Wunderkammern

Trouvailles pour esprits curieux

Un drôle pour deux. Joseph Haydn et Domenico Cimarosa par Il Giardino Armonico

Andreas Altomonte (att., Varsovie ou Vienne, 1699 – Vienne, 1780),
Un bal masqué en Bohème, c.1748
Huile sur toile, 48,3 x 96,5 cm, New York, Metropolitan Museum of Art

 

Sans presser le pas, le projet d’enregistrement intégral des symphonies de Joseph Haydn dirigé par Giovanni Antonini, qui est prévu de connaître son achèvement pour le trois centième anniversaire de la naissance du compositeur en 2032, avance à un bon rythme en suivant toujours le même éclairant principe de mise en miroir des œuvres du musicien et de celles de ses contemporains tout en s’étant défait, espérons-le définitivement, des textes amphigouriques qui entachaient ses débuts au profit de notices plus informatives.

Le théâtre constitue le fil conducteur du généreux quatrième volume qui vient tout juste de paraître. Ce n’est probablement pas le domaine que l’on associe le plus naturellement à Haydn dont la production lyrique variée puisque l’on y dénombre, outre treize opéras en italien, des Singspiele et des musiques de scène, a indiscutablement pâti, parfois injustement, de la comparaison avec celle de Mozart. Le maître d’Eszterhaza ne pouvait pourtant être à meilleure école qu’à celle de Porpora, dont il reçut l’enseignement durant sa jeunesse viennoise, pour étudier en profondeur les ressorts dramatiques d’une action et savoir les faire jouer avec une efficacité maximale, y compris en dehors des planches ; son œuvre instrumental regorge ainsi d’exemples de cette pratique comme, entre autres, le Finale de la Symphonie Hob.I.45 dite « Les Adieux » qui constitue une véritable scénette imprégnée de cet humour propre à un compositeur qui ne reculait devant aucune facétie, y compris pour transmettre des messages un peu plus sérieux.

Dans la tonalité de mi majeur, peu usitée par Haydn dans ce domaine, la Symphonie Hob.I.12 de 1763 entretient avec la scène des liens ténus mais bien réels, ne serait-ce que par la coupe tripartite vif-lent-vif, adoptée par le musicien pour la dernière fois dans ce cadre, qui est celle de la sinfonia d’opéra ; on entend également, dans son premier mouvement plein d’entrain, une citation de la Serva Padrona, un intermezzo de Pergolèse créé à Naples en 1733 qui rencontra un succès retentissant dans l’Europe entière. Cette énergie met d’autant plus en valeur l’Adagio central, une sicilienne dans un mi mineur d’une apparente immobilité de surface mais dont les remous intérieurs d’aventure tragiques avouent leur dette envers Carl Philipp Emanuel Bach tout en annonçant les chefs-d’œuvre de la période « Sturm und Drang » à venir. Composée onze ans plus tard comme musique de scène à l’occasion d’une représentation d’une adaptation en allemand de la pièce de Jean-François Regnard, Le Distrait (1697), elle-même inspirée de La Bruyère, la Symphonie en ut majeur Hob.I.60 consiste en l’assemblage de l’Ouverture et des intermèdes destinés à chacun des cinq actes. Il en résulte une partition totalement atypique dans le catalogue de Haydn où ce dernier use de tous les stratagèmes possibles pour évoquer la distraction : le premier mouvement semble ainsi hésiter puis s’arrêter sur douze mesures decrescendo notées perdendosi avant qu’un fragment de l’Allegro initial de la Symphonie « Les Adieux » y soit propulsé sans crier gare, le Menuetto un rien amidonné et son Trio sifflotant et désinvolte marquent l’opposition entre comportements socialement acceptable et tête-en-l’air, puis les dynamiques ne cessent d’accélérer et de ralentir dans les épisodes suivants : un Presto enragé, un Adagio par moments presque éploré mais bizarrement interrompu par une fanfare façon réveille-matin avant de reprendre son cours presque paisible puis d’être à nouveau chamboulé par la prise de vitesse d’un court Allegro de transition débouchant sur un Prestissimo qui s’interrompt subitement pour permettre aux cordes de s’accorder – il n’y a que Haydn pour faire des coups de ce genre – puis repart cahin-caha pour s’achever de façon pétaradante. La Symphonie en ré majeur Hob.I.70, certainement de 1779, paraît, en comparaison, beaucoup moins débridée, ce qui ne veut pas dire moins inventive, puisqu’elle concrétise, au contraire, une synthèse assez ébouriffante du théâtral et du savant. Tout commence par un lever de rideau marqué Vivace con brio, tout trompettes et timbale dehors, démonstratif juste ce qu’il faut, puis arrive comme une antithèse un Andante en ré mineur sous-titré « spécimen de canon en contrepoint double » par le compositeur et qui se présente comme une série de variations au dessin volontiers sinueux. Le Menuetto retrouve l’éclat du mouvement d’ouverture mais le Finale, qui évolue de ré mineur à ré majeur, est un véritable feu d’artifice tant festif que cérébral, avec son mélange d’humour (le motif de cinq notes qui l’ouvre d’abord forte tutti puis pianissimo aux premiers violons) et de virtuosité d’écriture (il s’agit d’une « fugue à trois sujets en contrepoint double ») se concluant d’une façon tonitruante.

Les œuvres de Domenico Cimarosa étaient très en faveur à Eszterhaza comme dans l’ensemble de l’Europe, et Haydn eut à en diriger à de nombreuses reprises. Sans doute créé en 1793, Il maestro di cappella qui a été transmis sous son nom mais dont il n’est vraisemblablement qu’en partie l’auteur est une courte action dramatique mettant en scène un directeur d’ensemble (interprété par un baryton) aux prises avec un orchestre indiscipliné qu’il tente de persuader de jouer selon ses instructions ; ce judicieux complément de programme plein d’une délicieuse dérision fait parfois montre d’une vivacité qui semble préfigurer celle de Rossini.

Quiconque suit avec un tant soit peu d’objectivité son ambitieux projet discographique depuis le premier volume ne peut qu’être frappé par les progrès accomplis par Il Giardino Armonico qui a su dompter une fougue parfois excessive prompte à se muer en précipitation et en sécheresse pour n’en conserver que le meilleur, cette insatiable énergie qui traverse de part en part ce quatrième volet, le premier de cette entreprise qui soit, à mes yeux, assez indiscutable. Il faut dire que Giovanni Antonini et ses amis sont particulièrement à leur avantage dans ces œuvres qui se souviennent du baroque et exigent un investissement dramatique ainsi qu’un sens de la relance constants, qualités qu’ils possèdent et ont à cœur de cultiver. Mais cet abattage sonnerait vite creux s’il n’était sous-tendu par une exigence dans la mise en place et une finesse dans le travail de réflexion préalable qui sont ici partout évidentes et permettent de rendre pleinement justice aux inventions de Haydn, à son humour exigeant, à ses pirouettes savamment calculées. Mieux encore, les musiciens ne se contentent pas d’être brillants et de s’amuser pour mieux nous procurer du plaisir ; ils savent également donner aux instants plus intériorisés la densité qu’ils requièrent et font montre d’un remarquable sens des nuances ainsi que d’une évidente sensibilité. Le baryton Riccardo Novaro, qui endosse avec naturel et conviction le rôle du maître de chapelle dépassé par les événements, est au diapason de l’orchestre avec lequel s’établit une complicité roborative. L’équilibre qu’Il Giardino Armonico parvient à établir entre spontanéité et maîtrise rend sa prestation souvent enthousiasmante, toujours piquante et bien venue et si l’on imagine sans mal que les habitués de versions plus empesées à la Dorati pourront être désarçonnés par tant de vigueur, on veut croire qu’il se laisseront gagner à leur tour par ces couleurs bien différenciées, jamais acides, et le sourire permanent qui court tout au long de cette interprétation.

Je recommande donc chaleureusement ce disque à tous les amateurs de la musique de Haydn, mais également à ceux qui connaîtraient mal ses symphonies ou en auraient été détournés par des lectures trop lourdes ou trop rigides ; l’allant, la légèreté et l’intelligence qui signent la proposition de Giovanni Antonini et de son ensemble pourraient bien sonner pour eux le moment d’une réconciliation, voire d’une révélation.

Franz Joseph Haydn (1732-1809), Il Distratto (intégrale des symphonies, volume 4) : Symphonie en mi majeur Hob.I.12, Symphonie en ut majeur « per la Comedia intitolata Il Distrato » Hob.I.60, Symphonie en ré majeur Hob.I.70, Domenico Cimarosa (1749-1801) : Il maestro di cappella (édition critique et reconstruction de Marco Brolli)*

*Riccardo Novaro, baryton
Il Giardino Armonico
Giovanni Antonini, direction

1 CD ou deux LP [durée totale : 79’55] Alpha Classics 674. Wunder de Wunderkammern. Ce disque peut être acheté chez votre disquaire ou en suivant ce lien.

Extraits choisis :

1. F.J. Haydn, Symphonie Hob.I.70 : [I] Vivace con brio

2. F.J. Haydn, Symphonie Hob.I.12 : [II] Adagio

3. F.J. Haydn, Symphonie Hob.I.60 : [IV] Presto

4. D. Cimarosa, Il maestro di cappella : Aria « Questo è i passo dei violini »

14 Comments

  1. Michelle Didio

    9 avril 2017 at 09:59

    Merci, cher Jean-Christophe, de confirmer la sortie de ce quatrième volume que j’attendais avec impatience. Les progrès étaient sensibles depuis le premier disque ; il semblerait que ce disque surpasse tous les autres. Une première lecture rapide se révèle très intéressante avec effets de surprise. Je ne manquerai pas d’en faire l’achat au plus vite. Belle journée à vous avec de bien amicales pensées.

    • À mon avis, chère Michelle, ce volume est le plus convaincant des quatre parus à ce jour et je croise maintenant les doigts pour que les suivants lui emboîtent le pas. J’ai tenté, autant que faire se peut, d’adopter un rythme d’écriture proche de celui des symphonies dont je parle, en particulier, de la n°60 qui est la « vedette » de cet enregistrement. J’espère que l’écoute intégrale du disque ne démentira pas votre première impression et je vous remercie pour votre commentaire.
      Belle suite de dimanche à vous et bien amicales pensées en retour.

  2. J’ai arrêté de me demander pourquoi en France, le musicien était encore considéré par beaucoup comme un compositeur facile et distrayant (dans leur bouche cet adjectif étant condescendant). Ce qu’il n’est pas. Les trois extraits (magnifiquement interprétés, je trouve) qu’ici tu partages en sont déjà me semble-t-il un clair témoignage.
    Joseph Haydn, c’est le soleil et la lune dans les oreilles.

    Le « petit » plus qu’est cette aria de Cimarosa m’a fait sourire et m’a rappelé un air très célèbre du fameux sévillan Barbier de Rossini 🙂
    Beau dimanche à toi, ami J.-Ch. Je t’embrasse.

    • Je suis surpris de ce que tu me dis de la façon dont Haydn est, à ta connaissance, perçu, ami Cyrille, car ce que j’en entends souvent dire de mon côté est pour ainsi dire à l’opposé : compositeur trop sérieux, « musicien pour musiciens » dont il faudrait presque nécessairement avoir les partitions sous le nez pour en apprécier l’invention. Ce disque, que je trouve vraiment réussi, apporte une éclatante preuve du contraire par sa vitalité et sa faconde qui servent merveilleusement ces symphonies ne demandant pas mieux que d’étinceler. Le Maestro di cappella de Cimarosa est un peu la cerise sur le gâteau et je m’en régale à chaque écoute — comme quoi, avec un peu de curiosité, il est permis de composer des programmes qui sortent du convenu.
      Je te remercie pour ton commentaire (comme toujours quand il s’agit de Haydn, ils ne se bousculent pas) et te souhaite une bonne fin de dimanche.
      Je t’embrasse.

  3. 2032 ? raisonnablement je crois qu’à cette commémoration je serai au bal masqué des disparus pour l’éternité. J’y rencontrerai peut-être Franz-Joseph, j’en profiterai pour lui dire tout le bien que je pense de son œuvre mieux connue grâce à toi ….

    • Pas nécessairement et je ne te le souhaite aucunement, bien chère Marie, mais si je ne t’ai pas précédée et que tu le croises avant moi, remercie-le avec un peu d’avance d’être lui aussi un si fidèle compagnon de route.
      Un sincère merci pour ton commentaire.

  4. jean pierre jacob

    9 avril 2017 at 22:22

    Quelle surprise en écoutant l’extrait de Cimarosa, Il Maestro di Cappella (1793) de retrouver la musique de J. Haydn dans son opéra tragi-comique Orlando Paladino de 1782, très connu semble t-il d’après ce que j’ai pu lire et que j’ai visionné de nombreuses fois sous la direction de René Jacobs. Cimarosa se serait il inspiré de Haydn ?

    https://www.youtube.com/watch?v=bBYsUkfKsNs

    Merci pour cet article, Jean Christophe, et bonne fin de soirée.

    • Il est vrai que la ressemblance est frappante, Jean-Pierre, et que, comme par hasard, Orlando Paladino est effectivement l’opéra de Haydn qui a rencontré le plus de succès. Aucune représentation n’en étant documentée en Italie à ma connaissance, peut-être Cimarosa aurait-il pu l’entendre lors d’un de ses séjours viennois en 1787 ou vers 1791-92 ? On ne peut que le conjecturer, mais l’idée est séduisante et ne fait d’ailleurs que renforcer la cohérence du programme proposé dans ce disque.
      Merci pour votre commentaire stimulant et belle soirée.

  5. Bonsoir cher Jean-Christophe,

    J’ai délaissé Albin ce soir pour Haydn, et je ne le regrette pas, Je ne connais pas bien la musique de Haydn, je découvre petit à petit, c’est très agréable à écouter.

    2032, j’aurai … oh mon Dieu !!! 🙁

    Une chronique instructive qui m’a beaucoup plu, une très belle peinture également.
    Un grand merci à toi d’ enrichir mon peu de culture dans le domaine de la musique classique, mais j’apprends …….. Et j’aime !

    Je te souhaite une soirée paisible , sans oublier de t’embrasser bien fort.
    Tiffen

    • Bonjour chère Tiffen,
      Haydn est un vieux compagnon de route et tu verras en continuant à découvrir ses œuvres qu’elles vont bien au-delà de l’agrément. Le terme de cette série d’enregistrements consacrée à ses symphonies effraie effectivement pas mal de gens; je me disais d’ailleurs à moi-même en travaillant sur cette chronique qu’il faudrait au moins tenir jusque là.
      Je te remercie pour ton mot et te souhaite une belle suite de journée.
      Je t’embrasse bien fort.

  6. Claude Amstutz

    16 avril 2017 at 10:22

    Grand merci cher Jean-Christophe, pour cette si belle évocation. Encore immergé dans la magie de Christopher Hogwood, je ne vais pas pour autant bouder mon plaisir devant cette légère et lumineuse version, tant j’aime ces symphonies de Haydn! Et le Cimarosa (si peu joué) est tout à fait jubilatoire… Beau dimanche à vous!

    • Il est bien entendu hors de question d’oublier le formidable travail effectué par Christopher Hogwood sur ces symphonies, cher Claude, mais cette série poursuivie par Il Giardino Armonico, si elle n’est pas sans quelques faiblesses, est d’un excellent niveau et offre des compléments de programme tout à fait passionnants (j’ai d’ailleurs hâte de découvrir quel sera le prochain). Merci pour votre mot et je suis ravi de voir que Haydn compte toujours des amateurs — on pourrait parfois en douter en considérant la rareté des réactions dès qu’une chronique lui est consacrée.
      Belle suite d’après-midi dominical à vous.

  7. Bonsoir Jean-Christophe,
    Les commentaires ne se bousculent pas avec Haydn alors j’accours ! En fait, cela m’arrange bien (mais désolée pour vous), et j’en profite. Je serai ainsi plus discrète surtout si je gaffe comme souvent.
    Je suis avec Haydn depuis quelque temps. L’intégrale que j’écoute est avec Thomas Fey au pupitre mais je n’ai aucun mérite quant à ce choix n’en étant pas à l’origine. Le(s) conseil(s) vien(nen)t de Marc que j’ai sollicité pour un cadeau de bonne facture à une « fan de baroque » : Haydn, Monteverdi, Bach. Entre vous et lui j’ai eu toutes les infos pour faire une heureuse. Belle découverte de ce soir et je vous en remercie vivement mais en 2032, nous seront probablement parties l’une et l’autre, surtout moi je pense. A l’instar de Cyrille, j’ai exactement la même sensation avec le dernier extrait que j’ai beaucoup apprécié, écouté et réécouté : je craque avec les voix baryton / basse comme avec le violoncelle.
    J’ai lu aussi dans les commentaires que Christopher Hogwood était une sérieuse référence pour ces symphonies. Alors quelle est la meilleure intégrale in fine ?
    J’aime beaucoup Haydn, sa joie, son humour -c’est un soleil dans une journée- et je connaissais tout de même les grandes lignes de son parcours néanmoins, sotte que je suis, je n’y ai pas pensé toute seule car je le mettais dans la période dite « classique » et non pas baroque. Quelle ignorance et inculture de ma part… C’est la faute à Mozart qui m’a induite en erreur ! Un brin d’humour avant celui du muguet à venir. Ce dernier a fait de l’ombre à son maître en quatuor notamment pourtant il faut bien reconnaître que les symphonies de Haydn sont nettement supérieures à celles, quelque peu inégales, de Mozart. Enfin, c’est mon ressenti et je me trompe peut-être….
    J’ai un peu de retard sur vos chroniques et je vais directement vers certains compositeurs dans un premier temps. Je ferai un retour arrière lorsque je serai moins sollicitée et débordée car il faut toujours prendre le temps de lire et relire, c’est la moindre des politesses. Je vais vous faire un aveu : même en faisant cela, bien des choses m’échappent parce que je ne suis pas suffisamment érudite.
    Vous aviez raison en janvier, comme toujours. Sur le plan musical j’y trouve mon compte avec notamment « Constance vaut bien une messe » (version de Gardiner recommandée l’an dernier à la même époque avec l’aval de Marc), « Camille en tout sens » (oui, oui : j’achète), ce billet sur Haydn. Quant à l’autre plan, si vous en avez souvenir, vous n’auriez su mieux prédire : des vertes et des trop mûres….
    Long commentaire, trop long sans doute. Il est temps pour moi d’arrêter de vous écrire et je me contenterai de vous souhaiter de passer une belle semaine en espérant qu’il n’y aura pas une symphonie dite « Surprise » du genre très désagréable dans quelques jours.
    Toujours avec fidélité,
    Evelyne

    • Bonsoir Évelyne,
      Il me fallait disposer d’un peu de temps devant moi pour reprendre votre commentaire, aussi inattendu qu’apprécié, et y répondre; je l’ai ce soir et ne diffère donc pas plus longtemps.
      Je n’ai pas le souvenir de chroniques consacrées à Haydn qui aient suscité de nombreuses réactions, sans que je puisse vraiment m’expliquer pourquoi. Le compositeur ennuierait-il ou impressionnerait-il au point de rendre muet ? Peut-être ne parviens-je pas à le rendre attrayant ? Je l’ignore, mais cette interrogation ne m’empêchera pas de continuer à parler de sa musique, qui m’est chère. Concernant ses symphonies, je suis absolument d’accord avec vous pour les trouver supérieures à celles de Mozart, où l’exceptionnel peut côtoyer le nettement plus quelconque; l’intégrale idéale n’existe pas, il faut aller piocher dans le legs de chaque chef, ce qui implique nécessairement des doublons — mes étagères en sont témoin. Thomas Fey ? Un peu abruptement, je suis tenté de répondre « non merci », car à peu près rien ne me plaît dans ses enregistrements : instruments modernes (gros handicap de départ), discours volontiers trop vertical qui manque, à mon goût, de fluidité et d’humour, couleurs un peu trop standardisées pour mon oreille. Hogwood n’a pas tout réussi; je préfère nettement Weil et Pinnock dans les « Sturm und Drang », Brüggen dans les Londoniennes (mais on trouve également de très belles choses chez Kuijken), etc. Le travail entrepris par Il Giardino Armonico est passionnant, même si les deux premiers volumes sont inégaux; je suis curieux de voir comment l’aventure va se poursuivre et je croise les doigts pour que, contrairement à celle de Hogwood, elle aille à son terme (lointain, je vous l’accorde).
      J’ai naturellement pensé à vous en publiant (au grand dam de certains qui voudraient que la musique se soit arrêtée vers 1750) sur Mozart, Kalliwoda ou Saint-Saëns, me disant que vous trouveriez sans doute votre bonheur notamment avec le disque d’Emmanuelle Bertrand et Pascal Amoyel; d’autres escapades du même genre sont prévues, qui me vaudront sans doute quelques désabonnements mais me feront plaisir ainsi, je le souhaite, qu’aux lecteurs.
      J’espère que ces quelques mots vous trouveront en aussi bonne forme que possible; je crois que nous sommes quelques-uns à retenir notre souffle pour quelques jours en croisant les doigts pour que la machine affolée n’enfante pas des monstres, même si quelque chose me dit que la claque sera bien supérieure dimanche à ce qu’annoncent les sondages.
      Mes meilleures pensées vous rejoignent et je vous remercie pour vos lignes et votre fidélité.
      À bientôt.

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