Wunderkammern

Trouvailles pour esprits curieux

Les jumeaux dissemblables. Quintettes pour piano et vents de Mozart et Beethoven par l’Ensemble Dialoghi

Willem Bartel van der Kooi (Augustinusga, 1768 – Leeuwarden, 1836),
Autoportrait au portrait de Dirk Jacobz Ploegsma, c.1791-1795
Huile sur toile, 122 x 96 cm, Amsterdam, Rijksmuseum

 

Du bon usage des modèles. De même que Franz Schubert était allé s’abreuver, pour composer son Octuor, à la source du Septuor op.20 de Ludwig van Beethoven, ce dernier trouva dans le Quintette pour piano et vents KV 452 de Wolfgang Amadeus Mozart une source d’inspiration et d’émulation pour faire naître le sien, douze ans après celui de son illustre prédécesseur entendu pour la première fois au Burgtheater de Vienne le 1er avril 1784. En l’état actuel des connaissances, il semble bien que Mozart soit l’inventeur de cette forme spécifique qui unit hautbois, clarinette, cor, basson et pianoforte en un concert perpétuellement sur le fil où la place de chaque pupitre, fortement individualisé tant du point de vue des capacités que des couleurs, doit être méticuleusement pesée pour que l’alliage se forme et se maintienne. De ce tour de force d’écriture accueilli avec enthousiasme lors de sa création, le musicien de vingt-huit ans se montrait particulièrement fier, au point de n’y plus jamais revenir ; ne confiait-il pas à son Léopold de père, le 10 avril suivant : « pour ma part, je le tiens pour la meilleure œuvre que j’aie composée de ma vie » ?

En trois mouvements à l’organisation tonale et structurelle limpide (introduction lente et mouvement modérément rapide en mi bémol majeur, épisode central au tempo plutôt allant en si bémol majeur, rondo final sans excès de hâte en mi bémol majeur, formule que Beethoven reprendra en ne la modifiant que marginalement), le Quintette KV 452 est une œuvre où tinte l’écho de la période heureuse que traversait un Mozart déployant une joyeuse industrie pour faire de son Académie du Carême 1784 un succès, ce qui se réalisa : outre cette partition, ce ne furent pas moins de trois concertos pour piano (et même un quatrième immédiatement après) qui virent le jour à cette occasion. Cette attention particulière accordée à la musique pour clavier et au genre concertant rencontre ici l’expérience acquise dans le domaine de la Harmoniemusik, dont un des points culminants est sans aucun doute la Sérénade en si bémol majeur dite « Gran Partita » (KV 361/370a), sans doute composée en 1781-1782 mais dont la première trace d’une exécution remonte justement au 23 mars 1784 ; on assiste dans le Quintette KV 452 à une sorte de conjonction de ces éléments aboutissant à une synthèse – grande spécialité mozartienne – assez miraculeuse sous une forme hybride et inédite aux allures de concerto de chambre. Conçu en vue d’une représentation publique immédiate, il possède indéniablement un caractère assumé de théâtralité et de sociabilité, et le Largo initial fonctionne d’ailleurs comme un lever de rideau suivi d’une présentation successive des personnages, chaque instrument ayant sa réplique propre à mettre sa voix en valeur, avant que le pétillant Allegro moderato, aux accents parfois imprévisiblement tendres (le sourire mozartien n’est jamais bien loin de l’émotion), ne se lance. De l’effusion, on en trouve assurément dans le Larghetto très chantant qui suit, mais sur un mode serein bannissant toute velléité de pathos ou de confession tout en demeurant cependant parfois très à fleur de peau au détour de certaines modulations mineures, tandis que le Rondo final traversé d’étincelles bouffe conclut l’œuvre dans une atmosphère détendue sans excès de déboutonné taillée sur mesure pour l’auditoire auquel elle était destinée.
Avec Beethoven, le ton change sensiblement avec une entrée en matière d’emblée plus solennelle et une volonté d’ampleur symphonique qui ne tarde pas à s’affirmer. Lorsqu’il s’attela à son Quintette op.16 en 1796 (il fut créé en avril de l’année suivante), le compositeur était fort occupé avec ses deux premiers concertos pour piano qui lui donnaient du fil à retordre ; de fait, c’est bel et bien la foisonnante partie de clavier qui domine ici et anime le discours, laissant parfois l’impression d’un accompagnement des instruments à vent, ceux-ci trouvant peut-être avec le magnifique Andante si justement noté cantabile l’espace le plus approprié pour déployer leurs coloris et leur expressivité, particulièrement dans l’épisode douloureux confié au hautbois et au basson puis dans celui, périlleux, en si bémol mineur mettant en valeur le cor, dont la symbolique du lointain, ici nostalgique, est parfaitement exploité. Le Rondo conclusif s’ébroue quant à lui dans une ambiance cynégétique dont l’alacrité revêt ponctuellement des accents inquiétants laissant à penser que la chasse qui se mène dépasse le cadre du divertissement en laissant affleurer des tensions plus intérieures.
En suivant pourtant le même schéma formel dans leurs quintettes respectifs, il apparaît que Mozart s’attache à célébrer l’unité au travers de la complémentarité entre les pupitres dans une recherche toute classique d’équilibre, tandis que Beethoven, en offrant à « son » instrument, le piano, la place centrale, met l’accent sur une singularité déjà toute romantique ; la gémellité des deux œuvres ne peut dissimuler qu’elles appartiennent en réalité à des univers assez sensiblement dissemblables.

Formé en 2014, le tout jeune Ensemble Dialoghi signe ici un premier disque très abouti qui se signale par l’affirmation d’une personnalité déjà bien campée. Sur instruments « d’époque », seuls en mesure de rendre compte avec toute la précision indispensable mais aussi, au-delà du simple postulat archéologique, d’exalter la saveur des trouvailles d’écriture de Mozart et de Beethoven dans ces deux Quintettes, les cinq compagnons nous offrent une lecture techniquement irréprochable, y compris dans les passages les plus aventureux (d’autant que la prise de son relativement proche ne laisse rien passer), et qui a surtout pleinement pris en compte la singularité des œuvres, l’évidente complicité d’écoute des musiciens se mettant au service de la dimension chambriste de ces pages et la générosité, voire l’ampleur, de leur approche soulignant leurs aspirations concertantes, voire symphoniques. Il y a autant d’enthousiasme que de finesse dans cette petite heure de musique, à laquelle on fera l’unique reproche d’être un peu chiche, sous-tendues par un choix magnifiquement assumé de dramatiser le discours en creusant les nuances, en avivant les couleurs, en osant une éloquence musicale où passe perceptiblement le souffle du mot (comme la jolie version de Robert Levin et de l’Academy of Ancient Music Chamber Ensemble parue chez L’Oiseau-Lyre en 1998 paraît pastel en comparaison). Très sollicitée dans l’Opus 16 de Beethoven, la forte-pianiste Cristina Esclapez livre une prestation brillante et racée qui fait espérer l’écouter un jour en soliste, mais cette réussite est avant tout celle d’un ensemble qui a su se montrer à la hauteur des promesses d’échanges, de réactivité et d’audace incarnées par le nom qu’il s’est choisi. Signalons pour parfaire cette recommandation, car ce n’est plus si fréquent, la très grande qualité des textes du livret, dont un signé par le clarinettiste Lorenzo Coppola, dont on avait pu précédemment apprécier la musicalité aux côtés d’Andreas Staier comme d’Isabelle Faust et que l’on a plaisir à retrouver ici en découvrant également la plume alerte et érudite.

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Quintette pour pianoforte et vents en mi bémol majeur KV 452, Ludwig van Beethoven (1770-1827), Quintette pour pianoforte et vents en mi bémol majeur op.16

Ensemble Dialoghi :
Cristina Esclapez, pianoforte
Josep Domènech, hautbois
Lorenzo Coppola, clarinette
Pierre-Antoine Tremblay, cor
Javier Zafra, basson

1 CD [durée : 51’08] Harmonia Mundi HMM 905296. Ce disque est disponible chez votre disquaire ou en suivant ce lien.

Extraits choisis :

1. W.A. Mozart, Quintette KV 452 : Larghetto

2. L. van Beethoven, Quintette op.16 : Rondo. Allegro ma non troppo

14 Comments

  1. Merci à vous, cher Jean-Christophe.
    Quelle inventivité cette chronique, débutant par un oxymore, me semble-t-il, et développant le parallèle Mozart, source d’inspiration de Beethoven, grâce aux deux quintettes dont vous nous offrez une écoute assez longue (près de quinze minutes) et une analyse très fine.
    Ce « premier disque abouti » du jeune ensemble Dialoghi me paraît très attractif. En attendant de pouvoir l’acquérir, je vais prendre le temps nécessaire pour apprécier pleinement vos écrits. Que votre journée soit belle et bonne ! Bien amicales pensées.

    • Effectivement, chère Michelle, je me suis plu à montrer que ces œuvres, si proches sur bien des points, révélaient nombre de différences d’approche et de caractère entre le modèle et celui qui se l’est approprié en le réinventant.
      L’Ensemble Dialoghi est très prometteur et j’apprécie particulièrement le dynamisme avec lequel il s’empare de ces musiques pour les rendre vivantes et palpitantes.
      Je vous remercie bien sincèrement pour votre mot et vous souhaite un agréable dimanche.
      Bien amicalement.

  2. Un grand merci, cher Jean-Christophe, de nous signaler cette parution qui semble proposer tant une aventure intellectuelle qu’une émotion artistique (je souscris aux deux, qui ne sont nullement incompatibles, je pense).
    J’ignorais tout de la parenté de ces deux oeuvres, évidemment.
    Comme d’habitude, vous nous fournissez des clés de lecture savoureuses. Et me donnez envie d’augmenter ma collection…

    Je vous souhaite une belle entrée dans l’automne.

    ANNE

    • Je suis tout à fait d’accord avec vous, chère Anne, et la prétendue incompatibilité entre la chair et l’esprit est également une fadaise à mes yeux (je vous réponds avec la deuxième Ouverture de J.S. Bach pour compagne, justement aussi spirituelle que sensuelle); ce disque offre aux deux de quoi satisfaire leur appétit avec, en prime, des couleurs qui vont parfaitement à ce premier jour d’automne. Je pense que, si vous vous y décidez, vous ne regretterez pas de lui avoir fait une place à vos côtés.
      Merci et que soirée et saison vous soient douces.

  3. Mireille Batut d'Haussy

    23 septembre 2018 at 14:21

    Vienne, Amsterdam, Barcelone… un itinéraire qui a tout pour me séduire, quand bien même il ne s’agirait que de cela.
    Vous dire aussi que la reconnaissance joyeuse et constructive donne parfois plus de plaisir et d’élan que la découverte intégrale, encore que. Mais elle se fait plus rare dans un monde où déjà, parvenir à enregistrer…
    Sinon, vous dire encore : Travaillez intensément, avec ferveur ! Nous attendons une généreuse collection de Leaves ; la saison nous devrait de splendides sonorités et couleurs avant de céder la place à. Mais quelle impatience, elle ne fait que commencer, en même temps qu’ailleurs, le printemps.
    Merci pour ce réveil inattendu et heureux qui valait bien que l’on vienne jusqu’ici, par voie de marelle, qui sait ? M.

    • Et toujours cette idée, comme dimanche dernier, que quelque chose passe d’un musicien à l’autre, étincelle commune et chair transmutée. Dieu qu’il a été compliqué de trouver un tableau pour mettre en image au plus près et la filiation et l’alchimie à l’œuvre dans ces deux partitions que les Dialoghi viennent habiter avec leur ardeur et leur savoir. J’espère que ce premier disque leur ouvrira de nouvelles portes.
      Je travaille avec obstination et si la saison est celle des plus somptueux feuillages, elle est aussi celle où la bise peut venir vous gifler le visage de son souffle coupant et aigrelet. Faut-il faire fi des mauvais signaux et naviguer quand même ?
      Grand merci, Mireille, pour vos mots et votre présence.

  4. Bonjour ici mon cher Jean-Christophe

    Je te dois deux mercis, tout d’abord pour cette belle et instructive chronique. Pour cette musique, avec ces instruments c’est un ravissement.
    C’est étrange, ce n’est pas une musique vers laquelle j’irais spontanément, mais ta chronique m’y conduit et le chemin emprunté est bien agréable.
    Et merci d’avoir mis le lien « Octuor », il n’y a qu’un extrait, mais quel extrait !! J’ai pris beaucoup de plaisir à relire et à réécouter et j’ai pu admirer de nouveau le tableau qui l’accompagne, il est magnifique. Celui du jour est différent mais tout aussi joli.
    Merci pour ce beau moment.
    Belle fin d’après-midi à toi que j’embrasse bien fort.
    Ps. J’ai bien aimé « Jumeaux, ma non troppo »

    • Bonsoir ma chère Tiffen
      J’aime bien quand les chroniques tissent des liens entre elles et vu que j’ai également beaucoup de tendresse pour Schubert, je n’allais pas laisser passer l’occasion de le convier au passage.
      Un des buts de ce blog est justement d’amener les lecteurs à découvrir des univers qui ne leur sont pas familiers; après, ça « prend » ou non, mais au moins est-on sorti un instant de sa zone de confort, ce qui est toujours mieux que roupiller sur ses acquis.
      Je suis ravi que ce petit voyage dominical entre classicisme et romantisme t’ait plu et je te remercie pour ton mot.
      Que ta soirée soit belle, je t’embrasse bien fort.

  5. Un pur régal ! Merci Jean-Christophe pour cette superbe chronique. Excellente idée de cet ensemble que d’enregistrer ces 2 oeuvres à la fois proches et différentes sur un même CD. Etant de plus en plus musique de chambre en avançant en âge, je ne peux qu’y souscrire.
    In fine, chacun s’inspire de l’autre pour bon nombre de compositeurs mais pour de « justes causes » que je m’abstiendrai de développer sinon…. ce serait un roman !
    Je n’ai pas manqué le merveilleux octuor de Schubert que vous évoquez. Je vous avais même écrit (pour lui et vous je sortais de ma réserve) passant un temps considérable pour faire court mais… rupture de wifi dont je n’ai pris connaissance qu’en tentant vainement d’envoyer mon modeste commentaire et je ne pouvais pas recommencer, hélas.
    Toute ma reconnaissance pour ce laborieux travail qui me réjouit à bien des égards. Vous le savez, je suis silencieuse, plus encore cette année, mais je n’en suis pas moins « fan » de vous et vos écrits en fonction des compositeurs le plus souvent, je dois bien l’admettre.
    J’anticipe : un trimestre encore mais après que nous réservez-vous pour 2019 ? Un renouvellement, une nouveauté mais certes pas une fin j’espère, que nenni, nous serions trop nombreux à être malheureux.
    Excellent dimanche à vous et encore mille mercis pour maintenant et hier.

    • Ils ne sont pas les premiers à opérer ce couplage à vrai dire assez courant, Évelyne, mais les lectures sur « instruments d’époque » ne sont pas si fréquentes, sans doute parce que ces œuvres requièrent encore plus de virtuosité quand jouées sans le confort « moderne. »
      La musique de chambre est également un domaine dans lequel je me sens de plus en plus à mon aise, contrairement à l’opéra que j’écoute de moins en moins avec le temps et surtout à titre documentaire (même s’il y a naturellement des exceptions). Je regrette de n’avoir pas eu votre commentaire sur l’Octuor de Schubert, partition dont je ne suis pas surpris d’apprendre qu’elle vous touche.
      Je ne sais pas de quoi 2019 sera fait, mais l’aventure du blog devrait, sauf imprévu, se poursuivre. Je n’ai pas de nouveauté fracassante à annoncer; je souhaite néanmoins essayer de consacrer un peu plus de temps à la musique britannique fin XIXe-XXe siècle que j’écoute depuis longtemps (c’est un jardin secret) et sur laquelle je travaille plus assidûment depuis quelque temps; on verra bien.
      Je vous remercie pour votre mot, très apprécié, et pour votre fidélité, qui me touche.
      Je vous adresse mes meilleures pensées pour aujourd’hui et au-delà.

  6. J’acquière très rarement des « compositeurs couplés » mais plutôt des intégrales aussi j’ignorais cette habitude Jean-Christophe. Quelle naïveté de ma part ! Et oui, je suis en accord avec vous, c’est bel et bien un art que de jouer ces quintettes sur instruments d’époque. Je ne les connaissais que sur ceux que vous exécrez (rire) et la différence est fort nette, je vous l’accorde.
    Je voulais apporter une précision concernant ce que j’ai écrit (proches et différentes) car je ne vous ai pas mal lu. Pour moi, les » jumeaux » sont opposés quant à l’atmosphère (je n’ai pas de terme plus technique musicalement parlant) mais tout à fait identiques concernant le choix des 5 instruments ce qui est moins courant avec d’autres compositeurs. Je fais erreur ?
    Je ne suis pas surprise pour la musique britannique d’autant plus que je sais votre tendresse pour Ralph Vaughan Williams entre autres compositeurs et je suis heureuse d’apprendre que l’aventure Wunderkammern va continuer.
    Un aparté avec un sujet que nous avons abordé à diverses reprises : j’ai essayé maintes fois mais J.S. Bach ne passe pas du tout même dans les versions que vous recommandez. Cela me désole tant parce qu’il est celui qui a le plus composé pour le violoncelle (sauf erreur de ma part) et que je suis privée d’un immense plaisir, d’un bien-être et d’une plénitude sans équivalent à l’écoute du moins est-ce ce que j’ai entendu dire par bien des personnes qui adorent ses suites et vénèrent quasi ce Maître incontournable de la musique classique.
    Je recommence à « bavarder » et à vous faire perdre votre temps. Ne prenez pas la peine de me répondre s’il vous plaît car vous avez bien mieux à faire. Et puis, autant ne pas me publier non plus : ceci restera entre vous et moi. Belle soirée Jean-Christophe et à une prochaine chronique.

    • Ma préférence va également aux enregistrements monographiques, Évelyne, mais ici le rapprochement me semble vraiment aller de soi même si, au bout du compte, le résultat musical est très différent.
      Je ne déteste pas tant que ça les instruments modernes, mais je vous concède que je préfère lorsqu’ils s’attachent à servir le répertoire qui a été conçu pour eux. Mes étagères accueillent ceci dit ça et là quelques disques de musique XIXe qui dérogent aux principes d’interprétation « à l’ancienne », le premier qui me vient à l’esprit étant le magnifique Chopin gravé il y a quelques années, pour Harmonia Mundi, par Emmanuelle Bertrand et Pascal Amoyel, avec notamment la Sonate pour violoncelle et piano.
      Vaughan Williams fait effectivement partie des compositeurs qui me sont particulièrement chers, toutes époques confondues. Vous trouveriez sans doute votre bonheur avec ces Anglais qui ont pris soin de mettre à l’honneur l’instrument qui vous est cher — je pense, entre autres, aux concertos d’Elgar, de Walton ou de Finzi, sans parler des Suites ou de la Cello Symphony de Britten.
      Ne désespérez pas face à votre indifférence vis-à-vis de la musique de Bach; je connais d’autres mélomanes qui restent plus ou moins complètement à la porte de son univers; il me semble que sont ici à l’œuvre de véritables questions d’affinités, par nature difficilement saisissables. Je me sens, pour ma part, vraiment « à la maison » chez le Cantor et de plus en plus en vieillissant; sans doute mon penchant affirmé pour la musique germanique du XVIIe siècle m’a-t-il ouvert quelques portes.
      Je vous ai doublement désobéi : j’ai pris le temps de vous répondre et m’apprête à publier notre échange dont vous n’avez certainement pas à rougir. Vous savez, une des raisons pour lesquelles je m’obstine à tenir un blog à l’heure du triomphe de la vacuité des réseaux sociaux est justement dans sa capacité à susciter parfois un dialogue substantiel et posé.
      Soyez-en remerciée et prenez soin de vous.
      À bientôt !

  7. Merci Jean Christophe pour cette chronique toujours passionnante et pour la justesse et la rigueur de vos propos. Depuis très longtemps j’écoute ce quintette de Mozart K 452 qui est d’ailleurs une de ses oeuvres que je préfère en raison de son admirable larghetto. Il est indissociable des concertos pour pianoforte contemporains et notamment les K 450, 451, 453, par la place donnée aux vents. Sur ces derniers il a l’avantage à mes yeux de donner au cor un rôle bien plus important. Le quintette de Beethoven est aussi passionnant pour d’autres raisons. Il me paraît témoigner de son enthousiasme pour la musique de Mozart (concerto en ré mineur K 466 qu’il interprétait en concert). D’ailleurs les oeuvres composées par Beethoven avant 1800, structures sonates épanouies et rondos alertes témoignent souvent de l’influence de Mozart. A cette époque, 1797, Beethoven me semblait peu intéressé par J. Haydn dont la musique évoluait à des hauteurs dont il ne prendra la mesure que plus tard. Sa désinvolture envers son professeur en témoigne. En tout état de cause, cette interprétation ma plaît beaucoup, le pianoforte a un son qui me déroute un peu mais cela est peut-être du à la mauvaise qualité de mon matériel audio. Par contre les vents et tout particulièrement la clarinette et le cor sont remarquables.

    • Comme vous le rappelez très opportunément, Pierre, il me semble également que Beethoven a mis longtemps à prendre conscience de sa dette artistique envers Haydn — et pourtant !
      Votre commentaire dit également des choses très justes sur le rapport de Beethoven à la musique de Mozart, et je vous suis reconnaissant de prolonger ma chronique d’une façon aussi pertinente.
      Je trouve que le pianoforte est un des grands atouts de ce disque, car le jeu de Cristina Esclapez a une sacrée présence; j’espère qu’une écoute dans de meilleures conditions vous permettra de mieux l’apprécier.
      Encore grand merci pour votre très intéressante intervention.

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