Wunderkammern

Trouvailles pour esprits curieux

Via coloris. La Passion selon saint Jean d’Alessandro Scarlatti par Leonardo García Alarcón

Luca Giordano (Naples, 1634 – 1705),
Le Christ portant sa croix, c.1697
Huile sur toile, 77 x 71 cm, Madrid, Museo del Prado

 

Avant même d’avoir atteint l’âge de vingt ans, Luca Giordano chemina souvent sur les routes d’Italie. Il était allé à Rome y admirer la manière de Pierre de Cortone et de Nicolas Poussin, puis à Venise pour y méditer les œuvres de Véronèse, afin de ne pas se laisser en enfermer dans le caravagisme dont il avait été nourri dans sa Naples natale. Arpenter les chemins pour se confronter à l’invention des maîtres du présent et du passé, sur la lagune comme sur les bords de l’Arno, lui permettait certes d’enrichir son langage et d’accroître sa renommée, mais également d’apporter en sa patrie, vers laquelle il revint toujours, des ferments de nouveauté qui lui survécurent.

Lorsque Giordano, de Florence, revint à Naples en 1684, le nom d’Alessandro Scarlatti y circulait déjà abondamment. Arrivé de Rome au cours de l’été précédent après y avoir connu le succès, en particulier dans les domaines de l’oratorio et de l’opéra, et y avoir été accueilli dans la meilleure société artistique et intellectuelle – ses liens avec le Bernin et Christine de Suède en témoignent –, le musicien avait vu son implantation dans la cité parthénopéenne favorisée par certains membres de l’aristocratie qui lui avaient fait miroiter la possibilité de succès lyriques conséquents mais également le poste de maître de la chapelle royale que la mort de Pietro Andrea Ziani allait d’ailleurs opportunément libérer en février 1684. On imagine aisément les réactions d’hostilité que provoqua l’apparition tonitruante – une sorte de coup d’état – d’un compositeur de même pas vingt-cinq ans dans le paysage musical d’une ville qui ne manquait pas de talents locaux reconnus, les deux plus éminents étant sans doute alors Francesco Provenzale et Gaetano Veneziano.
Par une singulière coïncidence, ce dernier et Scarlatti mirent en musique durant l’année 1685 (celle, pour Alessandro, de la naissance de son fils Domenico) le même texte afin de créer tous deux une Passion selon saint Jean. La comparaison entre leurs réalisations se révèle passionnante. Elles se fondent semblablement sur le principe d’un récit continu assuré par un narrateur omniprésent (Testo) dont les larges plages de texte soutenues par la basse continue sont entrecoupées par les interventions de Jésus, de Ponce Pilate, de quelques personnages plus « secondaires » et du chœur incarnant la foule (turbæ), mais diffèrent grandement pour ce qui du style et de l’atmosphère. Veneziano (l’enregistrement de sa Passion, dirigée par le connaisseur émérite qu’est Antonio Florio, est parue l’an passé chez Glossa) a choisi le camp de la modernité de son temps, avec une théâtralité assumée, une vision très dynamique et une palette claire qui instaurent une distance avec les affres dépeints par le texte pour livrer une vision optimiste d’un épisode considéré au travers du prisme de la résurrection et de la rédemption qu’il porte en germe. Aux tonalités majeures que son cadet de cinq ans emploie très majoritairement, Scarlatti oppose un ut mineur tendu et douloureux qui instaure immédiatement le climat oscillant entre affliction et violence – cette dernière se manifeste rapidement et abruptement dès l’apparition de Judas marquée par des figuralismes tumultueux à l’orchestre – dans lequel toute la partition va baigner. Hormis les interventions du Christ que les cordes entourent d’un nimbe pour mieux le protéger et l’élever au-dessus des contingences d’un monde qui s’apprête à le broyer, les fréquents changements de mètre et les contrastes dynamiques parfois heurtés du reste de la partition suggèrent avec beaucoup de finesse l’instabilité et la versatilité des actions humaines soumises aux turbulences des passions parfois les moins reluisantes. La recherche permanente d’intériorité plutôt que de virtuosité, l’attention portée au texte dont les mots les plus importants ou les plus dramatiques sont parcimonieusement rehaussés de discrets madrigalismes, l’économie des moyens utilisés avec efficacité pour susciter l’adhésion sensible de l’auditeur placent clairement cette Passion de Scarlatti, narrative plus que véritablement théâtrale et d’une facture somme toute plutôt ténébriste, dans la tradition de l’oratorio romain. Naples, Rome ; ce sont, pour l’heure, deux mondes étrangers l’un à l’autre qui se côtoient sans s’unir, mais qui vont progressivement se mêler pour enrichir encore le langage du Palermitain que ce dernier fera même voyager jusqu’à Venise, en le colorant au passage de quelques tournures lagunaires, lorsque la cité des doges lui ouvrira les bras ; une musique qui se nourrit des découvertes faites en chemin, comme la palette de Luca Giordano.

Ce n’est pas la première fois que la Passion selon saint Jean de Scarlatti a les honneurs de l’enregistrement puisqu’une équipe de la Schola Cantorum de Bâle l’avait déjà gravée pour DHM en 1981, avec René Jacobs pour tenir la partie du Testo. La relecture qu’en propose aujourd’hui Leonardo García Alarcón, en offrant une vision très dramatique de cette partition finalement assez mal aimée, fait sentir avec un peu plus d’acuité combien le souffle du temps a passé sur ce disque pionnier. Le chef a choisi de sertir les épisodes de la Passion dans de brefs intermèdes tirés des Répons pour la semaine sainte ; si l’option peut être discutée d’un point de vue musicologique, puisqu’il n’existe pas de preuve de cet usage, elle introduit un supplément de variété d’autant plus bienvenu qu’il renforce également le caractère orant de cette restitution. Le chef a su s’entourer d’une équipe en mesure de donner corps à son approche avec un engagement permanent qu’il convient de saluer. Certains sourcilleront sans doute en voyant que le rôle essentiel du Testo n’a pas été confié à un contre-ténor, mais l’éloquence qu’y déploie Giuseppina Bridelli, son aptitude à transfigurer un texte qui pourrait sembler aride pour le rendre efficace et palpitant, ne le fait regretter à aucun moment. Tout aussi excellents sont le Jésus noble et déjà hors du monde de Salvo Vitale et le Pilate effleuré par le doute de Guillaume Houcke ; même les plus modestes intervenants parviennent à exister réellement, ainsi la servante soupçonneuse de Caroline Weynants, le Pierre fuyant de Pierre Derhet, et Maxime Melnik qui montre déjà une redoutable autorité dans son rôle de Juif pourtant censément anonyme. On a une nouvelle fois grand plaisir à retrouver le Chœur de Chambre de Namur, incisif dans les turbæ, contemplatif dans les Répons, mais toujours chaleureux et ferme dans son articulation et sa ligne de chant. Avec Manfredo Kraemer à leur tête, les cordes du Millenium Orchestra ne pouvaient que regorger d’énergie et elle se montrent effectivement capables de tranchant mais également frémissantes lorsque l’affliction se fait plus sensible ; le continuo, pour sa part, s’impose aisément par son inventivité et, en véritable cheville ouvrière de cette interprétation, dynamise inlassablement le discours en le parant d’harmonies séduisantes et parfois chamarrées. Il est aujourd’hui notoire que Leonardo García Alarcón est un formidable catalyseur d’énergies qu’il peut porter jusqu’à l’incandescence en particulier lors de ses prestations en public. Ce disque enregistré dans les conditions du concert rend parfaitement justice à la dynamique et à la cohésion qu’il sait insuffler ainsi qu’à l’attention qu’il accorde au rendu des affects ; il est dommage que la captation quelque peu terne nous prive en partie d’une autre qualité tant du chef que du compositeur, leur talent de coloriste.

Malgré les quelques réserves que se doit d’exprimer ici qui ne se complaît pas à faire œuvre de thuriféraire, il me semble que cette lecture de la Passion selon saint Jean d’Alessandro Scarlatti s’impose aujourd’hui comme celle à connaître et à posséder. Elle révèle d’évidentes et tout à fait intéressantes affinités de Leonardo García Alarcón avec la musique du Palermitain qu’il aura, souhaitons-le, à cœur de confirmer en continuant à explorer ses œuvres avec la même intensité.

Alessandro Scarlatti (1660-1725), Passion selon saint Jean

Giuseppina Bridelli, mezzo-soprano (Testo)
Salvo Vitale, basse (Christus)
Caroline Weynants, soprano (Ancilla)
Guillaume Houcke, contre-ténor (Pilatus)
Pierre Derhet, ténor (Petrus)
Maxime Melnik, ténor (Judæus)
Chœur de Chambre de Namur
Millenium Orchestra
Leonardo García Alarcón, direction

1 CD [durée totale : 59’05] Ricercar RIC 378. Ce disque peut être acheté chez votre disquaire ou en suivant ce lien.

Extraits choisis :

1. In illo tempore egressus est (Testo, Christus, Turba)

2. Hunc ergo titulum multi Judæorum (Testo, Turba, Pilatus, Christus)

20 Comments

  1. Bonne Pâques à toi !
    Il y a une chose que je comprends mal, c’est la ferveur pour cette musique « de foi » de personnes qui n’ont aucun attrait pour la foi et prônent une laïcité à tout prix…
    Bises

    • Je suis tenté de te répondre, sans faire preuve hélas d’une originalité fracassante, que la beauté de ces musiques transcende ce type de « frontière », Catherine, et il est finalement assez rassurant de voir qu’elles peuvent permettre à des personnes très différentes de « communier » dans un même élan.
      Merci pour ton mot et belles fêtes de Pâques également.
      Je t’embrasse.

  2. Lepère Pinard

    14 avril 2017 at 10:19

    Tirer de l’ombre de tels chefs-d’oeuvres est ici chose faite, puissions-nous en réjouir éternellement.

    • Dieu merci, grâce au disque la trace de ces œuvres et la ferveur avec laquelle les musiciens leur rendent justice ne s’effacent pas.
      Merci pour votre mot et belles fêtes de Pâques, Lepère Pinard.

  3. Maria Alexandrescu Vianu

    14 avril 2017 at 10:28

    remarquable commentaire. Merci pour cette écoute comparée!

  4. lenormand rémi et monique

    14 avril 2017 at 12:48

    Cher Jean-Christophe,
    Le commentaire de Catherine D est « extra», Merci à elle.
    Voici pourquoi les lignes de Catherine sont d’un intérêt extrême:
    Nous sommes d’horribles mécréants, athées ou agnostiques; nous fréquentons assidûment cathédrales et églises romanes, nous respectons chaque croyance dans la mesure ou chacun(e) n’impose pas à l’autre quoi que ce soit. (Si chacun en faisant autant, y aurait-il autant de guerres?).
    Les passions du grand Bach sont pour nous un véritable évangile autant musical que philosophique, et pourtant nous sommes fermement des défenseurs d’une authentique laïcité.
    « Communier « avec d’autres et grâce à la musique en particulier est d’une importance capitale pour nous deux. Il n’y a strictement aucune contradiction dans nos façons de penser et nos comportements. Tout ceci mériterait un bien plus long développement cohérent.
    L’enregistrement de Leonardo García Alarcón concernant Scarlatti semble être exceptionnel et cela paraît normal eu égard au talent de ce chef. Merci pour votre article très documenté et riche qui va nous faire découvrir une autre facette de ce génial Scarlatti.

    Merci à vous et à Catherine, Bon ouiquende.

    Rémi et Monique.

    • Chers Rémi et Monique,
      Je trouve également le commentaire de Catherine très bien venu, car il pose la question essentielle de la réception de la musique et, plus largement, de l’art sacré dans nos vies d’aujourd’hui, généralement plutôt éloignées de ce type d’expression. Il ne fait guère de doute que la réaction des auditoires d’autrefois, dont la religion rythmait chaque épisode de l’existence, devait être fort différente.
      Comme je l’ai écrit dans ma réponse, je demeure absolument persuadé que la musique transcende totalement ces clivages et le meilleur exemple en est sans doute apporté par celle de Bach qui rassemble tant de monde alors qu’elle est, plus que beaucoup d’autres, intimement imprégnée de la foi luthérienne de son auteur. Je pense que tant qu’il se trouvera des gens pour l’apprécier, tout comme ils aiment l’art roman ou les fresques de Giotto, le monde ne sera pas complètement perdu.
      Il me semble que les affinités entre l’univers de Scarlatti et la manière de Leonardo Garcia Alarcon sont assez nettes et j’espère qu’il aura à cœur de continuer son exploration, en particulier du côté des oratorios, magnifiques et encore si peu connus.
      Je vous remercie pour votre riche commentaire et vous souhaite à tous deux de très chaleureuses fêtes pascales.
      Amitiés.

  5. Jean-Noël Benoit

    14 avril 2017 at 13:21

    Bonjour,
    Votre titre est-il bien « Via coloris » et non « Via doloris », qu’on attendrait plutôt? Merci en tout cas pour cette découverte (ce n’en est une que pour moi, qui n’aimais guère ce Scarlatti-là). Votre interlocutrice a raison, qui rappelle que cette sorte de musique procède d’une conviction religieuse, institutionnellement dépendante mais authentiquement vécue. Aujourd’hui on peut au moins faire l’effort d’en apercevoir la dimension spirituelle, La dimension historique laisse de côté l’essentiel. Cette remarque s’applique évidemment aux Passions de Bach, et aux Leçons de ténèbres de Couperin, que je réécoute. Bon courage pour poursuivre dans la voie qui est la vôtre depuis plusieurs années maintenant. Jean-Noël Benoit

    • Bonjour Monsieur,
      Vous avez bien lu, j’ai bien intitulé ma chronique Via coloris en référence à Via doloris, puisque j’ai choisi, en mettant mes pas dans ceux de Luca Giordiano, la voie de la couleur plutôt que celle de la douleur.
      Je partage tout à fait votre approche mettant en relief la spiritualité, qui n’a pas obligatoirement besoin d’un cadre institutionnel, plutôt que la religion, plus normative, et c’est sans doute ce qui explique que l’élévation de ces musiques sacrées parle également à ceux qui ne se reconnaissent dans le discours d’aucune confession.
      Je vous remercie pour votre commentaire et vos encouragements, très appréciés.
      Belles fêtes de Pâques à vous.

  6. Bonsoir cher Jean-Christophe

    je viens de lire ta belle et instructive chronique et écouter ces TRÈS beaux et longs extraits ! Quelle voix Giuseppina Bridelli !

    J’écoute encore et encore, pas facile de se détacher……….. Cette musique a un pouvoir apaisant sur moi, un moment privilégié, merci pour cela et bien plus encore cher Jean-Christophe.

    Je t’embrasse bien fort et te souhaite de très belles fêtes de Pâques.
    Tiffen

    • Bonjour chère Tiffen,
      Nous sommes bien d’accord en ce qui concerne la voix de Giuseppina Bridelli dont le rôle est absolument central dans cette Passion et qui la « porte » littéralement de bout en bout. Voici en tout cas un disque idéal pour la période dans laquelle nous nous trouvons et qui est autant à écouter qu’à méditer.
      Je te remercie pour ton passage ici et pour ton commentaire.
      Que ces fêtes de Pâques soient belles pour toi.
      Je t’embrasse bien fort.

  7. Après avoir lu ton article passionnant (l’adjectif n’étant ici pas incongru en cette période pascale) et écouté les deux beaux extraits que tu partages, j’ai lu les commentaires qui précèdent le mien. Je dois confesser un certain malaise lorsque je vois « politisée » la musique d’autrefois avec le regard d’aujourd’hui. Il y a en l’espèce, ce me semble, un dérapage dont il faudrait pourtant se garder de faire. Ce que tu rappelles opportunément « la beauté de ces musiques transcende ce type de « frontière » … Bref, ceci n’est que mon opinion, et elle vaut ce qu’elle vaut. L’essentiel n’est-il pas que la Musique trouve un écho en chacun de nous, par-delà les chapelles ?
    Belle journée à toi, ami J.-Ch que j’embrasse.

    • La partie « extra-musicale » de ton commentaire me surprend, ami Cyrille, car je ne vois trace de ce que tu pointes dans aucun des commentaires que j’ai trouvés, tout au contraire, très soucieux de respecter les convictions de chacun et de ne pas instrumentaliser la musique proposée en ce jour particulier. De toutes façons, comme tu le sais, les querelles de chapelles autre que musicales n’ont pas leur place ici et je me ferais un devoir, si de telles dérives devaient avoir lieu, de rappeler tout le monde à la retenue.
      Reste le plus important, la musique, et je suis ravi de savoir que tu l’as appréciée à sa juste valeur qui, à mon sens, n’est pas mince.
      Je te remercie pour ton intervention, te souhaite une belle journée et t’embrasse.

  8. Je reviens de la cité qui vous est chère où, avec mes amis chantres, j’ai pu participer aux offices grégoriens des Ténèbres. Votre billet de Passion prolonge donc fort opportunément ces moments très intenses et quasi marathoniens.
    J’ai pu voir tout à l’heure une vidéo complète de la Passion de Scarlatti, donnée l’an dernier dans cet attachant béguinage flamand par la très belle équipe que vous mettez à l’honneur aujourd’hui.
    J’ai évidemment « reluécouté » votre billet sur la Passion de Veneziano qui m’avait tant impressionnée comme je vous l’écrivais alors. Mon cœur penche plutôt de ce côté, je vous l’avoue, et mon émotion est intacte et renouvelée pour toutes les raisons que je vous exprimais. La Passion de Scarlatti, comme vous le soulignez, ne manque certes pas de ces effets rhétoriques qui font chavirer l’auditeur et, pour ne donner qu’un exemple, le moment de la « passation de filiation » est tout aussi prenant ici que le moment du titulus chez Veneziano.
    Je partage tout à fait vos impressions sur l’interprétation d’Alarcón et de ses troupes. Le fait que le Testo soit confié à une voix (et quelle voix !) de femme ne me dérange nullement, cela ne vous étonnera pas 😉 Idem pour les répons du Triduum intégrés dans le récit avec beaucoup de congruence : après tout, les répons sont des chants qui commentent et soutiennent la méditation entre les lectures aux matines quand c’est « pour de vrai », alors pourquoi pas au concert, ou au disque, lorsqu’ils sont bien dans leur fonction, et tant pis pour les musicologues sourcilleux !
    Une petite réserve toute personnelle sur la vidéo qui filme le direct du concert, concernant la « gestion » des silences dans le déroulement. À plusieurs reprises, ils m’ont semblé trop courts, surtout celui après l’Inclinato capite tradidit spiritum.
    Mille mercis donc, cher Jean-Christophe, pour cette chronique où Giordano, après la Pietà sur verre, s’invite à nouveau. Je vous souhaite une sereine veillée pascale, sans doute en musique, et vous embrasse fort affectueusement.

    • J’imagine que vous avez dû vivre de merveilleux moments durant ce que vous nommez vous-même un « marathon des Ténèbres », chère Marie-Reine, et j’espère que de nombreux auditeurs sont venus se joindre à vous dans la ferveur toute particulière de ce moment de l’année liturgique.
      Vos remarques concernant l’intégration des répons dans cet enregistrement sont évidemment particulièrement précieuses et si j’ai pointé que rien ne documentait cette pratique, je vous avoue qu’elle ne m’a pas du tout dérangé, d’autant qu’il me semble qu’elle permet de soutenir l’intérêt pour une partition qui n’est pas sans faiblesses — je partage votre préférence pour Veneziano dont la Passion me semble mieux construite, même si elle ne correspond pas aux canons « doloristes » que nous attendons dans ce genre d’œuvre.
      Vous ne serez pas surprise si je vous dis que le fait que le Testo soit interprété par une voix féminine ne me dérange pas du tout non plus, et je ne suis d’ailleurs pas persuadé que l’on aurait eu la même densité humaine et dramatique avec un contre-ténor.
      Un aveu pour finir : je connais naturellement l’existence de la vidéo correspondant à ce disque, mais je me suis, jusqu’ici, refusé à la regarder afin de ne pas être influencé dans ce que je pourrais écrire. Je vais maintenant pouvoir rompre mon « vœu. »
      Je vous remercie du cœur d’avoir pris de votre temps pour venir lire, écouter et commenter ici, et je vous souhaite une heureuse soirée pascale, en espérant que cette journée aura été de joie.
      Je vous embrasse très affectueusement.

  9. Bonsoir à tous !

    pour continuer la discussion suscitée par la remarque de Catherine D. reprise par Rémi et Monique , que je salue amicalement !, j’ajouterai que nombre de chrétiens catholiques fervents pratiquants sont insensibles aux oeuvres d’art que le christianisme a inspirées et « commandées » aux artistes à toutes les époques, que leur foi et leur vie chrétienne ne passe pas par la contemplation de ces belles oeuvres.
    Il est d’autant plus remarquable que la beauté de ces oeuvres et leur valeur soient reconnues, aimées et mises en évidence par d’autres, qui se tiennent en dehors de cette foi ou de toute foi et permettent à ces oeuvres de ne pas sombrer dans une indifférence voire un oubli complets.
    Parenthèse : de mon point de vue être partisan de la laïcité ET croyant ne me paraît pas contradictoire.

    Merci, Jean-Christophe, de nous faire connaître cette interprétation enthousiasmante de la passion de Scarlatti, et cet étonnant tableau baroque, tellement éloquent !

    • Bonjour chère Michèle,
      Votre intervention est parfaite en ce qu’elle vient rappeler qu’il n’existe pas de lien systématique entre l’adhésion à une religion et la sensibilité aux arts qu’elle a pu faire naître, ce que ceux qui ne sont pas forcément croyants mais sont esthètes ont sans doute tendance à oublier un peu.
      Je ne vois non plus aucun hiatus entre la foi et la laïcité, la première relevant, à mes yeux, de la plus stricte sphère intime où elle doit rester scrupuleusement cantonnée.
      Cette petite chronique aura eu des échos tout à fait inattendus qui en ont fait quelque chose de vivant, un véritable terrain d’échanges, dépassant le strict cadre musical — les choses sont parfaites ainsi.
      Grand merci d’avoir apporté une jolie pierre à ce modeste édifice et amicales pensées pascales.

  10. Claude Amstutz

    16 avril 2017 at 10:35

    Leonardo García Alarcón et la Cappella Mediterranea seront parmi nous à Genève, le 7 mai 2017 pour « Il diluvio universale » de Michelangelo Falvetti et je m’en réjouis d’avance! Quant à ce Scarlatti, je suis heureux de le découvrir, même si j’y adhère de loin seulement, comme la plupart des Passions ou Oratorios d’ailleurs: nobody is perfect! Cela dit, c’est toujours un plaisir de lire votre approche tant musicale qu’historique, et là, l’enchantement est de tous les dimanche! Belles fêtes de Pâques à vous et encore merci!

    • Eh bien, il en aura fait du chemin ce Déluge universel depuis sa création à Ambronay et j’espère sincèrement, cher Claude, que vous prendrez plaisir au concert à venir — Leonardo García Alarcón donne vraiment sa pleine mesure en direct, ce que le disque peine parfois à restituer complètement.
      Je connais votre distance avec le théâtre des Passions; celle de Scarlatti, où il demeure extrêmement discret, aurait théoriquement tous les atouts pour vous plaire. Quoi qu’il en soit, je suis heureux que cette chronique vous ait permis de voyager sur les routes d’Italie en musique et en images.
      Je vous remercie pour votre commentaire et vous souhaite une belle fin de dimanche pascal, dans la joie de ce jour.

Comments are closed.

© 2017 Wunderkammern

Theme by Anders NorenUp ↑