Wunderkammern

Trouvailles pour esprits curieux

Pigments des squelettes. Dernière Danse à la Galerie Heitz de Strasbourg

Il faut un certain courage, en notre époque bourrelée d’angoisses qui s’étourdit de gadgets dans un gloussement permanent afin d’oublier son incapacité à devenir adulte et à affronter les défis qui l’assaillent par rafales, pour oser organiser, qui plus est durant la période dévolue aux vacances, une exposition traitant de l’imaginaire macabre. De centrale autrefois dans les mentalités occidentales, la préoccupation de la mort a été lentement rejetée à la périphérie du quotidien avant d’en être évacuée tant par les progrès de l’hygiène et de la médecine que par le refus, de plus en plus accentué dans les sociétés modernes, du vieillissement — je renvoie le lecteur curieux de ces sujets notamment aux travaux de Philippe Ariès. Le propos de Dernière danse, qui s’impose sans coup férir comme l’accrochage incontournable de la première partie de la saison Passions partagées organisée en 2016-2017 par les Musées de Strasbourg, est de faire percevoir la permanence de l’inspiration macabre durant une période d’environ cinq siècles et la façon dont les artistes ont pu en faire un instrument d’édification ou de revendication, ou bien la détourner en y faisant souffler une dimension sarcastique voire érotique.

Fummo già come voi sete
voi sarete come noi
morti siam come vedete
cosi morti vedrem noi
e di là non giova poi
dopo’l mar far penitenza.

Antonio Alamanni (1464-1528)

01 Albrecht Dürer La Promenade

Albrecht Dürer (Nuremberg, 1471-1528),
La Promenade, 1522
Gravure sur cuivre, 19,7 x 12,2 cm, Hanovre, Landesmuseum
Photo : Artothek, Weilheim

 

De guerres et en famines, mais aussi en veillées d’agonisants, l’expérience de la mort des hommes du passé était fréquente et extrêmement concrète, s’exacerbant tout particulièrement durant les périodes d’épidémie, la plus fameuse étant la grande peste qui décima environ un tiers de la population européenne entre 1346 et 1353 et compta ensuite de nombreuses résurgences jusqu’au début du XVIIIe siècle. Si elle n’était évidemment pas absente auparavant des représentations artistiques, on peut dire que la thématique macabre se développa à partir de ce moment avec une force nouvelle, ornant les murs des églises de danses macabres et les livres d’heures du Dit des trois morts et des trois vifs, faisant surgir des transis dans les chapelles, tandis que les Ars moriendi montraient ce qu’il était nécessaire d’accomplir pour franchir ce périlleux passage dans les meilleures conditions morales possibles. Il s’agissait bien, en effet, en rappelant l’inéluctabilité du destin de l’Homme – memento mori – de l’exhorter à vivre non selon ses désirs, mais selon les règles d’une morale dictée par l’Église. La Promenade de Dürer (l’exposition donne aussi à voir les célébrissimes Le Cavalier, la Mort le Diable et Les Quatre cavaliers de l’Apocalypse) ne nous dit pas autre chose avec son couple somptueusement vêtu qui s’apprête à passer du bon temps ; 02 Hans Holbein le Jeune Le Laboureurelle porte une coiffe de femme mariée, lui, d’une beauté un rien inquiétante, la fixe d’un regard lourd de désir (et l’artiste, coutumier de ce genre de sous-entendu, n’a certainement pas placé son épée là où elle est par hasard). Sont-ils amants ? L’histoire ne le précise pas, mais elle nous montre la mort prête à fondre sur eux comme une tornade, comme l’indiquent le mouvement des panicules de la plante à la hauteur de la main de l’homme, mais aussi le mouvement de torsion de l’arbre et du squelette avec son sablier sur le crâne. Érotisme et mort se côtoient : la formule n’a pas fini de faire florès et ce très tôt avec, par exemple Hans Baldung, élève de Dürer, qui poussera encore plus loin les audaces de son maître.

Quelques années plus tard, en 1526, Hans Holbein le Jeune produisit une série de gravures que l’on désigne sous le nom d’Images de la mort (le titre allemand est, plus simplement, Totentanz) et qui reprend à son compte l’héritage médiéval – comment ne pas songer au célèbre Paysan de Bohème de Johannes von Tepl (c.1400) en regardant la vignette intitulée Le Laboureur ? – tout en en renouvelant la forme, chaque personnage visité par la Mort se trouvant dans un contexte bien individualisé, ce qui fait supposer une influence de l’art flamand ; mais là où Dürer et ses émules introduisaient une trouble sensualité, Holbein regarde, lui, du côté de la satire sociale et fait des puissants ses cibles privilégiées, avec d’autant plus de virulence s’ils appartiennent au clergé (L’Abbé et L’Abbesse sont ainsi littéralement empoignés, l’un par le bas de sa robe, l’autre par sa chasuble), et il faut prendre le temps de savourer l’ironie de cette délicieuse suite de vignettes, tout comme l’alphabet gravé sur le même thème réalisé deux ans plus tôt. Chacun à sa manière, ces deux artistes sont un ferment qui va faire lever une abondante postérité.

Morte :
Ho pur vinto d’un Mondo intiero,
Chi resistere a me potrà ?
All’assalto d’armata Morte
Il valore d’ogn’alma forte
Caderà.
Ho pur vinto d’un Mondo intiero,
Chi resistere a me potrà ?

Vincenzo Giattini (1630-1697)

03 Gustave Doré Les jeux sont faits The game is done

Gustave Doré (Strasbourg, 1832 – Paris, 1883),
Les jeux sont faits, 1876
Illustration pour Samuel Taylor Coleridge, The Rime of the Ancient Mariner
Gravure sur bois de bout, 52 x 43,5 cm (livre),
Strasbourg, Bibliothèque des Musées
Photo : Musées de la Ville de Strasbourg, Mathieu Bertola

 

Les dés ont roulé sur le pont du navire en ruine des destinées et c’est toujours la Mort, à l’impassibilité lugubre, qui finit par gagner. Gustave Doré, dont l’exposition propose un bel aperçu du talent, qu’il soit mis ou non au service d’une œuvre littéraire (comme ses magnifiques illustrations des Fables de La Fontaine), le rappelle ici dans une atmosphère nimbée d’un fantastique angoissant. Tous les coups sont permis à la Faucheuse pour agrandir encore et toujours son empire : Pierre Daret grave une allégorie des ravages des épidémies dans les villes du milieu du XVIIe siècle (La mort nous égale tous, 1646), 04 Joseph Sattler L'IncendieAlfred Rethel immortalise l’apparition du choléra à Paris en 1831 en montrant la Mort jouant avec deux os comme d’un violon dans l’atmosphère sinistre d’un bal masqué déjà jonché par quelques cadavres et que les musiciens désertent en catastrophe (La Mort comme étrangleur, inspiration évidente, en 1925, de la scène de la Mort rouge dans le Fantôme de l’Opéra de Rupert Julian, judicieusement proposée parmi quelques autres dans la salle vidéo installée à mi-parcours) ; la Mort triomphe sur un air de danse, comme dans la tarentelle du Déluge universel dépeint, en 1682, par le calabrais Michelangelo Falvetti. Joseph Sattler, dans L’Incendie (1894), livre une toute autre vision et sa cité livrée aux flammes au-dessus de laquelle plane une figure décharnée contemplant sans émotion apparente ce terrible spectacle – et comment ne pas songer, en regardant les architectures représentées dans cette œuvre, aux ravages déclenchés par le bombardement de Strasbourg en 1870 ? – est d’autant plus impressionnant que semble s’en dégager une atmosphère d’absolue immobilité.

Das Mädchen :
Vorüber ! ach, vorüber !
Geh, wilder Knochenmann !
Ich bin noch jung, geh Lieber !
Und rühre mich nicht an.

Der Tod :
Gib deine Hand, du schön und zart Gebild !
Bin Freund, und komme nicht zu strafen.
Sei gutes Muts ! Ich bin nicht wild,
Sollst sanft in meinen Armen schlafen !

Matthias Claudius (1740-1815)

05 Léo Schnug La jeune fille et la mort

Léo Schnug (Strasbourg, 1878 – Brumath, 1933),
La Jeune Fille et la Mort, 1916
Mine de plomb, aquarelle et gouache sur papier, 37,5 x 25 cm,
Collection particulière
Photo : Musées de la Ville de Strasbourg, Mathieu Bertola

 

Personnifié par un lied et ce qui est peut-être le plus beau des quatuors à cordes de Schubert, le thème de la jeune fille et la Mort plonge ses racines dans un terreau bien antérieur au XIXe siècle, puisqu’on en trouve trace dès le XVIe siècle. Si les deux gravures présentées de Hans Sebald Beham (1547) et celle, un peu plus tardive (1596), de Johann Theodor de Bry sont assez caractéristiques d’un traitement classique du sujet où l’accent est mis sur le caractère transitoire de toute chose et, en particulier, de la beauté de la jeunesse, d’autres artistes ont su exploiter une veine plus ambiguë en érotisant la tension née de la confrontation entre pulsions de vie et de mort ; ce fut le cas de Hans Baldung, dont la production, hélas absente de l’exposition, témoigne d’un vif intérêt pour le bizarre et dont la pensée se trouve en quelque sorte prolongée au travers de deux réalisations du XXe siècle, l’une d’Edmond Bille (Révolte, 1919), l’autre d’Alfred Kubin (Prostituée, 1947), donnant à voir une scène assez semblable : une femme nue (endormie chez le premier, effrayée chez le second) contemplée par un squelette aux intentions assez clairement libidineuses. 06 Alfred Rethel La mort amie Der Tod als FreundCette veine érotique est exploitée avec un aplomb percutant par l’artiste contemporaine Tanxxx dans une mémorable fessée sadomasochiste administrée par un macchabée fumant cigare à une jeune fille aux allures de pin-up plantureuse (Spank, 2015). L’œuvre la plus durablement marquante dans ce domaine et, à mon avis, une des plus belles de toute l’exposition, demeure cependant l’aquarelle réalisée en 1916 par Léo Schnug dont la veine médiévale précieuse n’est pas sans rappeler les préraphaélites, mais sans leur opulence, malgré les ornements profus de la décoration murale qui contrastent merveilleusement avec le traitement très géométrisé de l’habit de la Mort. Il règne dans cette scène énigmatique, où les éléments « naturels » semblent avoir été inversés (la lumière vient du bas, la jeune fille n’est présente que sous la forme d’un tableau, un symbole qui signifie traditionnellement qu’elle est morte, tandis que la Mort est, elle, bien vivante et murée dans sa mélancolie), une atmosphère de décantation et de recueillement extrêmement prenante.

Le même calme baigne la très belle Mort amie d’Alfred Rethel (1851), qui décrit, dans une magnifique atmosphère de fin du jour, l’endormissement paisible d’un vieil homme arrivé au terme de sa vie (on penserait volontiers ici à la cantate Ich habe genug BWV 82 de Johann Sebastian Bach — Schlummert ein, ihr matten Augen) et pour lequel la Mort est venue sonner le glas qui marque le terme de son pèlerinage terrestre, une idée soulignée par maints indices iconographiques (coquille Saint-Jacques, bâton de marche); n’est-ce pas la même promesse de repos qu’elle formule dans le poème de Matthias Claudius où Schubert puisa son inspiration ?

Voici mon message :
cauchemars, fantômes et squelettes,
laissez flotter vos idées noires
près de la mare aux oubliettes,
tenue du suaire obligatoire.

Jacques Higelin (1940-)

07 Walter Draesner La Mort et l'anatomiste

Walter Draesner (Leipzig, 1891 – Düsseldorf, 1940),
La Mort et l’anatomiste, 1922
Planche du livre Ein Totentanz, Berlin, Behr (graveur : Arminius Hasemann)
Gravure sur bois, 22,5 x 30 cm (livre), Kassel, Sepulkralkultur Museum
Photo © BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image BPK

 

Toute mort est une tragédie. Une des réactions les plus naturelles face à cette évidence est de chercher à rire de cet événement pour tenir à distance la douleur et l’angoisse qui nous étreignent lorsqu’il s’abat sur nos existences, parfois à sa simple pensée. Ce comique macabre a évidemment été exploité par les artistes et on en trouve déjà la trace dans les Images de la mort de Holbein le Jeune ; de nombreux exemples à l’effet plus immédiat ponctuent le parcours de l’exposition, comme ce squelette tellement 08 Winshluss Welcome to death clubau bout du rouleau qu’il s’est allongé sur une voie de chemin de fer (Max Klinger, Sur les rails, 1889) ou cet autre qui se réveille en sueur en s’écriant : « j’ai cru que j’étais vivant ! » (Henri-Gustave Jossot, Les Refroidis, 1904). La Mort et l’Anatomiste de Walter Draesner joue, elle, sur le mode de l’arroseur arrosé ou du chacun son tour avec une belle subtilité dans la réalisation graphique, tandis que le dessin à l’encre (sans titre) réalisé par Winshluss en 2002 pour Welcome to the Death Club adopte plutôt un far presto très dynamique et un registre digne de certains films gore afin d’accentuer l’impact humoristique de l’ensemble. Signalons également, réalisée sous forme de leporello, la désopilante Totentanz d’inspiration médiévale de Marcel Ruijters (2012) avec une nonne très rock’n drôle.

Death is everywhere
there are flies on the windscreen
for a start
reminding us
we could be torn apart
tonight

Martin L. Gore (1961-)

09 Tanxxx La Ravachole

Tanxxx (Parthenay, Deux-Sèvres, 1976),
La Ravachole, 2012
Linogravure et gravure sur bois, 30 x 40 cm, Collection de l’artiste
Photo : Musées de la Ville de Strasbourg, Mathieu Bertola

 

Si de nombreuses créations dans le domaine des arts graphiques ont utilisé le macabre pour dénoncer les guerres et leurs cortèges d’horreurs – une des sections de l’exposition permet de s’en faire une excellente idée –, leur dimension revendicative n’a pas disparu avec l’extinction des conflits dans une Europe pour l’heure pacifiée. Tirant son titre d’une chanson anarchiste publiée dans l’Almanach du Père Peinard en 1894,10 Tomi Ungerer Rapt La Ravachole de Tanxxx peut se lire comme une vigoureuse illustration de la vanité qu’il y a à marcher sous un étendard, que l’on carbure du ciboulot ou que l’on préfère faire le beau, quand on va de toutes façons vers une mort qui en ricane déjà d’aise à la tête du cortège dont elle brandit le drapeau. Tomi Ungerer, qui se devait de figurer dans une exposition dont un des buts avoués était de mettre en lumière le travail d’artistes rhénans, a traité du thème de la danse macabre dans un recueil publié en 1983 et intitulé, non sans un certain humour s’agissant de cet art du mouvement qu’est la danse, Rigor mortis. En s’abreuvant aux sources anciennes, l’artiste a réussi à les revigorer en adoptant une optique résolument contemporaine, comme en témoigne, entre autres, Rapt, une danse macabre au sens le plus littéral du terme qui explicite de façon à la fois directe et pleine d’humour l’érotisme sous-jacent chez Baldung ou Manuel.

 

Avoir du courage ne suffit pas à faire une bonne exposition, mais lorsque l’enthousiasme et la clairvoyance viennent appuyer l’audace, on en fait d’excellentes. Dernière danse prouve avec éclat qu’un sujet a priori difficile à aborder peut toucher un vaste public si les choix effectués sont clairs et assumés. Les deux commissaires de l’exposition, Florian Siffer (dont vous pouvez lire ici l’entretien qu’il m’a accordé) et Franck Knoery, au lieu d’un traditionnel parti-pris chronologique, ont préféré faire le pari, toujours hasardeux, de la juxtaposition des époques et des styles : cette approche, parce qu’elle a été conduite avec autant de discernement que de sensibilité, fait mouche à presque tous les coups permettant aux œuvres de se répondre mutuellement de façon éclairante, notamment en mettant en lumière les dialogues – citation respectueuse, évocation plus ou moins nette, détournement cocasse – qui ont pu se tisser entre les œuvres du passé et les plus récentes. Le parcours de l’accrochage est clair et la mise en ambiance assurée dès le vestibule aux murs recouverts de silhouettes macabres drolatiques réalisées au pochoir, preuve que rien n’a été négligé pour que le visiteur se sente réellement accueilli. Il faut également saluer l’excellente qualité du corpus qui ne se disperse pas malgré la variété qu’il offre et ne propose globalement pas de pièce réellement faible, y compris pour la partie contemporaine ; il autorise, au contraire, de réelles découvertes, comme celle de Léo Schnug ou de Joseph Sattler dont le travail atteste d’une vitalité artistique à Strasbourg entre les dernières décennies du XIXe siècle et les premières du suivant qui gagnerait sans nul doute à être explorée plus systématiquement. Parce qu’elle fait le choix d’une simplicité bien comprise qui lui permet d’être accessible à tous sans transiger sur la probité et l’exigence du travail de fond qui a présidé à sa mise en œuvre, Dernière danse, dont ceux qui n’auront pas eu la chance de la visiter pourront se faire une bonne idée grâce à un catalogue intéressant et très bien composé, y compris du point de vue typographique, ce qui n’est pas si fréquent, s’impose comme une des expositions les plus intelligentes et, par là-même, les plus stimulantes de cette année 2016, et l’on espère que le tandem de commissaires réuni à cette occasion aura la possibilité de s’atteler à l’avenir à d’autres sujets et avec le même bonheur communicatif.

Dernière Danse affiche expositionDernière danse, L’imaginaire macabre dans les arts graphiques. Strasbourg, Galerie Heitz (Palais Rohan), du 21 mai au 29 août 2016

Catalogue Dernière DanseCatalogue de l’exposition, 208 pages, 200 illustrations, Musées de la Ville de Strasbourg/Volumen (ISBN : 9782351251386)

Illustrations picturales :

Hans Holbein le Jeune (Augsbourg, 1497 – Londres, 1543),
Le Laboureur, planche de la série Totentanz, 1530
Gravure sur bois, 7 x 4,9 cm, Karlsruhe, Staatliche Kunsthalle
Photo © BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais/Annette Fischer/Heike Kohler

Joseph Sattler (Schrobenhausen, Bavière, 1867 – Munich, 1931)
L’Incendie, Planche du portfolio Ein moderner Todtentanz, 1894
Photogravure, 36,8 x 26,1 cm,
Strasbourg, musée d’Art moderne et contemporain
Photo : Musées de la Ville de Strasbourg, Mathieu Bertola

Alfred Rethel (Aix-la-Chapelle, 1816 – Düsseldorf, 1859),
La Mort amie, 1851
Gravure sur bois de bout (graveur : Julius Jungtown), 50 x 38 cm,
Strasbourg, Cabinet des Estampes et des Dessins
Photo : Musées de la Ville de Strasbourg, Mathieu Bertola

Winshluss (Vincent Paronnaud, dit ; La Rochelle, 1970-)
Dessin pour l’album Welcome to the Death Club, 2002
Dessin à l’encre, 29,7 x 21 cm Collection particulière,
avec l’aimable autorisation de la galerie Vallois, Paris
© Winshluss / Cornélius 2010

Tomi Ungerer (Strasbourg, 1931-)
Rapt, dessin original pour la série Rigor Mortis, 1983.
Plume, encre de Chine et encre sépia sur papier-calque, 32,4 x 38 cm,
Strasbourg, Musée Tomi Ungerer – Centre International de l’Illustration
© Musées de la Ville de Strasbourg / Diogenes Verlag AG Zürich

Illustrations musicales :

1. Anonyme, Carro della Morte (Libro primo delle Laudi Spirituali…, Venise, Serafino Razzi, 1563), texte d’Antonio Alamanni (1464-1528)

Doulce Memoire
Denis Raisin-Dadre, direction

Lorenzo Il Magnifico Trionfo di bacco Doulce MemoireLorenzo il Magnifico, Trionfo di Bacco. 1 CD Astrée/Auvidis E 8626.

2. Michelangelo Falvetti (1642-1692), Il Diluvio universale (1682, livret de Vincenzo Giattini) : « Hor pur vinto » (tarentelle)

Fabián Schofrin, contre-ténor (Morte)
Cappella Mediterranea
Leonardo García Alarcón, direction

digipack AMY026ok-04Il Diluvio universale. 1 CD Éditions Ambronay AMY026.

3. Franz Schubert (1797-1828), Quatuor à cordes en ré mineur D 810 « Der Tod und das Mädchen » (1824) : [II.] Andante con moto (en sol mineur)

Quatuor Terpsycordes

Franz Schubert Der Tod und das Mädchen Rosamunde Quatuor TerpsycordesQuatuors « Der Tod und das Mädchen » et « Rosamunde » 1 CD Ricercar RIC 272

4. Jacques Higelin, Champagne (1979)

Paroles & musique : Jacques Higelin

Jacques Higelin Champagne pour tout le monde Caviar pour les autresChampagne pour tout le monde, caviar pour les autres. 1 CD Pathé Marconi/EMI 0946 3868742 9

5. DepecheMode, Fly on the windscreen (final, 1986)

Paroles & musique : Martin L. Gore

Depeche Mode Black CelebrationBlack Celebration. 1 CD Mute records STUMM 26

Traduction des textes :

1. Nous fûmes jadis comme vous êtes,
vous serez comme nous ;
morts sommes comme vous nous voyez ;
ainsi morts nous vous verrons
et à partir de ce moment, il ne sert à rien
après le mal de faire pénitence.

2. La Mort :
J’ai remporté la victoire sur le monde entier
Qui pourra encore me résister ?
Contre la mort armée
La valeur de toute âme forte
Tombera
J’ai remporté la victoire sur le monde entier
Qui pourra encore me résister ?

3. La Jeune Fille :
Va-t’en, ah, va-t’en !
Disparais, odieux squelette !
Je suis encore jeune, disparais !
Et ne me touche pas !

La Mort :
Donne-moi la main, douce et belle créature !
Je suis ton amie, tu n’as rien à craindre.
Laisse-toi faire ! N’aie pas peur
Viens sagement dormir dans mes bras.

5. La mort est partout
il y a des mouches sur le pare-brise
pour commencer
qui nous rappellent
qu’on pourrait être déchirés en morceaux
ce soir

14 Comments

  1. Une chronique passionnante et quand on sait que sept milliards (et plus) d’humains passeront par cette ultime étape de la vie – personne ne sera épargné alors regardons et écoutons avec philosophie. Ce qui veut dire que rien ne presse pour autant. Il y avait sûrement une part de dérision chez certains artistes. Dürer n’a pas résisté à la tentation de se représenter ….

    • Une grosse part de dérision, bien chère Marie, et un des grands mérites de cette exposition est justement de toujours conserver une distance entre le spectateur et le sujet; oserais-je dire que l’on en ressort avec le sourire ? Tentons de ne pas trop nous poser la question de l’heure qui viendra bien assez tôt.
      Merci pour ton commentaire.

      [PS : pour une fois, Dürer n’a pas fait d’autoportrait 😉 ]

  2. Bravo pour ce post excellent !
    J’avais été, moi aussi, troublé par cette exposition (je n’ose dire séduit…).

    • Je le bénis d’autant plus qu’il me vaut en commentaire de votre part, et je n’hésite pas, pour ma part, à dire que cette exposition m’a séduit.
      Je vous espère au mieux et regrette que vous n’écriviez plus; votre plume et votre esprit me manquent beaucoup.

      • Merci de ces paroles très aimables.
        Comme vous le savez, le site n’existe plus, ce qui est sans doute une très mauvaise excuse ! Mais, qui sait, ailleurs, peut-être…
        En tout cas, je garde le plaisir de vous lire.

        • Je ne savais pas que le site n’existait plus car, pour être tout à fait honnête, je ne le fréquentais que pour vous lire. Même si le paysage a beaucoup changé avec la suprématie des réseaux sociaux sur les blogs, j’espère que vous prendrez un jour la décision d’écrire à nouveau; n’hésitez surtout pas à m’en informer, le cas échéant.
          À bientôt et encore merci.

  3. Jean-François Duchamp

    22 août 2016 at 11:19

    Merci pour ce très bel article. En le lisant, je ne peux m’empêcher de penser à Georges Brassens dont plus de la moitié de l’oeuvre traite de la mort qu’il appelle la Camarde, la Faucheuse, la Parque. Au XXI° siècle, on a peur de le la mort, et pourtant c’est une issue pour tous ; autant se familiariser avec elle, même si on a tout notre temps pour la rencontrer !

    • Brassens aurait effectivement tout à fait eu sa place dans cette chronique, tout comme Montaigne du côté des textes, mais je n’ai hélas pas pu accueillir tout le monde dans un format contraint que j’ai déjà quelque peu élargi. C’est d’ailleurs vers le grand Michel que je me tourne pour dire avec vous : « il est incertain où la mort nous attende, attendons-là partout » et je vous rejoins sur le fait qu’il n’y a aucune raison de se presser.
      Merci pour votre commentaire.

  4. Passionnant, cet aperçu en forme de balayage chronologique. De quoi me consoler (avec un peu de regrets, quand même), d’être trop loin de Strasbourg pour profiter de cette exposition. A noter que cet été, dans un hameau de la haute vallée de l’Ubaye du nom de Fouillouse, j’ai trouvé sur le porche d’un cimetière la même phrase que celle que vous citez d’Antonio Alammani (« passants, souvenez-vous que nous avons été ce que vous êtes et que vous serez ce que nous sommes »). Phrase qu’au demeurant, nous pouvons trouver, reprise par Corneille dans son poème « à la Marquise », malicieusement repris par ledit Georges Brassens, évoqué dans un commentaire plus haut. Tout se tient !!!

    • Étant souvent de ceux qui ne peuvent pas faire le déplacement pour se rendre à telle ou telle exposition, Anne, je tente toujours de concevoir mes comptes rendus comme des visites; les chroniques s’en trouvent bien sûr allongées, mais j’estime que cette démarche est plus intéressante, dans le cadre d’un blog, qu’une synthèse, exercice passionnant à réaliser lorsque l’on tend vers d’autres objectifs.
      Je ne suis pas très surpris que vous ayez pu croiser la même phrase que celle d’Alammani dans un humble cimetière; elle est présente dès le Moyen Âge, notamment avec le Dit des trois morts et des trois vifs, et je me demande même si on ne pourrait pas en trouver trace dès la Rome antique.
      Merci pour votre commentaire.

  5. J’apprécie d’autant plus le jeu de mots sur « pigments des squelettes » que l’un de mes petits-neveux (7 ans) a fait à peu près le même en demandant à sa grand-mère si elle allait mettre du piment des squelettes dans sa crème au chocolat !
    Continuez dans cette voie, cher Jean-Christophe, à pimenter d’une pointe d’humour vos chroniques savoureuses.

    • Cher Bernard,
      Je déduis de votre savoureux commentaire que mes jeux de mots sont du niveau de ceux d’un enfant de sept ans et je me demande si je dois être rassuré par ce constat. Plus sérieusement, j’essaie toujours de glisser un sourire dans mes chroniques de façon à ce qu’elles gagnent un peu en fluidité et donc en digestibilité.
      Je vous remercie pour vos encouragements, très appréciés comme toujours, et vous souhaite une chaleureuse soirée.

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