Wunderkammern

Trouvailles pour esprits curieux

Au jardin de l’instant. Caillebotte, peintre et jardinier au Musée des Impressionnismes de Giverny

01 Gustave Caillebotte Linge séchant Petit Gennevilliers

Gustave Caillebotte (Paris, 1848 – Petit Gennevilliers, 1894),
Linge séchant, Petit Gennevilliers, 1888
Huile sur toile, 54 x 65 cm, collection particulière

 

Le ciel se donnait des allures de Boudin. Laissant derrière moi les touristes déjà nombreux venus s’égailler dans les allées de la maison du maître fleuries par le jeune printemps, j’ai paisiblement remonté la rue qui porte aujourd’hui son nom. A l’Hôtel Baudy, le soleil, en traversant les verres, jetait des taches fugaces et colorées sur les tables en terrasse. Midi venait de sonner lorsque, sortant de Sainte-Radegonde déserte, je me suis arrêté devant la dalle tout envahie de jacinthes bleues ; on ne saurait venir pour la première fois à Giverny sans aller se recueillir sur la tombe de Monet.

Ce n’est pourtant pas pour le grand Claude que j’avais sauté dans le train tôt le matin de ce jour d’avril mais pour celui qui fut son soutien et son ami, Gustave Caillebotte, auquel le Musée des Impressionnismes consacre une exposition sous-titrée « peintre et jardinier. » Il aura fallu bien des décennies pour que celui qui, tout en encourageant sans relâche ses compagnons d’art, jetait sur sa propre production un regard dépréciatif, s’impose comme un des grands peintres du mouvement pour la promotion duquel il n’hésita pas à engager une partie de sa certes confortable fortune personnelle, et bien des recherches pour que l’on commence à entrevoir à quel point sa peinture qui nous semble aujourd’hui si évidente, si simple, procède en réalité d’un travail de conception extrêmement pensé et minutieux.

02 Gustave Caillebotte Le Boulevard vu d'en haut

Le boulevard vu d’en haut, 1880
Huile sur toile, 65 x 54 cm, collection particulière

 

Malgré sa passion pour les sports nautiques et les jardins, Caillebotte fut aussi et en premier lieu un citadin. Les tableaux qui assurent aujourd’hui sa notoriété auprès d’un large public, comme les Raboteurs de parquet (1875, Musée d’Orsay) ou Rue de Paris, temps de pluie (1877, Art Institute of Chicago) sont d’ailleurs les reflets de cette vie urbaine et plus précisément parisienne, dans une capitale à la physionomie profondément bouleversée par les grands travaux dirigés par Haussmann qui constitua l’arrière-plan de la vie du peintre jusqu’en 1888, date à laquelle il établit définitivement sa résidence au Petit Gennevilliers où il avait acquis sept ans auparavant, conjointement avec son frère Martial, une propriété qui devait bientôt accueillir une grande maison, un hangar à périssoires, puis de vastes jardins, un atelier et une serre, Gustave, seul propriétaire des lieux dès 1887, n’ayant ensuite eu de cesse d’agrandir son domaine. Le regard que l’artiste jette sur Paris est, à plus d’un titre, singulier ; contrairement à certains de ses contemporains 03 Gustave Caillebotte Un balcon, boulevard Haussmannqui se plaisaient à en souligner le pittoresque (les œuvres de Jean Béraud sont parfaitement représentatives de cette tendance), Caillebotte choisit des lieux plus anonymes mais malgré tout reconnaissables pour livrer une vision décantée qui ne doit rien à l’anecdote. Ainsi, le Boulevard vu d’en haut au cadrage magistralement maîtrisé, ce qui est une constante chez un peintre sur lequel l’influence de la photographie fut importante, offre-t-il, sous la souple volute esquissée par la ramure et le feuillage de l’arbre, un espace minéral presque abstrait où les personnages semblent sinon se perdre, du moins ne jamais se rencontrer véritablement, quand bien même leurs trajectoires les conduisent à se frôler. Cette sensation d’abandon intérieur, que l’on observe si souvent chez les personnages de Caillebotte, se retrouve également dans Un balcon, boulevard Haussmann, œuvre contemporaine de la précédente ; les deux hommes que nous voyons réunis dans un même lieu et occupés à la même activité cachée au spectateur par un rideau de feuillages aux variations de teintes et de luminosité magnifiquement rendues semblent pourtant appartenir à deux mondes totalement hermétiques l’un à l’autre, une césure que le peintre a encore soulignée en jouant sur les oppositions de posture, de couleurs d’habit et même de forme de couvre-chef. La ville restera pour Caillebotte un lieu ambigu où se côtoient tous les possibles et toutes les solitudes.

04 Gustave Caillebotte Le jardin potager, Yerres

Le Jardin potager, Yerres, 1877
Huile sur toile, 60 x 73 cm, collection particulière

 

Dès son plus jeune âge, l’aisance matérielle de sa famille le lui permettant, Caillebotte put séjourner longuement hors de Paris, en particulier dans la propriété d’Yerres dont son père fit l’acquisition en 1860 et que les deux frères héritiers cédèrent en 1879. Ces presque vingt années contribuèrent à donner au jeune garçon un goût pour les jardins et les activités nautiques qui ne démentira pas avec le temps et dont sa production apporte maints témoignages, parfois émouvants. Ainsi De l’exèdre, le porche de la demeure familiale (c.1875-76, collection particulière) offre-t-il, en dépit de son format réduit (40 x 26 cm), la même sensation d’espace vide que les représentations urbaines, car dans cette entrée majestueusement mise en scène avec son arbre imposant, son généreux massif de fleurs rouges, ses caisses blanches dans lesquelles croissent des arbres frileux (peut-être des orangers ou des citronniers) sous un ciel d’été uniment bleu et des effets de lumière parfaitement restitués par l’artiste se trouve une petite présence qui paraît perdue dans un si vaste ensemble : il s’agit d’un petit chien assis qui semble quémander un peu d’attention de la part du peintre comme du spectateur et apporte à la scène une dimension sensible. Caillebotte a utilisé toutes les ressources que cette grande propriété mettait à sa disposition pour expérimenter et affermir son style, comme le montrent les nombreuses études de sous-bois, 05 Gustave Caillebotte Le jardin potager Petit Gennevilliersd’éléments aquatiques, de ciel, d’effets atmosphériques ou lumineux sur telle ou telle ou telle partie du parc qui subsistent de cette période. Le Jardin potager, Yerres offre un aperçu particulièrement intéressant de l’art du peintre à la fin de la décennie 1870, en ce que s’y mêlent de façon totalement harmonieuse une touche vive et indubitablement impressionniste qui avoue sa dette envers Monet sans pour autant le copier et une construction spatiale à la géométrie maîtrisée qui rappelle que Caillebotte, contrairement à un certain nombre de ses confrères indépendants, tels Monet ou Pissarro, était passé par l’École des Beaux-Arts et y avait acquis un solide bagage technique.

D’un potager à l’autre, celui de Petit Gennevilliers, immortalisé environ cinq ans plus tard, permet de mesurer le chemin parcouru par le peintre qui recourt une nouvelle fois à un audacieux effet de cadrage pour mieux dynamiser sa composition ; à Yerres, nous étions dans une sorte de sanctuaire vivrier à ciel ouvert organisé selon des lignes somme toute très classiques ; ici, la courbe l’emporte sur la droite et l’ouverture sur le confinement dans une discrète mais évidente affirmation d’une manière plus fluide et plus libre. Celle-ci s’impose avec éclat dans Linge séchant, Petit Gennevilliers, un tour de force pictural qui justifie presque à lui seul la visite de l’exposition ; le sujet du tableau est d’une banalité absolue, mais l’œil et le pinceau de Caillebotte ont-ils jamais fait plus intensément corps avec le mouvement que dans cette œuvre ? Je n’en suis pas certain. Toujours est-il que les ondoiements, les enroulements, les effilochements de la pâte parviennent à restituer d’une façon absolument fascinante la sensation de l’air jouant avec les tissus.

06 Gustave Caillebotte Les Dahlias, jardin du Petit Gennevilliers

Les Dahlias, jardin du Petit Gennevilliers, 1893
Huile sur toile, 157,5 x 114,5 cm, collection particulière

 

Les fleurs ont occupé une place importante dans la production tardive du peintre qui travaillait encore à un vaste Parterre de marguerites en quatre panneaux demeuré inachevé lorsque la mort vint précocement le saisir le 21 février 1894, à l’âge de quarante-cinq ans. Si le soin du potager était laissé aux jardiniers, il en allait autrement pour le bouquetier et pour la serre construite expressément par Caillebotte pour assouvir sa passion pour les orchidées dont il fit un sujet pictural de prédilection, allant jusqu’à élaborer quatre grandes toiles reproduisant un coin de cette serre à la végétation luxuriante afin de servir d’éléments de décor pour sa propre salle à manger.

Parmi tous ceux proposés dans le cadre de l’exposition, deux tableaux à sujet floral se révèlent un peu plus touchants que les autres en ce qu’ils donnent probablement à voir celle qui demeure un des grands mystères de la biographie de Caillebotte, de toutes façons peu porté aux confidences, Charlotte Berthier. L’absence de toute indication précise nous conduit à seulement supposer que la figure féminine aux traits rendus volontairement indistincts par un peintre qui, 07 Gustave Caillebotte Les Roses, jardin du Petit Gennevilliersau début des années 1880 avait pourtant brillamment démontré ses talents de portraitiste, et que l’on voit prendre soin d’un alignement de rosiers formés sur tige ou s’arrêter un instant dans une allée longeant la serre au bout de laquelle se dresse un imposant buisson de dahlias ébouriffés, est bien celle de sa bonne amie dont on ne connaît le visage que grâce à un tableau de Renoir daté de l’été 1883 (Washington, National Gallery of Art) alors qu’elle avait vingt ans. Le fait que Charlotte (qui se prénommait en réalité Anne-Marie et dont le nom véritable était Pagne mais qui est également connue sous celui de Hagen) partageait la vie de Gustave était notoire et celui-ci, s’il ne l’épousa pas, ce qui, pour un homme de son époque et de son milieu, était une marque de la même indépendance d’esprit que celle sous laquelle se plaçait son parcours d’artiste et de mécène, la coucha sur son testament. Les tensions familiales face à cette situation expliquent sans doute la discrétion observée par le couple et la rareté des témoignages directs à son propos, mais les toiles nous laissent deviner à quel point la présence de cette jeune femme à la fois effacée, attentive et active était indispensable à l’harmonie d’un domaine dont elle contribuait sans doute largement à régler un quotidien dont son compagnon, sollicité par ses nombreuses activités, aurait sans doute eu du mal à se charger seul.

Il y a plusieurs façons d’aborder l’exposition Caillebotte, peintre et jardinier dont on ne peut que louer le choix pertinent d’œuvres et le parcours très clair et fluide qu’elle propose, lequel met bien en lumière l’évolution du style et des préoccupations artistiques du peintre. Ses admirateurs désireux de rafraîchir ou de compléter leurs connaissances ne voudront naturellement pas manquer ce rassemblement de quelque quatre-vingts de ses œuvres, majoritairement issues de collections particulières et donc assez sporadiquement accessibles, dont certaines sont bien connues et d’autres plus rarement montrées ; ils ne seront pas déçus par la qualité globale de ce qui leur est ici offert. On peut également envisager, comme la thématique choisie y invite, de venir flâner au milieu de ces toiles qui voient le gris urbain céder de plus en plus la place au vert des frondaisons et des eaux de l’Yerre, puis aux couleurs éclatantes et variées des floraisons capturées d’un pinceau émerveillé, et on en retirera également, je crois, beaucoup de plaisir sous cet angle. Il me semble cependant qu’une des grandes réussites de cette exposition qui sait être informative tout en demeurant réellement accessible et qui a eu l’intelligence de savoir s’éloigner quelquefois un peu de son sujet pour intégrer, par exemple, une section dédiée à la Seine et à la Normandie, et de permettre, par ce subtil élargissement de la focale, 08 Gustave Caillebotte La Seine et le pont de chemin de fer d'Argenteuilde saisir avec plus d’exactitude les diverses sources auxquelles l’artiste venait nourrir son inspiration tant pour ses toiles que pour l’agencement de son univers familier, est de faire sentir à quel point le pudique Caillebotte était un homme de convictions et de passions profondément partagé entre une curiosité toujours en éveil, une forte vitalité, une indiscutable attraction pour la modernité (n’oublions pas que ses trouvailles révolutionnèrent les voiliers de course), et une inquiétude, voire une mélancolie qui ne sont pas moins prégnantes et prennent probablement en partie racine dans un sentiment d’accélération du temps que l’on devine avoir été aigu — il n’est sans doute pas innocent, par exemple, que le peintre ait souhaité immortaliser la propriété d’Yerres très peu de temps avant que sa vente ne la fasse basculer du côté des souvenirs. On peut supposer, dans cette optique, que le jardinage, par son mélange d’éphémère et d’ancrage dans la durée, de lenteur et de renouvellement permanent, ait pu représenter pour Caillebotte une voie d’équilibre, sinon d’apaisement, entre ses propres contradictions intérieures, et on a le sentiment, en regardant tous ces motifs végétaux qu’il a tenu à immortaliser, de voir se dessiner à travers eux une manière de portrait intime qui serait constitué de mille instants saisis dans leur fugacité qu’il appartient au spectateur de rassembler pour mieux comprendre, pour mieux voir. En ce sens, Caillebotte, peintre et jardinier nous révèle l’homme sous un jour nouveau et ouvre un certain nombre de pistes de réflexion qui nous indiquent qu’il reste encore bien des allées à explorer et des découvertes à cueillir au jardin de cet impressionniste singulier.

Caillebotte peintre et jardinier affiche expositionCaillebotte, peintre et jardinier du 25 mars au 3 juillet 2016, Musée des impressionnismes, Giverny, puis Museo Thyssen-Bornemisza, Madrid, du 19 juillet au 30 octobre 2016

Caillebotte peintre et jardinier catalogue HazanCatalogue de l’exposition publié aux éditions Hazan, 160 pages, 150 illustrations, IBSN : 9782754108683

Illustrations :

Un Balcon, boulevard Haussmann, 1880. Huile sur toile, 69 x 62 cm, collection particulière

Le Jardin potager, Petit Gennevilliers, 1881-82. Huile sur toile, 66 x 81 cm, collection particulière

Les Roses, jardin du Petit Gennevilliers, 1886. Huile sur toile, 89 x 116 cm, collection particulière

La Seine et le pont de chemin de fer d’Argenteuil, 1885. Huile sur toile, 115,6 x 154,9 cm. Brooklyn, Brooklyn Museum, don de la Arthur M. Sackler Foundation

Accompagnement musical :

1. Emmanuel Chabrier (1841 – 1894), Suite pastorale : [I.] Idylle (Andantino, poco con moto)

Wiener Philharmoniker
John Eliot Gardiner, direction

Emmanuel Chabrier Espana Suite pastorale John Eliot GardinerSuite pastorale, España et autres pièces pour orchestre. 1 CD Deutsche Grammophon 447 751-2. Ce disque peut être acheté chez votre disquaire ou en suivant ce lien.

2. Camille Saint-Saëns (1835 – 1921), Concerto pour piano et orchestre en mi bémol majeur op. 29 : [I.] Moderato assaiPiù mosso (Allegro maestoso)

Stephen Hough, piano
City of Birmingham Symphony Orchestra
Sakaro Oramo, direction

Camille Saint-Saëns Concertos pour piano Hough OramoL’œuvre pour piano et orchestre (intégrale). 2 CD Hyperion records CDA 67331/2. Ce double disque peut être acheté chez votre disquaire ou en suivant ce lien.

3. Gabriel Fauré (1845 – 1924), Sonate pour violon et piano n°1 en la majeur op. 13 : [II.] Andante

Isabelle Faust, violon
Florent Boffard, piano

Gabriel Fauré Sonates pour violon Isabelle Faust Florent BoffardSonates pour violon et piano. 1 CD Harmonia Mundi HMA 1951741. Ce disque peut être acheté chez votre disquaire ou en suivant ce lien.

4. René Lenormand (1846 – 1932), Trio avec piano en sol mineur op. 30 : [I.] Allegro

Trio Chausson

Chaminade Debussy Lenormand Trios avec piano Trio ChaussonCécile Chaminade, Claude Debussy, René Lenormand, Trios avec piano. 1 CD Mirare MIR 163. Ce disque peut être acheté chez votre disquaire ou en suivant ce lien.

Marginalia :

Un documentaire intéressant et bien réalisé diffusé sur France Culture est disponible en réécoute en suivant ce lien.

14 Comments

  1. Michelle Didio

    19 juin 2016 at 15:08

    Un très grand Merci, cher Jean-Christophe, d’avoir pris sur votre temps pour écrire cette chronique sur Gustave Caillebotte.
    Au fil du vent dans la campagne, au milieu du potager, dans une allée du jardin et tout près des grands dahlias, dans une certaine intimité des jardins ou sur un balcon à Paris, en évoquant les tableaux du peintre, vous nous offrez un portrait du peintre jardinier en procédant « par touches » à la manière des impressionnistes. Ce personnage aux multiples facettes est très attachant. On y découvre sa générosité envers ses amis, son implication, sa rigueur et sa précision, son œil photographe et avisé et surtout son grand talent trop longtemps déprécié, y compris par lui-même. Sa peinture fait preuve de grande finesse et de fraicheur dans son traitement de la nature, voire d’une grande lucidité dans les thèmes urbains. Gustave Caillebotte est très attachant.
    En ce qui concerne la musique que vous avez choisie , elle « colle » parfaitement avec le sujet. Pour ma part, j’ai été séduite par les sonates de Gabriel Fauré et le Trio en sol mineur de René Lenormand.
    Bien amicalement,

    • Attachant est un adjectif qui me semble parfaitement convenir à Gustave Caillebotte, chère Michelle, tant du point de vue de son œuvre pictural que de l’homme qu’il fut, dont la générosité ne s’est jamais démentie. Je vous avoue que parler de lui et de sa peinture a été un défi autant qu’un plaisir, tant je craignais que mon compte rendu d’exposition se résumât à une suite de lieux communs qui n’apprendraient rien sur l’artiste à qui le lirait. Vous m’avez fait beaucoup d’honneur en vous y arrêtant aussi longuement et en prenant vraiment le temps de lire et d’écouter, comme le démontre l’exactitude de votre commentaire.
      Parmi les musiques proposées en accompagnement, c’est celle de Fauré qui s’est immédiatement imposée car l’univers de Caillebotte est, à mes yeux, très fauréen tant dans sa passion que dans son art de l’ellipse; les autres morceaux se sont dessinés plus lentement, mais je suis particulièrement heureux d’avoir pensé au très beau disque de musique française du Trio Chausson, dont est extraite l’œuvre de Lenormand, que j’avais chroniqué sur mon ancien blog et que j’aime toujours beaucoup.
      Je vous remercie pour la qualité de votre intervention et vous adresse de bien amicales pensées.

  2. Un ciel comme celui qui m’a honorée ce jour d’hui, l’alibi de l’étendage, un prénom de célébrités d’art, les dalhias chez mes grands-parents, tout ceci en évocation et la folle envie de marcher dans tes pas pour ne rien manquer. J’ajouterai le W de Wunder rien que pour le plaisir partagé avec Gabriel mais pas seulement.

  3. Et pour le boulevard vu d’en haut, j’imagine le cocher sur le banc, en attente d’un client, le fiacre dissimulé partiellement, un taxi de 1880 en quelque sorte. C’est le cheval qui a attiré mon regard pendant que Camille pianotait. Sacrilège ? pour le piano j’entends.

    • «… Il attendait son carrosse
      Il attendait ses chevaux

      Et le temps passait et chambardait la terre
      On démolissait, on rebâtissait
      La fortune passait dans un bruit de tonnerre… »

      Voici que ton commentaire dont je te remercie, bien chère Marie, me fait chantonner de bon matin. Mille mercis !

  4. Milena Hernandez

    22 juin 2016 at 20:50

    Cher Jean-Christophe, je m’étais réjouie, en avril, lorsque j’avais compris que vous aviez cédé à votre désir de visiter l’exposition de Giverny malgré les inévitables petits tracas qu’implique un déplacement. La lecture de votre chronique montre combien vous avez apprécié cette immersion dans l’univers de l’un de vos peintres préférés. J’aime beaucoup Caillebotte aussi, je l’avais découvert avec Les Périssoires lors d’une expo sur l’impressionnisme et son traitement de l’eau m’avait fascinée, il me semblait en entendre les clapotis!
    Vous nous montrez un personnage, détaché des conventions bourgeoises du rentier aisé qu’il était, et attachant avec sa générosité et sa modestie. Mais surtout vous louez aussi ses qualités de peintre bien formé, ce qui est le plus important et finalement le plus rare tant on a l’habitude d’essentiellement retenir le mécène collectionneur. J’ai aimé la description sensible des tableaux et vous donnez vraiment envie de parcourir cette exposition. J’ajoute que vous semblez avoir bénéficié d’une journée ensoleillée (ce qui ne devait pas être le cas en mai), c’est toujours appréciable quand il s’agit de jardins!Je vous remercie aussi pour le lien avec l’émission de France-Culture qui est très intéressante. Les extraits musicaux que vous avez choisis plongent vos lecteurs dans l’époque, je trouve que Chabrier, mort encore jeune la même année est vraiment à sa place et je me suis demandé quels étaient les goûts musicaux de Gustave Caillebotte; dans tout ce que j’ai lu il n’en est pas fait mention. N’est ce pas paradoxal puisqu’il a vécu si proche de Martial son jeune frère musicien ? Bien amicalement, Milena.

    • Chère Milena,
      On peut dire que faire le voyage de Giverny a été un vrai investissement pour moi, et ce sur tous les plans, mais je ne le regrette honnêtement pas tant la journée passée là-bas a été belle, car parfaitement harmonieuse; je veux voir comme un clin d’œil le fait d’avoir bénéficié d’un vendredi ensoleillé, par moments presque doux, qui m’a permis de profiter des jardins de la maison de Monet, couverts de tulipes, de fritillaires et de giroflées — tous ces moments restent de très beaux souvenirs.
      J’établis souvent un parallèle entre Caillebotte et Dürer : tous deux ont été prolixes tout en demeurant finalement muets sur eux-mêmes et une large partie de leur vie comme de leur personnalité nous échappe obstinément (on pourrait dire la même chose de J.S. Bach); restent les œuvres qu’il faut tenter d’interroger au mieux pour essayer de comprendre. Je ne prétends naturellement pas y être parvenu dans ce compte rendu dont ce n’était d’ailleurs nullement l’ambition; tout au plus ai-je tenté d’établir une faisceau de résonances entre ce que l’on sait de l’artiste, ce qu’il a souhaité immortaliser et l’ambiance musicale de son temps, me disant que ce jeu d’échos pouvait peut-être aider à une approche si ce n’est rationnelle, du moins sensible. Je suis heureux que vous ayez aimé Chabrier que j’apprécie beaucoup également; a priori, on ne sait pas grand chose des goûts musicaux de Gustave qui n’a pas manqué d’être largement abreuvé de musique, ne serait-ce que du fait de sa proximité avec Martial; je me suis plu à proposer des pièces qu’il aurait pu entendre et qui me semble parler de lui et sa peinture, des accents pastoraux de Chabrier à ceux, plus passionnés, de Fauré, une pointe de mélancolie chez Lenormand et un côté assez « urbain » chez Saint-Saëns.
      Je vous remercie infiniment d’avoir accordé ce que je nomme du « vrai temps » à cette chronique; j’en suis à la fois touché et honoré.
      Bonne fin de semaine à vous et amitiés.
      Jean-Christophe

  5. Un grand merci Jean-Christophe, c’est vraiment un article très beau et sensible. Que j’avais mis de côté en me disant qu’il faudrait y revenir.
    Chose maintenant faite 🙂
    Le choix, auquel vous prenez toujours soin, de ne présenter que des œuvres majeures, magnifiques, qui sont autant de jalons dans son parcours, et que l’on peut en outre afficher chacune « en grand » sur son écran ne me fait que plus regretter ce qui m’apparaît comme le principal défaut de votre publication : me révéler que je n’aurai vraisemblablement aucune chance d’aller la voir avant sa fermeture alors que vous m’en donnez tellement envie. Et ce linge incroyable…
    Cette période picturale, en France au tournant des 19e-20e, de Corot à Cézanne, ne me déçoit décidément que très très rarement et il reste toujours des pépites à découvrir. À nouveau : un grand merci d’y avoir pour moi ici contribué.

    • Je ne vous attendais pas sur cette chronique, Alain, mais vous me faites une bien belle surprise en m’en faisant retour et je suis heureux qu’elle vous ait plu.
      J’ai tenté, comme vous l’avez bien compris, de reconstituer une sorte d’itinéraire en m’appuyant sur un choix d’œuvres que j’espère représentatives, même si je demeure frustré de ne pas en avoir donné à voir deux ou trois autres, faute de reproductions adéquates (c’est un vrai problème, ces histoires de droits, en particulier pour les tableaux appartenant à de grands musées comme Orsay).
      Je partage votre goût pour la peinture française de la seconde moitié du XIXe et du début du XXe siècles, et je rêve depuis longtemps d’une rétrospective dédiée à Corot, un peintre pour lequel j’ai vraiment un très fort faible; tout est effectivement loin d’avoir été dit en ce qui concerne les arts de cette époque et c’est tant mieux, j’aime bien les surprises que ces disciplines peuvent nous réserver.
      Je vous remercie bien sincèrement pour votre mot et vous dis à bientôt.

  6. Après ma visite à l´exposition Caillebotte au Museo Thyssen-Bornemisza, je vous écrirai quelques lignes.

  7. Il est un fait, je n´ai pas pu trouver meilleure introduction que la vôtre, Jean-Christophe.
    Je suis enfin allée visiter cette exposition en première heure, bien sûr.
    Une opportunité incroyable ; découvrir ces tableaux car j´ai remarqué qu´ils appartiennent presque tous à des collections particulières.

    Un parcours serein, baigné avec ces peintures reflétant son regard, ce qu´il aimait le plus ; son jardin… et que nous recevons avec tant de plaisir.
    Enthousiasmée par ses tons de verts printaniers…

    Naturel, vie simple, petits bonheurs se dégagent en regardant ses compositions.

    J´en suis sortie apaisée…

    • Je suis ravi, Chantal, que cette chronique vous semble une entrée en matière correcte à cette exposition dont je pense, tout comme vous, qu’elle vaut la visite par la richesse d’œuvres qu’elle propose et la cohérence de son propos. Beaucoup de tableaux de Caillebotte sont effectivement dans des mains privées, ce qui rend leur visibilité pour un large public assez aléatoire, raison de plus pour ne pas manquer de telles occasions quand elles passent à portée et qu’on le peut, naturellement.
      Il y a certes, chez ce peintre, la dimension que vous avez relevée, mais je suis également sensible, pour ma part, à quelque chose de plus mélancolique voire parfois d’angoissé qui passe dans certaines de ses œuvres; il me semble qu’il était un artiste et un homme plus complexe que ce qu’il voulait bien laisser paraître.
      Je vous remercie pour votre commentaire et vous souhaite une bonne soirée.

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