Wunderkammern

Trouvailles pour esprits curieux

Traits Couperin II. Leçons de Ténèbres et motets par Les Ombres — Noblement

Antoine Watteau (Valenciennes, 1684 – Nogent sur Marne, 1721),
Tête de vieil homme barbu, 1715-1716
Craie noire, rouge et blanche sur papier, 16,9 x 13,4 cm,
New York, The Morgan Library & Museum

Les Leçons de Ténèbres font partie de cette poignée d’œuvres dont la résurrection, suscitée par le mouvement de retour aux « instruments d’époque », a fait un symbole d’une certaine idée du baroque français. Plus que toutes les autres, celles de François Couperin n’ont cessé d’attirer les interprètes depuis plus de soixante ans et la lecture pionnière dirigée par Laurence Boulay pour Erato en 1954, au point d’en faire un point de passage obligé, un rituel, pour tout amateur de musique ancienne. Jeune mélomane livré à lui-même, ma découverte de cette œuvre s’est faite au hasard des bacs du disquaire, au travers de la version gravée en 1991 par Gérard Lesne pour Harmonic Records dont l’austère pochette m’avait subjugué ; bien qu’erronée du point de vue historique – non, ces Leçons n’ont pas été écrites pour contre-ténors, fussent-ils, pour tenter de faire couleur locale, rebaptisés « haute-contre », et les avis des consommateurs sur tel site marchand, à demi pâmés et rotant leurs « sublime » comme du mauvais champagne, n’y changeront rien, pas plus d’ailleurs que l’onction de la très salonnarde Tribune des critiques de disques de France Musique –, cette lecture n’a rien perdu de sa beauté magnifiée par une prise de son assez exceptionnelle. Même en laissant de côté les réalisations employant des voix d’hommes, les « Dames religieuses de l’abbaye de L*** [Longchamp] » n’en étant pas, la discographie des Leçons de Ténèbres de Couperin demeure impressionnante et jalonnée de grands noms qui s’y sont parfois cassé les dents, ainsi Christopher Hogwood ou, plus étonnamment, William Christie ; elle est également d’une variété surprenante, suivant l’équilibre trouvé entre éléments sacrés – la version des Demoiselles de Saint-Cyr (Éditions Ambronay, 2009) est sans doute une de celles qui va le plus loin de ce point de vue, y compris dans ses choix interprétatifs et acoustiques – et profanes.

Cet adjectif peut interroger voire agacer dans pareil contexte mais ignorer cette dimension revient à laisser échapper une part importante de l’identité de l’œuvre sur laquelle est trop souvent projetée une religiosité romantisée qui lui est étrangère. Sans lui dénier son indéniable portée spirituelle, il convient de se souvenir qu’elle s’inscrivait dans une liturgie des Ténèbres devenue, en ce début du XVIIIe siècle, un événement aussi musical et mondain que proprement cultuel ; les vitupérations d’une partie du clergé, s’appuyant sur l’article IV des statuts du premier synode s’étant tenu à Paris en 1674 et reconduits inchangés lors de celui de 1697, interdisant « de faire chanter en chœur, ou avec des instruments, aucune musique aux Ténèbres », et des censeurs de l’époque qui s’offusquaient que l’on fît pénétrer dans les sanctuaires des musiciens issus des rangs de l’Académie royale de musique et qu’ils ne s’y comportassent point avec la retenue exigée nous informent amplement à ce sujet. Ce qui rend singulière et assez inoubliable l’élaboration sans doute longuement méditée par Couperin sur ce semis d’images tragiques, parfois presque convulsées, dont sont prodigues les Lamentions de Jérémie, est l’équilibre souvent miraculeux qu’il atteint entre l’exigence, voire l’urgence expressive et la conscience de la retenue imposée par la destination de sa partition, une flamme ardente mais domestiquée qui s’accorde parfaitement à ce que sa production laisse deviner de son caractère. Ses Ténèbres sont à la fois une calligraphie par les arabesques qu’elles dessinent autour des lettres hébraïques placées en tête de chaque verset et une épure par leur réduction à des effets dont la discrétion n’a d’égale que l’efficacité ; une imperceptible modulation, un amuïssement soudain, un flamboiement inattendu font surgir un monde d’émotions totalement renouvelées.

Les interprètes d’aujourd’hui se trouvent donc face au même conséquent faisceau d’exigences qui déroutait déjà, s’il faut en croire les témoignages, nombre de ceux d’autrefois. Comme souvent avec la musique de Couperin, le dosage entre théâtralité et intériorité doit être minutieux afin de ne tomber ni dans l’outrance, ni dans la componction. C’est, entre autres, grâce à cette qualité que la proposition des Ombres tire son épingle du jeu dans une discographie abondante au sein de laquelle j’ai parcouru une quinzaine de réalisations pour préparer cette chronique. L’ensemble dirigé par Margaux Blanchard et Sylvain Sartre nourrit de vraies affinités avec l’univers du compositeur ; il a notamment donné une des rares lectures des Nations (Éditions Ambronay, 2012) en mesure de tenir tête à celle, quasi mythique à défaut d’être irréprochable, de Jordi Savall. La version qu’il propose des Leçons de Ténèbres opère une synthèse aboutie et sereine entre les grandes options de celles qui les ont précédées ; le continuo ne néglige aucune des possibilités indiquées par les sources de l’époque, alternant clavecin (première et troisième Leçons) et orgue, avec basse de viole et théorbe, évoquant ainsi de façon convaincante, d’autant qu’il est réalisé avec autant de précision que de goût, l’ambiguïté entre sacré et profane qui traverse l’œuvre. Le choix des deux dessus suit intelligemment la même logique, Chantal Santon Jeffery s’illustrant globalement plutôt dans le domaine de l’opéra et Anne Magouët dans celui de la musique sacrée (elle est un des atouts majeurs entre autres de l’Ensemble Jacques Moderne), et l’union de leurs deux timbres, l’un plus onctueux et lumineux, l’autre un rien plus sombre et corsé, fonctionne parfaitement. Fines connaisseuses de ce répertoire qu’elles servent avec cœur et raffinement, toutes deux s’y entendent à merveille pour souligner le moindre accent dramatique sans néanmoins jamais forcer le trait, cette retenue ne relevant pas d’une quelconque timidité expressive mais bien d’un très couperinien sens de la nuance. Il se dégage de cette interprétation qui chemine, en en faisant sentir tout à la fois les aspérités immédiates et la douceur potentielle, sur l’étroit sentier entre la désolation des visions pathétiques du texte et la lueur d’espérance que contient l’exhortation finale « Jerusalem convertere », une certaine noblesse de ton qui trouve un équilibre réellement satisfaisant entre attraction et distance, participation et contemplation.

Les compléments de programme, judicieusement choisis, sont marqués par la même qualité d’approche. Sans posséder la puissance d’évocation des Leçons de Ténèbres, ils complètent l’image du Couperin compositeur de musique sacrée en en faisant voir un visage plus soucieux de charme et de lustre immédiats, mais certainement pas moins intéressant. Les Quatre versets d’un motet composé de l’ordre du roy (1703) le voient explorer les possibilités des voix de dessus et de leur combinaison, avec une forte tendance à privilégier une tendresse et une luminosité tendant souvent vers l’éthéré (les virevoltes d’« Adolescentulus sum ego » encore allégées par la flûte) et des tournures nettement italianisantes tant dans l’écriture vocale qu’instrumentale. Avec l’inédit Salvum me fac, Deus, c’est la voix de basse qui est cette fois-ci à l’honneur. Bénéficiant d’un effectif élargi, outre deux flûtes, à trois violons, ce motet est une supplique ardente se ressentant lui aussi de l’intérêt plus que vif de François le Grand pour le langage ultramontain qui vient pimenter et fluidifier la distinction toute française de la déclamation ; Benoît Arnould campe un pécheur à l’attitude fort noble (peut-être ponctuellement un rien trop) jusque dans l’expression de sa contrition et de son empressement, tandis que les instruments déploient tout le brio souhaitable dans leurs lignes tour à tour enjouées, majestueuses ou mélancoliques.
Les Ombres démontrent une nouvelle fois avec ce disque qu’ils entretiennent avec la musique de Couperin une indéniable proximité sensible qui leur permet de trouver la mesure et le ton justes pour aborder ses œuvres. Sans prétendre révolutionner quoi que ce soit, leur version des Leçons de Ténèbres s’inscrit par sa probité, son naturel, son équilibre et sa beauté en excellente place dans une discographie riche et contrastée ; elle sera sans nul doute une des contributions remarquées à cette année de commémoration du compositeur et une réalisation vers laquelle on reviendra souvent.

François Couperin (1668-1733), Leçons de Ténèbres, Quatre versets d’un motet composé de l’ordre du roy, Agnus Dei de la Messe propre pour les couvents, Salvum me fac, Deus

Chantal Santon Jeffery & Anne Magouët, dessus
Benoît Arnould, basse
Marc Meisel, orgue & clavecin
Les Ombres
Margaux Blanchard, basse de viole & direction
Sylvain Sartre, flûte traversière & direction

1 CD [durée : 62’41] Mirare MIR 358. Ce disque est disponible chez votre disquaire ou en suivant ce lien.

Extraits choisis :

1. Quatre versets… : Tabescere me fecit
Chantal Santon Jeffery & Anne Magouët

2. Première Leçon : Beth
Chantal Santon Jeffery

3. Deuxième Leçon : Zain
Anne Magouët

4. Troisième Leçon : Lamed
Chantal Santon Jeffery & Anne Magouët

5. Salve me fac, Deus : Et ne avertas faciem tuam
Benoît Arnould

 

16 Comments

  1. Affectueusement (sous-titre du Trait I), puis dans ce Trait II : Noblement. Ainsi nous proposes-tu un bout de chemin chez et avec François Couperin. En attendant l’étape suivante du parcours, simplement signaler combien «Lamed» est une très belle page magnifiquement rendue ici.
    Heureux vendredi Saint à toi, ami J.-Ch. Je t’embrasse.

    • C’est la loi des séries (comme les Instants Bach), ami Cyrille, tu as tout compris, et c’est même Couperin en personne qui me fournit les sous-titres 🙂
      Ce disque est une belle réussite et je n’ai toujours pas épuisé ses beautés après une bonne quinzaine d’écoutes successives.
      Je te remercie pour ton mot et t’embrasse.

  2. Bonsoir cher Jean-Christophe

    C’est pourtant chanté, mais comme c’est beau !! Pour tout te dire, j’ai écouté les extraits plusieurs fois.
    Quant à ta chronique, j’imagine aisément le temps que tu as dû y passer , et ce tableau à la craie est magnifique .
    Je te remercie bien sincèrement pour tout cela et bien plus encore….
    Je te souhaite une soirée aussi belle que possible.
    Je t’embrasse bien fort.

    • Bonjour chère Tiffen,
      Les Leçons de Ténèbres de Couperin sont un recueil tout à fait marquant dans l’histoire de la musique et au sein de la production de leur auteur et je suis ravi que ces extraits aient éveillé ton attention. Quant au dessin de Watteau, il est effectivement magnifique, assez monumental, je trouve, malgré ses dimensions relativement réduites.
      Je te remercie pour ton mot et te souhaite belle journée et heureuses fêtes de Pâques.
      Je t’embrasse bien fort.

  3. Claude Amstutz

    30 mars 2018 at 22:52

    Un choix bienvenu, chercHean-Christophe, en cette Semaine Sainte. Même si je nourris un durable plaisir avec Couperin, j’avoue avoir toujours eu de la peine à entrer, aujourd’hui encore, dans cette œuvre, malgré les indéniables qualités de ses interprètes. Au contraire des Leçons de Gesualdo que vous m’avez fait découvrir, il y a quelques temps déjà. Merci pour cette chronique et belle fête de Pâques à vous.

    • Contrairement à vous, cher Claude, ces Leçons de Ténèbres m’accompagnent depuis longtemps et j’y reviens toujours avec beaucoup de plaisir, surtout quand elles sont interprétées de la sorte, ce qui n’est pas si fréquent. Celles de Gesualdo sont évidemment magnifiques mais ressortissent à une toute autre esthétique, plus madrigalesque.
      Je vous remercie d’avoir fait halte ici et vous souhaite des fêtes de Pâques emplies d’espérance.

  4. Sophie Wauquier

    31 mars 2018 at 11:44

    Bonjour Jean-Christophe
    J’ai pu entendre les Ombres sur ce programme judicieusement et poétiquement titré « Couperin, de l’ombre à la lumière » lors de la Folle Journée 2018 avec Anne Magouet et Eugénie Wargnier et j’ai été presque choquée par ce qui m’est apparu comme une faute stylistique majeure pour ne pas dire une faute de goût à l’égard de ce qu’était cette musique et cette époque. Cette musique s’écrit dans la deuxième partie du règne de Louis XIV et si elle avait certes une fonction sociale, même mondaine et qu’elle a par ailleurs une sensualité annonçant le plein XVIIIème, elle célèbre un des moments les plus importants, voire LE moment le plus important de la vie liturgique catholique qu’est la Semaine Sainte et ce dans une société profondément catholique et dans une temporalité très liée à la Contre réforme. Et ce qui fascine dans cette musique est justement son ambiguité et comme vous le dites très bien « l’équilibre souvent miraculeux qu’[il] atteint entre l’exigence, voire l’urgence expressive et la conscience de la retenue imposée par la destination de sa partition, une flamme ardente mais domestiquée qui s’accorde parfaitement à ce que sa production laisse deviner de son caractère ». Or dans l’interprétation proposée par les Ombres que j’ai entendue à Nantes, la (mauvaise) dimension théâtrale de cette musique avait pris toute la place au détriment de toute intériorité (y compris dans le choix vestimentaire d’E. Wargnier strassée, dos nu). Avec pour Eugénie Wargnier une voix très belle, avec un beau timbre sur tout l’ambitus large et une expérience manifeste du baroque … mais pas de cette musique. Anne Magouet surenchérissant dans cette acoustique avec un vibrato assez dérangeant (et que je ne lui connaissais pas) qui s’est amplifié dans la troisième leçon où le duo a surtout semblé faire, jusqu’à la vulgarité, assaut de décibels. L’effet était aussi sans doute dû aux conditions acoustiques (type de salle), qui n’aidait vraiment pas, à ce qu’est La Folle Journée pas non plus forcément propice à l’intériorité, mais j’avais en mémoire très précisément d’autres versions et je suis sortie en me demandant ce que les Ombres que j’apprécie beaucoup (d’où mon choix de concert) était allé faire dans cette galère. Les extraits que vous proposez, ce que vous en dites dans ce beau billet, le fait que l’équilibre vocal ne soit pas le même me rassurent. Je vais réouvrir mes oreilles aux Ombres avec plus d’indulgence, ne demandant qu’à être de nouveau ravie.
    Bon week-end de Pâques.
    Sophie

    • Bonjour Sophie,
      Passionnant commentaire que le vôtre qui montre bien l’abîme qui existe entre le concert et le disque, d’autant plus profond en l’occurrence que les conditions d’écoute de la Folle Journée se prêtent naturellement assez mal à ce genre de répertoire intimiste (c’est valable également, entre autres, pour le clavecin).
      On pense que Couperin a composé ses Leçons vers 1714, soit à la toute fin du règne de Louis XIV, à une époque où le goût avait connu des évolutions sensibles vers la galanterie qui allait marquer la Régence et une grande partie du règne de Louis XV; cette dimension est naturellement présente, mais pas prédominante, dans ce recueil à destination religieuse et un des défis qui attend les interprètes est de savoir équilibrer toutes ces forces pour proposer une version à la fois orante et subtilement lyrique. J’ignore quelle est ou quelles sont votre ou vos version(s) de prédilection pour cette œuvre, mais quand on en en écoute certaines pourtant fort renommées (je pense, entre autres, à celle très opératique de Christophe Rousset), on s’aperçoit que Les Ombres ont su trouver un point moyen vraiment satisfaisant, tant du point de vue expressif que technique — le vibrato des chanteuses (je suis très sensible moi aussi sur ce point) est ainsi nettement mieux maîtrisé que dans nombre de lectures –, aux antipodes des excès que vous me décrivez et qui m’auraient rebuté autant que vous.
      Je suis naturellement curieux de vos impressions d’écoute si vous l’étendez à l’intégralité de cette réalisation et je vous remercie une nouvelle fois pour votre riche intervention.
      Belles fêtes de Pâques !

      • Sophie Wauquier

        31 mars 2018 at 19:04

        Merci de votre réponse. J’ai découvert ces Leçons de Ténèbres avec Gérard Lesne à Royaumont en 1993. J’en avais été bouleversée. Et j’écoute surtout la version des Demoiselles de St Cyr que j’aime beaucoup. Je vais me plonger dans celle-ci avec curiosité.
        Bonne soirée. Bien à vous.
        Sophie.

        • Décidément, Gérard Lesne aura été un sacré passeur pour ces Leçons ! J’aime particulièrement la version des Demoiselles de Saint-Cyr, leur disque-testament a priori, humble et rayonnant comme tous ceux, hélas trop rares, que cet ensemble a enregistré.
          Encore merci pour votre fidélité et belle soirée.
          Bien à vous,
          Jean-Christophe

  5. Les Leçons de Ténèbres de Couperin m’accompagnent depuis des années, sans doute une de mes clés d’entrée dans la musique ancienne, avec un faible (hérétique, je le découvre grâce à vous, cher Jean-Christophe, puisqu’il s’agit de voix d’hommes ?) pour la version de René Jacobs de 1984. Mais je crois même que je les ai découvertes,enfant, dans la discothèque parentale ( vinyle), par le Deller Consort. Le rythme, le texte, le rituel imaginé à l’arrière-plan, les cierges qui s’éteignent… tout me parle et me porte à la rêverie : ce sont mes variations Golberg à moi, en quelque sorte.
    Je reste cependant abominablement gênée par la prononciation restituée, que je trouve ici particulièrement envahissante et qui introduit, de mon point de vue, un aspect quasi grotesque ([éjusse], pour « ejus », arrgh !). J’ai bien conscience en écrivant ceci de confesser une grave limite personnelle, mais je ne m’explique toujours pas ce choix de prononciation francisée, alors même que la tradition du latin d’église est toujours vivante et que nulle assemblée ne prononcera jamais un Gloria ou un Ave Maria de cette façon. Restent les très belles voix de ces deux dames. Et la richesse de votre article, comme toujours, qui jette sur cette oeuvre un éclairage passionnant. Bon début de printemps à vous.

    ANNE

    • Je pense que ces Leçons de Ténèbres ont constitué pour nombre d’entre nous une voie d’accès privilégiée vers la musique sacrée de l’époque « baroque » (je n’aime pas beaucoup cet adjectif-valise), chère Anne, et je vous confirme qu’elles ont bien été composées pour des femmes; ceci dit, pour éloigner de vous toute perspective de fagot, Couperin écrit, dans l’Avertissement liminaire : « quoyque le chant en soit notté sur la clef de dessus, toutes autres espèces de voix pourront les chanter, d’autant que la plus part des personnes d’aujourd’huy qui accompagnent scavent transposer. » Voici donc autorisées par l’auteur luy-même toutes les variations, même si les deux disques que vous citez provoquent chez moi le même hérissement (mâtiné d’un brin d’hilarité devant ce que je perçois comme une préciosité rédhibitoire) que, mettons, Bach interprété au piano.
      La prononciation gallicane du latin est utilisée ici car on sait que c’est elle qui avait cours à l’époque et plus aucun ensemble de musique ancienne sérieux n’utilise aujourd’hui la romaine quand il aborde le répertoire français; alors que je suis moi-même latiniste, je m’y suis fait sans problème et je vous confesse même que je dois quelquefois me contraindre pour revenir à une prononciation académique, tant l’autre m’est devenue familière, presque naturelle.
      Je vous remercie bien sincèrement pour votre commentaire vous souhaite une belle semaine.
      Jean-Christophe

      • En ce qui concerne la prononciation gallicane, je vais donc continuer d’essayer de m’y habituer… (il faut dire, à ma décharge, que douze ans dans une chorale maîtrisienne et huit dans un choeur de musique médiévale m’ont sans doute trop formatée : je ne l’ai pas seulement entendu prononcée en latin d’église depuis l’enfance, je l’ai chantée).
        Quant aux anciennes versions… ne brûlons jamais nos amours de jeunesse !

        Bien amicalement à vous,

        ANNE

        • Je ne veux pas remuer le couteau dans la plaie, chère Anne, mais les ensembles de musique médiévale pratiquent eux aussi un latin gallican restitué : si vous en avez la possibilité, écoutez la (superbe) version de la Messe de Machaut par Diabolus in Musica (Alpha, 2008) qui respecte les critères définis par les travaux de linguistes comme Gaston Zink; c’est perturbant au début, mais très stimulant.
          Quant aux versions d’autrefois qui nous accompagnent, comment les regarder autrement qu’avec de la tendresse, ce qui n’exclut certes pas la lucidité ?
          Bien amicalement,
          Jean-Christophe

  6. mireille batut d'haussy

    3 avril 2018 at 19:06

    La clarté et la détermination de vos choix de présentation me touchent, ici, au-delà de ce qu’il me convient d’en dire.
    Quand je pourrai écouter longuement ce disque qui promet d’être fort beau, je réaliserai une fois encore le nombre d’habitudes et de préjugés dont vous m’avez aidée à me débarrasser et mieux encore, que vous m’avez permis de dépasser.
    Pour tout ce travail accompli, du fond du coeur, merci.
    M.

    • Une chronique qui ne se fonderait pas sur les critères que vous citez d’emblée mériterait-elle d’exister, Mireille ? J’en vois tellement qui ressemblent à des encarts publicitaires.
      J’espère que vous aurez bientôt tout le loisir de vous plonger dans cette lecture qui, selon moi, mérite vraiment que l’on s’y arrête. J’ai souri que vous parliez de dépassement d’habitudes et de préjugés, car cette dynamique est au cœur de ma démarche et commence au dedans par les coups de balai que je donne à mon propre confort.
      Grand merci pour votre mot et l’attention dont il témoigne.

Comments are closed.

© 2018 Wunderkammern

Theme by Anders NorenUp ↑