pour te dire que tu es doué pour établir un lien entre musique et illustrations .
    A force de te « côtoyer » J’ai reconnu la version pour deux pianos par Claire Chevallier, et Jos van Immerseel ! un joyau !! Tu les suis depuis longtemps …
    Quant à l’entretien, très instructif, ça donne envie d’aller à Strasbourg… Très envie même et les illustrations sont vraiment belles, Moi qui n’ai aucun talent dans ce domaine, suis admirative ….
    Je te souhaite une belle soirée .
    Merci encore pour ce beau cadeau .
    Je t’embrasse très fort.

    • Bonjour chère Tiffen,
      La page du manuscrit du Llibre Vermell qui nous transmet Ad mortem festinamus offre d’ailleurs une illustration macabre pour que nul n’ignore de quoi il s’agit. Si nos sociétés modernes ont tendance à l’évacuer, la mort était très présente dans les sociétés d’autrefois, où l’on craignait si fort ce que l’on nommait alors la « male mort. »
      Je suis ravi que cet entretien donne l’envie de se rendre à l’exposition, c’est un de ses buts avoués; il est important, à mon sens, de rappeler que l’offre culturelle ne se limite pas à la seule capitale.
      Je te remercie pour ton commentaire, te souhaite un bon week-end et t’embrasse bien fort.

  6. « des artistes comme Tanxxx, présente dans l’exposition avec deux œuvres » … Tan trois x est donc une artiste …. j’avoue mon ignorante crasse ! De nos jours le paquet neutre pourrait-il entrer en concurrence avec les arts graphiques ?
    Une chronique qui s’inscrit dans l’air du temps adaptée à ce temps de Toussaint. Passionnant.

    • Avec un ou trois x, je ne connais pas non plus Tanxxx, bien chère Marie, mais je me fais fort de découvrir qui elle est et je te raconterai, promis. Je ne crois pas à la neutralité, même pas à celle des paquets, mais je veux croire que ce que d’os saura succéder au mieux au que d’eau que nous affrontons ces jours derniers.
      Grand merci pour ton mot.

    • Quant à mon ignorance, elle deviendra moindre en faisant l’effort (qui n’en est pas un) de chercher et je sais que les 3 x ne sont pas des lettres manquantes, même si j’oublierai rapidement ; c’est un autre univers. 😉

      • Un univers dans lequel je ne m’attendais pas du tout à entrer, bien chère Marie, et pourtant La Ravachole fait partie de mes œuvres préférées de cette exposition 😉

  7. Aline Zylberajch

    2 juin 2016 at 22:29

    Grand merci pour cet article ! Aura-t-on le plaisir de vous voir à Strasbourg ?
    Amitiés, Aline

    • Merci à vous de vous être arrêtée sur cet entretien, chère Aline.
      Je viendrai à Strasbourg, c’est certain, je ne saurais rester sourd très longtemps à l’appel de « ma » ville de cœur.
      Je vous adresse de bien amicales pensées.
      Jean-Christophe

  8. Gaulard Bénédicte

    3 juin 2016 at 10:13

    J’apprécie énormément vos intermèdes et disgressions (le terme est mal choisi)…sur des expositions, comme Hubert Robert et cette exposition de dessins. Cet entretien fait le point sur les expositions d’arts graphiques dans la programmation des musées (souvent perçues comme « élitiste » par le grand public), la thématique de la mort, et le travail du commissaire qui a sû imposer ses choix avec talent et dédramatiser en quelque sorte cette iconographie. Et…les pièces musicales qui accompagnent ce texte m’ont fait écouter Camille Saint-Saens d’une autre oreille, même si le Livre vermeil de Montserrat a ma préférence, vous vous en doutez (un de mes CD de « chevet »)…merci, cher Jean-Christophe, et très belle journée à vous (je vais retourner chez Hubert Robert bientôt !) !

    • Je pense que ces digressions picturales vont se poursuivre, chère Bénédicte, en fonction des expositions qui m’intéresseront et de celles où je serai en mesure de me rendre, ces deux paramètres n’étant hélas pas toujours concomitants (l’exemple typique est celui de la rétrospective dédiée à Bosch dans sa ville et à Madrid).
      J’ai eu beaucoup de chance pour cet entretien, car Florian Siffer est passionné et passionnant, au sens où il sait expliquer ce qui fonde son travail sans jamais être rébarbatif ou sentencieux; finalement, l’exposition se ressent de cette disposition d’esprit : elle est solide sur le fond mais accessible à qui veut bien se donner la peine de franchir la porte et je gage que ce sera un succès pour ces deux raisons. J’en rendrai compte de façon un peu plus détaillée dans quelques semaines avec d’autres images et d’autres musiques, le choix étant assez vaste; j’espère que vous y prendrez le même plaisir qu’ici.
      Grand merci pour votre commentaire et mes vœux renouvelés de belle soirée.

  9. jean pierre jacob

    4 juin 2016 at 16:06

    La mort toujours présente dans mes 35 ans de vie professionnelle: un professeur de biologie de collège aime toujours être accompagné d’un squelette de démonstration pour les jeunes élèves, et les miens arrivant en sixième, prévenus par leurs prédécesseurs s’étonnaient s’il était absent le jour de la rentrée. Il fallait donc effectuer une présentation en règle, donner son surnom et surtout ne pas oublier de montrer sa vertèbre supplémentaire, découverte le jour de sa dotation à notre petit laboratoire, petite gâterie de l’Education nationale pour la mise en route de notre collège des années soixante. Ah! cher Jean Christophe, combien je regrette maintenant de ne pas avoir eu l’idée de faire intervenir mon collègue en Education musicale pour installer une ambiance sonore. Il est vrai que je n’avais pas encore lu Wunderkammern

    • Ah, cher Jean-Pierre, qui n’a pas connu son Arthur ou sa Zoé (ce sont les deux noms de squelettes qui me reviennent spontanément en mémoire) en ses années de collège ? Je me souviens encore des remarques que nous nous faisions à mi-voix entre camarades, mi-facétieuses, mi-inquiètes (« tu crois que c’est un vrai ? ») en regardant du coin de l’œil cette étrange présence qui veillait sur nos cours. Il y a, dans l’exposition, une œuvre graphique qui vous plairait beaucoup; elle s’intitule La Mort et l’anatomiste, et je crois que je l’inclurai dans mon compte rendu à paraître dans quelques semaines, avec une pensée pour vous.
      Grand merci pour votre commentaire et pardon pour mon retard à y répondre.
      Belle journée à vous.

  10. Milena Hernandez

    6 juin 2016 at 11:07

    Cette intéressante interview donne envie de faire le voyage à Strasbourg pour découvrir une exposition originale et instructive. La mort rapide, qui ne suivait pas « l’ordre des choses » était plus fréquente dans les temps anciens. Ainsi ce que dit Montaigne pour « où » était-il encore plus valable avec « quand », à son époque. J’ai été frappée, lors de ma visite de l’exposition « L’art et l’enfant », du nombre de tableaux représentant des enfants peints après leur mort à la demande de leurs parents encore vivants. La mort peut bien sûr encore frapper à tout âge, mais celle des jeunes est moins fréquente, sauf en temps de guerre comme le rappelle Otto Dix. Ad mortem festinamus, et la danse macabre s’imposaient en accompagnement musical, encore fallait-il y penser! :-)… Tout paraît évidence quand le travail est bien fait! Bonne journée, bravo pour votre souriant profil de face, amitiés, Milena.

    • Très sincèrement, chère Milena, je pense que Dernière danse vaut largement que l’on fasse le détour par Strasbourg; l’exposition est aussi nourrissante que réjouissante, et l’on peut même ensuite lui trouver des échos dans les collections des autres musées, comme l’Allégorie attribuée à Laurent de La Hyre au Musée des Beaux-Arts, ou Les Amants trépassés au Musée de l’Œuvre Notre Dame, avant, pourquoi pas, de pousser jusqu’à la magnifique église Saint-Thomas qui renferme un très beau transi.
      Ce que vous dites sur la représentation d’enfants morts avant leurs parents dans les tableaux est extrêmement intéressant et révèle une constante, celle du vertige (tout intérieur) qui saisit l’Homme quand l’ordre naturel semble s’être inversé, ce qui est présentement le cas dans ce type de circonstance.
      Pour ce qui est des choix musicaux, j’en ai encore quelques-uns dans ma besace que je réserve pour le compte rendu de l’exposition à paraître dans quelques semaines — je vous promets quelques surprises 😉
      Grand merci pour votre commentaire et belle journée à vous.
      Amitiés.

  11. Avant même la lecture de cet excellent billet -judicieusement accompagné musicalement de surcroît-, que je découvre à l’instant, j’étais allé voir cette exposition samedi dernier : c’est en effet absolument formidable, riche et varié !

    • Nous aurions presque nous y croiser, puisque j’étais moi-même à Strasbourg le week-end dernier. Je suis tout à fait charmé par cette exposition qui sait être pédagogique tout en restant formidablement accessible; je pense qu’elle sera, grâce à ses qualités, un très beau succès et elle le mérite pleinement.

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