Wunderkammern

Trouvailles pour esprits curieux

Les premiers fruits de l’expérience. Quatre cantates de Johann Sebastian Bach par Vox Luminis

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Jacob van Walscapelle (Dordrecht, 1644 – Amsterdam, 1727),
Fruits, noisettes, châtaignes et verres, c.1675
Huile sur bois, 44 x 34 cm, collection privée

 

Comme la source s’élargissant enfante la rivière, certains disques apparaissent comme l’aboutissement naturel d’un trajet plus ou moins long et sinueux. Son exploration obstinée et heureuse du XVIIe siècle germanique, au disque comme au concert, conduisait immanquablement Vox Luminis vers Johann Sebastian Bach, dont il n’a cessé de se rapprocher par cercles concentriques ; si l’ensemble interprète déjà depuis quelque temps à la scène le Magnificat et certains des motets, s’il se murmure que la Messe en si fait partie de ses projets à court terme, il a choisi de se tourner vers quatre de ses cantates « de jeunesse » pour entamer son parcours discographique en compagnie du Cantor.

Dans la lettre de demande de congé qu’il adressa, le 25 juin 1708, aux autorités de la ville de Mühlhausen qu’il s’apprêtait à quitter pour rejoindre la cour de Weimar, le jeune musicien de vingt-trois ans mentionna pour la première fois ce qu’il désigne lui-même comme son but : « une musique sacrée bien ordonnée. » S’il ne l’avait pas toujours tenu à l’écart des manigances du milieu piétiste qui ne faisait place que de fort mauvaise grâce à des compositions sacrées à ses yeux trop élaborées, et engendré, de ce fait, bien des frustrations, le poste qu’il délaissait lui avait néanmoins permis de mettre à profit ses apprentissages et d’en offrir les premiers fruits, même si l’absence de datation précise de certaines cantates – c’est le cas, par exemple, de la célèbre Christ lag in Todes Banden BWV 4 – ne permet pas d’écarter formellement qu’un infime nombre d’entre elles aient été écrites durant la période d’Arnstadt. Si l’on admet son authenticité, encore parfois contestée, Nach dir, Herr, verlanget mich (À toi, Seigneur, j’aspire) BWV 150, fait partie des toutes premières cantates de Bach et aurait été créée à Mühlhausen le 10 juillet 1707. Largement ancrée dans la tonalité de si mineur, dont on sait quelle importance particulière elle revêtira toujours aux yeux du compositeur, et qui exprime aussi bien l’affliction que la tension spirituelle, l’œuvre, tout en s’inscrivant sans ambiguïté dans la tradition représentée par Schütz ou Buxtehude, fait déjà une belle place à l’ingéniosité du jeune musicien : écoutez comment après la déchirante Sinfonia d’ouverture, le chœur initial, qui en reprend le matériau, sait tirer l’auditeur (le fidèle, ne l’oublions jamais en écoutant ces musiques) des sombres royaumes de la désolation pour lui faire entrevoir des horizons d’espérance (changement de tempo sur « Ich hoffe » à l’appui) qui ne vont ensuite jamais cesser de scintiller, malgré le retour douloureux du doute en si mineur – que Bach arrive néanmoins à transmuer en quelque chose de léger dans la première aria pour soprano « Doch bin und bleibe ich vergnügt » (« Je suis et reste comblé ») – alternant avec un ré majeur plus confiant (ces deux tonalités se partagent également la Messe en si mineur) jusqu’à ce que la chaconne finale, semée de quelques beaux figuralismes, résolve les tensions, sa structure close insistant sur la permanence du secours divin face à la mutabilité et aux vicissitudes de l’existence humaine. Contemporaine de BWV 150 mais ne posant, elle, aucun problème de paternité, Aus der Tiefen rufe ich, Herr, zu dir (Des profondeurs je t’appelle, Seigneur) BWV 131 est souvent regardée comme la première cantate de Bach mais elle ressortit plutôt au genre du concert spirituel tel qu’il fut ardemment pratiqué dans l’Allemagne du XVIIe siècle. Avec son texte adapté du Psaume 130 (De profundis), cette œuvre conçue avec un souci d’unité et une capacité d’invention également remarquables, patents dans la façon dont sont traitées les deux parties symétriques mêlant un air (arioso ou aria) et un choral traité en cantus firmus qui l’explicite et en prolonge le message, nous montre également le compositeur en train d’expérimenter en termes de couleurs instrumentales : il choisit ici une distribution avec deux altos pour un unique violon afin d’obtenir une palette plus intimiste parfaitement cohérente avec le caractère pénitentiel du texte et emploie très efficacement les qualités vocales du hautbois dont le timbre renforce encore la dimension implorante d’une partition dont l’espoir n’est, là non plus, jamais absent, comme le démontre la brillante mise en valeur une nouvelle fois des mots « ich hoffe » dans le chœur central, véritable cœur émotionnel de l’œuvre débordant d’une ineffable tendresse.

Si elle n’a pas grand chose de tragique, c’est néanmoins sous son appellation d’Actus tragicus dont l’absence de manuscrit autographe empêche de déterminer si elle est ou non apocryphe, que la cantate Gottes Zeit ist die allerbeste Zeit (Le temps de Dieu est le meilleur des temps) BWV 106 s’est imposée aujourd’hui comme une des plus populaires de son auteur. Vraisemblablement écrite en 1707 ou en 1708 pour une occasion qui demeure obscure mais qui était probablement funèbre, elle cultive un archaïsme un peu trop ostensible, tant dans son instrumentation minimale et pouvant sembler un peu désuète en ce début de XVIIIe siècle – deux flûtes à bec, deux violes de gambe et continuo – que dans son inscription dans la tradition musicale du siècle précédent mais aussi son usage de chorals remontant au XVIe siècle, pour ne pas procéder d’une claire volonté de Bach ; souhaitait-il, en positionnant de façon aussi clairement assumée cette œuvre hors des modes de son époque, souligner qu’elle était de tous les temps, et donc de celui de Dieu qui est le meilleur de tous ? Il est bien entendu question de la mort, celle du Christ comme celle du croyant, tout au long de cette cantate en deux volets qui s’ouvre sur une Sonatina processionnelle aux sonorités blafardes comme le deuil, mais si son inéluctabilité est sans cesse rappelée – le verbe sterben employé dans chaque section de la première partie et systématiquement souligné musicalement –, ce n’est jamais sur le mode de l’effroi ; on pourrait plutôt parler ici d’un paisible cheminement vers l’acceptation puis la libération qui culmine dans l’arioso de la basse (Vox Christi) « Heute wirst du mit mir im Paradies sein » (« Aujourd’hui tu seras avec moi en paradis »), accompagné par l’alto (Vox animæ) chantant en cantus firmus le choral « Mit Fried und Freud ich fahr dahin » (« Je pars en joie, je pars en paix »), d’une lumière de vitrail à la fois diffuse et absolument saisissante.

Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen (Pleurs, lamentations, tourments, découragement) BWV 12 est la deuxième cantate que Bach composa à Weimar, sur un texte probablement dû à Salomo Franck, un poète dont l’œuvre incita le musicien à approfondir encore sa réflexion personnelle sur sa propre foi ; sa première exécution eut lieu le 22 avril 1714. Cette partition est particulièrement intéressante car elle constitue une rupture avec la prégnance de l’héritage germanique qui régnait sans guère de partage sur les pages composées à Mühlhausen ; à la cour dont il vient alors tout juste d’être nommé Concertmeister, Bach a découvert avec éblouissement la musique italienne et son influence est ici partout perceptible, jusque dans la désignation de l’œuvre : Concerto (entendu naturellement dans le sens de concert spirituel). De l’abattement propre à la tonalité de fa mineur qui signe la Sinfonia initiale où s’afflige le chant du hautbois comme le chœur d’entrée, adoptant la forme d’une chaconne dans ses deux parties extrêmes et empli de tensions harmoniques (il est construit en da capo et deviendra le Crucifixus de la Messe en si mineur), le discours passe ensuite à l’ut mineur de la méditation de l’alto avant de retrouver le mode majeur avec l’aria plus apaisée de la basse déclarant sa volonté de suivre le Christ puis de revenir à sol mineur pour l’air de consolation du ténor sur lequel plane le choral Jesu meine Freude énoncé par la trompette à coulisse, comme la promesse de la paix accordée dans l’au-delà (il s’agit d’un choral funèbre) à ceux qui auront su garder la foi ; c’est d’ailleurs en si bémol majeur que se referme l’œuvre dans une atmosphère de sérénité reconquise, réaffirmant que « ce que Dieu fait est bien fait » (« Was Gott tut, das ist wohlgetan »).

Pour mener à bien cette première exploration des cantates de Bach par Vox Luminis, Lionel Meunier a fait des choix clairs, comme celui de ne s’appuyer, à l’exception du ténor Reinoud Van Mechelen qui gagne en participant à cette aventure le petit supplément d’expressivité qui lui faisait parfois défaut dans son récent et très beau récital sans rien abdiquer de sa séduction vocale, que sur les musiciens constituant habituellement son ensemble ou celui d’utiliser un grand orgue pour le continuo (Dominique Thomas, 2013, d’après Gottfried Silbermann), cette dernière option n’étant naturellement pas sans conséquence sur les équilibres sonores et les tempi. Sans surprise, ces derniers sont généralement modérés sans pour autant que l’on puisse parler d’une coquetterie de la lenteur ; loin des lectures qui semblent courir la poste (la comparaison avec les lectures de la BWV 106 par Gardiner ou Junghänel est révélatrice), la pulsation adoptée me semble tout à fait appropriée, en ce qu’elle respecte la respiration des œuvres, dont on oublie parfois un peu trop vite la destination liturgique, sans jamais les rendre pesantes ou sulpiciennes et en faisant montre de toute la vivacité souhaitable lorsque nécessaire. Il est également intéressant de noter que cette interprétation s’affranchit de toute attitude dogmatique pour ce qui est des effectifs choraux, solistes pour BWV 106 (ce qui, à titre personnel, me semble une évidence), à deux chanteurs par partie ailleurs. Ceux-ci sont tous excellents, techniquement bien entendu – la cohésion, la justesse dans l’intonation comme dans la diction de cet ensemble ne sont plus à démontrer –, mais surtout du point de vue de l’esprit, portant toute leur attention sur le message que véhiculent les textes plutôt que sur des effets décoratifs — et Dieu qu’il est bon de voir que personne ne songe ici à prendre la pose. Tous mériteraient des éloges ; outre Reinoud Van Mechelen, déjà cité, on me pardonnera de ne mentionner que la prestation humble et chaleureuse du ténor Philippe Froeliger dans la BWV 106 et toutes les interventions du contre-ténor Daniel Elgersma, très sollicité et d’une magnifique car frémissante humanité. Les instrumentistes sont également de très grande tenue, avec beaucoup de réactivité et une impeccable netteté de ligne qu’ils mettent entièrement au service de la vision sobre et fervente, jamais esthétisante (écueil que n’évitait pas toujours Philippe Pierlot dans son pourtant très séduisant enregistrement réalisé en 2005 pour Mirare), défendue par Lionel Meunier ; on saluera, entre autres, le très beau pupitre de violes de gambe de la BWV 106 tenu par Mieneke van der Velden et Ricardo Rodriguez Miranda, le hautbois exempt de narcissisme mais jamais avare d’émotion de Jasu Moisio et le travail exemplaire de Bart Jacobs à l’orgue, qui trouve l’équilibre idéal entre fermeté du soutien, ampleur sonore et inventivité. Notons, pour finir, que la prise de son ciselée d’Aline Blondiau sert parfaitement le projet artistique d’un ensemble dont on prend plaisir à découvrir enfin une image sonore conforme à toutes les dimensions que l’on entend au concert ; on espère que cette collaboration se poursuivra.

À mille lieues des effets de mode et des compromis qu’ils imposent, ce disque de cantates de Bach me semble renouer avec la belle conviction de certains interprètes d’autrefois (on pense à Gustav Leonhardt dans la BWV 106) qu’elle sait conjuguer avec un sens de la finition supérieur qui ne l’entraîne cependant jamais vers un trop grand lissage. Parce qu’elle ne craint pas de faire des choix et de les assumer (on est loin ici du Bach « milieu du chemin » façon Suzuki), parce qu’elle fait le pari de l’intelligence plutôt que de l’esbroufe et bouscule au passage quelques certitudes sans pour autant prétendre révolutionner quoi que ce soit, parce qu’elle est l’œuvre d’un collectif inspiré soudé par un souffle commun plutôt que l’émanation d’une distribution de circonstance aussi brillante soit-elle, parce qu’elle distille, mesure après mesure, une envie sincère de rendre justice à la musique de Bach et un émerveillement continuel devant sa beauté, cette réalisation mérite de trouver place auprès de vous. Puisse-t-elle n’être que la première étape d’un parcours au sein du corpus des cantates que l’on souhaite le plus complet et le plus long possible.

johann-sebastian-bach-cantates-bwv-106-150-131-12-vox-luminisJohann Sebastian Bach (1685-1750), Cantates : Gottes Zeit ist die allerbeste Zeit (« Actus tragicus ») BWV 106, Nach dir, Herr, verlanget mich BWV 150, Aus der Tiefen rufe ich, Herr, zu dir BWV 131, Weinen, klagen, sorgen, zagen BWV 12

Vox Luminis
Lionel Meunier, direction artistique

Wunder de Wunderkammern1 CD [durée totale : 84’55] Alpha classics 258. Wunder de Wunderkammern. Ce disque peut être acheté chez votre disquaire ou en suivant ce lien.

Extraits choisis :

1. Cantate BWV 106, Sonatina

2. Cantate BWV 131, Arioso (basse) & Chorale : « So du willst, Herr, Sünde zurechnen »
Sebastian Myrus, basse

3. Cantate BWV 150, Chœur : « Nach dir, Herr, verlanget mich »

4. Cantate BWV 12, Aria (ténor) : « Sei getreu, alle Pein » & Choral : « Was Gott tut, das ist wohlgetan »
Reinoud Van Mechelen, ténor, Rudolf Lörinc, trompette à coulisse

22 Comments

  1. Michelle Didio

    27 novembre 2016 at 09:26

    Comment mieux commencer un dimanche d’automne qu’avec cette chronique qui met si bien en valeur ces cantates  » de jeunesse » de Jean Sébastien Bach. Une musique véritablement divine dont vous maîtrisez les nuances et que vous servez au mieux.
    Merci, cher Jean-Christophe, de nous offrir cette clarté , que ce soit dans votre argumentation que dans le choix de cette musique et la belle composition picturale, toutes choses s’inscrivant dans le temps. Je suis sûre que je trouverai dans ce disque un grande émotion et une grande élévation, déjà décelées dans ce billet.
    Avec toute mon amitié.

    • Ce disque m’accompagne presque quotidiennement depuis que je l’ai reçu, chère Michelle, et je ne doute guère que ce sera également votre cas lorsqu’il vous arrivera. J’ai dû faire un gros effort pour contenir cette chronique dans des limites « raisonnables »; le commentaire sur les œuvres aurait pu sans problème faire le double de celui-ci tant il y a de choses à entendre et à comprendre chez Bach qui me semble vraiment une inépuisable source de jouvence et d’émotions, mais l’essentiel n’est-il pas de laisser toute sa place à la musique ?
      Je vous remercie bien sincèrement pour votre commentaire et vous souhaite bonne découverte de ce bijou de disque.
      Je vous adresse de très amicales pensées.

  2. Wohlgetan!
    ..aimerais-je dire après l’écoute de ces extraits. Certains d’entre eux m’ont accompagné ,vivent les gadgets 🙂 , sur certains chemins de douleur et d’espoir il y a quelques années déjà.
    C’est comme si je les entendais pour la première fois. Un peu comme cette branche morte de la pochette qui, judicieusement éclairée, semble éclairer d’elle-même son entourage.

    Merci pour ce réconfort dominical, cher Jean-Christophe.

    • Je crois, cher Roland, que je vais écrire encore plus souvent sur Bach puisqu’il me permet d’avoir le bonheur de vous lire 🙂 Je ne vous cache pas que j’ai eu une grosse pensée pour vous en travaillant sur cette chronique, comme j’en ai toujours une en écoutant la musique du Cantor. Puisse-t-elle continuer à vous apporter le réconfort et, qui sait, une forme d’apaisement.
      Je vous souhaite le meilleur dimanche possible.
      Avec mon amitié.

  3. Bonjour Jean Christophe,
    Belle chronique ce dimanche matin et de bien belles pièces à entendre…j’avais eu la chance d’en écouter la plupart en concert il y a quelque temps à Malonne,à Saintes avec Marcel Ponselle au hautbois et je crois aussi à Arques la Bataille. Mais quel bonheur de pouvoir « repartir avec » et les écouter à satiété chez soi!
    On ne peut que passer un bon dimanche après l’avoir commencé ainsi.
    Avec mon amitié.
    Emile

    • Bonjour Émile,
      Le plus difficile a été de choisir un passage de chaque cantate, tant l’ensemble est harmonieux et réussi.
      Si l’expérience du concert demeure naturellement irremplaçable, je vous avoue être de plus en plus attaché à ces musiques avec lesquelles on peut repartir pour les savourer en paix chez soi — j’ai déjà dû écouter ce disque une bonne quinzaine de fois.
      Je vous souhaite un bon dimanche et vous adresse d’amicales pensées.

  4. Magnifique merci.

  5. Bonjour ici cher Jean-Christophe,

    Je voulais essayer les belles plumes que mes amis ont eu la gentillesse de m’offrir, mais la tentation est trop grande, alors me voici ici .
    Je ne trouve pas de mots pour te dire ce que j’ai ressenti, juste, oh que c’est beau !!

    Merci pour la magnifique huile sur bois, merci pour les extraits qui m’ont définitivement séduite, merci pour ta chronique longue et enrichissante. Et merci de m’avoir soufflée une excuse à donner à mon banquier. 🙂

    J’imagine aisément le temps que tu as passé à écrire cette chronique, mais quel plaisir tu as dû ressentir, on le perçoit dans ton écriture, tu sais faire passer ton émotion à travers les mots …
    Je te souhaite une belle fin de dimanche.
    Je t’embrasse bien fort cher Jean-Christophe .

    • Bonsoir chère Tiffen,
      J’espère que tu auras quand même essayé tes plumes durant cet après-midi où la musique de Bach t’aura peut-être accompagnée un peu plus longuement qu’au travers des extraits de cette chronique — avoue que l’on peut imaginer pire.
      J’ai effectivement passé pas mal de temps sur ce texte, afin de tenter d’être aussi complet que possible sans être trop long, puisque tu sais bien qu’il y a un certain nombre de personnes qui lisent en diagonale (cf. le premier commentaire sur ce billet sur facebook ce matin — et on se demandera encore pourquoi je fuis les réseaux sociaux), alors imagine ce que ça peut donner si on dépasse un certain nombre de lignes — Dieu merci, les lecteurs du blog prennent vraiment du temps, eux, et je leur en suis reconnaissant. J’espère avoir réussi à intéresser et à donner l’envie d’en entendre plus de cet enregistrement, à la barbe des banquiers s’il le faut 😉
      Je te remercie pour ton mot et te souhaite une belle soirée.
      Je t’embrasse bien fort.

  6. Que d´émotions, ce tableau, ces cantates..

    Je vais me faire plaisir, je vais l´acheter sûrement.

    Merci Jean-Christophe.

    • Je crois que vous ne regretterez pas votre achat, Chantal, tant ce disque est une réelle réussite.
      Je vous remercie pour votre mot et vous souhaite une belle journée.

  7. jean pierre jacob

    2 décembre 2016 at 17:07

    Quelle semaine, quelle avalanche de nouvelles, d’annonces, de réflexions, de synthèses à lire dans les domaines d’actualités où j’essaie, tant bien que mal de me repérer.

    Mais Jean Sébastien Bach pour moi reste un point d’ancrage qui me permet de souffler tant que faire se peut : stop on arrête et on écoute.

    Merci Jean Christophe de me proposer un parcours plus riche encore: on lit, on recherche parfois, un mot, une date, un lieu, une démarche, un avis avant ou après les courts moments que J.S Bach, servi par les interprètes choisis par vous, nous offre. Tout au long de ces derniers jours, j’ai donc eu un lieu de repos musical précis garni de plus par vos soins de fruits d’automne.

    Et j’ai encore construit de nouvelles liaisons entre mes neurones. Que désirer de plus à mon âge ….
    Cordialement .

    • Vous avez raison, Jean-Pierre, que d’agitation sur le théâtre du monde depuis une semaine. Pour ma part, tout en gardant un œil sur l’actualité, je n’ai pas trop de mal, je vous l’avoue, à m’en abstraire, mes activités autour des matières qui me sont chères (musique, arts, littérature…) constituant un solide rempart vis-à-vis de l’écume médiatique.
      Bach représente un point d’ancrage assez immuable dans mon quotidien, et si je m’en éloigne parfois considérablement, je finis toujours par y revenir à un moment ou à un autre. Je m’efforce d’être aussi attentif que possible à ce qui se passe dans l’interprétation de ses œuvres, selon mes critères bien entendu (uniquement, donc, des approches « historiquement informées »), et je vous avoue que j’attendais ce disque de Vox Luminis avec un mélange d’excitation et d’appréhension. Ce que j’y entends correspond assez exactement à ma conception de cette musique, aussi suis-je comblé, et j’espère que vous le serez vous aussi si vous allez au-delà des extraits.
      Merci pour votre confiance et cordiales pensées.

  8. Milena Hernandez

    3 décembre 2016 at 00:04

    Cher Jean-Christophe, merci pour cette présentation des cantates de jeunesse de Bach. Je les ai réécoutées en entier dans la version que je possède (très décriée par la critique en son temps) et en effet l’interprétation de Vox Luminis est très belle. Ma cantate préférée a toujours été la 131 pour laquelle j’éprouve une émotion chaque fois renouvelée. Dans l’extrait que vous nous proposez le velours du hautbois le dispute à la douceur des chanteurs. Vous évoquez les tempos, je crains toujours les interprétations où les mots sont mangés, les vocalises au bord du dérapage et les halètements perceptibles. Les tempos de Vox Luminis, du moins dans ce que vous donnez à entendre, me semblent parfaits notamment pour le choeur de la 150. Comme d’habitude vous nous avez concocté une nouvelle cantate et vous avez bien fait de choisir deux extraits où les voix dialoguent avec les instruments à vent. Ayant succombé au Biber, que je dois recevoir sous peu, je me contenterai de recommander ce disque à mes connaissances en vous remerciant à nouveau de m’avoir permis de beaux moments d’écoute musicale. Bien amicalement, Milena.

    • Chère Milena,
      Je serais curieux de savoir quelle est cette version des cantates de jeunesse qui fut tant décriée par la critique – je vois, ici et là, certains ironiser à peu de frais sur la « facilité » que représenterait le fait d’interpréter une musique aussi souvent mise à l’honneur que celle de Bach; il me semble qu’ils oublient un peu vite à quel point elle est exigeante pour les interprètes auxquels elle ne pardonne rien – et je vous avoue que je serais assez surpris si ce disque de Vox Luminis parvenait à faire l’unanimité de ce point de vue. La cantate de jeunesse pour laquelle j’éprouve un fort faible (BWV 18) ne figure pas dans cet enregistrement, j’espère que Lionel Meunier ne l’oubliera pas s’il s’engage dans une nouvelle anthologie; en tout cas, s’il est bien une chose qu’on doit porter au crédit de sa démarche, c’est bien l’attention de tous les instants apportée à la lisibilité du texte et à la rectitude linguistique, un soin que tous les ensembles sont malheureusement loin d’avoir. Choisir des extraits dans cet enregistrement a été un véritable casse-tête, mais j’espère être parvenu à donner un reflet fidèle de ce qu’il est. Puisque vous le recommandez autour de vous, j’espère qu’une bonne âme aura l’excellente idée de vous en faire présent, ce ne serait que justice; je me réjouis de connaître votre sentiment à propos des Sonates du Rosaire par Hélène Schmitt si vous voulez bien me le communiquer, naturellement.
      Je vous remercie d’avoir pris de votre temps pour cette chronique et vous adresse de bien amicales pensées.
      Jean-Christophe

  9. Cher Jean-Christophe,

    Comme cela faisait un certain temps que nous avions parlé de la sortie de ce disque, j’ai voulu changer mon modus operandi et j’ai donc opté pour une écoute complète de cet enregistrement avant de lire votre chronique. Je voulais, pour une fois, me faire ma propre opinion avant de découvrir la vôtre…
    Comme vous le dites dans votre introduction, il me semblait aussi que la trajectoire du répertoire de Vox Luminis suivait une spirale – je dirais « ascendante » – vers Bach. En écrivant ceci, je ne pose pas un jugement de valeur sur les compositeurs interprétés par l’ensemble dans leurs précédents enregistrements, je vois plutôt un mouvement du moins au plus connu pour la majorité des amateurs de musique classique.
    Quoi qu’il en soit, spirale, cercles concentriques ou pas, je ne suis pas ressorti indemne de cette première écoute. Et les deux qui ont suivi m’ont encore conforté dans mon opinion : ce disque est (encore une fois, cette année 2016 est vraiment incroyable) une perle rare.
    L’homogénéité de Vox Luminis y est pour beaucoup. Pas de vedette mise en avant, juste un groupe de chanteurs, mais quels chanteurs ! Ils sont tous remarquables, et tellement expressifs. J’avouerai quand même avoir un « petit faible » pour deux d’entre eux, comme vous le savez…
    J’ai voulu comparer une des cantates présentes sur cet enregistrement, une que j’aime tout particulièrement, la BWV 12, avec certaines versions en ma possession. Mal m’en a pris…
    Celle d’Harnoncourt/Leonhardt ne fait décidément plus le poids, et a pris cette semaine un sérieux coup de vieux. Celle d’Herreweghe (ma préférée jusqu’à ce jour) me semble moins expressive, et l’orchestration est un peu lourde. Dans le même style, il n’y a vraiment que celle de Konrad Junghänel (tiens, tiens, je vois que vous l’avez aussi) qui pourrait tenir la comparaison, mais je n’y retrouve pas une atmosphère aussi recueillie/méditative qu’ici.
    Si on ajoute à tout ce qui précède le choix de la version dépouillée (avec orgue !) et la prise de son d’exception, on obtient (à mon humble avis) une nouvelle référence discographique pour ces cantates.
    Si la lecture ultérieure de votre chronique a, une fois encore, démontré que nos goûts sont vraiment fort proches, elle m’a surtout permis de voir à quel point vos extraits musicaux sont choisis avec soin et collent – tout autant que la magnifique peinture qui l’illustre – à votre remarquable chronique.
    Grand merci pour cette superbe découverte et pour cette longue et fort belle chronique Jean-Christophe. J’imagine le temps que vous demande un tel travail, mais si vous en avez encore un peu de disponible, on en redemande volontiers de ce genre-ci !
    Avec toute mon amitié,
    Jean-Marc

    • Cher Jean-Marc,
      Je trouve votre démarche parfaite et j’aime à penser que les lecteurs de ce blog cherchent à se faire une opinion en suivant leurs propres chemins en parallèle de ceux que je tente d’ouvrir pour eux.
      Quel que soit l’ensemble qui s’y attelle, aborder la musique de Bach est, contrairement à ce que prétendent certains beaux esprits, tout sauf la marque d’une paresse, et on le mesure pleinement au nombre de disques peu convaincants produits par des interprètes qui n’ont pas pris le temps ou n’ont pas fait l’effort de mûrir leur démarche. Au rebours de cette attitude, Vox Luminis chemine sans se hâter vers ce sommet et la première halte qu’il nous propose est déjà d’une maîtrise et d’une maturité saisissantes.
      Le jeu des comparaisons est cruel et je pense, s’agissant de l’intégrale de Leonhardt et Harnoncourt, qu’il faut vraiment la regarder comme le jalon historique majeur qu’elle est et ne pas lui demander la « perfection » technique qui était hors de sa portée à l’époque de se réalisation — l’esprit n’en est pas moins là. Herreweghe (un des modèles de Lionel Meunier) est égal à lui-même : toujours très léché et en place, mais avec un déficit de drame qui me semble un peu préjudiciable, ce qui ne fait pas de lui un moins grand serviteur de Bach (j’écoute d’ailleurs sa lecture de BWV 81 en vous répondant). Junghänel m’a quelque peu déçu à la réécoute, pourtant Dieu sait que j’ai écouté ce disque avec plaisir des dizaines de fois : je trouve ses lectures un peu pressées et pas toujours si bien chantées que ça, même si sa BWV 12 demeure de très bonne tenue. Dans BWV 106 et 150, la seule vraie concurrence est, à mes yeux, celle de Pierlot dont je persiste à trouver très aboutie la première incursion dans l’univers des cantates — et puis, il y a la merveilleuse BWV 18 que j’aime tant sur le disque 🙂
      Je vous remercie bien sincèrement de me donner acte de la cohérence dans le choix des extraits – casse-tête et crève-cœur – comme dans celui du tableau, qui regorge de symboles christiques pour qui sait les voir. Cette chronique a effectivement réquisitionné pas mal de ce qui me sert de neurones, mais je pense que cette réalisation méritait vraiment un tel investissement.
      Je vous adresse toute ma gratitude pour avoir pris le temps de vous arrêter longuement ici et toute mon amitié.
      Jean-Christophe

  10. lenormand rémi et monique

    3 décembre 2016 at 21:57

    Oui c’est cela, il faut se faire une idée en lisant l’article très érudit de Jean-Christophe et aussi les réactions des lecteurs de ce blog incontournable. Parler, échanger, communiquer, ces actes autorisent notre enrichissement intellectuel et humain. Ainsi, il nous est permis de voir et d’entendre d’autres horizons, d’accéder à la liberté indispensable plutôt que d’obéir à une seule vérité réductrice aliénante et dangereuse. C’est à ce prix qu’une civilisation évoluée et humaine pourra demeurer libre au contraire par exemple d’une Union Soviétique dans laquelle Poutine vient de « recadrer » les artistes. Un danger très réel devient un peu partout de plus en plus menaçant, ne nous faisons aucune illusion.
    A écouter les extraits de ce merveilleux enregistrement, on peut dire que nous sommes très très proches du bonheur idéal. Un cd à écouter jalousement mais à partager aussi. Merci à Jean-Christophe pour ce très brillant et passionnant article ainsi que pour les illustrations.

    Amitiés.

    Rémi et Monique Lenormand.

    • Nous sommes bien d’accord, chers Monique et Rémi : la liberté et le dialogue doivent toujours demeurer des priorités, car sans eux on verse vite dans une idée formatée et donc terriblement appauvrie de la culture. Laissons donc les certitudes à la presse dite spécialisée – qui l’est d’ailleurs de moins en moins – et à ceux qui estiment que l’on peut faire de l’histoire des arts avec un double décimètre ou une balance.
      Je crois sincèrement que ce disque Bach de Vox Luminis est une magnifique réussite et s’il ne fera probablement pas l’unanimité auprès de ceux que je viens de citer, tous ceux qui l’ont entendu jusqu’ici mon fait part de leur bonheur; j’espère que ce sera également votre cas.
      Je vous remercie pour votre mot et vous adresse de bien amicales pensées dominicales.
      Jean-Christophe

  11. quelle belle découverte pour un soir de Noël. Découverte de cet article en particulier et découverte de cette Wunderkammer que j’ai bien l’intention de visiter souvent. Une toute petite suggestion, s’il était possible de mettre la référence de chaque extrait sous la petite barre d’écoute, ce serait formidable.

    • Bonsoir Florence,
      Soyez la bienvenue sur ce blog. Je viens d’aller faire un tour sur Muzibao et donc lu que vous écriviez avec sensibilité sur la musique; je ne manquerai pas de suivre avec intérêt les développements de votre projet.
      Je ne suis pas certain que le lecteur que j’utilise soit modifiable pour y insérer directement les références des extraits, mais je vais y regarder de plus près au cas où.
      Je vous remercie pour votre mot et vous souhaite une belle soirée de Noël.

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