Wunderkammern

Trouvailles pour esprits curieux

Les héritiers. Vox Luminis interprète Johann Sebastian Bach au Festival de Saintes

Cher Philippe,

Il est des noms qui sonnent à l’oreille de l’amateur de musique ancienne comme ceux des lieux saints à celle du croyant ; il sait que s’y sont joués des épisodes importants d’une histoire qui trouve un fort écho dans sa propre existence. Si l’échelle n’est pas exactement la même, Saintes fait partie, au même titre qu’Utrecht, de ces endroits un peu mythiques où certains musiciens ont laissé, et vous le savez mieux qui quiconque, une empreinte indélébile ; être invité au festival qui s’y déroule chaque été c’est, très modestement, se glisser dans une aventure dont un bref regard rétrospectif fait mesurer à quel point elle nous dépasse.

L’abbatiale Sainte-Marie, quasi déserte lorsque je m’y suis promené il y a quelques heures, était comble en ce début d’après-midi du dimanche 10 juillet pour venir écouter Vox Luminis, ensemble en résidence à l’Abbaye aux Dames en cette année 2016, dans un programme presque entièrement dédié à un compositeur familier du lieu, Johann Sebastian Bach. Il flottait sur ce concert un petit air de défi car il voyait Lionel Meunier et ses musiciens s’affranchir de la configuration voix et basse continue qui a fait leur succès pour s’affronter à un orchestre plus fourni d’une petite vingtaine de musiciens, le tout naturellement sans chef. Avec Der Gerechte kommt um, un motet funèbre à cinq voix écrit par Johann Kuhnau et arrangé pour cordes, deux hautbois et basse continue par celui qui lui succéda à Leipzig, Vox Luminis était d’emblée sur son terrain de prédilection et a immédiatement instauré un climat empreint de dépouillement, de recueillement et de densité spirituelle soulignant à merveille les trouvailles de Bach en matière de couleurs et de dramatisation tout en subtilité des affects d’un texte qui est une tranquille exhortation à suivre le droit chemin, seul garant d’une éternelle paix. La même atmosphère habitée et sereine a ensuite parcouru le vaste motet Jesu, meine Freude BWV 227 exécuté pour la première fois lors des funérailles, le 18 juillet 1723 à Leipzig, de Johanna Maria Käsin. L’ensemble travaille cette partition depuis déjà de nombreuses années – j’ai le souvenir de l’avoir entendu la chanter dans une émission de France Musique à l’époque où j’écoutais encore cette radio – et la vision qu’il en donne aujourd’hui se ressent de cet approfondissement : les nuances du texte sont impeccablement restituées dans toute l’ampleur d’une palette émotionnelle qui va de l’emportement au murmure, la complexe structure symétrique de l’œuvre est perceptible sans que la progression globale soit pour autant contrainte ou brisée, le fractionnement constituant toujours un risque compte tenu de l’organisation du motet en onze parties distinctes et pourtant intimement liées entre elles, la polyphonie est limpide, la qualité de chant et d’écoute mutuelles optimale. L’espérance inextinguible qui sinue de la première à la dernière mesure de Jesu, meine Freude allait trouver dans le Magnificat, proposé ici dans sa version « finale » en ré majeur BWV 243 (la première en mi bémol majeur, BWV 243a, a été composée environ cinq ans plus tôt pour les vêpres de Noël 1723) une splendide apothéose et si d’aucuns ont été tentés de réduire Vox Luminis à de brillants épigones de votre Collegium Vocale, cette interprétation a démontré à quel point ce jugement par trop cursif était erroné. Si Lionel Meunier ne s’interdit pas, en effet, d’aborder avec ses musiciens des pièces aussi fréquentées que ce Magnificat, il veille à les revisiter en faisant table rase des traditions plus ou moins fondées et en revenant aux sources, une attitude que l’on souhaiterait voir adopter plus souvent par les ensembles de musique ancienne, et pas que les jeunes. J’ai été le premier surpris par nombre de ses choix comme, par exemple, le tempo retenu de Omnes generationes (là, j’avoue avoir sursauté d’incrédulité) que tout le monde dévale à toute allure depuis plus de vingt ans alors que la partition ne le demande pas, ce qu’avait parfaitement compris et appliqué Nikolaus Harnoncourt dans son enregistrement du début des années 1980. Plus globalement, le Magnificat vu par Vox Luminis, s’il ne renonce ni à l’éclat ni au dynamisme, se souvient également de sa destination originelle pour le temps de douceur et de mystère qu’est Noël et ne joue jamais la carte d’une théâtralité débridée qui serait hors de propos dans une œuvre qui exige certes que ses épisodes solistes soient incarnés – et ils le furent, en dépit d’une soprano un peu froide dans l’Et exultavit et d’un contre-ténor un peu juste en termes de matière et de projection dans l’Esurientes – mais aussi de la solennité et de la simplicité. Au travail toujours aussi convaincant des chanteurs qui sonnent avec un délié et une plénitude grandissants répondaient l’engagement et la discipline des instrumentistes, lesquels nous ont offert une très belle prestation, riche de couleurs et de nuances, sans sembler être le moins du monde gênés par l’absence de chef, un point assez révélateur de l’exigence du travail préalable de mise en place effectué par l’ensemble.

Les contingences de l’existence font que je ne peux écouter Vox Luminis en concert qu’une fois par an, à la faveur d’un été que je remercierais presque d’exister pour me permettre ces retrouvailles. Une des choses qui me frappent le plus est la capacité que possède ce collectif à ne jamais s’endormir sur ses acquis, à toujours chercher à ouvrir des voies nouvelles sans faire aucun tapage, sans sur-exposition médiatique, en s’appuyant passionnément sur ces vertus que l’on dit passées de mode, la concentration, la ténacité, la fidélité à soi-même et à ceux qui vous accompagnent. Je relisais récemment, cher Philippe, la note d’intention que vous avez souhaité voir figurer dans le livret de votre dernier et très bel enregistrement, en 2011, des Motets de Bach ; vous y écriviez : « Il est si facile de se perdre dans les méandres de la virtuosité vocale, dans l’esthétisme, les rythmiques gratuitement outrées, le « ludisme » ou des formes d’expression artificielles. Pour notre part, nous avons cherché à respecter une et une seule ligne de conduite dans notre approche : chanter et jouer le texte à la manière d’un « prédicateur inspiré » (et jeune) qui transmettrait ce texte à ses paroissiens pour les convaincre tout en les émouvant — car l’émotion ne peut que renforcer le pouvoir de conviction. » Il me semble que ces propos peuvent également qualifier le but poursuivi par un ensemble comme Vox Luminis qui, parce qu’il n’oublie pas de cultiver sa singularité tout en assumant tranquillement la continuité dans laquelle il s’inscrit, ne sera jamais ni un imitateur, ni un rentier, mais bien, au sens plein du terme, un héritier.

Puissent ces quelques lignes vous trouver aussi fourmillant de projets qu’à l’accoutumée. Je vous salue respectueusement.

De Saintes, août 2016

Affiche Festival de Saintes 2016Festival de Saintes, édition 2016. Abbaye aux Dames, 10 juillet 2016 : Johann Kuhnau (1660-1722), arrangement de Johann Sebastian Bach (1685-1750), Der Gerechte kommt um, Johann Sebastian Bach, Jesu, meine Freude BWV 227, Magnificat en ré majeur BWV 243.

Vox Luminis
Lionel Meunier, basse & direction artistique

22 Comments

  1. Ah cher Jean- Christophe, je n’ai pas écouté Vox Luminis dans un lieu aussi magnifique, mais je garde un souvenir ému de ce concert auquel j’ai assisté , il y a trop longtemps…. Je comprends donc parfaitement ton émotion ,
    J’ai toujours à proximité, le CD dédicacé par Lionel Meunier, homme d’une humilité remarquable .
    J’ai aussi en tête le petit échange que nous avons eu, tu m’avais demandée de le saluer , je t’ai répondu , que je n’oserais pas. Mais je suis allée vers lui naturellement, et j’ai découvert un homme incroyablement chaleureux .
    Tout ceci, pour te dire , que c’est avec un réel plaisir que je les retrouve ici.
    Merci donc pour cette belle émotion ressentie à l’écoute de ce « magnifique » morceau et pour cette belle chronique/lettre.
    Je te souhaite une belle journée.
    Je t’embrasse bien fort et merci encore.
    Tiffen

    • J’ai oublié de préciser, chère Tiffen, que l’abbatiale est romane, mais je pense que chacun s’en est aperçu 😉 J’ai très rapidement croisé Lionel Meunier après le concert; il n’a pas changé et demeure toujours d’une aussi grande humilité face au succès de son ensemble.
      Je suis heureux qu’il reste une trace du concert que je raconte et qui était vraiment un très beau moment; le public n’a d’ailleurs pas boudé son plaisir, si j’en juge par la ferveur de ses applaudissements.
      Je te remercie d’avoir fait halte ici et espère que la musique t’aura apporté tout le réconfort qu’elle peut procurer.
      Je t’embrasse bien fort.

  2. Romane, certes et cependant réchauffée par les tapisseries de la Genèse de J.François Fabre qui m’ont légèrement déstabilisée, par leur modernisme lors d’une longue visite. L’abbatiale vide manquait de musique. Je suis enchantée que tu aies pu vivre ces moments de grâce. Nous n’aurons pas les mêmes souvenirs, ils sont cependant partagés. Un grand merci.

    • Figure-toi, bien chère Marie, que mon séjour à Saintes fut si bref et si concentré sur les concerts que je n’ai pas eu le temps de visiter l’abbatiale et donc de prêter à ces tapisseries l’attention qu’elles méritent sans doute. Ce qui est, en revanche, certain, c’est que la musique va magnifiquement bien à ces lieux qui en ont tant entendu au fil des étés.
      Je suis heureux que la vidéo permette de partager un peu de ces moments, les souvenirs étant ce qui a été comme ce qui aurait pu être.
      Un grand merci pour ton commentaire.

  3. Cher Jean-Christophe,
    une prochaine fois il faudra prendre le temps de flâner sur les deux rives de la Charente, dans les rues, ruelles et venelles et les hauteurs de cette petite ville méridionale au passé si riche, tellement pleine de charme désuet et intéressante… si blanche et « chaude ».
    J’y fais souvent étape en descendant plus au sud, bénéficiant parfois de répétitions de musiciens l’après-midi du côté de l’Abbaye aux Dames, faisant de la graine de rose trémière…
    Oui, Vox Luminis bientôt en Normandie, et merci pour cette mise en appétit !

    • Chère Michèle,
      J’ai un peu flâné dans la ville le dimanche matin, car l’abbatiale était requise pour le culte, tout comme la cathédrale aux portes de laquelle je me suis cassé le nez. Cette déambulation par rues, places et venelles avait au départ un but bien précis – trouver un endroit pour un déjeuner rapide et végétarien avant le concert de 13 heures – mais je me suis rapidement laissé happer par l’atmosphère du lieu et son riche patrimoine; il règne à Saintes quelque chose de méridional sans excès qui m’a séduit alors que mon tropisme sudiste est pour le moins faible.
      J’espère que le concert d’Arques-la-Bataille sera beau; il sera obligatoirement différent, car le continuo sera réalisé au grand orgue, ce qui n’est pas sans effet sur la perspective sonore — vous me raconterez, si vous le voulez bien ?
      Je vous souhaite belle soirée et vous remercie pour votre commentaire.
      Amitiés.

  4. Parfois un choeur de chanteurs du festival participe à la messe à la cathédrale sans que ce soit annoncé…

  5. J’ai visité la Saintonge il y a fort longtemps, cher Jean-Christophe, hors festival et poussant poussette, et je me réjouis bien sincèrement pour vous de cette escale dont vous avez tant rêvé et qui vous a assurément donné toutes les émotions espérées.
    Je vois que Vox Luminis a su, une fois de plus, construire un programme de concert très éloquent, comme aussi tout récemment à Metz avec des motets baroques allemands pour un Festival des Voix sacrées, ou pour ses disques de musique sacrée où il suffit de lire les titres des œuvres tels qu’ils s’enchaînent pour en percevoir la subtile « gradatio ».
    J’ai été particulièrement sensible à la citation d’Herreweghe en fin de billet, à laquelle je souscris totalement, sur la fonction d’exhortation du chant sacré, quelle qu’en soit l’époque ajouterais-je, et son pouvoir de convaincre tout en émouvant : le fil de cette « traditio canendi » que les excellents chantres-musiciens de Vox Luminis ne lâchent jamais.
    Je vous embrasse très affectueusement.

    • Je ne suis pas surpris, chère Marie-Reine, que vos pas vous aient portée vers la Saintonge, dont le patrimoine roman ne pouvait vous laisser indifférente. J’ai eu une chance supplémentaire, que je ne mentionne pas dans ma chronique mais qui peut venir en apostille, celle de passer la nuit dans une chambre-cellule de l’abbaye, ce qui m’a enchanté comme vous pouvez l’imaginer.
      Le moins que l’on puisse dire, c’est effectivement que Vox Luminis sait composer ses programmes et qu’ils laissent toujours l’auditeur sur un sentiment de paix et de plénitude une fois que les dernières notes se sont évaporées. Et ce répertoire baroque germanique lui convient tellement bien que l’on imagine presque difficilement un autre ensemble le servir aujourd’hui, ce qui ne veut naturellement pas dire que d’autres n’ont pas des choses tout aussi passionnantes à y raconter.
      Même si Herreweghe n’a pas toujours su résister à la tentation de l’esthétisme – sa seconde Messe en si de Bach (Harmonia Mundi) en offre hélas une illustration patente –, on ne peut pas dire qu’il est un chef qui manque d’idées et de convictions, et son texte m’a semblé parfaitement coupé pour venir parachever cette chronique dont il est le fil conducteur (je n’ai jamais côtoyé l’homme qui n’a pas l’air commode et ne l’ai même jamais entendu en concert); je vous suis très reconnaissant d’avoir rappelé que les préoccupations qui sont les siennes sont de tous les temps et le travail que vous menez à la tête de vos chantres en apporte une éloquente illustration.
      Je vous remercie bien sincèrement pour votre commentaire et vous embrasse très affectueusement.

  6. Meunier Emile

    13 août 2016 at 23:30

    Bonsoir cher Jean Christophe,
    Effectivement la chronique de Saintes comme vous me le laissiez entendre ne s’est pas faite attendre. Je partage totalement ce que vous y écrivez à travers votre épitre à Philippe qui je le sais par ailleurs apprécie fort le travail de Vox Luminis,ils sont en quelque sorte ses héritiers par leur recherche d’une certaine excellence…Je regrette que cette année vous ne puissiez être présent à Arques la Bataille. Pour ma part je me réjouis d’avance de les entendre,certes pour le plaisir d’écouter Bart Jacobs au grand orgue,dans une église ou Vox trouve un lieu sur mesure pour s’exprimer,mais aussi car j’aurai le plaisir d’y retrouver dans le magnificat deux musiciens finlandais qui m’ont enthousiasmé cet hiver à Utrecht et que je pense vous auriez eu plaisir à entendre: Tuomo Suni en premier violon et Jasu Moisio comme
    premier hautboïste. Je vous en avais parlé à Saintes mais sans retrouver son nom. Je partage aussi votre avis sur l’interprétation d' »esturientes « qui là aussi à Utrecht,avec le meme interprète était d’une autre facture.
    Bonne soirée à vous, avec mon amitié..

    • Bonjour cher Émile,
      Lorsque j’ai répondu à votre précédent commentaire, j’étais déjà en train de travailler sur ce compte rendu de concert, avec toujours le même souci : comment en faire autre chose que la chronique d’un événement qui, somme toute, ne concernait que ceux qui avaient eu la chance d’y assister ? La lettre à Philippe, que je ne connais pas et n’ai même jamais eu la chance d’entendre ailleurs qu’au disque, s’est alors dessinée dans mon esprit, me permettant de mettre en perspective la progression du travail de Vox Luminis.
      Je suis convaincu que le concert de Saintes va être un très beau moment et l’utilisation du grand orgue va certainement changer un certain nombre de choses. J’espère secrètement que Robert fera là aussi une vidéo et qu’elle pourra être diffusée à l’usage de ceux qui n’étaient pas là; ce serait une chouette idée.
      Vous avez de la chance de pouvoir suivre l’ensemble à Utrecht; c’est un lieu qui me fait rêver mais qui est, pour longtemps encore je le crains, totalement hors de ma portée ne serait-ce que d’un point de vue matériel. Quelle richesse de programmation, en tout cas !
      Je vous remercie bien sincèrement pour votre intervention, qui me touche, et vous souhaite une bonne journée.
      À bientôt, je l’espère, et bien amicales pensées.

  7. Meunier Emile

    15 août 2016 at 14:33

    Bonjour Jean Christophe,
    Vous avez raison de souligner l’importance d’Utrecht. La programmation y est d’un grand intérêt et les différents lieux de concert très intéressants…mais aussi et vous avez raison de le souligner cela représente un budget conséquent,tant par la durée du festival que par le cout de la vie aux Pays Bas qui est nettement plus élevé qu’en France…si un jour par bonheur vous pouvez vous y rendre,faites le en train car garer son véhicule autrement que sur un parking payant vous laisse un bon nombre de kms à faire à pied…
    Au fait avez vous pu à Saintes échanger avec Jérome Lejeune à propos du futur double cd Ricercar sur les musiciens contemporains de le Réforme?
    Je suppose que Robert fera un petit enregistrement,mais en ce qui concerne sa diffusion ou non,je ne sais ce qu’il en sera…
    Sinon,en ce qui concerne Philippe H.,je ne l’ai jamais non plus entendu autrement que sur cd ou retransmission tv.
    Belle journée à vous,avec mon amitié.

    • Bonjour Émile,
      Il me semble qu’aucun observateur de l’univers de la musique ancienne ne saurait dénier sa prééminence au Festival d’Utrecht qui présente également l’intérêt de proposer une programmation très large, là où la grande majorité des festivals excluent, par exemple, les musiques du Moyen Âge et de la Renaissance, pourtant si riches de trésors. Je retiens vos bons conseils, mais vu que je ne conduis pas, le train et la marche sont mes deux moyens de locomotion préférés 🙂
      Je n’ai pas vu Jérôme Lejeune à Saintes – je ne suis de toutes façons pas du genre à aller « taper sur l’épaule » des gens, craignant toujours d’être importun – mais ce que je sais de ce projet à venir me semble particulièrement alléchant, d’autant que le répertoire couvert fait vraiment partie de ceux que je préfère. J’ai sincèrement hâte de découvrir ce double disque dont je pressens qu’il sera un gros succès européen.
      Je vous remercie encore pour votre chaleureuse présence.
      Belle journée à vous et amitiés.

  8. lenormand rémi et monique

    30 août 2016 at 21:31

    Nous n’avons pas eu le privilège d’aller à Saintes, cependant nous eûmes le bonheur immense – dans notre magnifique Normandie et encore plus précisément dans notre bien-aimé Pays de Caux – de nous saouler de musique et de toutes les musiques sans aucune frontière. Ces cinq jours de fin Août furent une ivresse sonore et culturelle , marquée par l’amitié entre tous au sein d’une richesse sonore sans équivalent. Garder les enfants, oui, partir en vacances, oui mais jamais à cette époque du festival d ’Arques la Bataille. Jean Paul Combet – son directeur – est un véritable musicologue – qui donne au festival son caractère unique. L’ Académie Bach n’a rien à voir avec trop de festivals ou l’on empile stupidement les concerts les uns sur les autres sans aucune intelligence. A Arques la Bataille, nous découvrons à chaque fois des ensembles inconnus mais remarquables et aussi des musiques ignorées. Pour la troisième fois consécutive , Luminis et Lionel Meunier venaient nous faire connaitre l’extase dans le même programme qu’à Saintes. C’est dire si les normands ont de la chance d’entendre chez eux des ensembles aussi exceptionnels que l’on ne peut entendre que dans des lieux prisés par des mélomanes exigeants.
    On croyait connaitre le magnificat et pourtant que de découvertes encore! Lionel Meunier, son chœur et son orchestre devaient non seulement triompher aisément dans cette œuvre difficile mais ils réussirent sans peine à déchainer l’auditoire tant le cœur et la raison de chacun(e) furent bouleversés par le rayonnement de cette œuvre. Le bonheur fut à son comble quand à la fin du magnificat, jean Paul Combet et Lionel Meunier annoncèrent la Messe en si pour l’an prochain avec Luminis. ( le 26.08.2017)
    Pour terminer la journée de samedi dernier 27.08.2016, Yann- Fanch Kemener et Aldo Ripoche dans un répertoire breton authentique déchainèrent le public au point que le chœur du festival et le public se mirent à danser dans cette magnifique église d’Arques avec une frénésie irrésistible. Merci à Jean-Christophe d’avoir écrit ces belles lignes consacrées à cet artiste si sensible qu’est Lionel Meunier et à ses musiciens, cela fait chaud au cœur.
    Nous étions sur un nuage très élevé et parvenons difficilement à en redescendre.

    • Si le festival de Saintes peut se prévaloir d’une très riche histoire, il me semble que celui de l’Académie Bach n’a pas à rougir de la sienne, chers Rémi et Monique, et je comprends votre bonheur d’avoir été présents lors de l’édition de cet été qui avait été, ce me semble, conçue comme un véritable kaléidoscope avec pour fil conducteur les échanges entre répertoires populaires et savants. Si la présence de certains invités m’a laissé perplexe, en particulier la quincaillerie vaguement médiévalisante de VocaMe (quel dommage quand tant de jeunes ensembles font un travail véritablement informé et passionnant sur ces musiques), les échos qui me sont parvenus sont, dans l’ensemble, largement positifs et vous avez absolument raison de souligner à quel point cette manifestation procède d’une véritable réflexion et non d’un simple assemblage hétéroclite de concerts.
      Je ne doute pas que celui de Vox Luminis ait constitué un grand moment, peut-être encore plus qu’à Saintes compte tenu de l’utilisation du grand orgue. Lionel Meunier et ses musiciens ont bien des choses à nous dire sur la musique de Bach et je suis curieux de voir comment ils affronteront l’impressionnant monument qu’est la Messe en si. Puisse le directeur artistique savoir choisir ses solistes avec discernement (c’était la seule relative faiblesse de son Magnificat), car les parties qui leur sont dévolues sont très relevées, tant du point de vue technique qu’expressif.
      Je vous remercie bien sincèrement pour vos impressions du festival qui m’ont permis d’y être un peu malgré mon absence.
      Amitiés.

  9. Quel bonheur avoir assisté à ce concert de Vox Luminis dans ce site incomparable.

    Je m en réjouis pour vous.

    Pour moi c´est encore un rêve à réaliser mais je suis sûre qu´un jour viendra…

    • J’ai rêvé durant très longtemps de l’abbaye aux Dames moi aussi, Chantal, avant d’avoir la chance d’en fouler le sol; je suis certain que votre tour viendra et c’est un bonheur que je vous souhaite de toute cœur.
      Merci pour votre commentaire.

  10. Bénédicte Gaulard

    11 septembre 2016 at 15:50

    Cher Jean-Christophe,
    Je ne suis jamais allée à Saintes, et je vous remercie de nous avoir fait partager, par ce billet et la vidéo, ce beau moment. Bach dans cette architecture romane, c’est un moment de grâce et de lumière, et cet ensemble dont vous parlez si bien s’accorde à merveille au lieu. Merci, cher Jean-Christophe, et belle fin de journée, ainsi qu’un travail fructueux.

    • Chère Bénédicte,
      Je trouve également que la musique s’accorde parfaitement avec l’écrin qui l’accueille et que l’ensemble forme un tout d’une grande luminosité. Elle éclatait dans le splendide Magnificat, parfois si déroutant et finalement si attachant, à tel point que l’on imagine mal l’entendre autrement aujourd’hui.
      Je vous remercie pour votre message et vous souhaite bonne soirée et belle semaine.
      Avec mon amitié.

  11. Milena Hernandez

    11 septembre 2016 at 18:28

    Cher Jean-Christophe,
    les deux escales que j’ai faites grâce à vous cette semaine étaient tellement différentes qu’il me semble revenir d’un long voyage Je ne connais l’Irlande que par des films et des reportages où en fond sonore résonne souvent ce que vous appelez un folklore de pacotille. Le travail des musiciens de Saint-Julien est d’autant plus important qu’il doit affranchir les oreilles de certaines facilités pour leur permettre de ressentir les qualités de cette musique. J’avoue que je n’en avais jamais « écouté », seulement entendu! Merci pour cette expérience.
    Pour Vox Luminis, le cadre et la vidéo sont une autre sorte d’expérience ! Voilà que vous abandonnez votre platine, que vous vous rendez à Saintes, et que vous nous faites partager l’émotion du concert dans un lieu sublime. Vous en avez tellement bien parlé ! Merci pour ce partage et pour vos explications qui ont enrichi mon écoute. Vous avez repris aujourd’hui vos chroniques dominicales, j’espère cette semaine me remettre dans le cours normal de Wunderkammern ! Bien amicalement. Milena

    • Chère Milena,
      Je ne me suis jamais rendu en Irlande, mais c’est, au même titre que l’Écosse, une destination qui me fait rêver. Il me semble que ce que proposent ici les Musiciens de Saint-Julien est d’une grande probité et qu’ils ne cherchent jamais à se servir de l’extrême popularité des musiques « celtiques » pour servir de cache-misère à un projet artistiquement bancal ou, pire, indigent. Au delà du plaisir immédiat qu’il procure (celui de la première gorgée de bière quand il faut très chaud), ce disque mérite d’être écouté avec attention; on y découvre alors de très belles choses.
      Je m’interroge souvent sur la pertinence des comptes rendus de concert, puisque ce que l’on y raconte ne concerne finalement que ceux qui étaient présents; lorsque l’on a la chance de pouvoir disposer, comme ici, d’une vidéo, les choses changent un peu, car il est possible de faire un peu plus participer le lecteur — avouez qu’ici, ça vaut le coup.
      Le cours normal des chroniques a repris après une période de silence volontaire pour faire le point; il y aura quelques nouveautés dans les semaines à venir et si je gage qu’elles ne seront pas du goût de tout le monde, je les assume pleinement 🙂
      Je vous remercie pour votre message et votre fidélité.
      Belle semaine et amitiés.

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