Wunderkammern

Trouvailles pour esprits curieux

Le bon profil

Pierre Charles Trémolières La Comédie

Pierre Charles Trémolières (Cholet, 1703 – Paris, 1739),
La Comédie, c.1736
Huile sur toile, 47,6 x 59,7 cm, New York, Metropolitan Museum

 

L’été n’est pas et n’a d’ailleurs jamais été une saison que j’apprécie, mais je lui reconnais au moins une vertu à mes yeux essentielle, celle de ralentir le pouls d’une époque de plus en plus affolée, car perpétuellement soumise à la tyrannie de l’instant. Quel bonheur de se dire que l’on peut, sans craindre d’avoir manqué grand chose, se contenter de ne se pencher qu’une fois par jour sur les actualités – on ne fait plus guère d’information aujourd’hui –, quel régal également de reprendre des livres ou des disques vers lesquels on s’était juré de revenir dès que l’on serait moins sollicité par les parutions nouvelles, quel réconfort de travailler sans presser le pas.

S’agissant justement de ce que je propose sur le blog, je lisais, il y a quelques semaines, sur le réseau social qui me permet de diffuser son actualité au-delà de ses abonnés directs, que mon travail était « bon pour les non-initiés. » Naturellement, la personne qui émettait ce jugement peu amène avait une trop haute opinion d’elle-même pour condescendre à me lire, ce qui ne l’empêchait bien entendu pas d’avoir une opinion sur ce que je produis, étant entendu qu’aujourd’hui nombre de gens sont intarissables sur des sujets qu’ils n’ont pas même pris la peine de survoler.
Effectivement, je n’ai ni la vocation à, ni la prétention de ne m’adresser qu’à une petite élite de doctes auto-satisfaits, ce dont certains s’acquittent avec un zèle aussi empressé que vaguement racoleur. J’écris pour qui veut bien prendre un peu de son temps pour me lire quand j’en ai moi-même consacré à me documenter et à choisir mots, images et musiques pour tenter de composer un tout qui ne soit pas trop bancal. Je n’appartiens pas aux couches aisées de la population dans lesquelles on a instinctivement tendance à ranger les amateurs d’art et si je ne recommande à mes lecteurs que des projets qui me semblent dignes d’intérêt, c’est aussi parce que je connais bien l’hésitation que l’on peut avoir à débourser quinze ou vingt euros pour un disque ou un livre quand s’imposent des dépenses plus concrètes, plus quotidiennes, et je vous épargne le détail des frais de logistique à envisager pour se rendre à une exposition lorsque l’on n’est pas francilien, car figurez-vous qu’aussi surprenant que ceci puisse paraître aux yeux de certains, il est possible de s’exprimer sur la culture sans habiter Paris et aller traîner son air entendu dans ses salons et ses dîners — il paraît même qu’en province nous bénéficions de l’électricité et de l’eau courante.
À un moment ou à un autre, il faut tenter d’avoir une démarche cohérente et essayer de se mettre à la portée du plus large nombre possible plutôt que se lamenter sur l’effondrement d’une certaine culture en dressant entre elle et son audience potentielle d’épaisses murailles de morgue. Essayer de rendre possible la rencontre entre une œuvre et quelqu’un qui ne serait pas allé spontanément vers elle ne signifie pas pour autant transiger sur la qualité de ce que l’on propose ; c’est prendre suffisamment de temps pour digérer soi-même les choses afin de les rendre aussi simples et accessibles que faire se peut, cette sobriété se révélant souvent une discipline salutaire pour le rédacteur. Mais voilà, pour ce faire, il faut consentir à ne pas vouloir être le premier à réagir sur toute nouveauté ou tout événement, il faut accepter de n’être que soi-même en n’ayant pas honte de ses lacunes – je me vois ainsi très mal écrire à propos de Wagner ou de Boucher –, ne rien avoir à vendre et ne pas avoir l’ambition de se pousser dans le monde en pratiquant au besoin ce que je nomme la « critique des copains. » Nous sommes dans un système infernal dans lequel tout doit être traité rapidement afin de complaire à des parties prenantes qui ne se rendent même pas compte à quel point l’attitude qu’elles encouragent est délétère ; le fond leur importe visiblement peu, sinon elles s’ébahiraient sans doute moins devant des comptes rendus dont l’essentiel de la substance recopie des dossiers de presse ou des encyclopédies en ligne, ou donnent dans le ressenti narcissique qui s’exempte volontiers d’arguments. Qui sait être attentif trouvera force exemples dans tous les médias et pas seulement amateurs ; combien de fois m’est-il arrivé de sursauter en entendant ou en lisant tel ou tel chroniqueur reconnu, qui n’a pas, lui, à se démener pour obtenir un disque ou un catalogue d’exposition, recracher un de ces galimatias insipides composés d’emprunts et d’approximations mais joliment présentés — « … dans un bas de soie », aurait dit Napoléon. Chers contempteurs qui, de votre empyrée, vous sentez abaissés en me jetant l’obole d’un intérêt factice, chers mondains qui, de votre Parnasse, ne parvenez pas à réaliser que l’on peut être smicard et vouer la totalité de son temps libre à écrire sur les arts, vos mépris chaque jour encouragent ma flamme ; ils me font être plus reconnaissant encore envers ceux qui me font l’honneur de me lire, de me commenter et de me soutenir, qui m’adressent leurs productions, me convient à me rendre à tel ou tel festival ou qui – n’allez pas défaillir ! – ne jugent pas ma plume trop ignominieusement ignare pour lui confier la rédaction du livret d’un disque, bref ceux qui se moquent de savoir si j’ai ou non le bon profil.

Chers lecteurs, que votre été soit sédentaire ou nomade, actif ou alangui, citadin ou montagnard, maritime ou campagnard, solitaire, en famille ou entre amis, je vous le souhaite aussi rassérénant et vivifiant que possible. Les publications du blog, qui vont se poursuivre durant cette période, tenteront modestement d’accompagner ces moments. À bientôt et merci pour votre fidélité.

Accompagnement musical :

François Couperin (1668 – 1733), Les Folies françoises, ou les Dominos (Troisième Livre de Pièces de clavecin, 1722)

Clavecin anonyme français (XVIIe siècle), Villa Médicis, Rome

François Couperin Troisième Livre de Pièces de clavecin Christophe RoussetTroisième Livre de Pièces de clavecin, 1722. Les Nations (avec Blandine Rannou, second clavecin). 3 CD Harmonia Mundi HMC 901442.44 Indisponible, à rééditer.

36 Comments

  1. Sans venir avec masque (Comédie délicieuse au demeurant, fraîche et couperosée), et inspirée par « règlements de comptes à OK corral » ainsi que « Cyrano de Bergerac », je compte sur toi pour continuer à m’offrir ce que tu penses être le plus vivant de la Kultur. Bel été riche à toi aussi. 😀

    • Il n’y a que toi, bien chère Marie, pour oser dire de la Comédie rougissante (d’avoir trompé son monde ?) qu’elle est couperosée — je te reconnais bien là 😀 Il faut parfois peu de chose pour faire naître une chronique, mais au moins les choses sont-elles dorénavant ouvertement posées. Pour le reste, tu peux compter sur moi, j’ai sur mes étagères de quoi nourrir encore quelques saisons, estivales ou non.
      Grand merci pour ton commentaire.

  2. Plaisir et colère devant ce superbe billet.
    Colère qu’il faille trop souvent se justifier se défendre devant les sots.
    Plaisir de lire une plume toujours aussi aiguisée de beauté et d’intellligence.
    Merci de nous permettre de vous suivre cet été.

    • On doit d’autant plus souvent se défendre que l’on n’appartient pas à une structure aussi établie et, par là-même, protectrice, que le sont les rédactions de la presse spécialisée, qu’elle traite de musique ou d’art — la liberté a un prix, dont je m’acquitte néanmoins avec joie.
      Je vous remercie de me faire retour du plaisir que vous prenez à ces chroniques; ces encouragements sont précieux pour poursuivre ma tâche.
      Je vous souhaite un été riche de belles découvertes.

  3. Accompagner votre billet – dont je partage entièrement chaque réflexion, chaque mot – avec ces Folies françoises un 14 juillet relève bien de votre humour, de votre subtilité « pour les non-initiés »…
    Très amicalement en vous souhaitant un bel été bien informé et surtout reposant, cher Jean-Christophe !

    • Cher Marc,
      Il était impossible pour moi de ne pas glisser quelques clins d’œil dans ce billet de vacances et je suis évidemment ravi qu’ils aient été saisis au vol par le fin esprit que vous êtes. Je n’ai pu m’empêcher d’avoir une pensée pour vous lors de la rédaction, tant vous avez œuvré avec conviction pour rapprocher les musiques dites « savantes » d’un public élargi; c’est une leçon que je n’ai pas oubliée et qui continue de me guider dans mon travail.
      Je vous souhaite un très bel été.
      Bien fidèlement.

  4. Cher Jean-Christophe,
    Tu ne pouvais pas me faire plus plaisir avec ce long extrait, (tu connais mon penchant pour le clavecin, grâce à qui ?) et dont le titre convient parfaitement à l’ambiance actuelle.

    Une très belle toile également, et avec un cadeau supplémentaire, c’est de pouvoir l’agrandir pour en admirer les détails.

    Quant au reste, devons-nous n’y attarder ? L’important, ce sont tous ces lecteurs qui te suivent depuis longtemps.

    Tu sais le petit post mis hier tard sur ma page, à propos des vrais amis, n’est pas anodin, il y aura toujours les  » je sais tout », qui tentent de te rabaisser, des personnes tellement imbues d’elles-mêmes ..Pffff

    Mais toi et moi, nous savons qui nous sommes, nos forces et nos faiblesses, nos lacunes, (nombreuses en ce qui me concerne), ce qui fait défaut à beaucoup sur ce réseau.

    Je t’assure une nouvelle fois, de mon indéfectible amitié.
    Je te remercie infiniment de cette rubrique pas comme les autres, merci pour ce que tu offres sans rien attendre en retour. Je te reste fidèle, et j’attends toujours avec impatience la parution d’une nouvelle rubrique.
    Tu sais que je suis abonnée à ton blog, et lorsque je vois un mail m’avertissant de ta rubrique, j’aime ce petit moment sympa, où je me dis, qu’a t-il publié mon ami Jean-christophe, c’est comme un cadeau que tu dois déballer pour le découvrir.
    Je t’embrasse très fort et te souhaite une excellente journée .

    • Chère Tiffen,
      Bien sûr qu’il faut s’attarder sur le reste, non pour lui donner une importance qu’il n’a pas, mais pour pointer au passage la logique dont il procède; que ce soit mon travail qui ait été attaqué (ça a déjà été le cas et ça le sera encore) n’est pas crucial, ce qui l’est, en revanche, est ce qui serpente en dessous, ce dénigrement systématique de ce/ceux qui n’entre(nt) pas dans un certain cadre, une attitude favorisée voire encouragée par l’impunité des réseaux sociaux.
      J’ai une conscience aiguë de mes lacunes et je travaille dur chaque jour pour tenter de les combler, en m’interdisant de la ramener sur des sujets que je ne maîtrise pas et même de moins en moins sur ceux que je connais, gardant mes réflexions pour le moment où je dois écrire. Mon but, en animant ce blog, est de tisser un lien avec mes lecteurs sur des bases de liberté (vient qui veut et quand il veut) et d’honnêteté (pas de « critique des copains » ou de commande), le reste ne m’intéresse pas. Je suis toujours très heureux lorsque l’on me dit que l’on découvre ce que je propose comme un cadeau, sachant que je ne considère jamais quoi que ce soit comme acquis et suis toujours surpris que l’on trouve son compte dans mon travail.
      Je te remercie pour ta fidélité et ta spontanéité toujours intactes.
      Je te souhaite une bonne fin de 14 juillet (date importante à mes yeux, comme tu t’en doutes) et t’embrasse bien fort.

  5. « Il y a dans tout aveu profond plus d’éloquence et d’enseignement qu’on peut croire tout d’abord » a écrit Gide.
    Tes lignes ont la saveur du fruit mûr. Ce beau fruit formé à l’arbre qui a grandi sans presser sa sève, comme le dit Rilke.
    Les facheux et autres pisseurs de copie demeureront tant la pompe les fait jouïr. Chose vulgaire qui nous messied. Il importe à nous autres de nous en tenir totalement éloignés. Et d’avancer sur un chemin autrement plus somptueux et nourrissant. Ton blog est un mets rare dans l’époque à laquelle l’on voudrait nous astreindre à ne plus prendre le temps nécessaire à la réflexion.
    Nous sommes plus sages, plus humbles et voyons plus loin que le petit bout de notre nombril. Nous grandissons sans presser notre sève. Nous respectons les arts et les artistes avec la reconnaissance du cherchant.
    Je t’embrasse, mon ami, et te souhaite un heureux après-midi.

    • Ton commentaire, ami Cyrille, met en exergue une attitude qui m’est chère à plus d’un titre : ne rien presser afin de consacrer aux belles choses (du moins celles que l’on considère comme telles) tout le temps qu’elle requièrent — le mot de Rilke est d’une grande justesse, comme très souvent avec lui pour lequel tu sais mon attachement.
      Il ne faut pas s’attarder sur le reste plus que de raison, mais je crois que ce serait une erreur de le passer complètement sous silence; il faut lever un coin du voile pour que ceux qui l’ignoreraient sachent comment les choses se passent dans ce milieu culturel que nous avons tous tendance à idéaliser et qui n’est pas plus reluisant que d’autres. Poser les faits avant de passer à autre chose et poursuivre son chemin, car tu penses bien que ce n’est pas ce genre de gravillon qui m’en fera dévier.
      Je te remercie, en tout cas, pour ta constance et tes encouragements.
      Je t’embrasse et te souhaite une bonne fin de journée (ils étaient beaux, ce matin).

  6. Simplement, mais profondément, merci à vous, Mr Pucek, et aux lecteurs qui commentent ici.

    • La simplicité me convient tout à fait, midolu, et c’est avec la même que celle dont vous avez fait preuve que je vous remercie pour votre commentaire.
      Bel été à vous.

  7. Cher Jean-Christophe, vous finissez par m’énerver ! Comment faites-vous pour exprimer avec autant de justesse (et ce n’est pas la première fois !) une situation, un état d’esprit, un ressenti, sur lesquels je ne parviens pas à mettre de mots – en tout cas pas aussi précis et élégants que les vôtres ?
    Vos chroniques, pour la non-initiée que je suis en matière musicale, sont un régal d’érudition et de séduction. Il est rare, en effet, de trouver un guide aussi bienveillant qui donne accès, pour le seul amour de l’art, à des domaines qui lui sont chers, et qui allie ainsi exigence et hédonisme.
    Pour avoir, comme vous le savez, un pied dans le domaine universitaire et l’autre dans des structures plus « populaires », je ne peux que déplorer avec vous la condescendance avec laquelle les « élites » regardent la vulgarisation culturelle, fût-elle longuement méditée et documentée.
    Alors merci de partager ainsi votre passion, de proposer une alternative au discours général, et de donner accès à un peu de beauté en ce monde…
    Je vous souhaite un très bel été (ce n’est qu’un moment à passer, viendront ensuite les brumes et la douce mélancolie d’automne !)

    • Chère Nathalie,
      Et si c’était tout simplement parce que nous nourrissons, dans des contextes et avec des modes d’action différents, des préoccupations jumelles ? Ce n’est pas la première fois non plus que j’observe, entre vous et moi, une sensibilité commune sur certains sujets, ce qui me laisse songer que nous devons avoir quelques fibres fortement parentes.
      Je m’efforce, autant que je le peux, de rendre accessible ce sur quoi je m’exprime, en n’employant volontairement qu’un minimum de termes techniques, mais aussi en tentant de créer des ponts d’une discipline à une autre afin que ceux qui viennent pour, mettons, de la musique, puissent également rencontrer un peintre à propos duquel ils auront peut-être envie d’en apprendre plus, tout comme je tiens à proposer des « bandes-son virtuelles » dans le cadre de mes comptes rendus d’exposition, afin de prolonger le plaisir de la vue tout en faisant sentir la tonalité d’un moment du temps. Tout comme vous, je n’éprouve aucune condescendance envers qui ne sait pas, me disant que si savoir est une question de volonté, il y entre également une part d’opportunité et donc de chance (j’en suis, d’une certaine façon, une illustration); les prétendues élites qui ne sont bien souvent que sociales et non intellectuelles seraient bien avisées d’encourager une vulgarisation éclairée plutôt qu’osciller entre mépris et facilité.
      Merci d’être une de ces bonnes volontés qui aident les autres à s’élever et à devenir mieux que meilleurs : eux-mêmes.
      Bel été et merci pour votre commentaire et votre fidélité au blog.

  8. Bénédicte Gaulard

    14 juillet 2016 at 19:41

    Cher Jean-Christophe, les mots me manquent pour exprimer une certaine colère devant votre beau texte, non pas contre vous, mais contre ces « initiés » qui sévissent tout particulièrement dans la culture. Oui, vous faites bien d’exprimer votre ressenti, mais, voyez vous, en relisant vos propos (lus ce matin, et relus maintenant), j’ai une perception quelque peu différente. Est – ce un mal de transmettre ses connaissances à un public aussi large que possible, de toucher, par vos textes et extraits, des musiciens, des amateurs, des néophytes ? Non, et je pense même que c’est un honneur. Il y a quelques années, j’ai essuyé la remarque désobligeante d’une personne me reprochant d’enseigner non pas dans la filière universitaire classique, mais dans la filière universitaire et professionnelle. Ceci a encore renforcé mes convictions, le fait que certains, dont vous faites partie, sont des « passeurs ». Je suis fière de pouvoir aider mes étudiants à trouver un stage, à les « suivre » et à leur faire découvrir l’art de l’antiquité à aujourd’hui, en amorçant – mais sans votre talent- des parallèles avec la musique et la littérature, à expliquer comment rédiger un cartel ou ce qu’est un secteur sauvegardé. Et cette remarque peu amène qui vous a touchée (et que je comprends, j’étais en colère ce matin ) , n’est – elle pas, finalement, un compliment ? Choisir en toute liberté d’être un « passeur » de beauté, sans entrer dans la comédie de la culture, et finalement d’agir comme la charmante muse du tableau, masque enlevé, doigt pointé et sourire malicieux…est, je le pense fortement, une belle qualité, un honneur dont vous pouvez être fier. Oui, sortir du cadre, ne pas se couler dans le moule , partager, valoriser, témoigner. ..n’est ce pas le rôle d’un « honnête homme » ? Merci d’être ce que vous êtes, tout simplement, cher Jean-Christophe, et continuez votre chemin…il y a quelques années, j’ai vu à Lisbonne un bel azulejos :  » os canes ladram. …mas a caravana passa ».

    • Chère Bénédicte,
      Quoi qu’en pensent les « initiés », il est évident pour moi que me mettre au service, du mieux que je peux, de la transmission de la culture et de la beauté est un honneur. Je ne prétends pas le faire mieux que d’autres, je le fais néanmoins avec cœur en n’abandonnant pas un objectif d’exigence que je qualifierai de souriante, la connaissance ne devant jamais prendre des allures d’épouvantail.
      Le monde universitaire, auquel je me suis frotté (certes moins longtemps que vous), est plein de chapelles qui ne cessent de se vilipender mutuellement : j’ai ainsi essuyé de bonnes doses de mépris parce que j’avais décidé de travailler sur les Écoles du Nord dans un prestigieux établissement essentiellement voué à l’Italie et à la France. Sans rien lui enlever de son éminence, je pense que l’université n’a pas réponse à tout et qu’elle oublie volontiers de s’adresser à tous; il est, dans cette optique, très important que nous prenions tous nos bâtons de pèlerin – et vous le faites au quotidien – pour diffuser le savoir que nous avons eu la chance d’acquérir le plus largement possible.
      De cette anicroche, je sors serein et conforté dans mes choix — les chiens peuvent bien continuer à aboyer, je ne dévierai pas de ma route. Je vous suis très reconnaissant non seulement pour vos mots mais aussi pour l’attention que vous accordez à mes publications. Croyez bien que j’en suis profondément touché.
      Amitiés.

  9. Cher Christophe, quel commentaire disgracieux à votre égard! J’ai pour ma part le plus grand respect pour les gens qui savent écrire simplement pour communiquer des subtilités comme celles évoquées par l’art. Souvent, je me dis que j’aurais dû écrire un commentaire pour vous dire mon appréciation de certaines musiques ou interprètes que vous m’avez fait découvrir, n’ayant absolument pas de temps à consacrer à écouter ou réécouter des oeuvres pour trouver l’interprétation qui me touche le plus. Les liens que vous faites avec la peinture m’ont aussi ouvert l’esprit. Comme vous contribuez à m’enlever des préjugés envers votre secteur d’activités. où j’espère que vous n’êtes pas au SMIC après plusieurs années de carrière… Bien amicalement.

    • Chère Anne,
      Il existe aujourd’hui une nette tendance, de la part d’un certain nombre de personnes, à s’affranchir des règles les plus élémentaires de la civilité et à parler de ce qu’elles ne connaissent pas, façon d’agir dont, pour ma part, je me tiens rigoureusement à l’écart.
      L’univers de la musique classique est tellement touffu qu’il est parfois compliqué d’y retrouver son chemin, et je conduis également ce blog dans une optique facilitatrice, comme le guide dont j’aurais aimé disposer lorsque, jeune mélomane, je me perdais dans le dédale des versions; si ce que je propose vous permet d’opérer ce tri, mon travail n’est pas complètement inutile.
      Je vous remercie pour votre commentaire stimulant.
      Bien amicalement.

  10. Michelle Didio

    15 juillet 2016 at 07:45

    La lecture de vos chroniques, cher Jean-Christophe, a toujours été un plaisir et je mesure ma chance de pouvoir y accéder. Vos billets font preuve d’une grande finesse de plume, d’une qualité de travail très documenté et d’une grande honnêteté intellectuelle. Vous ne mettez pas de frontières au partage, c’est le signe de votre générosité. Grâce à vous, mes connaissances musicales sont un peu moins faibles et ma sensibilité s’est accrue notamment vis à vis du clavecin. Merci de tout cœur pour ce que vous nous offrez. Croyez en ma fidèle et sincère amitié.
    .

    • Je ne suis pas un grand fanatique des frontières, chère Michelle, ayant appris, avec le temps, qu’avoir des convictions fermement ancrées n’impliquait pas nécessairement fermeture ou crispation. Je tiens énormément, dans mes chroniques (mais aussi dans ma vie), à la clarté et à l’honnêteté; pas question de faire dans le brumeux ou dans le panégyrique obligé, ce qui reviendrait à se servir de la musique et non à la servir, une attitude dont je vous laisse imaginer ce qu’elle m’inspire.
      Savoir que mes modestes contributions ont pu vous conduire à mieux apprécier le clavecin est une très belle récompense pour moi et j’espère que le blog vous permettra encore de belles découvertes.
      Merci pour votre fidélité et amicales pensées à vous.

  11. J’ai lu votre texte et même si j’ai admiré la beauté du style, l’élégance du verbe, je me suis dit que ceux que vous dévoilez ne méritent pas tant d’honneur. Votre blog est superbe, accessible mais pas « facile ». Il est une invitation à lire, voir, entendre, découvrir des choses nouvelles ou mises en nouvelle lumières. Moi je vous remercie!

    • Je n’ai volontairement pas cité mes détracteurs (la délation n’est pas dans mes habitudes), Maria, mais s’ils m’ont sans doute fait du tort, je leur suis au moins reconnaissant de m’avoir conduit à formuler un certain nombre de choses auxquelles je songeais depuis un moment.
      Je vous remercie bien sincèrement pour l’appréciation que vous portez sur mon travail et, en particulier, d’avoir relevé que sa volonté d’accessibilité ne signifiait pas pour autant une moindre exigence de qualité, que j’essaie de maintenir au meilleur niveau possible par respect pour mes lecteurs.
      Bien cordialement.

  12. Cher Jean-Christophe,

    je dirais à mon tour que si la critique est aisée mais l’art difficile, la critique de la critique est aisée, mais la critique de l’art est toujours difficile, jamais acquise, – parfois impossible ? Vous avez trouvé votre format, votre formule, qui fonctionne bien pour les fidèles de vos longs billets, qui en attendent beaucoup et l’y trouvent.
    Pourquoi alors s’inquiéter des détracteurs, que la réussite d’autrui rend mal à l’aise et qui sont souvent intolérants, pleins de préjugés, enfermés dans l’entre-soi du milieu, parfois éclairé, parfois superficiel, qu’ils fréquentent.
    Merci vraiment pour tous ces rendez-vous musicaux, ces aperçus sur la peinture, sur les festivals et cette occasion donnée au lecteur d’exprimer sans complexe les impressions que vos propositions font surgir. C’est un plaisir de vous lire et bien commode de bénéficier de vos choix, dans la profusion des productions, même si la littérature reste à mon goût un peu à l’écart de ce blog 🙂
    Un bel été à vous !

    • Chère Michèle,
      Dire que je m’inquiète des détracteurs est employer un verbe un peu fort; on va dire que si je ne m’en soucie guère, je ne peux pas faire comme s’ils n’existaient pas, d’autant que certains sont suffisamment bien introduits dans les milieux musicaux pour ne pas me faciliter la tâche, ce dont je n’ai honnêtement vraiment pas besoin. On va dire que ce billet est une bonne façon pour moi de passer à autre chose tout en rappelant que je ne suis pas dupe 😉
      Ah, la littérature, un des talons d’Achille de mon blog, comme vous le rappelez fort à propos. En fait, je lis beaucoup mais, hormis quelques exceptions comme le livre de Jean-Philippe Postel sur les Arnolfini, toujours hors actualité (par exemple, je suis actuellement plongé dans Lotte à Weimar de Thomas Mann), et je ne reçois pas d’informations (et encore moins d’ouvrages, naturellement) de la part de maisons d’éditions auprès desquelles je ne suis de toutes façons pas identifié comme critique. Étant de formation purement littéraire, j’aimerais évidemment me consacrer un peu plus à ce domaine, mais je vous avoue avoir la sensation de me trouver dans une impasse sur ce point.
      Je vous remercie pour votre fidélité à mes publications et pour vos retours toujours intéressants et appréciés.
      À bientôt et bel été également (je me prépare mentalement à supporter quelques journées à plus de 30°C, moi qui ai horreur de la chaleur).
      Amitiés.

  13. lenormand rémi et monique

    16 juillet 2016 at 17:52

    Restez et soyez vous-mêmes, c’est comme cela que l’on vous admire et vous aime.
    N’ayez cure des imbéciles.
    Et quel bonheur que d’entendre Christophe Rousset au fin fond de la campagne.

    Amitiés.

    Rémi et Monique Lenormand

    • Chère Monique, cher Rémi,
      Je n’envisage pas de changer, ce qui reviendrait plus ou moins à renier la ligne qui a toujours été la mienne depuis que j’écris, et vos chaleureux encouragements constituent une motivation supplémentaire.
      J’aime beaucoup Christophe Rousset, comme vous le savez, et je regrette qu’Harmonia Mundi s’obstine à ne pas rééditer sa très belle intégrale des Pièces de clavecin de François Couperin, à mes yeux une des meilleures jamais gravées. Ce serait rendre un fier service aux mélomanes, en particulier les plus jeunes qui ne la connaissent pas forcément.
      Je vous remercie pour votre soutien et votre fidélité.
      Amitiés à tous les deux.

  14. Un grand bonjour, Jean-Christophe et zut pour les happy few et autres narcisses.
    Vos textes, l’accompagnement musical, l’illustration, sont une véritable bonne compagnie, je le dis sans prétention, simplement on est bien. Merci et bon été, endeuillé hélas et comment
    Gilda

    • Bonjour Gilda,
      Ce « on est bien » est très important pour moi, car je m’efforce que le visiteur régulier ou occasionnel se sente toujours accueilli lorsqu’il arrive sur le blog, tout en étant conscient que quelques-uns ne s’y retrouvent pas pour telle ou telle raison.
      Merci de m’en donner acte et bel été à vous — croisons les doigts pour qu’il se poursuive mieux qu’il a commencé.
      À bientôt !

  15. Bon profil ou mauvais profil ?
    Tout simplement un profil que j’aime. Et des disques ne seraient pas arrivés chez moi sans ce « profil » passeur.

    • Je vous avoue, Cristophe, que je ne me pose pas la question, laissant ce soin à d’autres qui ont du temps à y consacrer pour ne pas dire à y perdre. Ceci dit, je suis ravi de savoir que vous faites suffisamment confiance à mes avis pour en suivre certains, et j’espère que vous êtes payé en retour par le plaisir que vous procure la musique.
      Merci pour votre mot et votre fidélité.

  16. Cher Jean-Christophe,
    Le matin est encore jeune et la température supportable. De retour à ma table après quelques jours loin des écrans, je retrouve votre écriture, un nouveau coup de coeur (Discantus, pour lequel nous partageons je crois une vraie admiration), qui va m’envoyer tout droit, non pas chez mon disquaire, qui a depuis longtemps mis la clé sous la porte, mais sur le site qui en tient lieu. Et un message pour vous de Marc Dumont, qui me manque tant. [Soupirs multiples… ]
    Et puis, puisqu’il fait encore frais, communions dans notre commune horreur des fortes chaleurs et des imbéciles satisfaits d’eux-mêmes. Internet est une formidable caisse de résonance pour la sottise humaine et parfois, j’en reste un peu suffoquée. Folie… Mais Internet permet également à des passeurs comme vous de faire oeuvre de partage, et c’est bon. Et précieux.
    Que ce post soit donc l’occasion de vous en remercier.

    • Chère Anne,
      Vous m’avez écrit au matin, je vous réponds au soir venant, alors que me parvient un souffle de fraîcheur; ce fut une « bonne » journée au sens où l’on n’y suffoquait pas et je laisse bien volontiers à leur étal les camelots médiatiques prompts à vendre du 35 degrés aux vacanciers (réels ou supposés) et à se désoler au moindre nuage.
      Internet est une formidable machine, mais il charrie effectivement des matériaux très divers, dont un certain nombre de planches pourries parfois soigneusement dissimulées sous une fine couche de faux marbre visant à leur conférer belle allure; quand le vernis craque, le spectacle est tout autre, mais l’observateur que je suis constate qu’il résiste parfois très longtemps. En parallèle, certaines personnes qui ont vraiment la capacité d’apporter des choses à qui les écoute – et je pense ici en particulier à l’ami Marc Dumont – sont écartées des antennes au nom d’un renouvellement qui est, en fait, un abaissement. Folie que tout ceci, comme vous l’écrivez justement.
      Je pense que le disque de Discantus vous plaira; il m’a complètement charmé et j’y reviens toujours avec le même plaisir même après une vingtaine d’écoutes. N’hésitez pas, si vous le souhaitez, à me dire si vous l’aurez goûté vous aussi.
      J’ai eu grand plaisir à vous retrouver et je vous remercie infiniment pour vos encouragements qui me vont droit au cœur.
      Je vous adresse mes meilleures pensées.

  17. Ma petite intervention à la suite de tes lignes, JC, arrive bien tardivement, trop tardivement sans doute pour présenter un quelconque intérêt. Tu voudras bien, je te prie, accepter mes excuses. L’été que tu n’aimes guère se dirige vers son terme, vers une saison nouvelle qui me fait ressentir de façon plus aigüe qu’à l’accoutumée ce sentiment de profonde nostalgie que, me semble-t-il, nous connaissons bien toi et moi. C »est très étrange, cela ne s’explique pas. C’est juste ainsi 😉
    Je voudrais, pour ma part, te redire modestement merci. Car il s’agit bien de cela : un seul mot pour tout dire parce que précisément, il dit tout. Merci de servir, au travers de tes mots, la musique – et les musiciens – ainsi que tu le fais. Avec la constance qui est la tienne. Car ce n’est pas chose aisée! Cela, je le sais. Or, nous avons besoin de toi.
    Si je ne m’exprime pas souvent (de crainte d’être déplacée), sois néanmoins assuré, JC, que je te lis avec la plus grande fidélité et toujours avec bonheur.
    Au passage, le titre de ton billet me fait jubiler 🙂 Et ta dernière chronique est, sous sa forme épistolaire, profondément émouvante et riche d’enseignements (j’ai encore appris maintes choses, alors j’en redemande! 😉 )
    Allons, l’été nous quitte bientôt, la lumière n’est déjà plus la même et la fille de l’hiver que je suis se réjouit aussi. Oserai-je dire que tu vas bientôt revivre? 😉 Ta plume, elle, est quoi qu’il en soit toujours vive et pertinente, disant parfaitement les choses. C’est bien ainsi.
    Je t’embrasse, JC, avec toujours la même sincère affection. A bientôt.

    • Quel que soit le moment où ils arrivent, tes commentaires sont toujours les bienvenus et intéressants, Ghislaine, et il me semble que les événements récents qui t’ont touchée justifient assez que tu sois restée en retrait des écrans. Je tiens à te dire avant toute chose que j’ai grand plaisir à te retrouver, mais je pense que tu t’en doutais un peu.
      Je t’avoue que je serais bien en mal de jauger objectivement mon travail et de te dire s’il sert les musiciens aussi bien que je le souhaiterais; ce qui est certain, c’est que j’y mets le meilleur de moi-même afin que mes propositions soient, autant que faire se peut, attractives et instructives, puisque je demeure intimement persuadé que l’on apprend mieux en se faisant plaisir.
      J’ai testé cet été les chroniques sous forme épistolaire; je ne sais pas encore si je poursuivrai ou non en ce sens (si tu as un avis, je suis preneur), même si les réactions positives m’inciteraient plutôt à le faire. Ce que je constate, en revanche, de plus en plus est la propension grandissante à se faire regarder comme un pouilleux lorsque l’on écrit sur les disques plutôt que sur les concerts; sachant que je m’interroge de plus en plus sur l’intérêt que représentent, dans le cadre d’un blog comme le mien, les comptes rendus de ces derniers, je crois que je n’ai pas fini de ne pas avoir le bon profil 😉
      Je vois effectivement arriver avec un certain bonheur la fin de la période estivale avec tout ce qu’elle véhicule; je rêve secrètement d’émigrer un jour vers une contrée où cette saison serait réduite à sa plus simple expression — pourquoi pas l’Écosse, tiens ?
      Je te remercie bien sincèrement pour ton intervention (pas du tout déplacée, que vas-tu imaginer) et te souhaite également bonne fin de « belle saison » comme il paraît qu’elle se nomme.
      Mes meilleures pensées t’accompagnent et je t’embrasse bien affectueusement.
      À bientôt.

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