Wunderkammern

Trouvailles pour esprits curieux

Sola musica. Luther et la musique de la Réforme par Vox Luminis

Pieter Jansz Saenredam (Assendelft, 1597 – Haarlem, 1665),
Intérieur de l’église Saint-Odulphe à Assendelft, 1649
Huile sur panneau, 49,6 x 75 cm, Amsterdam, Rijksmuseum

 

« J’ai toujours aimé la musique » déclarait Martin Luther dans ses Propos de table. De fait, aucun observateur un tant soit peu sérieux ne saurait dénier à cet art la place centrale et profondément structurante qui fut la sienne au sein de la Réforme, en particulier au travers du chant, vecteur privilégié des Écritures agrégeant aussi bien les plus savants contrapuntistes que les plus humbles fidèles. Comme des pics parfois vertigineux, quelques noms dominent un vaste massif de figures qui, pour l’amateur peu au fait de ce répertoire, demeurent généralement indistinctes voire inconnues ; il faut dire qu’il est difficile d’exister, en termes de notoriété, face à Heinrich Schütz ou à Johann Sebastian Bach.

La mise en valeur de la Parole fut le souci permanent de Luther, qui fit de la Bible un des piliers de son action réformatrice (sola scriptura). Ce qui distinguait sa démarche de la position qui était alors celle de l’Église catholique était la volonté de mettre les textes sacrés à la portée du plus grand nombre, non seulement d’un point de vue matériel, par l’usage de la langue vernaculaire plutôt que du latin (qui ne fut pas abandonné pour autant), mais également artistique, en se détournant des polyphonies luxuriantes à la manière franco-flamande lesquelles faisaient primer l’esthétisme sur la compréhensibilité. L’invention du choral, n’excluant nullement le recours à des élaborations plus complexes qui, au contraire, s’en nourrirent, réalisa cette ambition par sa simplicité mélodique et rythmique et devint un des étendards les plus éclatants de la Réforme. S’il fut lui-même compositeur, Luther eut la chance d’avoir auprès de lui des musiciens avec lesquels il entretint parfois des liens amicaux et qui participèrent activement à son projet de constitution d’un répertoire spécifique ; citons parmi ceux-ci Johann Walter, que son Geystliches gesanck Buchleyn publié en 1524 avec une préface du Réformateur fit regarder comme le grand maître allemand de l’hymne, ou Leonhard Paminger, un des premiers représentants de ce que je suis tenté de nommer l’humanisme musical protestant et hélas incompréhensiblement absent de la vaste anthologie proposée par Vox Luminis. Ce corpus musical d’origine ne demandait qu’à s’étoffer et sa croissance, stimulée par la perspective d’avoir tout à inventer, fut rapide ; dès 1568 parut ainsi la Deutsche Passion nach Johannes de Joachim a Burck, premier exemple entièrement polyphonique d’un genre autochtone appelé à connaître la fortune que l’on sait. Mais les compositeurs ne négligeaient pas non plus d’observer très attentivement ce qui se passait dans d’autres parties de l’Europe, en particulier en Italie. Cette nouveauté, expérimentée in loco par les plus chanceux (l’exemple le plus célèbre est celui de Schütz), découverte par les autres au travers des recueils ou des récits parvenus en terres germaniques en suivant les voies du commerce, notamment celles des cités de la Hanse, fut un levain puissant. La polychoralité telle qu’elle se pratiquait à Venise trouva un écho aussi bien chez les Praetorius de Hambourg que chez celui de Wolfenbüttel (les deux familles ne sont pas apparentées), dont la Polhymnia caduceatrix (1619) constitue le pendant luthérien du Vespro della Beata Vergine de Monteverdi (1610), tandis que les exigences expressives propres au madrigal infusèrent partout, parfois ostensiblement revendiquées comme chez Johann Hermann Schein, un des plus passionnants prédécesseurs de Bach à Leipzig qui coula le choral dans le moule italien du concert sacré avec continuo (Opella nova, première partie, 1618), dans le titre même de ses Israelis Brünnlein (1623) « composées à la manière gracieuse du madrigal italien », mais aussi chez Samuel Scheidt, Thomas Selle et, bien sûr, Schütz. Le legs de ce dernier apparaît comme la parfaite illustration de la richesse d’une tradition musicale protestante dont il représente le premier accomplissement majeur ; le Sagittarius a, en effet, composé dans tous les genres sacrés de son temps, de la sobre harmonisation des hymnes à la plus opulente polyphonie en reprenant à son compte, pour en offrir une fascinante synthèse, tous les styles, du brillant concertant à l’expressif madrigalesque en passant par le sévère dépouillement de ses trois Passions conservées, toutes écrites pour voix seules. Par la place centrale qu’il accorde à la mise en valeur et à l’illustration de la Parole, par sa recherche d’une intériorité permanente mais également son souci d’une séduction conquérante, par sa conscience de ses racines qui nourrit profondément sa capacité à forger un langage neuf, par son exigence dans la facture qui ne constitue pour autant jamais un frein ni à son accessibilité ni à sa lisibilité pour l’auditeur même le moins averti (mais, à l’époque, le bagage liturgique du fidèle même le moins instruit était plus conséquent que celui de la majorité du public d’aujourd’hui), son œuvre matérialise d’une façon presque absolue tous les souhaits de Luther en matière de musique au-delà même, sans doute, de ce que le Réformateur aurait pu imaginer.

L’anthologie proposée par Vox Luminis couvre environ cent-cinquante années d’activité musicale, des origines à 1672, s’arrêtant donc peu après l’entrée en service de Buxtehude à Lübeck, ce qui appellerait un second volet allant jusqu’à Bach voire, s’agissant de compositions pour voix accompagnées à l’orgue, jusqu’à Mendelssohn. L’ensemble dirigé par Lionel Meunier est ici dans son jardin puisqu’il explore ce répertoire germanique depuis ses débuts avec une pertinence et une sensibilité qui lui valent aujourd’hui une renommée internationale, et ce n’est pas avec cette nouvelle réalisation que son étoile va pâlir, n’en déplaise à ses détracteurs. Le soin minutieux apporté à la valorisation des moindres inflexions rhétoriques des textes, la capacité à rendre sensible la construction de chaque morceau sans jamais mettre à mal son unité en s’égarant dans les détails, la pulsation toujours dosée avec clairvoyance, le raffinement sans maniérisme du chant polyphonique, le refus de céder au cursif, à l’ostentatoire, à l’approximatif sont autant de qualités qui concourent à la réussite de ce projet dans la grande tradition de Ricercar dont il faut saluer l’ambition qui tranche salutairement sur ces productions qui se contentent de rabâcher du tout-venant sans y apporter de regard neuf ou personnel. La mise en place est, comme toujours, impeccable et les chanteurs, qui tous mériteraient des éloges individuels, se distinguent une nouvelle fois par leur discipline, la fluidité et la netteté de leurs lignes, leur engagement, ainsi que leur intelligence musicale et leur cohésion intime nées d’une longue et intense fréquentation des œuvres et de l’habitude de les interpréter ensemble qui sont aujourd’hui les marques de fabrique de Vox Luminis. Lionel Meunier persiste dans l’excellente idée de confier une grande partie du continuo à un grand orgue qui confère plus d’assise et d’ampleur aux œuvres et il a également choisi de ponctuer le programme par des pièces d’orgue qui constituent autant de paraphrases des textes sacrés ; Bart Jacobs s’illustre brillamment dans les deux exercices, accompagnateur attentif, inventif mais jamais intrusif, soliste valeureux démontrant de remarquables capacités à varier et à architecturer son discours tout en demeurant toujours parfaitement lisible.

Voici indubitablement un enregistrement qui fait honneur aux musiciens comme à leur éditeur ; présenté avec soin, il réjouit aussi bien le cœur par la beauté de l’exécution que l’esprit par la qualité et la cohérence de ses choix. Si vous êtres curieux de ces musiques de la Réforme, ne cherchez pas plus loin : ce livre-disque comblera vos attentes en vous en apprenant beaucoup et en attisant votre envie d’en découvrir plus. Cette année qui marque le cinq centième anniversaire de la publication des 95 thèses de Luther ne pouvait pas rêver plus vibrante célébration que celle que lui offre Vox Luminis.

Ein feste Burg ist unser Gott, Luther et la musique de la Réforme
Œuvres vocales de Martin Luther (1483-1546), Balthasar Resinarius (c.1485-1544), Johann Walter (1496-1570), Caspar Othmayr (1515-1553), Joachim a Burck (1546-1610), Bartholomäeus Gesius (1555/62-1613), Michael Praetorius (1571-1621), Melchior Franck (c.1579-1639), Michael Altenburg (1584-1640), Heinrich Schütz (1585-1672), Johann Hermann Schein (1586-1630), Samuel Scheidt (1587-1654), Thomas Selle (1599-1663), Andreas Hammerschmidt (c.1611-1675), Christoph Bernhard (1628-1692)
Pièces d’orgue de Johann Steffens (1560-1616), Hieronymus Praetorius (1560-1629), Michael Praetorius (1571-1621), Paul Siefert (1586-1666), Samuel Scheidt (1587-1654), Heinrich Scheidemann (c.1595-1663), Delphin Strungk (c.1601-1694)

Bart Jacobs, orgues Thomas de l’église Saint-Vincent, Ciboure (pièces d’orgue) et de l’église Notre-Dame de la Nativité de Gedinne (continuo)
Vox Luminis
Lionel Meunier, direction artistique

2 CD [durée : 70’52 & 79’19] Ricercar RIC 376. Wunder de Wunderkammern. Ce livre-disque peut être acheté chez votre disquaire ou en suivant ce lien.

Extraits choisis :

1. Johann Walter, Wir glauben all an einen Gott

2. Andreas Hammerschmidt, Freude, Freude, große Freude

3. Christoph Bernhard, Missa super Christ unser Herr : Gloria

4. Heinrich Schütz, Meine Seele erhebt den Herren (Deutsches Magnificat) SWV 494

26 Comments

  1. Emile Meunier

    19 mars 2017 at 10:14

    Bonjour Jean Christophe, quel beau prolongement au concert dynastie Bach de ce vendredi à Clamecy que cette chronique élaborée avec la passion qui vous caractérise et que vous savez si bien transmettre. Une vraie critique pour 2h30 de musique qui rend hommage à la musique mais aussi au travail de l’ensemble et de Jérôme Lejeune en particulier pour le texte. Ce disque est enfin en ma possession et je prendrai un plaisir certain à le découvrir des cet après midi. Bon dimanche à vous,avec mon amitié. Emile.

    • Bonsoir Émile,
      J’ai essayé de ne pas me moquer du monde en me contentant de dix lignes pompées dans le livret du disque et, croyez-moi, ça n’a pas été une mince affaire de tenter une synthèse sur un projet aussi touffu (je vous laisse également imaginer la difficulté pour choisir les extraits) dont tous les participants peuvent effectivement être fiers.
      J’espère que vous avez pu pleinement profiter de votre première écoute et que vous en avez été récompensé à la hauteur de votre patience (je n’en doute guère, à vrai dire); vous verrez que vous n’avez pas fini de revenir à ces deux disques.
      Grand merci pour votre mot, le premier sur cette chronique, et belle soirée.
      Avec mon amitié.

  2. Michelle Didio

    19 mars 2017 at 10:19

    Grand merci, cher Jean-Christophe. Cette chronique est très intéressante de par son thème et grâce à la multitude d’informations que vous nous donnez avec une grande précision, comme à votre habitude. Je trouverai un moment silencieux pour relire et écouter à nouveau.
    Je vous souhaite une belle journée aussi. Bien amicalement.

    • Il s’agit d’un répertoire auquel je m’intéresse depuis longtemps, chère Michelle, et le plus difficile pour moi est d’élaguer pour contenir ce que j’ai à dire dans les limites d’une chronique « acceptable » en termes de format pour les lecteurs d’aujourd’hui, tout en demeurant, je l’espère, informatif et incitatif. Votre retour me laisse penser que j’y suis parvenu et je vous en remercie en espérant que vos prochaines lectures vous donneront l’envie d’approfondir ce sujet.
      Merci pour votre mot et bonne soirée.
      Bien amicalement.

  3. mireille batut d'haussy

    19 mars 2017 at 11:28

    … à plus d’un titre, j’attendais votre article avec une impatience fébrile.
    Sola Musica, le plus juste écho à.
    Les titres des extraits choisis lus d’un trait, d’un souffle, tout est dit de ce qui peut l’être ici ;
    quant à l’écoute, pour une fois, elle fait (presque) totalement oublier la réflexion lettrée qui l’accompagne.
    Et si je cède au désir de revenir plus tard avec des considérations érudites (!) ce ne sera que faiblesse.
    Ma gratitude a, ce matin, un objet si vaste qu’elle saura bien m’en empêcher. M.

    • C’est moi qui vous dois des remerciements, Mireille, pour m’avoir donné acte de deux choses : ici, de la cohérence de mon choix d’extraits, qui a été longuement médité, et, sur le réseau, de servir le travail de Vox Luminis « avec rigueur et fraternité » — je pense que c’est (et restera) la meilleure définition de mon attitude à l’égard de cet ensemble envers lequel je suis d’autant plus exigeant que je sais ce qu’il est en mesure d’offrir.
      Tout le reste appartient à la lumière de Saenredam; je sais que vous l’avez saisi(e).

  4. Bonjour Cher Jean-Christophe

    Martin Luther et la musique de la réforme, je découvre petit à petit.

    Les extraits sont magnifiques, ces voix et cette musique m’ont beaucoup émue . J’ai eu une fois de plus du mal à fermer le lien du blog. Cette chronique très agréable à lire et enrichissante, va faire partie de celles que je retrouve régulièrement.

    Merci à Vox Luminis et plus particulièrement à toi, pour le temps passé et pour cette belle peinture.
    Comme pratiquement à chaque fois,( comme je n’ai pas ta culture en ce qui concerne la peinture), je fais des petites recherches , (site du louvre) il est étonnant ce peintre « Géomètre » .
    Je te souhaite un excellent dimanche, enfin il est bien entamé 😉
    Je t’embrasse bien fort cher Jean-Christophe .
    Tiffen

    • Bonsoir chère Tiffen,
      La musique de la Réforme est un très vaste domaine et si je l’explore depuis une vingtaine d’années, je suis très loin d’en avoir fait le tour. Vox Luminis est un excellent guide pour découvrir ce répertoire et je pense que Lionel Meunier et ses musiciens n’ont pas fini de nous y étonner.
      J’ignorais que l’on pouvait trouver des informations sur les peintres sur le site du Louvre, que je fréquente peu, tant certains points de la politique de ce musée me hérissent. Ceci dit, Saenredam est effectivement célèbre pour ses vues d’églises très minutieusement géométrisées au prix, quelquefois, d’un peu de froideur que l’on ne retrouve heureusement pas ici.
      Je te remercie pour ton mot et te souhaite une belle soirée dominicale.
      Je t’embrasse bien fort.

      • Cher Jean-Christophe, je connais le musée du Louvre que de nom, leur politique m’est complètement étrangère, et je serais tentée de dire tant mieux.
        Je cherche des sites avec des informations « sérieuses » et si je tombe sur celui-ci et bien je prends.
        En revanche si tu as un lien …………..Merci 🙂
        Merci aussi pour cette belle chronique.
        Je te souhaite une belle journée en ce jour de printemps.
        Je t’embrasse bien fort.
        Tiffen

        • Chère Tiffen,
          Effectivement, il est préférable de ne pas trop gratter le vernis prestigieux de ce grand musée, sous peine de découvrir une image bien moins belle en dessous. Ceci dit, je ne doute pas que les informations dispensées sur son site soient correctes. Je serais bien en mal, en revanche, de t’indiquer des liens, car je travaille essentiellement avec mes bouquins et les petites connaissances que j’ai.
          Le premier jour de ce printemps de 2017 a été gris, une chance qu’il y a la musique pour dispenser sa lumière.
          Je te souhaite une belle soirée et t’embrasse bien fort.

  5. Redon Claudine

    19 mars 2017 at 20:42

    Je sors de mon église (Protestante), où j’ai passé la journée ,et en rentrant je découvre ce beau cadeau, en ce jour anniversaire de ma naissance. Merci à vous, Jean-Christophe, pour ce choix qui nous ramène quelques siècles en arrière, à une époque où la musique destinée à louer le Seigneur ne pouvait qu’être de qualité, donc belle, même dans sa simplicité, musique également propice à la méditation, à la réflexion et à l’élévation des sentiments religieux, voire à l’édification de chacun, riche où pauvre; à ce sujet, j’apprécie beaucoup votre phrase… » Par la place centrale………………de ce que le Réformateur aurait pu imaginer « . Dans les milieux réformés, très vite la musique a occupé une place importante et tout comme il a appris à lire pour pouvoir étudier la Bible, le fidèle s’est adapté à une musique parfois exigeante, rien n’étant trop beau pour approfondir sa relation avec le Seigneur……………….Au contraire de notre époque, nous pourrions dire, en quelque sorte, le nivellement par le haut…..

    • J’aime beaucoup l’image du nivellement par le haut que vous employez pour terminer votre intervention, Claudine, et je suis heureux que cette chronique vous soit parvenue le jour de votre anniversaire pour lequel, avec votre permission et quelques heures de retard, je vous adresse tous mes sincères vœux.
      On ne dira jamais assez le rôle central qu’occupe la musique dans la Réforme et vous avez parfaitement défini sa confluence entre plaisir, louange et édification; je crois que ces enjeux ont été parfaitement compris par Vox Luminis et que c’est la raison qui explique pourquoi sa lecture sonne de façon si pleine et si juste.
      Je vous remercie pour votre message et vous souhaite une très belle journée.

  6. Comme ce tableau m´enchante Jean-Christophe, il représente si bien le lien entre ces polyphonies et la peinture que j´aime beaucoup rapprocher et je sais que vous aussi.
    Remarquable chronique que j´ai lu avec intérêt.
    Ces extraits m´ont enchantée.
    Bien cordialement.

    • Non seulement j’aime ces rapprochements, Chantal, mais ils forment l’épine dorsale de ce que je propose depuis que j’écris sur la musique, les deux domaines étant liés à mes yeux.
      Je vous remercie pour votre appréciation sur cette chronique et vous souhaite une bonne semaine.
      Bien cordialement.

  7. Une église grande comme une cathédrale lumineuse et dépouillée, quelques paroissiens dans les stalles (les plus fortunés en haut, rares, les autres plus nombreux en bas et à ras du sol ….) c’est mon interprétation et j’aurais aimé pouvoir traduire l’inscription gravée dans la pierre monumentale, une stèle ? et sur la dalle aussi. Quant au prédicateur, je doute qu’il chante psaumes, du moins il n’en donne pas l’apparence mais peut-être est-ce mon oreille qui devient défaillante ?

    • Si j’en juge par leur vêture, les paroissiens les plus aisés semblent effectivement être en hauteur, mais celle de la femme vue de dos assise au sol à l’entrée des gradins ne m’a pas l’air si modeste. Les deux inscriptions qui t’intriguent sont deux épitaphes, celle du catafalque à la mémoire de l’ancien seigneur (catholique) de la ville, celle de la dalle indiquant la tombe du père (protestant) du peintre, désigné comme « sculpteur très célèbre. » Quant au pasteur, il est évident qu’il ne chante pas mais prêche — la Parole n’est-elle pas au cœur même de la musique luthérienne ?
      Je te remercie sincèrement pour ton mot, bien chère Marie.

  8. Claude Amstutz

    21 mars 2017 at 07:51

    Une fois n’est pas coutume (!): ce « Luther et la réforme » fait déjà partie de mes CD et chez mon disquaire préféré, je suis ravi du nombre de publications autour de la Réforme, preuve si besoin est, que l’enrichissement personnel est multiple et offre à cette occasion de splendides découvertes. J’ignorais que Martin Luther avait composé, et Vox Luminis, une fois encore, m’enchante. Vous avez raison de souligner l’importance de l’imprégnation de la Parole, ici toujours intériorisée et en adéquation avec la musique, ce qui, par la suite, n’a souvent plus été le cas – de nombreux « Te Deum » qui ressemblent davantage à des chants de victoires terrestres ou nationalistes qu’à la louange du Divin – Réforme ou non. Magnifique chronique dont je vous remercie infiniment, Jean-Christophe.

    • Vous pourrez vous faire une (toute) petite idée des capacités de compositeur de Luther grâce à un verset figurant sur le second disque de Vox Luminis, Claude. Il m’a fallu du temps pour chroniquer cette parution copieuse, même si j’ai vu de prétendues critiques s’en acquitter en même pas dix lignes aux grands applaudissements de réseaux sociaux qui y ont sans doute vu le reflet rassurant de leur propre futilité.
      Le recentrage des œuvres musicales sur le message véhiculé par les textes sacrés est un point essentiel et j’en veux pour preuve le fait que cette attitude fut reprise à son compte par la Contre-Réforme qui actait ce faisant que l’Église catholique s’en était alors beaucoup éloignée. Elle ne fut néanmoins pas longue à reprendre cette habitude et l’exemple que vous donnez des Te Deum est tout à fait pertinent.
      Je vous remercie une nouvelle fois bien sincèrement pour tous les commentaires déposés cette semaine auxquels j’ai pris beaucoup de plaisir à répondre.
      Belle fin de semaine à vous.

  9. lenormand rémi et monique

    22 mars 2017 at 15:48

    Bonjour Jean-Christophe,

    Vous dites: « L’ensemble dirigé par Lionel Meunier est ici dans son jardin puisqu’il explore ce répertoire germanique depuis ses débuts avec une pertinence et une sensibilité qui lui valent aujourd’hui une renommée internationale, et ce n’est pas avec cette nouvelle réalisation que son étoile va pâlir, n’en déplaise à ses détracteurs. »
    Hélas, mille fois hélas il y aura toujours ces « peine à jouir » , ne brillant que par leur prétention, leur suffisance et pire encore leur incompétence. Nous n’avons guère besoin d’eux pour apprécier pleinement Lionel Meunier et ses merveilleux musiciens. Il suffit d’écouter la tribune des critiques de disques de France-musique pour avoir un aperçu de la stupidité de certains de ces détracteurs en tous genres.
    Merci à vous de consacrer tant de temps à nous faire découvrir ces fabuleuses musiques servies par d’authentiques artistes, vous pourriez profiter de toutes ces découvertes en parfait égoïste, mais vous choisissez de partager vos enthousiasmes en prenant sur votre temps libre sans doute très limité. Tout ce ceci est louable et courageux au seul bénéfice de la musique et de la peinture , de ses amateurs.
    Merci mille fois, soyez remercié de tout le travail accompli avec intelligence et compétence.
    Et vive notre cher Lionel Meunier qui fera résonner les murs de la belle église de Arques-la-Bataille en Août prochain avec l’une des plus belles cathédrales sonores de tous les temps: la messe en si . ( il n’y en a qu’une pour cette dernière…….).

    Amitiés.

    Rémi et Monique.
    PS: le double album est bien sûr dans les fermes prévisions d’achat.

    • Chers Rémi et Monique,
      J’ai résolu le problème depuis un bon moment, pour ma part : je ne lis plus la presse dite spécialisée depuis déjà des années et n’écoute France Musique que très ponctuellement et jamais ni la Tribune des critiques de disques (j’ai vu par hasard, il y a peu, le nom de certains invités et en ai été horrifié), ni l’émission qui prétend s’intéresser à l’actualité du disque mais n’est que copinage éhonté et gloussements insupportables.
      Je consacre à ce blog non pas une partie mais l’intégralité de mon temps libre, car écouter à de multiples reprises, en comparant au besoin avec ce qui a déjà été fait, choisir une illustration qui ne soit pas que décorative et écrire en tentant de proposer quelque chose de présentable ne se fait pas à la diable, même si je ne suis pas dupe du nombre de lectures en diagonale que récoltent mes chroniques.
      J’imagine que la Messe en si par Vox Luminis cet été sera un très beau et très intense moment et je suis certain que vous en reviendrez enchantés; je n’en aurai, pour ma part, que les échos que l’on voudra bien me donner.
      Je vous remercie pour votre commentaire ainsi que vos précieux encouragements et vous adresse à tous deux de bien amicales pensées.
      Jean-Christophe

  10. Gaulard Bénédicte

    26 mars 2017 at 21:18

    Cher Jean-Christophe,
    Comme vous le savez, un de ces petits clins d’oeil que le destin se plaît parfois à nous faire…je termine la rédaction d’une communication pour un colloque sur la « dorsale catholique » qui aura lieu très bientôt à Besançon, dont je n’ose d’ailleurs vous donner le titre . Il est bien évident qu’avec un tel sujet je ne me permettrai pas d’ intervenir sur ces terres luthériennes que vous connaissez bien…et pourtant, les extraits choisis accompagnent ma réflexion, et je vous avoue que grâce à cette chronique, et une écrite précédemment sur la Réforme, je découvre un autre volet de cette histoire de l’Église, pour moi qui ne m’étais intéressée dans ce contexte qu’au culte des images…votre belle et limpide synthèse m’a permis une approche différente du protestantisme, étudié certes à travers les écrits des réformateurs et des réponses catholiques, et je vous en remercie infiniment. Je vais continuer ces découvertes, et j’espère que l’anniversaire des thèses de Luther vous inspirera encore, et nous permettra de poursuivre ce dialogue entre…images et musique au temps de la Réforme et de la Réforme catholique. A très bientôt, cher Jean-Christophe, sur vos terres..et les miennes !

    • Chère Bénédicte,
      J’adore ces croisements moi aussi et je trouve particulièrement piquant d’imaginer que vous avez rédigé sur la Contre-Réforme en écoutant ces musiques on ne peut plus parpaillotes.
      Je m’intéresse depuis longtemps aux problématiques nées avec la Réforme et aux impacts esthétiques qu’elles ont pu avoir, en particulier le rapport ambigu que ce mouvement entretient avec les images et la musique, entre fascination et rejet. Je compte bien y revenir encore tout au long de cette année anniversaire et des réactions comme la vôtre ne peuvent que m’inciter à poursuivre cet effort.
      Soyez-en mille fois remerciée !
      Amitiés.

  11. Cher Jean-Christophe,
    Vos chroniques parlent souvent de compositeurs et de musiciens se trouvant parmi mes préférés ces derniers temps. Je me sens un tantinet gâté…
    Voici en effet une période qui m’intéresse au plus haut point et sur laquelle votre texte m’en apprend beaucoup. Riche période, en effet, que celle de la Réforme où tout était à faire, ou plutôt à refaire, pour se démarquer de l’Eglise de Rome et de ses excès. Malgré de nombreuses lectures sur le sujet (dont le livre ‘Les musiques de Luther’ d’H. Guicharousse), j’ai encore fait des découvertes grâce à votre érudition et votre excellent travail de recherche. Soyez en remercié.
    Ce coffret de Ricercar (décidément doué dans ce genre de présentation originale et érudite, comme vous le faites remarquer) est une nouvelle perle qui va rejoindre mon petit ‘cabinet de musique’ cette semaine. Une fois de plus, Lionel Meunier et son ensemble m’ont conquis, et ce n’est sûrement pas un hasard si sur les dix derniers disques qui ont franchi ma porte, la moitié est de leur cru.
    Je me doute que le choix des extraits a été difficile vu la diversité des compositeurs et la qualité de ces œuvres et je vois que Schutz est (encore) parvenu à se classer dans le quatuor de tête. Mais je ne sais pas pourquoi, ça ne m’étonne guère. Il n’y a par contre pas d’extrait d’orgue seul, ce qui me chagrine un peu car le répertoire de cet instrument doit beaucoup à la réforme luthérienne (déjà rien que le monde du choral) et aussi parce que les orgues utilisés ici sont (une nouvelle fois avec Vox Luminis) de Dominique Thomas, un facteur fort renommé pour ses créations d’inspiration germanique (XVIème et XVIIème).
    Grand merci pour ce beau travail de présentation (à cent lieues de ce que j’ai pu voir ailleurs) d’un coffret qui sort de l’ordinaire.
    En toute amitié,
    Jean-Marc

    • Cher Jean-Marc,
      Connaissant votre penchant pour cette période de l’histoire de la musique, je me suis dit que cette chronique vous rencontrerait peut-être lorsque vous en auriez le temps, et je suis heureux que ce soit le cas car il aurait été dommage que vous passiez à côté de ce livre-disque de Vox Luminis qui est fait pour vous.
      J’ai pris du temps pour élaborer ce texte afin qu’il soit le plus synthétique possible tout en demeurant informatif; celui de Jérôme Lejeune, dans le livret, est plus développé mais hélas pas exempt d’erreurs ou d’approximations, comme vous le verrez. Le choix des extraits n’a pas été une mince affaire – Schütz, pour lequel j’ai une intense admiration, se devait d’en être – et j’ai écarté les pièces d’orgue à regret pour tenter de donner une idée la plus précise possible de la diversité des œuvres vocales proposées. Les acquéreurs du disque découvriront que Bart Jacobs fait un excellent travail dans ce domaine.
      Il me semble que Lionel Meunier et ses compagnons sont aujourd’hui hors d’atteinte dans ce répertoire dont je crois savoir qu’ils comptent poursuivre leur exploration sans s’y enfermer pour autant; nous avons encore quelques belles surprises qui nous attendent, ce sont nous n’allons pas nous plaindre 🙂
      Je vous remercie d’avoir pris de votre temps, que je sais bien occupé en ce moment, pour me lire et laisser une trace de votre passage.
      Je vous souhaite une belle journée et vous adresse mes plus amicales pensées.
      Jean-Christophe

      • Je comprends votre choix Jean-Christophe, et vous avez raison, les personnes qui se laisseront tenter par l’achat de ce coffret auront tout loisir de découvrir le talent de l’artiste et la beauté de ces instruments.
        J’aime beaucoup cette ‘mode’ actuelle de mélanger le chant et la musique instrumentale sur un même disque. C’est beaucoup plus captivant, cela rend l’écoute plus dynamique.

        • Je suis d’accord avec vous, Jean-Marc, et ce programme se prête tout particulièrement à cette alternance entre pièces vocales et instrumentales. Pour ce qui est de l’orgue, si j’aime en écouter, je ne me sens pas du tout calibré pour en parler, sachant que, contrairement à vous, je ne possède pas forcément les connaissances que j’estime indispensables pour le faire de façon pertinente.
          Encore grand merci pour vos interventions ici, si heureusement loin de la vacuité de là-bas.

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