Wunderkammern

Trouvailles pour esprits curieux

Le vœu de Wolfgang. La Messe en ut mineur de Mozart par Frieder Bernius

Thomas Gainsborough (Sudbury, 1727 – Londres, 1788),
Enfants de la campagne, 1787
Huile sur toile, 147,6 x 120,3 cm, New York, Metropolitan Museum

 

La musique sacrée de Mozart, bien que documentée par quelques enregistrements intégraux qui la rendent accessible à tout mélomane curieux de l’entendre, n’est pas la partie de sa production la plus régulièrement interprétée, parce qu’elle souffre bien souvent d’une réputation assez largement injustifiée, à laquelle une écoute un tant soit peu attentive par exemple de la Waisenhausmesse ou de la Spatzenmesse permet de faire un sort, d’être le fruit quelquefois fade d’une luxueuse routine — il n’est pas inutile de rappeler que les messes sont toutes des œuvres de commande avec parfois, dans le cas de celles composées pour l’archevêque Colloredo, des contraintes extrêmement fortes, notamment en matière de durée. Paradoxalement, les deux partitions les plus connues et les plus jouées de ce corpus sont également celles qui posent le plus de problèmes, car toutes deux fragmentaires ; d’un côté, le Requiem qui n’est pas, lorsque l’on écarte la quincaillerie fabulo-sentimentale qui encombre la perception que nous pouvons en avoir, ce que Mozart a livré de plus personnel (il faut toujours garder à l’esprit qu’il s’agit, là aussi, d’une commande à laquelle il a travaillé de façon sporadique en multipliant les emprunts et lorsqu’il n’avait pas plus intéressant à faire), de l’autre, la Messe en ut mineur, dont on a de bonnes raisons de croire qu’elle est la seule de son auteur à procéder d’un mouvement véritablement intime.

Le 4 janvier 1783, Wolfgang écrivit à Léopold : « j’ai vraiment fait la promesse au fond de mon cœur et espère bien la tenir. Lorsque j’ai fait ce serment, ma femme était encore célibataire et comme j’étais fermement décidé à l’épouser peu après sa guérison, il m’était facile de faire cette promesse. (…) Comme preuve de la sincérité de mon serment, j’ai ici la partition d’une messe à moitié composée qui attend d’être portée son terme. » (traduction de Geneviève Geffray, Flammarion, 1991) La Messe en ut mineur, de type solennel par opposition au format bref qui avait été imposé à Salzbourg, est donc une œuvre votive, mais on est réduit à des conjectures dès que l’on cherche à préciser un peu plus les choses ; il s’agissait manifestement d’une affaire intime touchant le couple Mozart qui était néanmoins suffisamment connue pour qu’elle puisse être évoquée sans entrer dans les détails, mais dont on ignore si elle était liée à l’état de santé de Constance ou, comme on le lit souvent, à sa grossesse qui arriverait à son terme le 17 juin de cette même année avec la naissance de Raimund Leopold, un premier enfant qui ne devait vivre que deux mois, ce drame pouvant alors expliquer l’abandon de la composition. Seuls le Kyrie et le Gloria sont complets, le « Credo in unum Deum » et l’« Et incarnatus est » subsistent de façon complète en ébauche de partition, le Sanctus et le Benedictus doivent être reconstruits d’après des sources secondaires (une réduction de la Messe effectuée vers 1800 par le père Matthäus Fischer, dont l’église s’était vu confier par Nannerl les papiers de son défunt père) tandis que l’Agnus Dei est, lui, totalement manquant. Cet état lacunaire, symptomatique de la difficulté du compositeur à fixer durablement son attention sur la musique sacrée, n’empêcha pas une exécution de l’œuvre, Constance tenant une des parties de soprano, le 26 octobre 1783 en l’Église Saint-Pierre de Salzbourg, la seule documentée du vivant de Mozart. Ce dernier ne devait cependant pas être trop mécontent de son travail, car il réemploya une très large partie de la musique dans la cantate Davidde penitente KV 469 assemblée en 1785 avec seulement l’addition de deux arias nouvelles à l’occasion d’un concert de bienfaisance.
La Messe en ut mineur est une œuvre assez disparate qui témoigne de la capacité d’assimilation d’un musicien capable d’embrasser avec la même aisance style sévère (Kyrie, Gratias), fioritures galantes (Laudamus te) et élans dramatiques savamment contrôlés (Domine Deus, Quoniam), avec un souci permanent du lyrisme qui s’exprime pleinement dans l’Et incarnatus est, page d’une sensibilité frémissante à la ligne vocale richement ornée qui se place sans contredit parmi les plus belles sorties de la plume de son auteur. La Messe apporte également le témoignage du contact approfondi, favorisé par le baron Gottfried van Swieten dont la bibliothèque recelait des trésors, avec la musique de Händel (Gloria) et Jean Sébastien Bach (fugues du Cum Sancto Spiritu et de l’Hosanna) qui apporta à l’inspiration de Mozart une profondeur nouvelle. Ce qui ne laisse pas d’étonner et explique sans doute en partie la fascination durable exercée par cette œuvre sur les interprètes est que, malgré son inachèvement et son hétérogénéité stylistique, elle dégage un fort sentiment de fluidité et d’unité ainsi qu’un charme particulier où alternent brillance et humilité mais où s’impose surtout constamment du fait, peut-être, de son caractère éminemment personnel, une infinie tendresse.

Les lectures « historiquement informées » de la Messe en ut mineur se sont régulièrement succédé depuis le milieu des années 1980, avec quelques belles réussites signées, entre autres, John Eliot Gardiner (sans doute la vision la plus händelienne) ou Louis Langrée (indiscutablement la plus dramatique). Il était assez logique que Frieder Bernius, qui a livré en 2000 une excellente lecture du Requiem pour le même éditeur, se penche à son tour sur cette partition. Comme souvent avec ce chef dont la capacité à ne pas se contenter des acquis force le respect, il a tenu à l’aborder avec un regard neuf, en réalisant, en collaboration avec le musicologue Uwe Wolf, une nouvelle édition critique réduisant au minimum les interventions sur le texte de Mozart qu’il est néanmoins parfois indispensable de reconstruire, puis en l’enregistrant avec le chœur, l’orchestre mais aussi des solistes avec lesquels il a coutume de travailler. Le résultat est excellent et offre de cette œuvre bien connue une approche particulièrement intéressante qui se distingue par une place moindre accordée aux effets au profit d’une très séduisante intériorité. Le quatuor vocal est très équilibré avec des chanteurs maîtres de leur moyens qui ne surjouent jamais la dimension opératique tout en ne négligeant pas de faire sentir qu’elle est toujours présente en filigrane ; on louera ainsi un Et incarnatus est tout en finesse et en retenue qui n’abandonne pour autant jamais ni l’ampleur, ni la sensualité. Le Kammerchor Stuttgart est, comme à son habitude, irréprochable sur le plan de la discipline, de la lisibilité et de la réactivité, et sonne avec une plénitude sans emphase, tandis que la Hofkapelle Stuttgart fait montre de la précision, de l’alacrité mais aussi de la richesse de coloris qui la font tant apprécier dans le répertoire classique mais aussi romantique. Frieder Bernius dirige ses troupes sans précipitation mais sans alanguissement, avec toute l’intelligence musicale qu’on lui connaît ; il sait ménager les nuances et les silences ou faire saillir les détails sans jamais perdre le sens de la ligne et le souffle nécessaires pour que son interprétation demeure à la fois cohérente, tendue et vivante. À la fois élégante et engagée, cette version de la Messe en ut mineur, par ailleurs fort joliment éditée, se distingue par le pari qu’elle fait de la simplicité et d’une palpable ferveur qui dérouteront peut-être des oreilles habituées à plus de pompe ou de rutilance mais qui intéressera tout mozartien curieux et ravira ceux qui n’oublient pas que cette partition pleine de brio est avant tout une messe.

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Messe en ut mineur KV 427 (417a)

Sarah Wegener, soprano
Sophie Harmsen, mezzo-soprano
Colin Balzer, ténor
Felix Rathgeber, basse
Kammerchor Stuttgart
Hofkapelle Stuttgart
Frieder Bernius, direction

1 CD [durée : 56’08] Carus 83.284. Ce disque peut être acheté chez votre disquaire ou en suivant ce lien.

Extraits choisis :

1. Kyrie

2. Benedictus

24 Comments

  1. De Mozart, c’est surtout cette messe que j’écoute très souvent et cette version est magnifique. Différente en effet et tellement agréable à découvrir.
    Merci de cette présentation Jean-Christophe, je l’apprécie beaucoup.
    Très bon dimanche
    Avec amitié
    Annick

    • J’aime beaucoup cette messe moi aussi, Annick, et elle m’accompagne depuis la fin des années 1980 dans différentes lectures. Avec celle que propose aujourd’hui Frieder Bernius, j’ai réellement le sentiment de la redécouvrir et je la trouve plus attachante que jamais.
      Je te remercie d’être venue jusqu’ici et je profite de ce mot pour te dire que j’ai trouvé très émouvant l’hommage que tu as rendu sur ton blog à ta Pépîta.
      Puisse cet après-midi dominical t’être agréable.
      Bien amicalement à toi,
      Jean-Christophe

  2. Michelle Didio

    15 janvier 2017 at 11:02

    Une version que je vais découvrir et pleinement apprécier en achetant le disque, après avoir lu et écouté votre très bonne description de l’oeuvre. Merci Jean-Christophe. Je vous souhaite une très belle journée Avec mes pensées amicales.

    • Je suis ravi de lire que vous allez prendre un peu de temps pour cet enregistrement, Michelle, et je gage que ce ne sera pas du temps perdu tant l’approche de Frieder Bernius me semble donner, mieux qu’un certain nombre d’autres, une vision très juste de cette partition dont j’ai tenté de résumer au mieux la genèse complexe.
      Je vous souhaite bonne découverte de cette réalisation, vous remercie pour votre mot et vous souhaite une très agréable suite de dimanche.
      Bien amicalement.

  3. Alain Huc de Vaubert

    15 janvier 2017 at 11:25

    Merci Jean-Christophe pour pour ce beau commentaire, toujours très fouillé, sur cette messe, qui est l’une des œuvres fétiches, dont je possède une quinzaine de versions depuis environ 35 ans. Mais je ne connaissais pas celle, toute récente je suppose, de Freider Bernius, que je trouve comme vous vive, élégante et engagée avec un tempo allant, qui sied à une messe votive, y compris dans les sections du Gloria (Qui tollis, Quoniam…) où certaines versions ralentissent parfois jusqu’à l’ennui.
    Vous n’occultez pas le mystère de son inachèvement, qui nous prive pour toujours d’une grande messe-cantate dans la suite de ses amis les frères Haydn.
    J’apprécie par dessus-tout votre façon de restituer les œuvres présentées dans leur contexte général et de création.
    Merci pour votre curiosité et ce blog rafraichissant dans sa profondeur et sa densité.
    Beau dimanche à vous.
    Alain

    • J’ai moitié moins de versions de cette œuvre que vous, Alain, mais une des vertus de l’écriture de cette chronique a été de m’obliger à remettre le nez dedans, avec de bonnes (Langrée, malgré ses tempos trop rapides à mon goût) et de mauvaises (Herrewghe, avec une Larmore hors-sujet) surprises, et la confirmation que Gardiner et Neumann, malgré le passage du temps, tenaient encore très correctement leur rang. La lecture de Frieder Bernius, qui repose sur une connaissance approfondie du sujet et une longue fréquentation de l’œuvre, me semble tirer son épingle du jeu avec un certain panache en replaçant cette Messe dans une optique liturgique qui est très souvent occultée au profit de pirouettes vocales certes séduisantes mais un peu univoques; cette approche me semble très juste et donne un disque fervent et cohérent vers lequel je suis revenu (et reviendrai) avec grand plaisir.
      Je vous remercie pour votre commentaire et votre appréciation sur le travail que je conduis ici; les choses ne sont pas toujours simples, comme vous pouvez l’imaginer, et critiques comme encouragements sont toujours les bienvenus.
      Je vous souhaite une bonne fin de dimanche.
      Jean-Christophe

  4. Ce que tu écris ainsi que les deux extraits musicaux partagés enjoignent à acquérir, sans réserve à mon sens, cette version éditée et complétée parue fin 2016.
    Le Kyrie — peut-être le morceau le plus immédiatement reconnaissable de la Messe en ut mineur — est ici, avec les musiciens en présence, éblouissant ! Kyrie dont je soupçonne Beethoven (lequel connaissait lui aussi très bien la musique de Händel) de s’en être qui sait inspiré pour sa Missa solemnis… En tous les cas, certains échos me le font supposer.
    Quant aux Enfants de la campagne, par Thomas Gainsborough, que tu as choisi (avec la subtilité qui te caractérise), il apporte ici un supplément d’âme à mes yeux bienvenu.
    Je te souhaite un heureux dimanche, ami J.-Ch, et t’embrasse.

    • Je ne sais pas si Beethoven connaissait ou non cette Messe, ami Cyrille, et s’il ne faut évidemment rien exclure, le fait qu’elle soit demeurée incomplète et à l’état de manuscrit ne plaide guère en ce sens. Quoi qu’il en soit, je partage ton enthousiasme pour cette version qui est ce que j’ai entendu de plus cohérent et de plus convaincant dans cette œuvre depuis bien longtemps. Je pense que l’écoute intégrale ne te décevra pas.
      Je te remercie pour ton mot et pour avoir perçu les raisons de mon choix pictural, peut-être peu évident de prime abord mais qui me semble rendre justice à ce que Mozart a à nous dire ici.
      Bel après-midi dominical à toi que j’embrasse.

  5. Bonsoir cher Jean-Christophe

    Quel magnifique tableau ! Je ne me suis pas privée de zoomer pour en admirer les détails . Pour une chronique sur Mozart, il est parfait.

    Je viens d’apprendre, et je n’ai pas honte de l’avouer, que les messes étaient toutes des commandes. Tu vois, il n’était donc pas inutile de le rappeler 🙂

    Au fil de tes chroniques j’apprends , j’approfondie , je découvre…. et ta délicatesse fait que tu ne t’attardes jamais trop sur ‘l’intime ».
    J ‘ai pris une nouvelle fois beaucoup de plaisir à lire celle-ci, les extraits sont très très beaux. Merci (et tu sais que ce n’est pas un vain mot).
    Je te souhaite une belle soirée et une douce nuit .
    Je t’embrasse bien fort .
    Tiffen

    • Bonsoir chère Tiffen,
      Il ne faut pas se priver d’agrandir et certains cadrages et plans rapprochés permettent de « sentir » le tableau avec plus d’acuité encore.
      À de très rares exceptions près, il était exceptionnel avant le XIXe siècle qu’un musicien compose de la musique sacrée autrement que sur commande; la vision romantique de l’artiste a contribué à faire profondément évoluer les choses, au point qu’un Gabriel Fauré pourra dire : « j’ai composé mon Requiem pour rien, pour le plaisir si j’ose dire. »
      Je suis heureux que cette chronique et ses extraits t’aient plu; Mozart est un de mes vieux compagnons de route, je le retrouve toujours avec beaucoup de plaisir.
      Belle soirée ou journée à toi, je te remercie pour ton mot et t’embrasse bien fort.

  6. Merci pour ce moment de pureté . Je vais m’offrir cet enregistrement pour mon anniversaire qui aura lieu d’ici peu.
    c’est toujours un plaisir de lire vos enrichissantes explications

    • Je pense sincèrement que vous ne regretterez pas de vous être fait ce cadeau et vous verrez que chaque nouvelle écoute approfondit encore l’attachement pour cette version.
      Je vous en souhaite bonne découverte et vous adresse, si vous le permettez, de bien sincères vœux d’anniversaire anticipés.
      Merci pour votre mot.

  7. mireille batut d'haussy

    17 janvier 2017 at 19:43

    C’est comme un livre blanc qui s’ouvrirait à nous, en ce début d’année.
    Ici, le mot – enthousiasme – mérite que l’on se réfère à son étymologie et je suis heureuse de l’éprouver à l’occasion de cette publication.
    L’intégrité du travail de Bernius se reflète dans la joie profonde et contagieuse qu’il sait faire surgir du plat, du morne, et de l’obscur auxquels on nous a trop demandé de consentir -comme s’il fallait s’y résigner- pour sauver la spiritualité des oeuvres de Mozart des complaisances et des outrances que se sont autorisées certains chefs ( surtout dans les fameux concerts du 25 août, consacrés à cette Messe )… Même si j’avoue, avoir souvent beaucoup plus appris de ces excès que de leurs inverses, tant il faut bien dire.
    Cette relecture et le travail d’édition qu’elle a permis, cet enregistrement que vous présentez avec une simplicité sérieuse et sereine, bien accordée aux passages obligés qui se contiennent en puissance, autant de raisons de taire et de partager. M.

    • Je trouve votre regard parfait, Mireille, en ce qu’il rappelle que l’interprétation de la musique sacrée de Mozart ne va pas de soi et nécessite plus de véritable investissement spirituel que celui qu’on lui accorde de coutume, sous le prétexte que l’on sait que le compositeur se tenait à distance de l’Église et qu’il n’écrivait dans ce domaine que dans le cadre de ses obligations (mais c’était aussi largement le cas pour ses opéras). Bernius, comme Neumann à la fin des années 1980, a pris le temps qui lui permet de restituer cette dimension souvent manquante et si l’on y perd sans doute en brillance, ce qu’on y gagne en profondeur est inestimable.
      Un bien sincère merci pour votre commentaire.

  8. lenormand rémi et monique

    19 janvier 2017 at 22:04

    Bonsoir Jean-Christophe,

    Un chef peu connu mais de très grand talent tel Bernius ne pouvait que donner une merveilleuse interprétation de la grande messe de Mozart elle même peu connue mais tellement belle. Certains chefs-d’œuvre dorment à l’ombre , on ne sait pourquoi : puis la mode ou autre évènement s’en empare. ….. Les véritables œuvres musicales ou picturales ou autres ne meurent jamais.

    Amitiés.

    Rémi et Monique Lenormand.

    • Chers Monique et Rémi,
      Le travail de Frieder Bernius demeure effectivement assez confidentiel en France, ce que l’on ne peut que regretter lorsque l’on constate sa qualité; je suis ce chef depuis déjà un certain nombre d’années et sur le répertoire classique et romantique, j’avoue qu’il m’a très rarement déçu. Le regard qu’il porte sur la célèbre Messe en ut mineur de Mozart démontre effectivement que l’on n’épuise jamais les chefs-d’œuvre et qu’il peut toujours y avoir à dire à leur propos pour peu que l’on ne se contente pas de demeurer en surface.
      Je vous remercie pour votre commentaire et vous adresse, en ce samedi matin de froidure, de bien amicales pensées.
      Jean-Christophe

  9. jean pierre jacob

    20 janvier 2017 at 21:43

    Merci, Jean Christophe pour le choix de cette oeuvre de Mozart et cette chronique qui décrit bien le processus de réalisation du CD ; elle m’ a beaucoup occupé depuis dimanche ; je me suis rafraichi la mémoire , réécouté d’autres versions, découvert le caractère votif de l’oeuvre ; et j’ai finalement commandé ce CD .

    Ma découverte progressive de la musique de Mozart a toujours été accompagnée par la lecture d’une biographie musicale du compositeur, oeuvre de Jean Victor Hocquard , Librairie Séguier/Archimbaud – 1987 , MOZART, L’ AMOUR, LA MORT.

    Sans vouloir trop insister sur l’intimité du couple, on peut quand même remarquer que la préparation de l’exécution de l’oeuvre coincide avec le décès du premier enfant, événement majeur dans leur vie . La lecture attentive de votre chronique, l’écoute des extraits et votre choix de l’illustration qui les accompagne m’ont permis d’imaginer cette période douloureuse de la vie de Constance et de Wolfang et de comprendre un peu mieux , grâce aussi à votre travail , que l’oeuvre soit restée en l’état.

    • Ce que j’apprécie particulièrement dans votre démarche, Jean-Pierre, c’est que vous partiez de ma chronique pour emprunter ensuite vos propres chemins, entre lectures et réécoutes. Pour ce qui est de Mozart, ma première approche a été la biographie déjà un peu ancienne mais tellement passionnée de Brigitte et Jean Massin (Fayard), mais je ne saurais me passer des contributions du regretté H.C. Robbins Landon, qu’il s’agisse de ses propres ouvrages (dont le Mozart en son âge d’or sur les années viennoises) ou du Dictionnaire Mozart qu’il a dirigé et qui est aujourd’hui mon ouvrage de référence. J’ai la chance d’avoir sous la main la correspondance complète publiée chez Flammarion et deux excellents ouvrages en anglais, Mozart, the early years (1756-1781) de feu Stanley Sadie et Mozart at the gateway to his fortune (1788-1791) de Christoph Wolff, vers lesquels je reviens souvent. Tout ceci pour vous dire que le parcours de Mozart fait partie, comme celui de Bach, de ceux qui m’intéressent depuis longtemps et sur lesquels je prends toujours plaisir à réfléchir et à écrire — j’ai d’ailleurs commis une autre chronique mozartienne sur La belle Alsace, à laquelle je me permets de vous renvoyer si le sujet vous intéresse (il y a aussi un peu à écouter dedans).
      Concernant la Messe en ut mineur, il me semble que son inachèvement peut effectivement être mis en partie sur le compte de la mort de Raimund Leopold, qui a été vécue comme un traumatisme par ce tout jeune couple tellement désireux de vivre et qui avait pris la liberté de le faire. Je suis heureux de savoir que cet enregistrement de Frieder Bernius sera bientôt près de vous et j’espère que vous ne regretterez pas votre choix.
      Je vous remercie pour votre commentaire et vous dis à bientôt.

  10. J’ai toujours eu beaucoup de mal avec Mozart -au sommet pour moi : ses sonates par Glenn Gould et ses symphonies par Klemperer, c’est dire !!! -, d’une part, et avec les musiques de messe, quel qu’en soit le compositeur, d’autre part ! Je n’ai donc, de cette oeuvre, que la vieille version de Fricsay -une référence paraît-il- et une autre un peu plus récente de Karajan -un de ses derniers enregistrements-. On est évidemment très loin de l’extrait écouté ici !
    L’approche psycho-historique -sic- de l’oeuvre, dans cette chronique, est cependant fort intéressante !

    • Mozart a été le premier compositeur auquel je me suis véritablement intéressé, je veux dire en me documentant au-delà de l’écoute de sa musique, et il reste toujours assez proche de mes pensées, comme Bach père. Je connais la Messe en ut mineur (ah oui, j’adore la musique sacrée 😉 ) dans la version de Fricsay, cet enregistrement a été ma première approche de l’œuvre, peu de temps avant Gardiner — le contraste a été rude.
      Les sonates ? Oui, mais plutôt par Bezuidenhout et Staier en ce qui me concerne (je crois que je ne supporte Glenn Gould dans aucun des répertoires où je l’ai écouté), quant aux symphonies, Brüggen, Pinnock et Hogwood, bien entendu — je sais, je suis indécrottable ^^

  11. C’est vrai, les symphonies par Pinnock sont très réussies -et j’avais eu la chance de pouvoir les acheter à prix fracassé il y a près de dix ans en Allemagne : moins de 20 € le coffret !-. Mais Klemperer y apporte une verticalité qui, à mon avis, constitue une vraie plus-value pour ces oeuvres, lesquelles, à mes oreilles, manquent de substance -mais elles ont été très largement nourries par Beethoven, Bruckner, Mahler et Sibelius, ceci expliquant vraisemblablement cela…-.

    • J’ai dû payer environ 25€ pour chacun des trois coffrets, mais je n’ai pas la chance, comme vous le savez, de demeurer près de l’Allemagne. Pinnock, bien que moins complet que Hogwood qui a poussé le scrupule jusqu’à enregistrer les versions alternatives de certaines symphonies, me semble supérieur à ce dernier en matière de mise en place et de fini. Il ne me viendrait pas à l’idée d’écouter Klemperer dans ce répertoire — j’aime infiniment sa 2e de Mahler, en revanche – : trop gros effectifs, instruments modernes, style à mes oreilles discutable… bref, tout ce qui me fait fuir.

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