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Trouvailles pour esprits curieux

Filigranes du cœur. Deux remords de Claude Monet par Michel Bernard

« Et, parmi eux, les visages et les voix aimés révolus, toujours là, dans la maison, qu’un rien apparu dans la grâce des choses, un instant d’accord parfait dans l’existence, ranimait soudain et tous ensemble. » (p. 186)

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Claude Monet (Paris, 1840 – Giverny, 1926),
Prairie à Giverny, 1886
Huile sur toile, 92,1 x 81,6 cm, Boston, Museum of Fine Arts

 

Quiconque s’attarde un instant sur la biographie de Claude Monet réalise rapidement que la trajectoire à la fois splendide et chaotique de ce peintre mort couvert d’honneurs par la République après s’être rebellé contre l’ordre établi, familial comme pictural, et avoir manqué de crever de faim et d’incompréhension contient tous les éléments pour nourrir un roman. Encore faut-il que s’en empare un écrivain ayant pris le temps nécessaire pour mûrir son projet, pour choisir le bon angle et le ton juste ; comme sur sa sœur la musique, écrire sur la peinture est un exercice redoutable qui ne pardonne ni le pédantisme, ni la superficialité ; des livres comme ceux de Sophie Chauveau démontrent assez tristement à quel point un auteur peut s’y fourvoyer.

Michel Bernard est heureusement d’une toute autre trempe. Il a choisi d’évoquer Monet au travers de deux figures qui ont traversé sa vie en y laissant une empreinte indélébile, son camarade Frédéric Bazille, jeune peintre prometteur issu d’un milieu aisé tué quelques jours avant ses vingt-neuf ans dans les combats de la guerre de 1870 autour de Beaune-la-Rolande sous son uniforme de zouave endossé autant par conviction que par bravade, et Camille Doncieux, le modèle qu’il épousa cette même année 1870 et qui lui donna deux enfants avant de mourir à trente-deux ans au terme d’une lente et terrible agonie. Construit comme un triptyque dont la jeune femme occupe aussi logiquement que symboliquement le cœur, le récit se déploie au fil des affections qui, à l’instar du paysage continu que l’on observe parfois à l’arrière-plan des retables réalisés par les maîtres anciens, lui confèrent son unité, amitié de Bazille pour Monet auquel il achète des tableaux pour lui permettre de survivre, amour du père de Frédéric pour son fils dont il va chercher le corps afin de lui donner une sépulture décente parmi les siens – cette quête occupe les quarante premières pages du livre, véritable petit chef-d’œuvre écrit d’une plume vibrante et maîtrisée, plein d’une émotion pudique absolument bouleversante – et de Claude pour Camille dont on mesure à quel point la présence discrète a été une boussole et un havre – la tentative partiellement réussie d’arasement, par Alice Hoschédé, des traces de cette relation démontre quelle était sa force –, affection de sa belle-fille, Blanche, pour le peintre givernois en l’hiver de sa vie, adouci également par celle de l’ami Clemenceau, aiguillon protecteur. Il y a aussi la mort qui rôde, la lutte incessante pour accoucher de soi-même et imposer, malgré le scepticisme et les rebuffades, la vision du monde qui naît au bout des pinceaux, le spectre de la précarité, mais également de l’humour, toute la palette des sentiments est convoquée pour tenter de saisir quelques reflets fugitifs et essentiels d’une existence qui dut, plus que d’autres, passer sous les fourches caudines avant de gagner un paradis composé à l’exacte mesure de ses rêves.

Une des indiscutables réussites de Michel Bernard est d’avoir si bien fait corps avec son sujet envers lequel son empathie semble tout sauf feinte qu’il a su, comme lui, se concentrer sur la magie des instants dont il faut immédiatement saisir la singularité et l’éphémère beauté, fut-elle dérangeante ; le récit de la création de la Capeline rouge est aussi lumineux que celui de Camille sur son lit de mort est poignant, les notations sur le paysage et les jardins sont senties avec un mélange d’émerveillement, de jubilation et de profondeur que l’on devine proche de l’exaltation absorbée qui devait être celle de Monet. L’écriture est dense, maîtrisée, foncièrement classique – non, ce n’est pas un gros mot –, d’une sobriété souvent puissamment évocatrice, et s’il n’est absolument pas nécessaire d’être versé dans l’histoire de l’art pour apprécier ce récit magistral et habité, un de ses insignes mérites est de donner l’envie de se précipiter dans les musées pour y retrouver les tableaux qui le jalonnent, et notamment ce fil conducteur qu’est Femmes au jardin. En refermant le livre, je me suis d’ailleurs promis de retourner un jour à Giverny enrichi des souvenirs que Michel Bernard a su y susciter et de me plonger dans son roman précédent, Les forêts de Ravel ;ses Deux remords de Claude Monet ne sont probablement ni assez tapageurs, ni assez narcissiques pour remporter un de ces prix littéraires qui leur assureraient l’exposition qu’ils méritent ; je gage cependant qu’ils gagneront à leur auteur, de la part de ceux qui s’y arrêteront, autant d’admiration immédiate que d’attente et de fidélité à venir.

michel-bernard-deux-remords-de-claude-monetMichel Bernard, Deux remords de Claude Monet, roman. Éditions de La Table Ronde, ISBN : 978-2-7103-8070-2

Accompagnement musical :

Joseph-Guy Ropartz (1864-1955), Soir sur les chaumes (1913)

Orchestre Philharmonique de Luxembourg
Emmanuel Krivine, direction

joseph-guy-ropartz-oeuvres-orchestrales-odelettes-quatre-poemes-perrin-le-texier-opl-krivineŒuvres orchestrales, Odelettes, Quatre Poèmes. 1 CD Timpani 1C1073 (rééd. : 1C1157). Ce disque peut être acheté chez votre disquaire ou en suivant ce lien.

22 Comments

  1. Michelle Didio

    20 octobre 2016 at 09:14

    « Une des indiscutables réussites de Michel Bernard est d’avoir si bien fait corps avec son sujet envers lequel son empathie semble tout sauf feinte qu’il a su, comme lui, se concentrer sur la magie des instants dont il faut immédiatement saisir la singularité et l’éphémère beauté, fut-elle dérangeante »
    Je retiens particulièrement cette phrase qui me donne envie de me plonger dans la lecture de ce livre dont vous faites ressortir, cher Jean Christophe, toute la sensibilité dans une douceur d’automne que vous avez illustrée avec une oeuvre délicate de Claude Monet et la musique de Joseph-Guy Ropartz, une intéressante découverte pour moi.
    Merci. Bonne fin de semaine à vous avec mes amicales pensées.

    • Lorsque vous lirez ce roman, chère Michelle, vous constaterez que cette phrase ne ment pas sur ce qui fait une de ses nombreuses réussites. L’œuvre de Joseph-Guy Ropartz épouse, à mon sens, assez exactement les reliefs du récit, avec ses flambées de lyrisme et de violence mais également sa décantation.
      Je vous souhaite bonne découverte si vous la tentez et vous remercie pour votre commentaire.
      Belle fin de semaine et amicales pensées.

  2. Je ne suis certainement pas le seul à l’être, mais je me sens tout spécialement gâté à la lecture des derniers billets de ce blog: François; re-François; Johann Sebastian et maintenant Claude, mon peintre préféré. Vous me comblez Jean-Christophe !
    Voici un livre que sans vous je n’aurais jamais découvert, ou n’aurais pas pris la peine de lire. Il y a tant d’écrits inintéressants, lassants, vides de sens de nos jours que je suis de plus en plus méfiant vis à vis des biographies et des romans (qu’ils soient historiques ou fictifs). J’ai tant de fois été déçu, je dirais même arnaqué par le passé… que je n’ose plus m’y aventurer.
    Mais ici, à la lecture de votre billet, je vois toute crainte ou signe de méfiance fondre comme neige au soleil, et je vais « tenter l’aventure ». C’est toujours intéressant de lire la vie des grands hommes (êtres humains) narrée par quelqu’un de bien informé et talentueux de surcroît.
    Je découvre également l’illustration musicale, Ropartz n’étant pas dans ma ligne de recherche habituelle.
    Un grand merci pour le billet, l’oeuvre musicale et aussi le tableau, qui est loin d’être un habitué de la première page.

    • Vous m’aviez caché que Monet avait une place de choix dans votre panthéon personnel, Jean-Marc, mais je suis ravi que mes choix de sujet de chronique vous fassent à ce point plaisir; c’est aussi pour l’agrément de mes lecteurs que je travaille.
      Je comprends tout à fait votre circonspection devant certains livres d’autant qu’il m’est arrivé, à moi aussi, d’avoir le sentiment d’avoir été floué; vous pensez bien que je n’aurais jamais dépensé de l’énergie pour écrire sur un ouvrage auquel je ne crois pas, de la même façon que je ne défendrai jamais un disque qui me semblerait douteux ou par trop imparfait. Je pense que ce roman pariera au cœur de l’admirateur du grand Claude que vous êtes et que vous ne regretterez pas plus que moi d’y avoir investi (je l’ai même lu deux fois); sans doute mon choix de Soir sur les chaumes de Ropartz, un compositeur que j’apprécie beaucoup, vous apparaîtra-t-il encore plus clair après lecture — je suis preneur de vos impressions. Quant au tableau, je l’ai retenu parce qu’il est, à mes yeux, l’image d’une solitude habitée qui me semble dans le droit fil de la narration.
      Grand merci à vous pour vos mots et votre fidélité.

  3. Grand merci pour cette chronique.
    Le genre du « roman de peintre » est florissant ces dernières années ! et souvent plus enchanteur que les « biopics », sauf exception. C’est que, sans doute, narration et description, qu’on retrouve aussi bien dans le roman que dans la peinture, relèvent de sensibilités artistiques qui s’y déploient avec d’égales subtilités, même si les moyens et les effets sont différents. On en dirait autant sans doute à propos de la musique. Mais l’heure est à a célébration des peintres.
    Bien amicalement,
    Michèle

    • Florissant mais pas toujours accompli, chère Michèle, et l’exemple de ratage que je cite (les livres de Sophie Chauveau cumulent les désavantages d’être creux et mal écrits) n’est hélas pas isolé. J’applaudis d’autant plus à la réussite du roman de Michel Bernard, à la fois cohérent et sensible; l’auteur a su s’emparer de ce fil que vous décrivez fort bien, ne plus le lâcher et nous entraîner à sa suite. J’attends ses Forêts de Ravel avec impatience pour voir s’il sait écrire aussi bien sur la musique que sur la peinture.
      Je vous remercie pour votre commentaire – vous voyez que j’ai tenu parole pour ce qui est de l’apparition des livres sur le blog – et vous adresse de bien amicales pensées.

  4. mireille batut d'haussy

    20 octobre 2016 at 14:31

    Vous êtes toujours aussi stimulant, convainquant, même quand je ne partage pas vos goûts. Ceux qui inspirent vos chroniques ont bien de la chance et réciproquement.
    La tremblante harmonie qui règne ici entre musique et peinture est d’une troublante justesse.
    Heureuse d’avoir pu très vite apprécier ce dernier livre de Michel Bernard, je suis contente que vous puissiez l’évoquer ainsi.
    Je peste seulement de ne pouvoir d’ordinaire : écouter de la musique en écrivant, lire deux livre à la fois, rédiger plusieurs textes en même temps ; bien que.
    « Se plonger dans », c’est bien vu. A chaque tâche son apnée.
    Quelques bulles pour une remontée, le temps d’un vrai partage.
    Merci ! M.

    • Très honnêtement, Mireille, je n’ai pas d’autre ambition que parvenir à jouer un rôle d’aiguillon sur la curiosité de mes lecteurs et je ne suis jamais aussi heureux que lorsque l’un deux me dit qu’une de mes chroniques lui a permis de rencontrer un univers vers lequel il ne serait peut-être pas spontanément allé — il y a eu ça récemment autour de l’album de Lisa Hannigan.
      J’ai ramené le livre de Michel Bernard de mon dernier séjour en ma chère Strasbourg, je l’ai dévoré aux trois quarts durant le voyage et achevé le lendemain, incapable de m’en détacher. J’ai laissé passer un peu de temps et d’autre lectures avant de le reprendre, avec le même bonheur — je ne pensais sincèrement pas être capable d’écrire à son propos alors que tout m’enjoignait de le faire. Aujourd’hui encore, je vois surtout les défauts de ce compte rendu.
      Merci pour votre regard sur cette proposition, j’en suis, comme toujours, touché et honoré.

  5. Cher Jean-Christophe, j’ai senti tellement t’enthousiasme et de passion dans ce que tu décris que cela me donne envie d’acheter, “deux remords de Claude Monet” . Alors, stp, peux-tu faire un mot à “mon” banquier pour lui demander de ne pas trop me faire la g…… ? Merci 😉

    La musique ajoute de l’émotion et cette phrase « Et, parmi eux, les visages et les voix aimés révolus, toujours là, dans la maison, qu’un rien apparu dans la grâce des choses, un instant d’accord parfait dans l’existence, ranimait soudain et tous ensemble. » Quelle beauté, quelle poésie. Et ce tableau magnifique, merci bien sincèrement cher Jean-Christophe.
    Je t’embrasse bien fort .
    Tiffen

    • Mais, chère Tiffen, si on enlève aux banquiers la possibilité de faire la gueule, que va-t-il leur rester ? Pas grand chose, j’en ai peur. Même si je suis partisan de faire vivre les libraires, je me dis que tu peux sans doute trouver cet ouvrage à moindre coût chez Gibert ou ailleurs; quoi qu’il en soit, si tu as la possibilité de te l’offrir, n’hésite surtout pas. La phrase que j’ai déposée en exergue de cette chronique et l’œuvre de Ropartz donnent, je crois, une assez juste idée de l’atmosphère du roman; vu ce que tu m’en écris, tu devrais t’y sentir à ton aise.
      Je te remercie pour ton mot et t’embrasse bien fort.

  6. Cher Jean-Christophe,
    Je ne vous connais pas autrement que par votre blog, que je suis et lis avec grand plaisir, pour mon instruction comme pour ma distraction. Quelle rigueur, quelle sensibilité, et quelle plume! Merci de les partager avec les inconnus que sont les virtuels lecteurs!
    Bouleversée par votre dernier texte, que je lisais sur la musique de Ropartz, parfaitement choisie, je commande le livre sans tarder.
    Encore merci,
    Hélène

    • Chère Hélène,
      Votre message me touche infiniment et je vous suis très reconnaissant d’avoir pris le temps de me l’adresser. Même si un blog est, par essence, virtuel, il permet malgré tout de tisser un véritable dialogue avec les lecteurs au fil des commentaires qui lui apportent toujours un supplément d’âme; on ignore certes pour qui on écrit, mais que ces moments où l’on sent une présence sont précieux !
      Je suis convaincu que vous ne regretterez pas un instant d’avoir fait l’acquisition du roman de Michel Bernard, tant sa justesse de ton et d’intentions en fait, à mes yeux, une réussite incontestable, et je gage que vous repenserez à la musique de Ropartz en le lisant; je suis preneur de vos impressions si vous souhaitez me les communiquer.
      Je vous remercie sincèrement pour vos mots et espère pouvoir à l’avenir continuer à mériter votre confiance.
      Belle soirée à vous.

  7. Approuvé par vous, je l´achèterai les yeux fermés, Jean-Christophe…

  8. Puisque tu es si enthousiaste, pourquoi priver une amie de ce choix ? J’en ferai cadeau très prochainement parce qu’ainsi je pourrai à la fois faire plaisir et, pas du tout intéressée, tu penses bien ! je le lirai ensuite …. (même pas honte).
    La musique est pour moi, tout comme Giverny. Grâces te soient rendues.

    • Un double cadeau sans un seul remords, je ne peux qu’applaudir, ma bien chère Marie, et je me réjouis de connaître tes impressions sur ce roman.
      D’une certaine façon, j’ai bouclé avec cette chronique d’automne un cheminement débuté au printemps, dans les allées fleuries de la maison de monsieur Monet.
      Merci à toi !

  9. Trop vite comme d’habitude ….
    « Les forêts de Ravel » par Michel Bernard existe au format poche (Cultura)

  10. Gaulard Bénédicte

    31 octobre 2016 at 20:23

    J’attends le livre, cher Jean-Christophe, car vos propos m’ont donné envie de le découvrir. ..mais sans la musique à laquelle j’ai du mal à adhérer. Et, petit clin d’oeil du destin, j’ai écrit il y a quelques jours un petit texte sur Monet et Camille Doncieux pour accompagner un tableau de Monet joyeusement détourné par un ami commun…merci, et à très bientôt sur ce blog qui est comme une toile impressionniste, couleurs et petites touches diverses et variées…

    • Je me réjouis de savoir que vous allez lire ce roman, chère Bénédicte, et je souris à l’heureuse coïncidence qui le fait rencontrer certaines de vos préoccupations récentes. Je suis curieux de votre avis à son propos si vous voulez bien m’en faire part, naturellement.
      Je vous remercie pour votre mot et vous souhaite un bel après-midi.

  11. Gaulard Bénédicte

    22 décembre 2016 at 19:58

    Cher Jean-Christophe, j’avais réservé le livre pour mes lectures de Noël…Je l’ai terminé hier. J’écris ces lignes encore sous le choc et le charme de ces mots poétiques et remplis de sens et d’émotion. Frédéric Bazille et Camille Doncieux, deux belles figures dans la vie de Monet, la seconde étant souvent soit laissée dans l’oubli soit au contraire un peu galvaudée…vous savez que j’apprécie Monet et cette époque vitale, mais là, j’ai découvert un autre personnage grâce à votre billet et la lecture qui a suivi,. Vous faites bien de nous faire profiter de vos découvertes littéraires en lien avec l’art…, Et j’ai encore plus envie d’aller à Giverny ! Quant à l’extrait de Ropartz, compositeur inconnu pour moi, il est beau, jusqu’au tragique, mais …il ne rejoindra pas mes étagères . Merci, cher Jean-Christophe, et douce soirée à vous.

    • Chère Bénédicte,
      Je suis profondément heureux que la lecture de ces Deux remords de Claude Monet vous ait apporté autant de plaisir que d’émotion; je ne m’explique pas, sauf pour des raisons d’aveuglement mondain, l’absence de ce roman souvent lumineux et parfois poignant des palmarès littéraires de cet automne, et les pages consacrées à Bazille m’ont littéralement pris à la gorge — il n’y a guère que Les Larmes de Pascal Quignard qui m’aient secoué à ce point cette année.
      Je comprends que vous n’ayez pas forcément envie de vous précipiter pour acheter un disque de Ropartz, mais vous avez donné la raison qui m’a fait en retenir un extrait : « beau jusqu’au tragique. » N’est-ce pas également le sentiment qui émane du roman de Michel Bernard ?
      Grand merci à vous et très belle journée.
      Amicales pensées.

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